ARCHIVÉE - Ottawa, le 29 mai 2006

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Diversité linguistique et culturelle : dynamiques et changements
comme conséquence de la mondialisation

Notes pour une allocution au
troisième séminaire interaméricain sur la gestion des langues


Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Mesdames et messieurs,

Je suis très heureuse de pouvoir participer à ce séminaire. Je ne doute pas que les communications que nous entendrons au cours de ces trois jours seront très stimulantes.

J’aimerais d’abord vous dire quelques mots sur mon travail et sur la réalité linguistique canadienne. Je formulerai par la suite quelques observations sur la réconciliation possible de la diversité linguistique et culturelle dans les Amériques, en faisant un petit détour par l’Europe. Commençons donc notre périple.

Le rôle de la commissaire aux langues officielles

Je suis la commissaire aux langues officielles pour le Canada, c’est-à-dire l’ombudsman linguistique du gouvernement fédéral. Je suis chargée par le Parlement de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire respecter le statut et les droits égaux de chacune des langues officielles en ce qui touche l’administration des affaires des institutions fédérales. Cela comprend en outre la promotion du français et de l’anglais dans la société canadienne.

Je suis donc un agent de changement. Je dois régulièrement expliquer à mes concitoyens les nombreux avantages sociaux, économiques et politiques du bilinguisme. Essentiellement, je défends une vision de notre pays, une certaine façon de vivre ensemble. Il s’agit d’un contrat social entre nos deux grandes communautés linguistiques, fondé sur le respect et la valorisation des différences.

Le Canada, un pays de près de 10 millions de kilomètres carrés, compte 30 millions d’habitants, dont 9 millions (23 %) sont de langue française. Parmi ces derniers, quelque 6,7 millions vivent au Québec. C’est dire que le Canada est en fait l’un des pays où le français est le plus parlé dans le monde après la France. Il y a plus de francophones au Canada que dans la Suisse et la Belgique réunies.

Terre d’immigration, le Canada est aussi un des pays du monde qui, toute proportion gardée, accueille le plus d’immigrants et d’immigrantes. Aujourd’hui, près d’un Canadien sur cinq n’est pas né au pays.

Parmi plus d’une centaine de langues parlées au Canada, on dénombre plus de 50 langues autochtones parlées par un nombre restreint d’individus. Les trois langues autochtones les plus importantes sont le cri, l’inuktitut et l’ojibway, parlés respectivement par 80 000, 29 700 et 23 500 personnes.

Neuf Canadiennes et Canadiens sur dix parlent surtout le français ou l’anglais à la maison. En fait, moins de 2 p. 100 de notre population ne parlent ni le français ni l’anglais. Ainsi, bien que le Canada soit une société aux identités plurielles, c’est aussi une société mise en relations par nos deux langues officielles.

Cette réalité explique la décision du Canada d’adopter sa première Loi sur les langues officielles en 1969 et de l’améliorer en 19881. Le gouvernement promulguait cette même année la Loi sur le multiculturalisme2 qui reconnaît, dans le cadre de notre bilinguisme officiel, l’égalité de valeur et de dignité de tous les groupes culturels. À titre de langues officielles et en tant que deux grandes langues de communication, le français et l’anglais encadrent et régulent un paysage culturel dynamique et changeant.

Durant les dernières décennies, le Canada a fait un grand pas en avant. Il a compris que sa dualité linguistique et sa diversité culturelle sont ancrées dans les mêmes bases et sont parfaitement complémentaires. Toutes les deux alimentent les valeurs de générosité, d’égalité des chances et de respect des droits de la personne. Cette idée ne constituait pas un problème ou un obstacle, mais était plutôt une solution d’avenir et une ouverture sur le monde.

La réconciliation de la diversité linguistique et culturelle dans les Amériques

Ce bref aperçu de la réalité canadienne me permet, par une voie détournée, de rejoindre plusieurs des thèmes de ce séminaire. Je m’intéresse en particulier à la réconciliation de la diversité linguistique et culturelle dans les Amériques avec le phénomène de la mondialisation.

