ARCHIVÉE - 2. Chercheurs des CLOSM : obstacles perçus

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La présente partie fait état de la réalité des chercheurs et des principaux obstacles qu’ils perçoivent au moment de présenter une demande de subvention de recherche au gouvernement fédéral.

2.1 Questions étudiées

Voici les principales questions abordées durant les entrevues avec les chercheurs :

  • Accès au financement de la recherche. La question de l’accès touche la mesure dans laquelle les chercheurs et les universités tirent profit des programmes actuels de financement de la recherche. On a obtenu de l’information pertinente à ce sujet de la part des organismes fédéraux de financement de la recherche. Cependant, le sondage réalisé auprès des chercheurs et les entrevues menées en personne avaient pour but de déterminer à quel point ces chercheurs connaissent les sources de financement existantes, sont en mesure de soumettre une demande de financement et ont réussi à obtenir du soutien financier.

  • Capacité des organismes fédéraux de financement de la recherche à donner des services aux CLOSM dans les deux langues officielles. L’un des aspects clés de l’étude consistait à établir dans quelle mesure les organismes de financement fédéraux répondent aux besoins des CLOSM et sont aptes à évaluer les projets dans la langue choisie par la personne qui le présente. Pour connaître leur efficacité, on a utilisé des mesures telles que le niveau de compétences linguistiques des membres des comités d’examen par les pairs, la capacité du personnel des organismes à établir des liens avec les établissements et les chercheurs dans les deux langues officielles ainsi que le degré d’assurance que la langue officielle choisie par le chercheur ne diminuerait pas ses chances d’obtenir du financement.

  • Programmes ciblant les CLOSM. Le sondage mené auprès des chercheurs de même que les entrevues ont également permis d’examiner dans quelle mesure les programmes actuels ciblaient les CLOSM ou appuyaient la recherche sur la dualité linguistique dans les CLOSM.

     
  • Connaissance dans les CLOSM des sources de financement de la recherche. Le sondage auprès des chercheurs qui travaillent dans des CLOSM ou qui mènent des recherches sur des questions liées aux langues officielles a aussi permis de vérifier leur connaissance des programmes existants de financement de la recherche.

2.2 Connaissance et expérience

Il est clair que l’échantillon de 40 chercheurs interrogés n’est pas représentatif de l’ensemble de la population de professeurs de toutes les CLOSM au Canada. L’analyse de leurs réponses au questionnaire et des documents supplémentaires qu’ils ont fournis permet néanmoins de faire de nombreuses constatations qui s’appliquent à la plupart des professeurs universitaires qui œuvrent dans des établissements de langue officielle minoritaire et à ceux qui étudient des questions liées aux langues officielles.

Les chercheurs participants étaient très expérimentés et informés, la plupart s’étant hissés au rang de professeurs titulaires ou agrégés. Autre indicateur du même ordre : tous, à une exception près, ont fait à un moment une demande de financement à au moins un organisme fédéral, et le tiers ont obtenu une réponse positive à deux reprises ou plus. De plus, 10 p. 100 des chercheurs interrogés n’ont jamais reçu de fonds, 20 p. 100 reçoivent actuellement des fonds d’un organisme fédéral, et 60 p. 100 ont reçu du financement au cours des cinq dernières années.

Bien que les chercheurs anglophones des universités McGill, Concordia et Bishop’s au Québec (tous ont reçu des fonds d’au moins une source du gouvernement fédéral au cours des cinq dernières années) étaient plus susceptibles d’obtenir du soutien pour leurs recherches que leurs collègues francophones des CLOSM ailleurs au Canada, les deux groupes sont très au fait des modalités du processus de demande de subvention. Par conséquent, on ne saurait contester les obstacles qu’ils décrivent ni les considérer exagérés ou non représentatifs.

2.3 Obstacles perçus par les chercheurs

D’après les nombreux commentaires par les chercheurs interrogés, on a déterminé que certains obstacles font grandement diminuer leurs chances d’obtenir une subvention ou un contrat d’une source du gouvernement fédéral.

