ARCHIVÉE - Ottawa, le 31 octobre 2003

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Chanson, musique, culture et développement de la communauté franco-ontarienne

Notes pour une allocution États généraux de la chanson et de la musique franco-ontariennes


Madame Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames,
Messieurs,

Nos manuels d'histoire racontent que la langue française se fait entendre en Ontario depuis plus de 350 ans. Par conséquent, on peut affirmer avec assurance que la chanson française raconte notre présence depuis autant de siècles. Nous aurons mis près de quatre siècles avant de tenir les premiers États généraux de la chanson et de la musique. Bref, il était temps et bravo pour cette initiative, et je vous remercie de m'avoir invitée à participer à ce moment historique.

En venant ici ce soir, je réfléchissais à ce que serait la vie sans chanson, sans musique. L'idée d'une pareille condition humaine vous donne plus de frissons que les films d'horreur d'Halloween. Je pense qu'il n'y a pas un événement important ou une période critique dans ma vie qui n'est pas associé à une quelconque chanson ou à la musique. Prenons la chanson de Paul Demers, « Notre place ». C'était il y a 15 ans à Toronto, lors de la soirée gala qui soulignait l'entrée en vigueur de la Loi ontarienne sur les services en français. On y retrouvait une brochette de personnalités de la classe politique et les leaders de la francophonie ontarienne. Paul Demers a chanté « Notre place » et tout l'auditoire s'est joint à lui. On voyait monter la ferveur du public qui partageait, à travers les mots et la musique, son attachement à « notre place ». Ce soir-là, on aurait pu prendre le pouls de la communauté tant l'âme franco-ontarienne vibrait dans cette salle. Et c'était l'âme de gagnants et gagnantes. C'était un véritable moment de grâce où je rencontrais mon identité. C'est ça le pouvoir de la chanson et de la musique. Elles font vibrer nos émotions et elles nous réunissent. Cette chanson m'a marquée comme un fer rouge…

Pour contribuer, ce soir, à la réflexion des États généraux, j'aimerais vous parler du lien entre la musique, la culture et l'identité, en soulignant tout d'abord la contribution des arts au dynamisme de la communauté franco-ontarienne et au rapprochement des communautés de langue officielle au Canada. J'aborderai ensuite les défis que doivent relever les promoteurs de la chanson francophone et les retombées économiques que l'on peut attendre du développement de l'industrie musicale, et ce, dans toutes les régions. Enfin, je vous ferai aussi part brièvement de mon évaluation du Plan d'action pour les langues officielles du gouvernement du Canada. Je terminerai mon exposé avec quelques réflexions personnelles touchant les arts et la culture.

Musique, culture et identité canadiennes

Lorsque des musiciens jouent ensemble, ils sont capables de s'entendre et de se comprendre, même s'ils ne parlent pas la même langue. Leurs accords s'expriment dans la langue universelle de la musique. Un musicien peut jouer une phrase musicale et un autre lui répondre. Ils forment ensemble un dialogue harmonieux qui donne un sens à leur rencontre : c'est la magie de la musique, une magie qui nous touche tous d'une façon profonde et directe.

Au Canada, nous aspirons au développement d'une telle magie, par laquelle tous les Canadiens et Canadiennes pourraient communiquer ensemble et se répondre, grâce au concert des langues officielles.

Ainsi, l'identité canadienne s'interprète à plusieurs voix et dans les deux langues partenaires nationales. Comme une chanson, qui lie ensemble les notes et les voix de plusieurs musiciens, l'identité canadienne crée l'harmonie et les accords à partir de la diversité.

Comme la musique, elle est le fruit d'échanges. Échanges entre personnes dans les rencontres de tous les jours, mais également échanges entre les artistes et le public par le biais de leurs œuvres. C'est dans ce dialogue que s'affirme l'identité, réflexion de ce que nous croyons, ressentons et de ce que nous vivons.

Dynamisme culturel franco-ontarien, préservation du français et rapprochement des communautés de langue officielle

Les chansons sont des vies qui se racontent en accéléré : des petits « deux minutes pour se jaser », comme dirait Serge Monette. Une chanson obtient reconnaissance et connaît le succès lorsqu'elle raconte nos vies, en quelques histoires bien choisies, et avec une précision artistique qui nous bouleverse. Elles disent « les choses de la vie qui nous tiennent cœur », pour reprendre les paroles de Robert Paquette.

Aussi, la chanson franco-ontarienne témoigne de notre présence. Elle produit un écho qui se répète bien au-delà de son lieu d'origine. Elle fait résonner dans toute la francophonie nationale autant qu'internationale la vitalité de notre communauté.

