ARCHIVÉE - Ottawa, le 29 novembre 2000

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L'Internet : outil de promotion de la francophonie internationale

Discours prononcé à l'occasion d'une rencontre du Club Richelieu d'Ottawa


 Madame Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Je remercie le Club Richelieu d'Ottawa, le club fondateur du richelieu international, de m'avoir invitée à vous rencontrer et à vous faire état de quelques réflexions sur l'Internet, outil de promotion de la francophonie internationale. Le Richelieu international constitue, depuis maintenant 50 ans, un point de ralliement de la francophonie. Il est présent dans treize pays francophones et rayonne dans plusieurs pays où le français demeure une langue de culture.

J'aimerais souligner le dynamisme de la présidente du Club Richelieu d'Ottawa, Dianne Comeau, et aussi remercier, en votre nom, François-Xavier Simard et Marc Agostini, les organisateurs de ce dîner.

Je sais que le Club Richelieu Roger-Saint-Denis, l'association Canada-Bénin, les amis(es) de Cité-libre et plusieurs ambassades sont représentés ici ce soir. Je me réjouis également qu'une partie des profits de cet événement sera versée à l'Orchestre symphonique des jeunes de l'Ontario.

Cette solidarité et ces collaborations remarquables sont peut-être un signe des temps. Devant les pressions grandissantes favorisant l'adoption de la langue anglaise comme seule langue internationale de communication entre les peuples, toutes les collaborations et tous les efforts sont requis afin de faire la promotion de la francophonie internationale et de la langue française, notamment sur l'Internet.

Un constat s'impose : du point de vue linguistique, le Canada est doublement privilégié.

L'anglais devient la langue véhiculaire mondiale, pour reprendre l'expression du président de la république française, Jacques Chirac, lors d'un colloque qui s'est tenu récemment à Paris sur le thème de la nouvelle Europe. Mais cette langue, qui est également la langue plate-forme de l'Internet, est une des langues officielles du Canada et notre pays est ainsi privilégié à cet égard.

Le français, pour sa part, demeure une grande langue de diplomatie, de culture et une des langues étrangères les plus enseignées au monde. Il est, en fait, une langue internationale de première importance : le français est l'une des rares langues au monde utilisée sur tous les continents et la majorité des organisations internationales l'ont adopté comme langue officielle.

La dualité linguistique canadienne offre ainsi des avantages stratégiques tant au plan commercial, culturel que diplomatique.

En marge du Sommet de la francophonie, tenu en septembre 1999 à Moncton, nous avons publié une étude intitulée : Le gouvernement du Canada et le français sur Internet. Le gouvernement a réagi de façon favorable aux douze recommandations de l'étude du Commissariat. Le gouvernement s'est engagé, par exemple, à numériser davantage les collections de langue française d'intérêt patrimonial, notamment en créant le musée virtuel canadien qui relie 1 000 institutions canadiennes. De plus, le projet du gouvernement de moderniser la livraison des services de l'état canadien et d'offrir l'ensemble des services fédéraux sur Internet d'ici 2004 permettra d'accroître de façon considérable les contenus de langue française sur l'Internet. Selon un sondage récent, 42 p. 100 des résidents du Québec et 50 p. 100 des résidents hors Québec ont un accès à l'Internet. Il est aussi intéressant de noter que 42 p. 100 des internautes canadiens consultent des sites gouvernementaux.1

À titre de Commissaire aux langues officielles, je recommande au gouvernement du Canada d'accélérer les investissements afin d'accroître la masse critique de documents et de services en langue française et de créer ainsi une dynamique accrue d'utilisation de l'Internet en français, notamment dans la communauté francophone internationale.

La continentalisation de notre espace économique ouvre la voie à une plus grande diversité linguistique, notamment par une présence de plus en plus affirmée de l'espagnol sur le continent américain. D'ici sept ans, la Californie aura une population majoritairement hispanophone et l'espagnol sera la deuxième langue parlée dans 40 états américains. Facile de constater que la réalité linguistique de notre continent change rapidement.

Dans ce contexte, le message canadien en faveur de la diversité linguistique et culturelle, y compris sur l'Internet sera de plus en plus entendu. Le troisième Sommet des Amériques qui aura lieu à Québec en avril 2001, sous le thème La connectivité : l'hémisphère cyber, permettra sans doute de faire des progrès à cet égard, dans le contexte de ses quatre langues officielles.

Mentionnons également que la Canadienne Louise Fréchette a récemment présenté aux Nations-unies une résolution afin d'assurer la promotion de la diversité linguistique et culturelle sur l'Internet. Une autre recommandation canadienne sur cette question avait également été adoptée au VIe Sommet de la francophonie de Cotonou au Bénin. En fait, je crois fermement que la promotion de la dualité linguistique au Canada et celle d'une diversité culturelle dans le monde exigent davantage de français sur l'Internet.

