ARCHIVÉE - Ottawa, le 27 octobre 2006

AvertissementLa Norme sur la facilité d'emploi des sites Web remplace ce contenu. Cette page Web a été archivée parce que les Normes sur la normalisation des sites Internet 2.0 ont étés annulées.

Contenu archivé

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Pour des écoles de choix : Miser sur l’excellence pour relever les défis
de l’éducation en langue française

Notes pour une allocution à l’Assemblée générale annuelle de la Commission nationale des parents francophones (CNPF)


Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Chers parents et amis,

C’est pour moi un grand plaisir de pouvoir vous parler aujourd’hui. Je termine ma deuxième semaine à titre de commissaire aux langues officielles et, déjà, j’ai traversé le pays d’un océan à l’autre. Hier, j’ai rencontré des membres de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse ainsi que les représentants du conseil fédéral de cette province. Avant eux, à l’autre bout du pays, j’ai pu m’entretenir avec des professeurs d’immersion et j’ai visité une école française à North Vancouver; j’ai rencontré des responsables du nouveau programme d’études en français à l’Université Simon Fraser ainsi que la direction du Comité organisateur des Jeux Olympiques de 2010, qui m’a fait part de sa détermination à assurer le respect des deux langues officielles dans les diverses activités. Durant mon séjour, j’ai pu constater le dynamisme et l’esprit d’innovation de la communauté francophone de la Colombie-Britannique.

Permettez-moi de me présenter : je suis né à Ottawa et, pendant mon adolescence, ma famille s’est installée à Toronto. J'ai étudié à l'Université de Toronto, où j'ai obtenu un baccalauréat et, plus tard, une maîtrise en histoire. Depuis 1968, sauf pour quelques intermèdes où j'ai voyagé, étudié ou écrit des livres, j'ai toujours travaillé comme journaliste.

J'ai passé une bonne partie de ma carrière à écrire au sujet du Québec à l’intention du reste du Canada; de 1995 à 2000, dans les pages du Devoir, j’ai présenté le reste du Canada au Québec. À l’époque où j'étais un étudiant unilingue anglais, à l’Université de Toronto, j’ai vécu une expérience déterminante qui m’a incité à poursuivre ce cheminement professionnel.

En 1965, j'ai travaillé à des fouilles archéologiques au fort Lennox, dans l'Île-aux-Noix, située le long de la rivière Richelieu, au sud de Montréal. Cet été-là, en plus d'apprendre le français, je me suis rendu compte que j’avais peu de connaissances sur mon propre pays. Je me suis alors pris d'un vif intérêt et d'une passion pour le Québec et la francophonie au Canada, lesquels ne se sont jamais démentis.

C’est également cette expérience – et c’est un paradoxe – qui m’a permis de comprendre à la fois les difficultés que présente l’apprentissage d’une deuxième langue et la situation des immigrants, car la découverte d’une autre langue et d’une autre culture nous rend plus sensibles à la situation des personnes qui viennent d’autres pays. J’ai pu approfondir cette prise de conscience un peu plus tard dans la vie, lorsque mon fils a fréquenté une école de langue anglaise à Québec. J’ai alors pleinement saisi l’importance du milieu scolaire pour les parents et les enfants vivant dans un milieu linguistique minoritaire.

Depuis ce temps, j'ai toujours cru que, loin d'être contradictoires, comme l’affirment certains, la dualité linguistique et la diversité culturelle sont intimement liées. Je dirais même que, sans la reconnaissance, consciente ou inconsciente, de la présence au Canada de deux communautés linguistiques, la notion même de multiculturalisme serait difficilement acceptable.

Me voici en début de mandat, et le message que je veux livrer est simple : le français et l’anglais sont des langues canadiennes qui appartiennent à tous les citoyens et à toutes les citoyennes du pays. Le français n’appartient pas qu’aux Québécois : il ne s’agit pas d’un code secret pour francophones seulement.

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de l’éducation en langue française au Canada et du rôle indispensable que jouent des parents, comme vous, en vue d’assurer la qualité de l’éducation que reçoivent les enfants partout au pays. Voilà un grand défi puisqu’il s’agit de sujets que vous connaissez mieux que moi. Néanmoins, je vous présenterai certains éléments qui pourraient vous être utiles, dans votre réflexion et dans vos démarches.

1. Les défis à relever

Les communautés francophones sont maintenant des communautés d'accueil pour les immigrants, tout autant que les communautés anglophones. Cela crée un défi de taille pour les systèmes scolaires.