En novembre dernier, la Commission européenne proposait à ses membres un nouveau cadre stratégique pour le multilinguisme. Le commissaire Jan Figel, chargé de l’éducation, de la formation, de la culture et du multilinguisme, déclarait : « Ce sont les langues qui font de nous des êtres humains, et la diversité linguistique de l’Europe se trouve au cœur de son identité3. »

De même, la diversité linguistique et culturelle des Amériques se trouve au cœur de notre identité continentale. Par ailleurs, le document de la Commission européenne propose des initiatives qui ne sont pas sans rappeler certaines résolutions formulées lors des derniers séminaires interaméricains. Par exemple :

  • développer les compétences linguistiques afin de favoriser la mobilité des travailleurs et la compétitivité de l’économie;
  • renforcer le rôle des industries de la langue;
  • mettre en place des plans d’action nationaux en faveur du multilinguisme;
  • investir dans la recherche à caractère linguistique et dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication;
  • améliorer encore la formation des professeurs de langues;
  • favoriser l’apprentissage des langues dès le plus jeune âge et consolider l’enseignement des matières par l’intégration d’une langue étrangère;
  • revoir les programmes de formation dans les universités de manière à mieux former les étudiants des professions langagières.

Qu’il soit question de la gestion des langues et des cultures, voire des identités, au sein d’un territoire, d’un pays ou d’un continent, la problématique reste essentiellement la même. Et les défis linguistiques et culturels qui se sont posés et qui continuent de se poser pour le Canada sont aussi ceux qui interpellent les Amériques.

Dans un tel contexte, la bonne gouvernance, ce n’est pas simplement de consentir un statut linguistique formel à tous les acteurs. Ce qui construit une solidarité profonde entre les citoyens d’un pays ou entre les peuples d’un continent, c’est avant tout la promotion de l’égalité de chances dans le respect des identités.

C’est pourquoi, par exemple, le Canada a inclus dans sa législation linguistique non seulement un engagement à promouvoir nos deux langues officielles dans la société canadienne, mais aussi celui de favoriser l’épanouissement des minorités francophones et anglophones. De plus, en novembre dernier, le Parlement canadien précisait sa volonté en cette matière en renforçant les dispositions de la Loi concernant l’égalité des droits des minorités de langue officielle4.

La Loi stipule désormais que l’administration fédérale doit prendre des mesures positives pour mettre en œuvre son engagement. Un citoyen qui s’estime lésé peut avoir recours aux tribunaux. Il est clair qu’on veut des résultats.

Concrètement, cela veut dire que les ministères et les organismes fédéraux doivent aller bien au-delà de la simple prestation de services en français et en anglais là où la demande est importante. Ils doivent s’assurer que leurs programmes et les subventions qu’ils accordent contribuent activement à l’épanouissement des communautés linguistiques en situation minoritaire.

Dans plusieurs cas, cela implique la création de programmes distincts ou l’emploi de méthodes différentes pour la prestation de services, en collaboration avec les gouvernements provinciaux dans les domaines de compétence provinciale ou partagée comme l’immigration, la santé, l’éducation et la culture.

Depuis 2003, le gouvernement fédéral met également en œuvre un Plan d’action pour les langues officielles5, assorti d’une enveloppe de 750 millions de dollars sur cinq ans, pour donner un nouvel élan aux langues officielles.

Un des nombreux objectifs de cet ambitieux plan d’action est de doubler d’ici 2013 le pourcentage de jeunes Canadiens bilingues, de façon à ce qu’un jeune Canadien sur deux maîtrise le français et l’anglais.

Même si le Canada a déjà fait un important travail de pionnier dans les techniques d’enseignement des langues, la réalisation de cet objectif suppose le développement de tout un arsenal de nouveaux outils pédagogiques, y compris, notamment, le recours aux nouvelles technologies de l’information.

