ARCHIVÉE - Moncton, le 31 janvier 2007

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Les langues officielles : une composante du leadership

Notes d’allocution pour la Semaine des langues officielles au Nouveau‑Brunswick


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Le texte prononcé fait foi

 

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui à l’occasion de la deuxième Semaine des langues officielles au sein de la fonction publique au Nouveau-Brunswick, d’autant plus que c’est mon premier séjour dans la province depuis ma nomination au poste de commissaire, en octobre dernier.

Une journée comme aujourd’hui illustre bien la façon dont je compte travailler avec l’ensemble des institutions fédérales au cours des sept prochaines années. Le travail du Commissariat ne doit pas s’arrêter avec la publication d’un rapport. L’étude sur la langue de travail au Nouveau-Brunswick qu’a effectuée le Commissariat a permis de mettre en lumière non seulement les faiblesses, mais aussi les succès en matière de langue de travail au sein de la fonction publique de la province. Cette étude n’est toutefois que le début du processus, tant pour nous que pour vous. Je suis heureux que le Conseil fédéral et le personnel de mon bureau travaillent ensemble afin d’en faire un outil de dialogue et un outil de changement au sein de vos organisations.

Notre objectif est de renforcer la fonction publique afin de mieux servir les citoyens et les citoyennes. Nous aurons beaucoup d’autres occasions de travailler ensemble au dossier de la langue de travail, et nous pourrons également unir nos efforts pour relever les défis concernant la langue de service, l’appui au développement des communautés de langue officielle et la promotion de la dualité linguistique.

Dès le début de mon mandat, j’ai précisé que je veillerais à faire appliquer la partie VII de la Loi sur les langues officielles, renforcée par des modifications apportées à l’automne 2005. Le gouvernement du Canada a beaucoup de travail à faire à ce chapitre : il doit se munir des outils qui lui permettront de consulter les communautés de langue officielle au stade de l’élaboration des nouvelles politiques et des nouveaux programmes; il doit mettre en place des mesures positives pour appuyer ces communautés, et il doit faire la promotion des langues officielles. La partie VII doit faire partie intégrante du processus de planification de toutes les institutions fédérales.

Au départ, j’ai abordé cette question comme un défi à relever sur lequel nous pourrions axer nos efforts. Évidemment, j’ai vite réalisé à quel point la situation était complexe. En effet, les diverses composantes de la Loi sur les langues officielles forment un tout et doivent être appliquées en tant que tel. Laissez-moi vous donner un exemple qui illustre cette dynamique.

Lorsque les modifications législatives à la partie VII ont été adoptées, de nombreuses institutions fédérales ont entamé des démarches auprès des communautés de langue officielle afin d’établir leurs priorités de développement et de déterminer les mesures positives qui pourraient être mises en place. Le Commissariat a aussi entamé des démarches semblables, notamment au moyen d’un forum réunissant des personnes de tous les coins du pays. Ce forum a mené à la publication d’une étude sur la vitalité, publiée le printemps dernier, dont vous pouvez vous servir comme point de départ pour vos propres réflexions.

Ces démarches ont été fructueuses. Toutefois, certains chefs de file des communautés, surtout dans l’Ouest du pays, ont souligné un fait essentiel : « L’une des choses que le gouvernement du Canada peut faire pour favoriser le développement des communautés est de respecter son engagement à offrir des services de qualité en français ». Dans certaines régions, la vitalité des communautés souffre grandement du fait que le gouvernement ne répond à ses obligations en matière de services au public qu’une fois sur deux, malgré que ce droit soit garanti par la Loi sur les langues officielles depuis 1969. Et pour retenir les gens qui sont capables d’offrir des services de qualité dans les deux langues, il faut d’abord assurer la vitalité des communautés.

Il en est de même pour la partie V, qui porte sur la langue de travail. Sa mise en application intégrale est un élément clé de la Loi sur les langues officielles. Pour les membres de la communauté acadienne et les autres Néo‑Brunswickois francophones, l’utilisation de leur langue maternelle au travail est un facteur de vitalité important.

Certaines personnes réussissent à conserver leur langue maternelle même si elles ne la parlent pas à la maison, ce qui est le fait de bon nombre de Canadiens et de Canadiennes aux antécédents linguistiques variés. Dans un tel contexte, il est même possible de transmettre la langue maternelle d’une génération à l’autre, du moins pendant un certain temps.

Toutefois, pour permettre à une communauté linguistique de se développer et de s’épanouir – termes utilisés dans la partie VII – la langue doit être utilisée dans les espaces publics et les institutions du pays : le français doit être visible!

Il y a 40 ans, lors des débats de la Commission sur le bilinguisme et le multiculturalisme, on reprochait à la fonction publique d’obliger tout francophone qui avait le courage de joindre ses rangs à s’assimiler. La Loi sur les langues officielles et la volonté croissante des Canadiens français de s’affirmer ont graduellement permis de corriger cette situation.