Comme l'a si bien dit Jean-Louis Roy, alors Secrétaire général de l'Agence de coopération culturelle et technique, la mondialisation, notamment par l'Internet, « abolit les cadastres venus de l'histoire - frontières nationales, espaces culturels, et pulvérise la notion d'espace et de temps.2 » L'Internet n'abolit cependant pas les frontières linguistiques. Les échanges d'information et les services sur Internet se font surtout en anglais. On évalue à 75 p. 100 la proportion des deux milliards de pages de l'Internet qui sont écrites en anglais. La proportion du français est d'environ 2 p. 100.3

L'agence intergouvernementale de la francophonie, anciennement appelée ACCT, fondée en 1970 à Niamey, sous l'impulsion des présidents Senghor, Diori et Bourghiba, regroupe aujourd'hui 55 états et gouvernements ayant le français en partage. Ceci représente un pays sur quatre dans le monde et un marché d'un demi-milliard de personnes. Les disparités quant à l'usage de l'Internet sont très grandes entre ces pays. Le Canada pourrait jouer un rôle de chef de file dans l'élaboration et la mise en oeuvre d'une stratégie à deux volets axée sur la connectivité de la francophonie et le développement de contenus de langue française.

Une intervention canadienne a permis, il y a quelques années, le premier branchement à l'Internet de 25 pays de la francophonie, dont plusieurs de l'Afrique francophone. Voilà un début, mais il faut faire davantage et agir plus rapidement, afin de diminuer le fossé numérique entre les pays de la francophonie. Comme le rappelait, Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de l'organisation internationale de la francophonie lors de son passage récent au Canada : l'Internet constitue un outil privilégié pour la diffusion et la promotion du français dans le monde. L'Internet peut en effet faciliter, très concrètement, les communications entre les francophones du monde et favoriser les échanges culturels.

Le gouvernement souhaite également développer une vitrine de la culture et des valeurs canadiennes sur l'Internet. Une telle vitrine serait, en effet, un lieu privilégié afin de faire connaître les valeurs canadiennes, dont la dualité linguistique.

Nous préparons maintenant un suivi à notre étude sur le français sur Internet. Elle visera d'abord à faire le point sur la mise en oeuvre de nos recommandations. Elle visera aussi à formuler toute proposition d'action qui pourrait contribuer davantage au rayonnement du français dans le monde. De telles propositions pourraient, entre autres, aborder les questions ayant trait aux industries de la langue.

Je crois, en effet, qu'il importe de faire davantage et d'agir plus rapidement afin d'élaborer une véritable stratégie pour le développement des industries de la langue. Je rappelle que les divers produits des industries de la langue favorisent la fluidité linguistique sur l'Internet. Par exemple, des outils tels que la traduction automatique, la traduction humaine assistée et les logiciels de résumés d'une langue pivot à une autre langue. En somme, il s'agit de tous les outils de traitement automatique des langues.

Un dynamique comité de concertation technolinguistique, mis en place par le gouvernement fédéral, marque par ailleurs le début d'une action globale et d'efforts prospectifs dans ce domaine. Ces outils, qui permettent différents types de passage vers le français, ne diminuent en rien l'importance de favoriser la création de contenus en français.

En terminant, j'aimerais rappeler que la dualité linguistique canadienne est fondée sur la complémentarité et la valorisation des langues officielles. Le bilinguisme s'inscrit ainsi dans une démarche pluraliste, qui valorise les différences. Ce lieu de rencontre constitue la pierre d'assise de l'identité canadienne.

La Loi sur les langues officielles devient un outil d'ouverture qui permet à l'état d'investir dans la construction d'une société fondée sur la cohabitation de deux langues. La diversité linguistique doit aussi s'affirmer sur le réseau mondial de l'Internet. Je fais par ailleurs le pari que l'ouverture des Canadiennes et des Canadiens vers l'autre langue officielle créera un terreau particulièrement favorable à l'apprentissage d'une troisième langue, peut-être l'espagnol dans notre contexte continental. Car, comme l'affirmait l'écrivain Julien Green : nous sommes autant de fois humains que nous connaissons de langues.

Pierre Elliott-Trudeau souhaitait une société juste. Notre société dont l'horizon économique et culturel s'élargit aujourd'hui aux quatre coins du monde par la francophonie internationale, ne peut être juste que par une mise en oeuvre non seulement de la lettre, mais aussi de l'esprit de la Loi sur les langues officielles. Ce défi constitue un appel à notre engagement car la mesure de notre attachement à une société juste, fondée notamment sur la promotion des langues officielles dans la société du savoir en émergence, est de se dépenser sans mesure pour sa promotion.

Je vous remercie.


Notes

1. PriceWaterhouse, sondage, décembre 2000.

2. Le Monde diplomatique, avril 1995, p.26

3. Wired, décembre 2000.