ARCHIVÉE - Chapitre 3 – Perspectives

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Le Canada doit rivaliser avec des pays du monde entier pour attirer des immigrants hautement qualifiés. Même lorsqu’il réussit à attirer ces immigrants, la concurrence se poursuit à l’intérieur du pays, entre les différentes régions, et entre les communautés linguistiques majoritaires et minoritaires, qui veulent convaincre les immigrants de choisir leurs écoles et leur communauté. Citoyenneté et Immigration Canada étudie actuellement des façons de régionaliser l’immigration; les politiques envisagées obligeraient les immigrants à s’établir hors des grands centres et à y demeurer pendant une période définie, dans l’espoir qu’ils s’attacheront à l’endroit et décideront d’y demeurer à long terme. Le but visé : que les régions rurales obtiennent leur juste part de l’immigration. Les communautés minoritaires de langue officielle sont dans le même bateau; elles aussi doivent se doter de mécanismes leur permettant d’attirer les immigrants vers elles. Il faut en outre qu’il existe chez elles des conditions favorables qui permettront aux nouveaux arrivants de devenir des membres à part entière de la communauté.

Le défi pour les communautés minoritaires consiste à offrir aux immigrants un niveau de services et un soutien qui sont équivalents voire supérieurs à ce qu’on trouve dans les communautés majoritaires. Ce n’est pas tant la quantité que la qualité des services qui importe. Par exemple, un immigrant qui arrive à l’aéroport en fin de soirée avec sa famille sera beaucoup plus motivé à s’intégrer à la communauté si, dès son arrivée, il est accueilli par un représentant de la communauté qui l’amènera dans un motel de l’endroit, qui aura pris les dispositions nécessaires pour que les enfants se rendent à l’école le lendemain matin et qui lui expliquera l’essentiel de ce qu’il doit faire pour s’établir et s’intégrer à la communauté minoritaire de la province. Souvent, par contre, d’étape en étape (de l’établissement à l’adaptation, puis à la contribution), les immigrants sont confrontés à des difficultés de plus en plus grandes et la communauté minoritaire offre une aide moins ciblée, ce qui affaiblit le sentiment d’appartenance de l’immigrant. La communauté doit soutenir l’immigrant pendant les premières années si elle souhaite que celui-ci contribue, à terme, à son épanouissement.

CIFODE : Des sauces épicées et une formation professionnelle efficace dans un cadre coopératif

Peu de gens connaissent le terme Belldajia. C’est une expression somalienne qui signifie partage communautaire... mais c’est aussi une sauce. Une fois par semaine, des immigrantes francophones d’Afrique se réunissent dans un centre communautaire d’Ottawa pour concocter cette sauce épicée et savoureuse à base de légumes. La sauce est utilisée pour rehausser les plats (des pâtes aux hamburgers) et est vendue dans des petits dépanneurs. Pour la distribution et la commercialisation, « les mamans » font appel à leurs enfants francophones et anglophones qui ont grandi à Ottawa et connaissent donc bien la ville.

Cette petite coopérative communautaire illustre bien toute la créativité dont les immigrants francophones de la région d’Ottawa font preuve pour surmonter les difficultés associées à l’établissement dans un nouveau pays. Dans certains cas, les immigrantes qui participent au projet Belldajia ont de l’expérience dans le domaine la vente; en effet, dans leur pays d’origine, elles dirigeaient des petites entreprises lucratives. On appelait celles qui réussissaient le mieux les « Mamans Benz », parce qu’elles avaient les moyens de s’acheter une voiture. Lorsqu’elles sont arrivées au Canada, très peu d’entre elles ont pu mettre à profit leurs compétences commerciales; elles devaient s’occuper des enfants et c’est leur mari qui cherchait du travail. Bien qu’il s’agisse d’un projet de petite envergure, Belldajia est tout de même important, car il permet aux participantes de mettre à profit leurs compétences et leur expérience et il est fondé sur la coopération. Les participantes appliquent ici l’expérience qu’elles ont acquise dans leur pays d’origine pour créer une petite entreprise autonome.