Je crois sincèrement que l’un des grands avantages du Nouveau‑Brunswick est qu’il y est aujourd’hui possible, plus que partout ailleurs au pays, de travailler en français. En relevant le défi d’une fonction publique où les deux langues officielles peuvent être pleinement utilisées, le gouvernement du Canada contribue à cet avantage.

Lorsqu’on examine la façon dont le Nouveau‑Brunswick a joué la carte de la langue pour attirer les touristes et les entreprises, on comprend dans quelle mesure la vitalité de la communauté acadienne influe sur le bien‑être de tous les citoyens et de toutes les citoyennes de la province et en quoi elle constitue un atout incontestable.

J’espère que la fonction publique fédérale au Nouveau‑Brunswick continuera sa transformation culturelle afin d’assurer la pleine participation des deux communautés de langue officielle. Il est vrai qu’il reste beaucoup de travail à faire, mais si l’on se fie à l’étude de l’année dernière, le reste du gouvernement fédéral aurait intérêt à examiner et peut-être même à reproduire ce qui se fait ici.

J’aimerais maintenant m’adresser aux gestionnaires qui sont parmi nous.

Mesdames et Messieurs, je veux vous parler brièvement des tests linguistiques. Il y a quelques semaines, j’ai passé en revue les critères utilisés pour évaluer les compétences requises pour obtenir le célèbre niveau « C » en langue seconde. Pour atteindre ce niveau de compétence, il faut posséder une bonne grammaire et un solide vocabulaire. Par exemple, à la fonction publique fédérale, il est utile de savoir qu’en français l’expression « terminer un travail » ne veut pas dire que l’on met fin à l’emploi d’une personne. La compétence linguistique dépasse la seule connaissance des règles grammaticales et de la signification des mots. En effet, les candidats ou les candidates doivent être capables de donner des directives claires ou de régler des problèmes de ressources humaines. Autrement dit, il faut évaluer leur capacité à diriger dans leur langue seconde.

À mon avis, la connaissance des deux langues officielles fait partie des compétences en leadership. Elle permet à un superviseur ou à une gestionnaire d’obtenir le rendement maximum de son équipe. Le fait de considérer les langues officielles comme une composante du leadership permet également d’envisager cet enjeu sous le bon angle.

Bon nombre de fonctionnaires parlent des langues officielles du point de vue des règlements, des restrictions, de la dotation impérative, etc., ce qui ne permet pas de positionner correctement la question.

Le français et l’anglais sont des langues canadiennes. Même si nous mettons de côté notre histoire – ce qui est dangereux pour les citoyens et les citoyennes de n’importe quel pays –, 24 millions d’unilingues sont là pour nous rappeler cette caractéristique fondamentale du Canada. Ces deux langues permettent aux Canadiens de se parler, de nouer des liens. La dualité linguistique est donc synonyme d’interaction, de générosité et d’outil pour bâtir l’avenir ensemble. Il s’agit donc d’une occasion à saisir et non pas seulement d’une obligation dont il faut s’acquitter.

Il s’agit également d’une question de respect : de respect entre collègues, de respect entre un superviseur et un employé. En l’absence de respect, les gens ne s’engagent pas pleinement dans une organisation. Je crois que c’est ce à quoi le général Roméo Dallaire faisait référence lorsqu’il a dit que les soldats n’auraient plus jamais à mourir dans la langue des officiers. Ou peut‑être parlait‑il de leadership.

J’ai un dernier message à communiquer, et celui-ci s’adresse aux francophones.

J’ai remarqué dans le rapport de l’étude que les employés francophones avouent passer rapidement à l’anglais lorsqu’ils s’entretiennent avec un superviseur anglophone, même si celui-ci fait des efforts louables pour parler français. Pourquoi? Ils ont peur d’être mal compris; la conversation en français prend plus de temps; ils veulent plaire à leur superviseur. Ils cherchent donc à « rendre service » à leur collègue en parlant anglais.

Selon moi, un tel comportement constitue un accommodement qui n’est pas raisonnable.

Je sais bien que, lorsque nous parlons dans notre langue seconde, nous avons parfois de la difficulté à nous exprimer facilement et clairement, et nous perdons tout sens de l’humour. Je regrette, mais il va falloir que vous fassiez preuve de patience à l’égard du français hésitant de vos collègues qui reviennent des cours de langue. Lorsqu’on cesse d’utiliser une langue, on finit par la perdre. Cela est aussi vrai pour une langue seconde que pour une langue maternelle.

Je vous remercie de m’avoir invité à vous parler. J’aimerais maintenant prendre le temps qu’il nous reste pour répondre à vos questions ou entendre vos commentaires.