ARCHIVÉE - Chapitre 1 – Pour façonner la dualité linguistique de demain, il faut établir des objectifs concrets

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La sélection minutieuse des immigrants arrivant au Canada vise deux objectifs principaux : veiller à ce que l’immigration profite au pays, mais aussi à ses nouveaux immigrants. Malheureusement, ce qui a été une situation bénéfique à la fois pour le pays et pour la plupart de ses immigrants n’a pas profité aux communautés francophones minoritaires du Canada. La population anglophone du Canada compte énormément sur l’immigration pour assurer sa croissance démographique, mais très peu d’immigrants sont attirés par les communautés francophones. Cela a pour effet que l’immigration réduit involontairement le poids démographique de ces communautés francophones. Pour maintenir leur importance sur le plan démographique, elles doivent attirer et garder un pourcentage d’immigrants correspondant à leur propre poids démographique. À l’heure actuelle, près de 4,5 p. 100 des Canadiens à l’extérieur du Québec sont francophones, ce qui signifie qu’au moins le même pourcentage des nouveaux arrivants devraient être et demeurer francophones, sans quoi les communautés francophones minoritaires vont pâtir, d’un point de vue démographique, du recours de plus en plus systématique du Canada à l’immigration.

Dans la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés qu’il a fait adopter en 2001, le gouvernement du Canada a, pour la première fois, fait du développement et de l’épanouissement des communautés minoritaires de langue officielle un objectif clair de sa politique d’immigration7. Il était urgent que le gouvernement prenne un tel engagement, afin de garantir que ces communautés accueilleraient dorénavant une juste proportion d’immigrants francophones. On peut utiliser deux types de statistiques pour illustrer le profil démographique actuel :

  • Citoyenneté et Immigration Canada rend compte de la ou des langues que parlent les immigrants à leur arrivée au Canada.

  • Statistique Canada rend compte de la proportion d’immigrants au sein de chacune des deux communautés de langue officielle. Cela brosse un tableau d’ensemble de la proportion d’immigrants au sein de chaque groupe linguistique.

Une forte proportion d’immigrants n’est pas seulement un signe de diversité; à une époque où la croissance démographique dépend de plus en plus de l’immigration, elle indique dans quelle mesure chaque communauté parvient à prendre de l’expansion grâce à l’intégration de nouveaux arrivants. Donc, si 4,5 p. 100 de la population canadienne hors Québec est francophone, le même pourcentage d’immigrants s’installant chaque année à l’extérieur du Québec devraient non seulement être francophones au moment de leur arrivée, mais aussi continuer à parler français, c’est-à- dire ne pas être absorbés par la communauté anglophone majoritaire. Le fait d’envoyer ses enfants à l’école en français et la participation aux activités de la communauté francophone constituent des indicateurs de l’attachement constant d’un immigrant à la langue minoritaire.

En fait, on a réalisé certains progrès ces trois dernières années, puisque le nombre d’immigrants francophones a augmenté, et représente aujourd’hui 3,1 p. 100 de la population.

Tableau 2 : Immigrants francophones*
s’établissant ailleurs qu’au Québec

  Nombre total de nouveaux arrivants à l’extérieur du Québec Nouveaux arrivants francophones à l’extérieur du Québec Établissement durable anticipé
(50 p. 100)
1999 161 000 3 220  (2,0 %) 1 610  (1,0 %)
2000 195 000 5 570  (2,9 %) 2 785   (1,5 %)
2001 214 000 6 722  (3,1 %) 3 361  (1,6 %)

(Sources : CIC, 2002a; Commissaire 2002)
* Comprend les immigrants connaissant les deux langues officielles.

Bien que le pourcentage de nouveaux arrivants francophones est passé de 2 p. 100 en 1999 à 3,1 p. 100 en 2001, selon les tendances en matière de transfert linguistique parmi les immigrants (Commissaire, 2002), seulement la moitié de ces 3,1 p. 100 (soit 6 722 immigrants) sont susceptibles de demeurer au sein de la communauté francophone. En d’autres termes, on peut s’attendre à ce que seulement 1,6 p. 100 des immigrants (3 361 personnes) restent francophones.

Tableau comparatif entre le pourcentage d’immigrants au sein des communautés francophones et anglophones, par province/territoire


Observons le déséquilibre qui s’est déjà créé. À l’exception de la communauté anglophone du Québec et de la petite communauté francophone de Terre-Neuve, les groupes de langue officielle minoritaire de toutes les provinces comptent une proportion d’immigrants nettement inférieure à celle des communautés majoritaires. En Ontario, 6 p. 100 des francophones sont des immigrants. Or, lorsqu’on considère la proportion d’immigrants chez les anglophones de l’Ontario (25 p. 100), on constate que la proportion d’immigrants chez les francophones de cette province n’en représente que le quart. Au Québec, la majorité francophone ne compte que 5 p. 100 d’immigrants, tandis que la minorité anglophone en compte 27 p. 100. La communauté francophone de la Colombie-Britannique compte une forte proportion d’immigrants (15 p. 100). Cela signifie qu’elle pourrait être un jour la même que la proportion d’immigrants chez les anglophones (23 p. 100).