2.3.1 Connaissance limitée du financement disponible

Mis à part Patrimoine canadien et les trois organismes subventionnaires, soit le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), les chercheurs dans les CLOSM ne connaissent pas les sources de financement de la recherche offertes par le gouvernement fédéral (voir le tableau 2). En fait, si les chercheurs des universités de langue officielle minoritaire ne connaissent pas les autres sources de financement, elles sont alors tout autant inaccessibles que si elles n’existaient pas.

La plupart des chercheurs interrogés ont indiqué mieux connaître le CRSH que les autres sources de financement. Parmi ceux qui reçoivent ou qui ont reçu des fonds d’un organisme fédéral pour des projets de recherche, le CRSH était la source de financement la plus souvent citée. Il fallait s’y attendre puisque la plupart des chercheurs interrogés menaient des travaux en sciences humaines.

Environ la moitié des chercheurs ont également pu nommer les IRSC comme source fédérale de soutien de la recherche (bien que les répondants les aient désignés parfois par leur ancien nom, à savoir le Conseil de recherches médicales). Venaient ensuite le CRSNG et Patrimoine canadien.

Étant donné la culture de travail des chercheurs en sciences humaines, ceux-ci sont moins susceptibles de soumettre une demande à des conseils de recherche qui n’ont pas rapport à leur domaine de spécialité. Par conséquent, il n’est pas surprenant que ces chercheurs n’aient pu cerner que quelques autres institutions fédérales qui financent la recherche. Au moins 30 p. 100 d’entre eux n’ont pu nommer aucune source de soutien à la recherche du gouvernement fédéral, mis à part le CRSH, les IRSC et le CRSNG et Patrimoine canadien. Le tableau 3 montre leur connaissance limitée des sources de financement et indique le nombre d’organismes mentionnés par les chercheurs.

Tableau 3 – Sources de financement du gouvernement fédéral mentionnées par les chercheurs (N = 40)

Nombre de sources
mentionnées

Chercheurs

 

Pourcentage

N

Moins de 3

20 %

8

3 ou 4

50 %

20

5 ou 6

12 %

5

7 ou 8

12 %

5

Plus de 8

6 %

2

Les chercheurs anglophones étaient mieux informés des sources de financement de la recherche du gouvernement fédéral, puisque la plupart ont pu en nommer au moins cinq. Cette situation provient sans doute du fait que davantage de sources de renseignements sont affectés dans les grands établissement que dans les petits. Ces chercheurs ont indiqué qu’il était aussi possible d’obtenir des fonds de recherche de la part des gouvernements provinciaux, d’organismes non gouvernementales et du secteur privé.

En conclusion, les chercheurs des universités de langue officielle minoritaire semblent peu connaître le vaste éventail de sources fédérales de financement de la recherche. La nature et le champ de la recherche menée par la plupart des francophones en situation minoritaire mettent  en évidence une dépendance aux subventions du CRSH et de Patrimoine canadien puisque près de 80 p. 100 n’ont jamais fait de demande ailleurs. Ces deux organismes ainsi que les IRSC et le CRSNG reçoivent plus de 90 p. 100 des demandes des chercheurs interrogés.

2.3.2 Langue de publication

Les chercheurs qui travaillent en français et qui souhaitent publier dans cette langue voient comme un désavantage le fait que les possibilités de publication en langue anglaise sont beaucoup plus nombreuses. La chose est particulièrement vraie dans le domaine des sciences naturelles, où l’anglais prédomine comme langue de choix de ceux qui souhaitent être lus et cités dans le monde entier. Comme on s’y attendait, cette situation ne s’applique pas aux  chercheurs anglophones du Québec qui publient en anglais. Si cette langue officielle est minoritaire dans cette province, elle demeure la langue de la majorité en Amérique du Nord et de la plupart des revues scientifiques. Cette constatation corrobore les témoignages des chercheurs en sciences naturelles et en génie qui disent avoir plus de succès lorsqu’ils soumettent leurs projets de recherche en anglais.