Un autre élément intéressant du Plan d’action est l’établissement d’un Centre de recherche sur les technologies langagières6, dont l’inauguration a eu lieu il y a à peine une semaine à l’Université du Québec en Outaouais Les recherches du Centre tireront profit, entre autres, des activités dans le domaine du traitement des langues entreprises par l’Institut de technologie de l’information du Conseil national de recherches du Canada7.

Notons aussi en passant que le Bureau de la traduction8 du gouvernement fédéral demeure un leader mondial dans le domaine de la traduction et de l’interprétation. Il compte quelque 1 750 employés, dont 1 150 traducteurs, interprètes et terminologues répartis dans tout le pays. Il offre une gamme complète de produits et services linguistiques : l’interprétation, la traduction et des services multilingues.

La banque terminologique TERMIUM9 du Bureau de la traduction, qui peut également être consultée à partir de l’espagnol, contient 3,5 millions d’entrées portant sur la traduction, la terminologie et les appellations officielles. Plusieurs activités ont aussi été réalisées afin d’améliorer les banques de données en portugais et en espagnol. Des clients partout dans le monde peuvent aussi s’abonner à ce service et y accéder par Internet.

Je m’en voudrais de ne pas saluer particulièrement le travail remarquable fait par l’Office québécois de la langue française10 dans le domaine de la recherche linguistique et terminologique.

Enfin, selon une enquête récente de Statistique Canada publiée en mars 2006, l’industrie canadienne de la langue, qui est composée de plus de 600 entreprises privées (offrant des services de traduction, de formation et d’interprétation), a encaissé des recettes de plus de 404 millions de dollars en 200411. Tout laisse présager que cette industrie continuera son essor.

Nos concitoyens ont compris que, à l’ère de la mondialisation, ce n’est pas l’inclusion qui coûte cher, mais l’exclusion. La diversité linguistique et culturelle de notre pays nous permet de tisser des relations économiques et culturelles étroites avec de nombreux pays du Commonwealth et de la Francophonie ainsi que d’autres tribunes.

Conclusion

Cela dit, je ne suis pas sûre que l’expérience canadienne en ce domaine soit en tout point exportable. Pour citer Victor Hugo : « Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière. » Je suis confiante, cependant, qu’on découvrira au fil des présentations une convergence des opinions et des espoirs.

Ce qui est sûr, c’est qu’il existe dans les Amériques des millions de locuteurs hispanophones, lusophones, francophones et anglophones. Ensemble, ils forment un marché continental qui croît sans cesse.

Éperonnées de toutes parts par l’intensification de la concurrence internationale, les quatre grandes langues des Amériques en sont arrivées à un point tournant. Elles peuvent vivre dans l’indifférence, l’isolation ou l’affrontement, ou elles peuvent se renforcer mutuellement, dans le respect, pour le bien collectif.

Pour ma part, à l’instar de nombreux Canadiens et Canadiennes, je mise sur ce second choix. Les langues officielles du Canada, et les individus de diverses origines qui parlent ces langues, sont les fils qui forment le tissu social de notre pays. L’épinglette du Commissariat en constitue le symbole. L’étoffe dorée, au centre, représente le point de rencontre de nos deux communautés linguistiques et évoque la richesse de leur dialogue et de leur diversité.

Merci!


1 http://lois.justice.gc.ca/fr/O-3.01

2http://lois.justice.gc.ca/fr/C-18.7/index.html

3http://europa.eu.int/languages/fr/document/74

4 http://www.pch.gc.ca/progs/lo-ol/legislation/bill_s1_f.cfm

5http://www.pco-bcp.gc.ca/olo/default.asp?Language=F&Page=Action&doc=cover_f.htm

6http://www.crtl-ltrc.ca/index.htm

7http://iit-iti.nrc-cnrc.gc.ca/

8http://www.translationbureau.gc.ca/pwgsc_internet/en/accueil_home_f.htm

9http://www.termium.gc.ca

10http://www.oqlf.gouv.qc.ca/

11 http://www.statcan.ca/Daily/Francais/060303/q060303a.htm