Faire de la chanson française en Ontario, en plus de signaler un attachement à « notre place », c'est participer à la promotion du français et de la culture. C'est faire en sorte que, par la beauté de la mélodie, le français puisse émouvoir, transmettre des couleurs sonores originales et montrer son pouvoir poétique.

La chanson est le langage d'un peuple. Les premiers textes de la littérature française étaient d'ailleurs des chansons, « les chansons de geste », qui étaient interprétées sur le parvis des églises, les scènes de spectacle du Moyen Âge. On entend souvent, en Italie, des travailleurs entonner des airs d'opéra ou, en France, des passants fredonner les mélodies de Brel ou de Brassens, les mélodies dans lesquelles ils se reconnaissent. Chez nous, nous avons aussi nos artistes. La chanson joue un rôle important dans l'affirmation de l'identité culturelle francophone, « notre identité gravée dans nos mains » (le groupe En Bref…), et dans le renforcement du tissu social ontarien. La chanson est accessible. Elle touche tous les Franco-Ontariens, particulièrement les jeunes, et place le français au cœur de leur vie.

Langage d'un peuple, la chanson et la musique parlent aussi le langage de l'âme. On dit même que la musique est le langage des anges, car elle nous plonge dans notre monde intérieur et nous fait ressentir ce qui nous dépasse. C'est que la musique est un art qui touche directement l'âme, la nourrit et l'éveille, sans qu'on ait besoin de réfléchir ou d'agir. D'ailleurs, en psychothérapie, on utilise parfois la chanson et la musique comme porte d'entrée à la mémoire, comme élément déclencheur au recouvrement de souvenirs passés enfouis dans le dédale de l'inconscient. Faites-en l'essai avec vos amis : s'ils étaient une chanson, laquelle seraient-ils?

La musique établit un lien si fort avec notre imaginaire collectif que j'ai décidé d'utiliser l'image de l'orchestre et de l'entente entre musiciens pour lancer le message de mon dernier rapport annuel. Un message qui invite tous les intervenants et intervenantes à réunir leurs forces pour interpréter fidèlement le Plan d'action pour les langues officielles.

Je constate que vous voulez faire la même chose au cours de cette fin de semaine : mobiliser les différents acteurs pour vous donner une carte routière commune. Comme représentants des secteurs de la communauté franco-ontarienne, vous êtes également en train d'écrire votre symphonie, votre plan pour orienter votre action, et développer davantage la chanson de chez nous.

Les chansons favorisent un apprentissage « en-chantant » du français

Les chansons nous touchent personnellement, mais elles sont aussi des occasions de se rassembler. Les événements musicaux, comme le Festival franco-ontarien, les Concerts La nuit sur l'étang, le concours Ontario-pop, le Gala de la chanson franco-ontarienne et les Vendredis de la chanson et de la musique franco-ontariennes nous permettent de nous retrouver et sont même des lieux de rencontre entre les deux communautés de langue officielle. Cependant, si notre chanson est ambassadrice du français, il est vrai que la musique francophone passe encore difficilement dans le marché anglophone. C'est l'un des défis qui vous interpelle.

Afin de mettre en valeur la chanson franco-ontarienne, il est également intéressant d'explorer le rôle de la musique en éducation. Dans ses efforts pour lancer la chanson franco-ontarienne, l'APCM organise, en partenariat avec les écoles, le concours Un beau gros show franco. L'idée d'impliquer le milieu de l'éducation est particulièrement intéressante, car les jeunes sont friands de musique. Il est vrai que l'écoute de chansons peut servir de technique d'enseignement. Grâce au pouvoir de séduction de la mélodie, il est, par exemple, plus facile de se sensibiliser à la culture ou d'apprendre les rudiments d'une langue seconde. D'ailleurs, des études menées par la professeure Anne Lowe, doyenne de la Faculté d'éducation de l'Université de Moncton, démontrent que les mécanismes du cerveau qui servent à décoder la langue sont les mêmes que ceux qui servent à comprendre la musique. De plus, une approche pédagogique fondée sur les arts est plus motivante. On peut rire, danser, s'amuser en français... avec des chansons!

Développer l'industrie musicale pour dynamiser l'économie régionale

Si la chanson divertit, rassemble et éveille, elle génère également une industrie, dont les défis à venir sont au cœur de vos préoccupations, notamment le développement du commerce de la musique et le dynamisme de notre économie régionale. Bref, on parle d'argent, de retombées économiques. Même si peu d'artistes deviennent un moteur économique comme le tandem Dion-Angélil, collectivement, les artisans de la musique et de la chanson sont un important engin économique.