2.3.3 Compétences linguistiques des membres des comités d’examen par les pairs

Dans la communauté scientifique, le processus d’évaluation par les pairs joue un rôle très important en ce qui touche non seulement les demandes de subvention, mais aussi les articles présentés pour publication. La communauté scientifique est catégoriquement en faveur d’un processus d’examen par les pairs intègre et de qualité. L’examen par les pairs constitue la norme internationale dans l’évaluation de l’excellence en matière scientifique et est perçu de façon générale comme le meilleur système pour ce faire. Cependant, les chercheurs qui désirent travailler en français considèrent comme un obstacle majeur le fait que des évaluateurs anglophones évaluent des projets de recherche rédigés en français.

La moitié des chercheurs francophones ont connu des problèmes lors du processus de demande de financement de la recherche des organismes fédéraux et ont remis en question les compétences linguistiques de ceux qui évaluent les projets de recherche rédigés dans leur  langue seconde. Documents à l’appui, des chercheurs ont parlé de leurs projets qui ont été refusés, et leurs expériences, qui laissent clairement entrevoir une mauvaise compréhension de l’objet des projets rédigés en français, jettent de sérieux doutes sur les compétences linguistiques des examinateurs dont la langue maternelle est l’anglais. Les chercheurs qui ont agi comme évaluateurs et membres de comités d’examen par les pairs ont confirmé ces doutes.

En plus de remettre en question le bilinguisme fonctionnel auto-évalué des membres des comités de pairs, les chercheurs ont aussi mentionné que la prépondérance d’évaluateurs issus de grands établissements universitaires, sans égard à la langue, pouvait constituer un obstacle. Ce problème a surtout été signalé par les chercheurs francophones de petites universités en milieu minoritaire. Ces derniers déplorent le manque de sensibilité à l’égard de leur réalité particulière et des obstacles supplémentaires qu’ils doivent surmonter et qui sont, à leur avis, méconnus des scientifiques des grandes universités. Les commentaires formulés à cet égard allaient de la méfiance envers l’efficacité des comités d’examen constitués uniquement de membres de grandes universités à des allégations de partialité absolue.

Il ne faut pas se méprendre sur ces critiques. Aucun des chercheurs interrogés ne s’oppose au processus d’examen par les pairs utilisé par les conseils subventionnaires pour sélectionner les projets qui recevront du financement. Au contraire, tous reconnaissaient volontiers la nature concurrentielle du processus d’attribution et le prestige lié à l’obtention de fonds de l’un des organismes subventionnaires fédéraux comme étant des éléments positifs. Les chercheurs travaillant dans la langue officielle minoritaire n’appuieraient pas de procédures édulcorées de distribution de fonds à des projets de recherche dont leurs pairs douteraient de la qualité ou qui ne respecteraient pas des normes concurrentielles. Cependant, les participants à l’étude estiment que le système a ses limites, surtout pour les chercheurs de petits établissements en milieu minoritaire. Ils soutiennent que les comités favorisent certains types et champs de recherche en plus d’avantager les chercheurs qui travaillent en anglais. Mis à part la tendance à privilégier certaines disciplines, qui sera abordée plus loin, les plaintes des chercheurs francophones en situation minoritaire concernent notamment :

  • l’absence, au sein de nombreux comités, d’examinateurs provenant d’universités de langue officielle minoritaire à l’extérieur du Québec;

  • la compétence non vérifiée en langue seconde des membres des comités d’examen par les pairs qui se déclarent bilingues;

  • le fait que les anglophones unilingues jugent des demandes rédigées en français;

  • le faible nombre de commentaires écrits en français,  ou même en anglais, pour expliquer les refus (en particulier lorsqu’il s’agit de demandes de chercheurs francophones qui tentent de travailler en anglais et qui, pour ce faire, soumettent à une évaluation externe un projet de recherche qu’ils ont rédigé dans leur langue seconde).

