ARCHIVÉE - Chapitre 2 – Comprendre les étapes et les dimensions de l’immigration

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On peut diviser en quatre grandes étapes le processus que vivent les immigrants du moment où ils manifestent un intérêt pour le Canada jusqu’à leur intégration à la société canadienne : la sélection, l’établissement, l’adaptation et la contribution. La première étape, la sélection, s’effectue dans le pays d’origine de l’immigrant, mais les trois autres se déroulent après son arrivée au Canada. À l’étape de l’établissement, c’est-à-dire à son arrivée au Canada, l’immigrant doit trouver un logement, une école pour ses enfants et un emploi. Souvent, à cette étape, il a recours aux services d’aide aux nouveaux arrivants. Vient ensuite l’étape de l’adaptation, une fois tous les besoins immédiats comblés. À cette étape, l’immigrant décide, entre autres, où il veut vivre et quel emploi il veut occuper à long terme. Il acquiert également de plus en plus d’autonomie. Enfin, arrive l’étape où l’immigrant apporte une contribution à la communauté; il a maintenant un statut social, occupe un emploi et s’est établi dans une communauté où il se sent chez lui. Il ne fait plus appel aux divers services d’aide aux immigrants, mais offre lui-même bénévolement ses services à des institutions communautaires. À l’une ou l’autre de ces étapes, trois dimensions importantes entrent en ligne de compte : la langue, l’emploi et la communauté. Dans le cas de la langue, on parle de la capacité qu’a l’immigrant de communiquer adéquatement dans son nouvel environnement linguistique. L’emploi correspond à la capacité de l’immigrant de subvenir à ses besoins, à la hauteur de ses compétences, et la communauté correspond à l’intégration sociale de l’immigrant.



Le tableau 4 illustre comment les dimensions et étapes s’imbriquent les unes aux autres. Par exemple, à l’étape de la sélection (alors qu’ils sont toujours dans leur pays d’origine), il est très important que les immigrants qui se préparent à s’établir dans une communauté minoritaire de langue officielle se familiarisent avec la langue parlée par la majorité, car ils devront atteindre un degré de bilinguisme fonctionnel. Aux étapes de l’établissement et de l’adaptation, l’emploi devient un autre élément important. Enfin, lorsqu’il arrive à la dernière étape, l’immigrant doit avoir et les compétences linguistiques, et les moyens financiers voulus s’il veut apporter sa contribution à la communauté.

D’après les personnes que nous avons interrogées, les trois plus importants obstacles que doivent surmonter les immigrants qui s’établissent dans une communauté linguistique minoritaire sont les suivants :

  • la connaissance nécessaire de la langue parlée par la majorité;
  • la difficulté à faire reconnaître ses titres de compétences et son expérience professionnelle par des associations et des employeurs au Canada;
  • l’absence d’antécédents professionnels au Canada (pas « d’expérience canadienne »), qui fait que de nombreux employeurs hésitent à embaucher des immigrants.

Le tableau 5 illustre l’expérience d’immigrants qui ne sont pas allés jusqu’au bout de leur processus d’immigration.

Tableau 5 : Raison de l’échec de l’intégration dans une communauté minoritaire de langue officielle

Ce qui est particulièrement frustrant dans un cas comme celui qui est illustré au tableau 5, c’est que l’espoir et le potentiel du début s’estompent malgré les efforts déployés par l’immigrant et la communauté. Même si, dans bien des cas, la communauté peut aider l’immigrant à s’établir, c’est lorsque ce dernier constate qu’il n’aura pas le même statut professionnel que dans son pays d’origine que l’enthousiasme qu’il manifestait initialement peut se transformer en découragement. C’est alors que, souvent, l’immigrant compte sur ses enfants pour réussir là où il a échoué sur le plan économique et qu’il en vient à la conclusion que l’intégration à la communauté de langue officielle minoritaire ne lui apportera que peu d’avantages. Cela n’est souhaitable ni pour l’immigrant, ni pour la communauté minoritaire. Et même si, après quelques années, les immigrants obtiennent le succès qu’ils avaient souhaité, dans l’intervalle, ils se seront détachés de la communauté au point où ils pourraient ne jamais la réintégrer.