Les Chinois au Québec : Approches novatrices pour la reconnaissance des titres de compétences

La plupart des immigrants chinois qui s’établissent au Québec ne parlent ni anglais ni français, mais ceux qui connaissent au moins une langue officielle sont beaucoup plus nombreux à parler anglais. Au moins 10 p. 100 des immigrants d’origine chinoise ont une certaine connaissance de l’anglais, mais ils sont moins de 0,5 p. 100 à connaître le français (Canada, 2002a). Les immigrants chinois sont donc majoritairement anglophones, du moins les nouveaux arrivants.

Le Service à la famille chinoise du Grand Montréal (SFCGM) est le plus important organisme à offrir des services aux immigrants chinois à Montréal. M. Su Zhao travaille comme consultant pour le SFCGM dans le domaine de l’emploi. Il admet que la langue constitue un obstacle majeur pour les nouveaux arrivants, surtout lorsqu’ils sont incapables de recevoir certains services en anglais. La plupart des immigrants ont fait entre deux et quatre ans d’études postsecondaires, principalement en informatique, en chimie, en électronique et en génie. Le manque d’expérience de travail sur le marché québécois et le fait que les employeurs exigent du personnel bilingue constituent les deux principaux obstacles pour les professionnels qui s’adressent à lui.

Il existe cependant deux programmes particulièrement prometteurs destinés à aider les immigrants à surmonter ces obstacles : le Programme d’immersion professionnelle CAMO-PI (Service à la famille chinoise du Grand Montréal 2001, p. 18) et l’initiative Accès à l’Ordre des ingénieurs du Québec. Le programme CAMO-PI offre aux professionnels la possibilité d’occuper un premier emploi au Québec qui, dans la plupart des cas, devient un emploi permanent. L’autre initiative est destinée à aider les ingénieurs chinois à devenir membres de l’Ordre des ingénieurs du Québec. La seule critique que formule M. Zhao porte sur le fait que ces programmes n’offrent pas assez de places. En 2000, son organisme a offert des services de counselling en emploi à près de 1 200 immigrants. Or, au cours des quatre dernières années, le nombre de places offertes par le Programme d’immersion professionnelle n’est passé que de cinq à vingt. Dans le cadre de ce programme, on place chaque participant chez un employeur qui l’engage pour une période de 30 semaines. L’employeur ne verse à l’immigrant que la moitié d’un salaire normal. L’autre moitié est subventionnée par le gouvernement du Québec, mais l’argent est versé par le SFCGM. Comme l’explique M. Zhao, cela garantit que les immigrants assisteront régulièrement aux séances de counselling qu’il organise; l’intégration des immigrants à leur nouveau milieu professionnel se fait donc en douceur, et ils peuvent régler tout problème potentiel avec l’aide du SFCGM. Le succès de ce programme est exemplaire : 85 p. 100 des personnes placées se voient offrir un poste permanent par leur employeur. M. Zhao estime qu’un tiers des 1 200 clients qui le consultent chaque année pourraient bénéficier de ce programme avec le même taux de réussite.

Le SFCGM adopte une approche très proactive et travaille aujourd’hui en collaboration avec l’Université de Montréal, où un petit nombre d’ingénieurs chinois (huit participants en 2000) suivent des cours de français destinés aux ingénieurs. L’ancienne directrice du SFCGM, Mme Cynthia Lam, a expliqué les problèmes particuliers qu’ont connus les clients de son organisme lors de l’audience de la Commission permanente de la culture de l’Assemblée nationale du Québec, le 13 septembre 2000. Dans ses commentaires, elle a fait référence aux deux programmes susmentionnés :

« On a la banque d’employabilité. Maintenant, on a 550 personnes, des candidats, candidates hautement qualifiés, de nouveaux arrivants. Et d’après notre analyse, on a à peu près 50 p. 100 des gens qui sont dans le domaine ingénieur. (...) On est aussi un partenaire communautaire pour le programme CAMO-PI. Ça veut dire que c’est le gouvernement du Québec qui nous a offert ce programme-là pour donner un salaire subventionnaire pour les employeurs qui sont à la recherche de professionnels. (...) Une quarantaine d’employeurs ont déjà engagé des candidats et candidates de notre banque. » (Québec, 2000)

Les propos de Ping Fang, qui est l’un des premiers participants au projet, sont encourageants :

« Grâce à l’initiative Accès à l’Ordre des ingénieurs du Québec, c’est comme si l’on m’avait soudain ouvert une porte. Je vais enfin pouvoir contribuer à la société québécoise dans mon propre domaine! De plus, les employeurs québécois vont pouvoir profiter de l’expertise des immigrants qui sont des professionnels qualifiés. » (Chinese Family Service of Greater Montreal, 2000)

Tout en espérant que son organisme pourra obtenir plus d’argent afin d’offrir aux immigrants des programmes de stages subventionnés, M. Zhao est fier des succès qu’il a connus jusqu’ici. Selon lui, très peu d’immigrants chinois déménagent dans une autre région du Canada une fois qu’ils ont commencé à investir dans l’apprentissage du français (tout en conservant leur anglais) et que leurs enfants se plaisent à l’école. Les membres de la communauté chinoise de Montréal sont véritablement polyglottes : alors qu’il faut connaître les deux langues officielles du Canada pour pouvoir travailler dans de nombreux domaines professionnels, le SFCGM offre désormais des cours de mandarin afin d’aider les immigrants chinois originaires de Hong Kong à maîtriser la langue la plus parlée en Chine continentale.