En plus de soulever la très sérieuse question des compétences relatives à la lecture et à la compréhension des textes écrits en langue seconde, les chercheurs dans les CLOSM doutaient également des compétences de leurs pairs « passivement bilingues » pour ce qui est d’apprécier les nuances, valeurs et sensibilités culturelles d’une minorité linguistique, ce qui dépasse la capacité de communiquer en soi. Au Québec comme ailleurs au Canada, les chercheurs francophones attribuaient la fréquence des rejets fondés sur une seule évaluation externe à la difficulté de trouver des examinateurs qui connaissent suffisamment la langue dans laquelle ils ont rédigé leurs projets de recherche, surtout dans les domaines hautement spécialisés.

Les chercheurs anglophones du Québec n’ont pas formulé de tels commentaires.

2.3.4 Faible importance accordée aux questions liées aux langues officielles

Il va au-delà de la portée de la présente étude de déterminer ce que serait un soutien suffisant, dans le domaine des sciences humaines, pour financer tous les projets de recherche de qualité sur les langues officielles. Bien entendu, le CRSH finance de nombreux projets qu’il juge de qualité supérieure et leur accorde une attention prioritaire. Néanmoins, tous les chercheurs (anglophones comme francophones au sein de grandes ou de petites universités au Québec ou ailleurs au Canada) qui participent à des projets de recherche sur la dualité linguistique sont du même avis : pendant de nombreuses années, les sources de financement n’ont accordé que très peu d’importance aux sujets de recherche liés à la dualité linguistique.

Par conséquent, les comités d’examen par les pairs et les évaluateurs externes étaient peu enclins à reconnaître l’importance des projets de recherche sur ces sujets comparativement à d’autres priorités dans les diverses disciplines connexes. Par ailleurs, les chercheurs  francophones travaillant sur des questions liées aux CLOSM étaient d’avis que le type de travaux de recherche qu’ils mènent ne sont pas accueillis favorablement par les chercheurs francophones du Québec et les chercheurs anglophones en général.

Comme on l’a déjà mentionné, tous les chercheurs s’intéressant à des questions liées aux langues officielles se sont plaints que la reconnaissance de la pertinence de leur recherche est bien lente à venir, une réalité qui s’observe encore au sein de certains organismes fédéraux de financement et de leurs comités d’examen par les pairs. Pour étayer leurs affirmations, certains ont même apporté des documents d’évaluation de leurs propres projets de recherche qui montrent clairement que certains projets pertinents ont été rejetés en raison de leur intérêt soi-disant limité en regard des priorités nationales, et ce, malgré le fait que la population canadienne se préoccupe depuis longtemps des questions liées aux langues officielles (voir la section 3.5.2 où il est question de l’établissement des priorités en matière de recherche).

Malheureusement, bien que certains chercheurs aient fait état d’initiatives stratégiques positives ayant trait à la dualité linguistique (notamment celles du CRSH et des IRSC), celles-ci sont plutôt récentes, et la majorité des chercheurs interviewés n’en avait pas entendu parler.

Les demandes de plusieurs chercheurs ont été refusées parce que les comités d’examen jugeaient de peu d’importance les sujets chers aux CLOSM, comme la sociolinguistique, la linguistique, les politiques de bilinguisme, la religion et les questions socio-culturelles. Dans certains cas, il est évident que les examinateurs francophones en situation linguistique  majoritaire ne s’intéressaient pas au fait français comme langue minoritaire à l’extérieur du Québec. Dans d’autres cas, des projets de recherche sur des sujets auxquels s’intéressent les CLOSM autant anglophones que francophones ont été rejetées sous prétexte qu’elles ne visaient pas toutes les minorités ethniques du Canada.

Certains chercheurs interrogés trouvent tout aussi frustrantes les méthodes du CRSH qui détermine qu’un projet est admissible à du financement, mais qui n’alloue aucun montant en prétextant qu’il ne dispose pas des fonds nécessaires. Dans ce cas, le CRSH attribue à un projet la cote 4A, qui signifie qu’il est de bonne qualité, mais qu’il ne sera pas financé. Cette cote est considérée comme un euphémisme qui camoufle maladroitement qu’un projet n’est pas prioritaire par rapport aux autres, qui eux reçoivent un soutien financier du gouvernement fédéral. Par conséquent, bien que les fonds soient limités, les chercheurs sont convaincus qu’ils auraient obtenu du financement si les sujets de recherche liés à la dualité linguistique et aux CLOSM avaient reçu la cote de priorité qu’ils méritaient puisque l’on avait reconnu la qualité de leurs projets.