Voyons maintenant de manière plus approfondie chacune des étapes et des dimensions de l’immigration. Pour une vue d’ensemble de ces éléments, voir l’Annexe I.

Du Maroc au Manitoba : Une transition réussie

« Ah, la famille de Youssef Ouateli est notre famille immigrante modèle », affirme la coordonnatrice du placement au centre d’emploi et d’alphabétisation francophone Pluri-elles de Saint-Boniface. Youssef Ouateli est technicien en aéronautique chez Air Canada. En mars 1999, il a quitté Casablanca avec sa femme et leurs deux enfants pour s’établir à Winnipeg. Le récit de cette famille immigrante est réellement une histoire de réussite. Les Ouateli sont des membres très actifs de la communauté francophone du Manitoba. En 1998, le président de la Société franco-manitobaine (SFM), Daniel Boucher, s’est rendu au Maroc pour rencontrer des immigrants potentiels. Youssef Ouateli était l’un d’eux. L’exposé de M. Boucher a piqué la curiosité de Youssef et celui-ci a commencé à s’informer sur les modalités d’immigration au Canada. Dix-huit mois plus tard, lui et sa famille arrivaient à Winnipeg.

Si on voulait illustrer la contribution positive que peut apporter l’immigration à une communauté francophone minoritaire au Canada, on pourrait sans aucun doute citer l’exemple de M. Ouateli. Mais, lorsque nous les avons rencontrés dans leur nouvelle maison d’une banlieue verte de Winnipeg, les Ouateli nous ont raconté que leur cas ne correspondait pas à la norme. M. Ouateli et sa femme sont fiers de ce qu’ils ont accompli au Canada, mais s’empressent d’ajouter que tous les immigrants marocains n’ont pas la même chance qu’eux. « Parmi la quinzaine de familles marocaines qu’on connaît ici, je suis le seul qui travaille dans son domaine », explique Youssef. Sa femme, par exemple, étudie au Collège universitaire de Saint-Boniface pour devenir aide en soins de santé et soins à domicile. Au Maroc, elle était dessinatrice de mode. Lorsqu’elle est arrivée à Winnipeg, on ne lui offrait que des emplois de couturière. Pendant les entrevues, un superviseur vérifiait sa rapidité d’exécution chronomètre en main. Compte tenu de la demande de travailleurs dans le secteur de la santé au Manitoba, et du fait qu’elle avait aimé aider son beau-frère dans son cabinet médical au Maroc, elle a décidé de réorienter sa carrière et de devenir professionnelle de la santé.

Les deux enfants du couple fréquentent sans problèmes l’école de langue française. La communauté franchophone locale prend tous les moyens nécessaires pour s’assurer que les enfants d’immigrants francophones fréquentent l’école de langue française. Dès l’arrivée d’immigrants au sein de la communauté, on informe le service de transport scolaire qui dessert les écoles de langue française. L’autobus passe prendre les enfants au motel où la famille est souvent temporairement installée. Les parents ont ainsi le temps de chercher un logement permanent sans se soucier de leurs enfants. La SFM remet également aux parents une carte indiquant le parcours des autobus scolaires, de sorte qu’ils puissent cibler leurs recherches de logement dans des quartiers situés là où il sera possible pour les enfants de fréquenter une école de langue française.

Rares sont les immigrants qui s’attendent à un parcours sans embûches au Canada et, lorsque nous avons demandé à Youssef ce qu’il recommanderait à des immigrants francophones qui veulent s’établir au Manitoba, il a répondu ceci : « Il faut absolument un minimum d’anglais et beaucoup de patience et de persévérance, surtout pendant la première année. Il ne faut pas se décourager. »