L’Alberta compte la troisième communauté d’immigrants francophones en importance à l’extérieur du Québec, après l’Ontario et la Colombie-Britannique (un peu plus de 3 000 personnes). Cela représente une proportion légèrement supérieure à 6 p. 100, ce qui est environ deux fois et demie inférieur à la proportion d’immigrants chez les anglophones, qui se situe à 14,5 p. 100.

Il convient d’accorder une attention particulière au Nouveau-Brunswick, où plus du tiers de la population est francophone. On devrait s’inquiéter du fait que, dans une province où la population francophone est cinq fois plus nombreuse que celle de l’Alberta, il y a moins d’immigrants francophones qu’en Alberta (seulement 2 590). Le Nouveau-Brunswick est en effet la province canadienne qui compte la plus faible proportion d’immigrants francophones, avec un peu plus de 1 p. 100. Il convient cependant d’ajouter que, même parmi la population anglophone de la province, seulement un peu plus de 4 p. 100 sont des immigrants. Les récents efforts qu’a déployés le Manitoba pour inciter plus d’immigrants à s’installer sur son territoire étaient tout à fait bienvenus, compte tenu de la faible proportion d’immigrants francophones que compte cette province. Seulement 2,8 p. 100 des francophones (soit 1 285 personnes) sont des immigrants, contre 12,2 p. 100 des anglophones. Le Manitoba est ainsi la province où l’écart est le plus important entre la proportion d’immigrants au sein des communautés anglophone et francophone.

À elles trois, la Nouvelle-Écosse, la Saskatchewan et l’Île-du-Prince- Édouard comptent juste un peu plus d’immigrants francophones que le Manitoba (1 450). La proportion d’immigrants chez les francophones varie de 1,5 p. 100 à l’Île-du-Prince-Édouard à 3 p. 100 en Saskatchewan et, dans les trois cas, cela représente à peu près la moitié de la proportion d’immigrants chez les anglophones.

Notez bien

Grâce aux dispositions de la nouvelle loi sur l’immigration, tous les Canadiens, francophones ou anglophones, qu’ils vivent en région rurale ou en milieu urbain, devraient pouvoir bénéficier de l’immigration de la même manière. Pour atteindre cet objectif, il faudra cependant mieux cibler les méthodes de sélection et les efforts d’intégration, et surveiller de près les résultats produits par ces efforts afin d'en prouver l’efficacité.

La province de Terre-Neuve et du Labrador, qui est la plus homogène au Canada sur le plan linguistique, compte une population francophone de seulement 2 180 personnes, soit 0,4 p. 100 de sa population totale. C’est également la province qui compte la plus faible proportion d’immigrants, lesquels représentent seulement 1,6 p. 100 de la population totale. Il est toutefois assez surprenant de constater que la proportion d’immigrants chez les francophones est nettement supérieure à la proportion de ces derniers dans l’ensemble de la population : en effet, près de 10 p. 100 des francophones de Terre-Neuve sont des immigrants. Même si les chiffres absolus sont peu élevés (215 personnes), Terre-Neuve est la seule province canadienne où la population francophone minoritaire compte une plus forte proportion d’immigrants que la majorité anglophone. Les professionnels francophones qui vivent dans la capitale, St. John’s, et qui sont originaires d’Europe ou des îles françaises voisines de Saint-Pierre-et-Miquelon représentent probablement le plus gros de la population d’immigrants francophones (Butt, 1998).

Le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest (qui incluaient le Nunavut au moment du recensement) comptent à eux deux une population francophone de 2 400 personnes, dont 135 sont des immigrants. Il y a donc autant d’immigrants chez les francophones que chez les anglophones dans les Territoires du Nord-Ouest (5 p. 100) et la proportion d’immigrants chez les francophones représente les deux tiers de celle chez les anglophones au Yukon (immigrants francophones : 7 p. 100; immigrants anglophones : 10,5 p. 100).


 

7 « 3. (1) En matière d’immigration, la présente loi a pour objet : (...) b.1) de favoriser le développement des collectivités de langues officielles minoritaires au Canada. » Par ailleurs : « (3) L’interprétation et la mise en oeuvre de la présente loi doivent avoir pour effet (...) e) de soutenir l’engagement du gouvernement du Canada à favoriser l’épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada. » (Loi sur l’immigration et la protection des réfugiésSite du gouvernement, L.C. 2001, ch. 27)



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