Alors, que devons-nous faire pour développer cette industrie et lui donner accès à un plus grand auditoire? Il y a eu un souffle important dans les années 70 pour soutenir la poésie, la musique et le théâtre francophones en Ontario, qui a révélé des talents, notamment à travers la Coopérative des artistes du Nouvel Ontario. Aujourd'hui, il nous faudrait un second souffle et des moyens concrets pour promouvoir notre culture et nos chansons. Il s'agit de fournir des salles, de soutenir la production, la distribution et la diffusion, et de placer les artistes franco-ontariens à l'avant-scène lors de manifestations culturelles. Les médias, comme la télévision et la radio, jouent un rôle prépondérant dans le rayonnement de notre culture. C'est pourquoi je suis heureuse d'apprendre que Radio-Canada et TFO apportent leur soutien à ces États généraux et à la chanson franco-ontarienne.

L'industrie de la musique est un secteur d'activité économique prometteur. Ses débouchés intéressent les artistes bien sûr, mais aussi l'ensemble des professionnels du spectacle et toute la communauté. Les événements musicaux sont un outil de développement régional important, lequel engendre de nombreuses retombées économiques et dynamise la communauté. L'industrie musicale francophone en Ontario est jeune et cherche à prendre son envol. Nous avons tout intérêt à l'aider à décoller.

Mais tout d'abord, comme représentants de groupes responsables de différents secteurs de la communauté franco-ontarienne, vous êtes appelés, comme un orchestre, à vous préparer et à vous concerter. Le développement de la chanson repose sur la volonté et la mobilisation de l'ensemble des acteurs sociaux, qui, de concert, peuvent mettre la main à l'instrument pour établir des stratégies gagnantes. Vous en êtes à une étape stratégique : l'écriture de la partition qui vous permettra d'élargir le public de la chanson et de la culture franco-ontariennes.

Plan d'action pour les langues officielles : ne pas négliger la culture

En tant que commissaire aux langues officielles, mon rôle ne se limite pas à celui de gardienne de la Loi sur les langues officielles. J'agis aussi comme agent de changement et, à ce titre, je suggère des moyens d'accroître la vitalité des communautés linguistiques, particulièrement en milieu minoritaire. La culture est précisément l'une des sources de cette vitalité. Elle place au centre de la communauté un « phare » vers lequel on peut se tourner pour poursuivre son cheminement, une lumière qui éclaire l'horizon et qui manifeste à tous une présence. C'est à nous de faire briller la culture de « notre place » pour que tous profitent de sa lumière.

Comme vous le savez probablement, le gouvernement du Canada a lancé, cette année, un Plan d'action pour les langues officielles qui est une occasion privilégiée de donner vie à l'idéal du bilinguisme canadien et d'insuffler une nouvelle énergie aux communautés linguistiques. Je regrette, par contre, que ce plan ne prévoie pas de mesures spécifiques pour la culture et les arts. J'ai d'ailleurs formulé des recommandations en vue de stimuler le développement des infrastructures et des activités artistiques et culturelles.

Cependant, même si les demandes des artistes et du secteur culturel n'ont pas été largement intégrées au Plan, il y aura d'autres occasions pour vous manifester. Le Plan, en soi, n'est pas une panacée ou la fin de nos efforts. Ce n'est qu'une première étape. Il faut se tourner vers l'avenir. Il faut vous donner une carte routière qui définisse les enjeux, les stratégies et les priorités d'action. Ensuite, vous pourrez tracer une voie pour influencer le gouvernement et obtenir son soutien. Nous savons bien, nous Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes, qu'il faut toujours revenir à la charge pour défendre « notre place » et nous faire entendre. « Faut se lever. Faut célébrer notre place ». Grâce au plan que vous vous donnerez vous-mêmes, je suis confiante que vous ferez en sorte que les partenaires gouvernementaux vous suivent.

Conclusion

Je remercie l'APCM de nous donner l'occasion d'évaluer ensemble le développement de l'industrie de la chanson et de la musique dans notre province. Préparons-nous à relever les défis à venir. C'est à vous, dès aujourd'hui, de créer des idées originales, des alliances fécondes et des initiatives porteuses d'énergie. C'est à vous de vous mettre au diapason et de composer la partition du développement de notre chanson et de notre musique. Je vous souhaite à tous des échanges productifs et un franc succès.

Merci.