Selon les chercheurs, le peu d’importance accordée à la dualité linguistique s’explique notamment par :

  • la nature interdisciplinaire de la recherche sur la dualité linguistique;

  • la documentation et l’information limitées, et le fait que la recherche dans ces domaines ne se fonde pas sur un riche historique;

  • le fait que les comités d’examen par les pairs ne se rendent pas compte qu’il est nécessaire de mener des travaux de recherche dans ce domaine et qu’il s’agit d’enjeux importants;

  • le manque de représentation des CLOSM au sein des comités d’examen par les pairs et des organismes décisionnels connexes;

  • un soutien insuffisant des établissements des CLOSM et peu d’influence de leurs organismes décisionnels;

  • le nombre relativement restreint de chercheurs qui se consacrent à la recherche sur la dualité linguistique et les CLOSM;

  • le lien étroit qui existe entre les questions relatives à la dualité linguistique et aux CLOSM et les enjeux particuliers touchant la population dans son ensemble (dont les soins de santé, l’éducation, l’immigration) et qui accroît la complexité des projets de recherche et requiert des équipes de recherche multidisciplinaires;

  • la confusion concernant les types de recherche admissibles à du financement dans de tels secteurs, y compris le caractère prioritaire accordé à la recherche fondamentale par rapport à la recherche appliquée.
2.3.5 Manque de soutien des établissements

Bien qu’elles doivent toutes surmonter les obstacles déjà mentionnés, les communautés de recherche de langue officielle en situation minoritaire sont loin d’être sur un pied d’égalité lorsqu’elles sont en concurrence pour obtenir quelques ressources financières attribuées à la recherche. Les chercheurs des petits établissements doivent relever de plus nombreux défis que ceux des universités McGill, Concordia, d’Ottawa ou même de Moncton. Ils ont parfois à régler des problèmes tout à fait différents de ceux de leurs collègues des grands centres ou des petites universités de langue officielle en situation majoritaire.

Les commentaires des chercheurs mettent en lumière le fait qu’il n’existe pas une culture établie en recherche dans ces petits établissements. Les chercheurs mentionnent entre autres :

  • la nécessité d’accorder plus de temps pour encourager l’élaboration et le succès de projets de recherche, ce qui nécessiterait une réduction de la charge de travail des enseignants;

  • le manque d’expertise et de soutien en secrétariat et en administration pour rédiger des projets qui peuvent concurrencer les autres demandes de subvention présentées de manière professionnelle par des collègues oeuvrant dans de grandes universités;

  • le nombre limité de programmes d’études supérieures susceptibles de fournir un bassin d’assistants en recherche.

À l’exception du cas de l’Université McGill, qui avait depuis longtemps adopté une autre vision, l’enseignement avait préséance jusqu’à tout récemment sur la recherche dans l’attribution des prix et des ressources, principalement dans les programmes de premier cycle des établissements universitaires des CLOSM. Plusieurs chercheurs interrogés, qui provenaient tous de plus petites universités, ont fait état de contraintes de temps liées à de lourdes charges d’enseignement, à la gouvernance de l’établissement et au travail en comités, autant de facteurs exerçant une influence négative sur leur capacité de participer aux concours du gouvernement fédéral qui financent la recherche. La tâche d’enseignement courante pour les professeurs des petits établissements bilingues et de langue officielle en situation minoritaire est de six ou sept demi-cours par année universitaire. À titre de comparaison, leurs collègues des grands établissements de langue officielle en situation majoritaire ne donnent que deux demi-cours par semestre et peuvent se voir accorder une réduction de leur tâche d’enseignement pour produire davantage de travaux de recherche. En outre, les chercheurs francophones en milieu minoritaire participent de manière soutenu au travail des comités dans les petits établissements, particulièrement dans les universités bilingues. Il va de soi que, dans de telles circonstances, un changement s’imposera dans le contexte opérationnel et financier au sein duquel les petites universités bilingues et de langue officielle en situation minoritaire évoluent pour permettre le développement d’une culture de recherche.