Belldajia est l’un des nombreux projets supervisés par le CIFODE, un petit organisme sans but lucratif d’Ottawa. Depuis sa création en 1996, le Centre d’intégration et de formation en développement économique a permis à de nombreux immigrants et immigrantes francophones d’obtenir une formation professionnelle, ce qui leur a ouvert des perspectives d’emploi. La directrice du CIFODE, Maryan Bile, nous en parle.

« En ce qui concerne la formation, nous nous concentrons sur deux programmes. Pour le premier, Formation en caissière et service à la clientèle, nous proposons 12 semaines de formation en classe, suivies de 4 semaines d’application pratique dans des sociétés telles que La Baie ou Your Independent Grocer. Ce programme est en place depuis 1999 et sur les 30 participantes, 20 sont actuellement employées dans l’industrie des services. Le deuxième programme, Formation bilingue en administration de bureau, aide les immigrantes et immigrants à trouver un poste administratif dans les secteurs public et privé. Cette formation est proposée en partenariat avec le Conseil de planification sociale d’Ottawa-Carleton. Le programme commence par 12 semaines d’enseignement du traitement de texte, de la correspondance et des langues française et anglaise. Les participantes et participants effectuent ensuite un stage de 12 semaines dans le secteur public. »

Ce qui sous-tend les activités du CIFODE, c’est entre autres la conviction que l’intégration ne peut passer que par l’emploi et l’autonomie financière. Le Centre reconnaît que les immigrants ont de nombreux obstacles à surmonter pour s’intégrer pleinement à la société canadienne et que l’élimination de ces obstacles est un processus de longue haleine. Ce qu’il faut, c’est leur offrir une aide immédiate. Une fois qu’ils ont intégré le marché du travail, les immigrants se sentent mieux en mesure de surmonter les obstacles les plus pernicieux, comme la non-reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger ou la discrimination systémique.

Malgré des ressources restreintes, le CIFODE obtient de très bons résultats. Dans le cadre d’un programme offert récemment, on a demandé à un technicien en informatique sans emploi d’enseigner les bases de l’informatique et du traitement de textes. Les participants et participantes ont ainsi bénéficié d’un enseignement professionnel et le technicien a acquis une expérience de travail au Canada précieuse dans le cadre de son stage au CIFODE. Grâce à cette expérience et aux références fournies par le CIFODE, il a pu trouver un emploi.

Maryan Bile est fière du partenariat établi entre le CIFODE, le gouvernement fédéral et la municipalité : « Sans l’engagement et la collaboration de la Commission de la fonction publique du Canada et de la Ville d’Ottawa, le programme bilingue en administration de bureau n’aurait pas pu voir le jour. Nous avons eu l’agréable surprise de travailler avec des fonctionnaires respectueux envers la diversité, ouverts, professionnels et ayant un sens poussé de l’éthique et des valeurs. »

En juin 2002, le CIFODE a tenu sa plus importante cérémonie de remise de diplômes. Une cinquantaine de participants et participantes au cours de Formation bilingue en administration de bureau se sont rendus dans un centre communautaire de Vanier pour recevoir leur diplôme et bon nombre d’entre eux ont parlé en des termes touchants et encourageants de leur expérience, disant qu’il s’agissait d’une lumière au bout d’un long tunnel. « Lorsqu’on dépend de l’aide sociale, on n’a aucune dignité », a dit l’un d’eux. Aujourd’hui, comme environ 70 p. 100 des autres diplômés, il a trouvé un emploi et sent qu’il peut enfin réellement contribuer à la société ontarienne en tant que francophone.

 

Notez bien

De plus en plus de Canadiens tiennent à préserver leurs origines variées et se disent d’appartenances multiples, ce qui commande des changements dans le rôle des communautés. Elles deviennent de plus en plus des moyens d’exprimer et de promouvoir des intérêts et des identités (linguistique, par exemple) auxquels on a choisi de s’identifier (Quell, 2000). Pour les communautés minoritaires de langue officielle, cela signifie accepter ces appartenances multiples. Ainsi, des gens de toutes origines pourront vivre harmonieusement en partageant une langue commune.