De plus, comme on peut s’y attendre, les membres des comités qui examinent les demandes de financement doivent être convaincus qu’un projet de recherche puisse se réaliser de la manière proposée. L’insuffisance des ressources destinées à cette fin offertes dans les petits établissements laisse entrevoir d’importants obstacles à l’obtention de financement, particulièrement lorsque les normes d’évaluation sont établies et jugées selon les mesures et les contextes auxquels sont habitués les pairs des plus grandes universités du pays. À cet égard, 20 p. 100 des chercheurs interrogés, qui provenaient tous d’établissements de langue officielle minoritaire hors du Québec, étaient d’avis que les examinateurs des grandes universités favorisaient leurs collègues des grands établissements, francophones ou anglophones.

Les quelques chercheurs interrogés qui n’avaient jamais fait de demande de subvention pour soutenir leurs recherches ou qui ne soumettaient plus de demandes oeuvraient tous dans de petits établissements francophones. Ils considéraient comme écrasante la concurrence des grandes universités et ont fait état de l’inadmissibilité de leur propre établissement à certains programmes de financement. Toutefois, selon eux, la faiblesse de l’infrastructure de soutien était la principale cause du manque de capacité de recherche dans leur milieu universitaire.

2.3.6 Manque d’appréciation de la réalité des chercheurs des établissements des communautés de langue officielle en situation minoritaire

Des chercheurs en nombre suffisant dans une discipline donnée au sein d’un même établissement d’enseignement forment une masse critique apte à aider des confrères à rédiger leurs projets de recherche et à mener les travaux avec succès. Indispensable aux programmes de mentorat, une telle masse critique existe souvent dans les grandes universités, mais se retrouve rarement dans les petits établissements, où un chercheur est susceptible d’être le seul expert dans un domaine donné, sinon dans l’ensemble de la discipline.

Bien que les chercheurs seuls ou autonomes soient admissibles à la majorité des programmes de financement, les organismes fédéraux de financement de la recherche sont perçus comme étant plus enclins à financer les projets des grandes équipes, ce qui favorise encore une fois les universités de grande taille en raison de leur plus grand bassin de chercheurs aptes à travailler en équipe. Le montant global des fonds attribués aux projets des chercheurs seuls ou autonomes s’en trouve réduit. Par ailleurs, un établissement est avantagé s’il compte à la fois des chercheurs sans expérience, qui bénéficient d’une attention spéciale de la part des conseils subventionnaires, et de chercheurs chevronnés, dont le rendement sera utile en attendant que les membres moins expérimentés de l’équipe fassent leurs preuves. Malheureusement, les petits établissements sont moins susceptibles d’avoir cet avantage.

En outre, dans le milieu de la recherche, un débat a lieu sur le niveau souhaitable de spécificité des critères d’évaluation et la mesure dans laquelle il faudrait définir les critères d’évaluation. Ce débat a des répercussions sur les établissements des CLOSM, car des chercheurs des CLOSM pourraient être favorisés par certains critères, comme la taille de l’établissement. Enfin, bien que les taux de succès varient selon le programme, des résultats trop faibles peuvent décourager tant les établissements que les chercheurs.

En conclusion, les chercheurs oeuvrant dans de petites universités de langue officielle minoritaire ont la perception que le processus d’évaluation des demandes de subventions est inéquitable. Selon eux, ils sont désavantagés lorsque les mêmes normes sont utilisées pour évaluer leurs demande que celles des chercheurs provenant des grandes universités. Parmi les exemples cités, mentionnons les attentes et les exigences envers le nombre et l’ampleur des programmes universitaires offerts, le dossier de publication antérieur, la réputation des chercheurs, le nombre d’étudiants diplômés disponibles, l’ampleur de l’expertise en recherche dans chacune des disciplines, la présence d’une équipe d’experts par opposition à des chercheurs seuls ou autonomes et une infrastructure établie plutôt qu’une infrastructure à développer.

Il y a tout de même des éléments positifs. Ainsi, les chercheurs ont fait état de la pondération favorable des critères que suivaient les trois conseils subventionnaires pour encourager les nouveaux chercheurs, et de la prise en considération initiale accordée aux petits établissements par certains organismes tels que la Fondation canadienne pour l’innovation.

2.3.7 Isolement physique et intellectuel

Il serait simpliste de déduire que les établissements bilingues et francophones en situation minoritaire se heurtent à certains obstacles seulement en raison de leur petite taille. Il importe de tenir compte de leurs différences par rapport aux petites universités de langue officielle en situation majoritaire pour comprendre parfaitement le contexte dans lequel ils évoluent. Les discussions avec des représentants de l’Association des universités et collèges du Canada (AUCC) et de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) ont facilement permis d’établir plusieurs distinctions évidentes.

Les petits établissements de langue anglaise sont habituellement affiliés ou fédérés à de grandes universités anglophones qui partagent leur langue de travail et dont ils retirent certains avantages en matière de recherche. Ils se trouvent généralement dans les grands centres métropolitains, ou tout près, ce qui facilite les déplacements et la coopération avec d’autres chercheurs. Bien qu’une telle proximité ne soit pas caractéristique des petites universités francophones du Québec, toutes sont membres du réseau de l’Université du Québec, qui soutient leurs efforts en recherche. Ce soutien leur permet d’obtenir un financement de la recherche substantiel du gouvernement fédéral.

En revanche, les chercheurs travaillant dans une langue officielle en situation minoritaire hors Québec se retrouvent souvent dans des établissements non seulement plus petits, mais également bilingues ou associés à de grandes universités de langue anglaise. Les grandes distances qui les séparent de leurs collègues francophones s’intéressant au même sujet de recherche font augmenter les coûts et la complexité des rapports personnels et de la collaboration scientifique, en dépit des technologies de communication électroniques. Comme on peut s’y attendre, le réseautage entre ces chercheurs est loin d’être bien établi.

2.3.8 Caractère complexe et variable des processus de demande de financement

Le caractère complexe et variable des processus de demande de financement auprès de sources fédérales fait partie des obstacles perçus. Certains chercheurs (8 sur 40) étaient d’avis que les formulaires, les dates limites et les exigences liés à la rédaction et à la présentation de propositions de recherche sont trop complexes et fastidieux, particulièrement dans le domaine des sciences humaines. Voici quelques exemples de problèmes particuliers évoqués par les chercheurs :

  • le manque de clarté des critères et des éléments à respecter pour présenter une proposition admissible;

  • le manque d’information concernant la préparation de propositions pour lesquelles de la recherche préparatoire serait nécessaire;

  • les changements fréquents apportés aux programmes et le fort roulement du personnel qui les administre;

  • le manque de transparence du processus;

  • les commentaires insufisants et le peu d’explications quant aux raisons qui sous-tendent le rejet d’une proposition;

  • le nombre trop élevé de règlements et d’exigences bureaucratiques;

  • la pénurie d’examinateurs compétents dans certains domaines de recherche.

Les chercheurs ont aussi évoqué plusieurs points positifs dans les processus de demande en vigueur, dont les suivants :

  • l’examen des demandes effectué par des pairs;

  • la disponibilité et l’accessibilité du personnel des organismes de financement avec lesquels ils peuvent s’entretenir pour obtenir des conseils et du soutien;

  • la clarté des règlements de certains concours;

  • la possibilité d’obtenir réponse à des questions posées dans l’une ou l’autre des langues officielles;

  • l’accès à de l’information et à des formulaires sur les sites Web des organismes fédéraux de financement de la recherche;

  • la possibilité d’obtenir des commentaires sur la proposition de la part du personnel de certaines sources de financement.
2.3.9 Parti pris pour les grandes universités de langue officielle en situation majoritaire

Certains chercheurs continuent de croire qu’il est inutile de participer à un concours puisqu’ils ont peu de chances d’obtenir un financement suffisant de la part des organismes fédéraux appuyant la recherche.