Les communautés doivent non seulement aider les immigrants à s’intégrer, mais elles doivent aussi se mobiliser pour faire en sorte que le processus d’immigration soit réussi. Pour ce faire, elles doivent rechercher le soutien des gouvernements fédéral et provinciaux. L’efficacité de cette démarche dépend de la mise en oeuvre de stratégies détaillées, mais aussi des nombreuses initiatives modestes que prennent divers petits groupes ou des particuliers. L’efficacité passe aussi par une plus grande communication entre communautés minoritaires de langue officielle au sujet de l’intégration des immigrants. L’établissement d’un centre d’information sur l’immigration dans une communauté minoritaire de langue officielle faciliterait la mise en oeuvre d’initiatives locales visant à étudier les approches adoptées dans d’autres communautés et à s’en inspirer, au lieu de travailler en vase clos et de « réinventer la roue ». Ce centre d’information servirait de carrefour qui regrouperait tous les renseignements sur les approches en matière d’immigration dans les communautés minoritaires de langue officielle au profit des communautés de partout au pays. Le centre d’information organiserait aussi régulièrement des rencontres d’intervenants travaillant avec des immigrants dans leurs communautés respectives.

On a déjà commencé à jeter les bases d’une approche davantage concertée : la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) a publié, en février 2001, le rapport de son groupe de travail Dialogue, où l’on exhorte les communautés à ouvrir les bras et à devenir plus inclusives. En mars 2002, un comité directeur formé de représentants de Citoyenneté et Immigration Canada et des communautés minoritaires francophones a vu le jour. Pour aider ce comité à élaborer un plan d’action pour promouvoir l’établissement et l’intégration d’un plus grand nombre d’immigrants francophones ailleurs qu’au Québec, on a demandé la réalisation d’une étude qui examinera la capacité de six villes canadiennes à offrir des services aux nouveaux arrivants francophones. Voilà donc des signes encourageants, qui démontrent que le besoin d’un plus grand nombre d’immigrants au sein des communautés francophones et la nécessité d’une meilleure intégration de ceux-ci sont de plus en plus pris en sérieux.

Toutes ces mesures ne seront toutefois utiles que si les communautés minoritaires de langue officielle comprennent qu’en accueillant des immigrants, elles contribuent à renforcer les valeurs de base du Canada. Le Canada est décidé à former une nation unie en misant sur la diversité linguistique et culturelle. En maintenant le dynamisme des deux langues officielles, les Canadiens et Canadiennes favorisent une diversité qui va au-delà de la reconnaissance du bagage ethnoculturel de chacun, mais qui signifie exprimer son identité culturelle et linguistique au quotidien. Les jeunes Canadiens ont la chance de grandir dans un pays où non seulement on valorise la dualité linguistique et la diversité ethnique, mais où on se tourne vers des communautés et des cultures différentes de la sienne. Les Canadiens anglophones ont bénéficié de la richesse qui découle de l’immigration, mais ce n’est pas le cas des francophones du pays, et il est temps de les outiller en conséquence. Dans ses efforts pour attirer des immigrants qui contribueront à la vitalité des communautés anglophones et francophones minoritaires, le Canada doit veiller à ce que l’intégration de ces nouveaux arrivants se fasse le plus facilement et le plus harmonieusement possible. Les communautés francophones minoritaires, en particulier, doivent s’assurer que les immigrants qu’elles accueillent vivent une expérience d’établissement positive pour éviter qu’ils choisissent de « passer du côté anglais », pour reprendre l’expression d’une des personnes interviewées. Les immigrants qui « passent du côté anglais » le font parce qu’ils estiment que la communauté francophone n’est pas en mesure de les aider à s’intégrer. De la même façon, ces immigrants retirent leurs enfants des écoles de langue française parce qu’ils pensent que l’intégration à l’école de langue anglaise sera moins difficile. En bout de ligne, cela signifie que les immigrants ne croient plus en la possibilité d’une communauté francophone qui soit multiculturelle et inclusive. S’il veut préserver ses valeurs et par égard pour son histoire, le Canada doit éviter à tout prix que cela se produise.

En 2004, le Canada célébrera le 400e anniversaire de l’arrivée de Samuel de Champlain, de ses premières explorations et de l’établissement des premières colonies françaises. Ces célébrations seront l’occasion pour toute la population canadienne de se remémorer les racines historiques françaises du Canada et, en même temps, de mieux apprécier la pérennité, la diversité et le dynamisme qui caractérisent les communautés minoritaires de langue officielle de tout le pays.