Parmi les raisons justifiant leur manque d’intérêt, les quelques chercheurs qui, dans l’échantillon, n’avaient jamais reçu de subvention de recherche d’une source fédérale disaient avoir d’autres priorités professionnelles qui ne leur laissaient pas assez de temps pour rédiger une demande convenable ou estimaient que leur profil de recherche était peu susceptible d’impressionner un organisme subventionnaire. D’autres chercheurs (qui provenaient tous d’établissements de langue officielle en situation minoritaire hors Québec) reconnaissaient que les chances d’obtenir du financement de tels organismes fédéraux étaient minimes, et que les sommes attribuées seraient négligeables quoi qu’il en soit. Au nombre des difficultés particulières mentionnées par ces chercheurs, mentionnons les suivantes :

  • la rude concurrence des grandes universités;

  • la perception d’un faible taux de succès, comme en témoigne leur feuille de route à cet égard;

  • le manque de temps pour préparer une demande;

  • la difficulté de mettre sur pied une équipe de recherche;

  • la préférence accordée aux projets présentés par des équipes multidisciplinaires ou interdisciplinaires plutôt que par des chercheurs seuls ou autonomes;

  • le trop grand nombre de demandeurs qui doivent se partager un financement trop limité, particulièrement en sciences humaines;

  • le fait que leurs compétences en recherche soient considérées comme étant inadéquates;

  • les critères d’admissibilité excessivement rigoureux établis par les organismes fédéraux de financement de la recherche;

  • un manque de soutien des établissements à l’égard de l’infrastructure de recherche.

2.4 État de la recherche sur des questions liées aux langues officielles

Comme l’on pouvait sans doute s’y attendre de la part d’universitaires qui publient, chacun des chercheurs interrogés a pu répondre de manière positive aux questions sur le travail en cours ou prévu qui serait publié, avec ou sans financement d’une source du gouvernement fédéral. Bon nombre de ces projets étaient directement reliés aux intérêts, aux préoccupations et aux problèmes touchant la promotion de la dualité linguistique et de la viabilité des CLOSM.

Parmi les exemples d’initiatives de recherche, menées à terme, en cours ou projetées, les chercheurs ont fait état d’un grand nombre de sujets et de thématiques, y compris l’histoire francophone, les pratiques documentaires et culturelles, la santé, les aînés, la musique, les affaires militaires et le bilinguisme chez les aînés. Dans les conditions actuelles, bon nombre de ces initiatives de recherche, lancées par des membres des CLOSM ou des chercheurs qui oeuvrent dans des établissements des CLOSM, pourraient bien ne jamais être soutenues par les subventions nécessaires à leur réalisation, compte tenu de la faible priorité accordée, dans le passé, à la recherche sur les CLOSM et la dualité linguistique.

La section 3 comprend une analyse de l’environnement du financement et des possibilités d’amélioration d’après les entrevues avec les représentants des organismes fédéraux de financement de la recherche. Les questions concernaient les résultats des concours de subvention, les programmes existants, les normes et les processus d’octroi, les approches novatrices et les pratiques exemplaires adoptées pour respecter l’engagement du gouvernement fédéral à l’égard du développement des CLOSM et de la promotion de la dualité linguistique du Canada.

En conclusion — Les chercheurs des CLOSM ont fait état de plusieurs obstacles qui se dressent lorsqu’ils tentent d’obtenir une subvention (voir le tableau 4), y compris leur connaissance limitée des sources de financement, les compétences linguistiques des comités d’examen par les pairs, la faible importance accordée à la recherche sur les langues officielles, le faible soutien des universités et leur isolement relatif.

Tableau 4 – Synthèse des obstacles perçus par les chercheurs

Connaissance limitée du financement disponible

Langue de publication

Compétences linguistiques des membres des comités d’examen par les pairs

Faible importance accordée aux questions liées aux langues officielles

Manque de soutien des établissements

Manque d’appréciation de la réalité particulière des chercheurs des établissements des CLOSM

Isolement physique et intellectuel

Caractère complexe et variable des processus de demande

Parti pris pour les grandes universités de langue officielle
en situation majoritaire

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