Vous le vivez chaque jour : la clientèle des écoles d’aujourd’hui est très différente de celles d’hier, à l’époque de la Commission Laurendeau-Dunton par exemple. L’exogamie, très fréquente en milieu minoritaire, constitue une autre facette de la nouvelle réalité.

Résultat : dans nos systèmes scolaires, de plus en plus d’élèves ont des origines linguistiques mixtes.1 Or, il n’est pas toujours facile pour l’école d’intégrer harmonieusement des enfants issus de foyers où l’on parle plus d’une langue.

Il est important de réfléchir sur ce sujet afin de trouver des façons concrètes d’accueillir les élèves d’origines diverses et d’accompagner les parents dans le cheminement scolaire de leurs enfants.

Mon récent séjour à Vancouver m’a permis de confirmer cet état des choses. Le Bureau des affaires francophones et francophiles de l’Université Simon-Fraser coordonne les programmes d’études en français pour 22 étudiants qui, ensemble, parlent neuf langues différentes à la maison.

Pour sa part, l’école française André-Piolat accueille 300 élèves, qui, ensemble, parlent 30 langues différentes à la maison. Voilà le Canada d’aujourd’hui et de demain. Cette école fait face donc à plusieurs défis : les francophones de la Colombie-Britannique sont éparpillés sur un grand territoire; nombre d’enfants sont issus de familles exogames, et les parents ont plusieurs choix pour l’éducation de leurs enfants : l’école anglaise, les programmes d’immersion, l’école privée et l’école française.

Comment l’école André-Piolat relève-t-elle ces défis? D’abord, elle recrute des enseignants francophones engagés. Ensuite, elle a recours à la technologie : j’ai vu des étudiants du niveau secondaire suivre à leurs ordinateurs un cours de physique donné par un enseignant à Victoria. Mais surtout, l’école accorde une importance primordiale à la qualité. « Il faut être une école de choix », m’a dit le directeur, Raymond Ouimet.

Et pour être une école de choix, il faut offrir une formation de qualité. Aucun parent, aussi engagé soit-il, ne sacrifiera l’avenir de son enfant pour un principe, même un principe noble. La bonne nouvelle, c’est que les écoles des communautés francophones en milieu minoritaire me semblent, effectivement, mettre l’accent sur la qualité. Vos réalisations en matière de réussite scolaire en sont une bonne indication.

Au mois de juin 2006, l’institut Fraser a publié la liste des meilleures écoles en Ontario. Parmi les 308 établissements de la région d’Ottawa, cinq des dix meilleures écoles étaient françaises, dont Terre-des-Jeunes, qui s’est classée au premier rang grâce à une note parfaite.

Toujours en Ontario, certains conseils scolaires francophones ont déjà atteint les normes provinciales de réussite scolaire alors que la plupart des conseils anglophones ont beaucoup de chemin à faire. Ce n’est pas un hasard si ces résultats font suite à une amélioration du financement du système de l’enseignement en langue française.

La réussite des écoles de langue française n’est pas l’apanage des autres régions du pays. L’Île-du-Prince-Édouard a, elle aussi, des exemples de succès.

Je pense notamment au centre scolaire communautaire du Carrefour de l'Isle-St-Jean, ici à Charlottetown. Comme d’autres, vous avez créé une institution scolaire qui sert également de point de ralliement pour l’ensemble de la communauté. Le Carrefour ne cesse de prendre de l’expansion pour accueillir de nouveaux élèves. De plus, il ne cesse de prendre de l’importance pour les membres de votre communauté. On peut parfois être victime de ses propres succès : le Carrefour commence à manquer d'espace. Voilà un signe que l’on fait de grands progrès dans le recrutement et la rétention des ayants droit.

Un autre exemple de succès est la mobilisation communautaire pour le plan d’action sur l’article 23, que vous avez établi en juin 2005 de concert avec d’autres partenaires du secteur de l’éducation. On m’a dit que votre exécutif national a travaillé d’arrache-pied pour contribuer à l’élaboration d’un plan d’action intégré pour parfaire le système scolaire de langue française au Canada. C’est ce genre de travail de mobilisation qui me donne espoir pour l’avenir de notre système d’éducation. Je félicite la CNPF et les conseils scolaires francophones2 pour leur rôle de leader dans le cadre de cette initiative.

Ces réussites doivent constituer des sources de fierté et d’espoir pour l’avenir, car il faut viser l’excellence dans l’éducation.

Je suis bien conscient que cette recherche de l’excellence doit commencer avant même l’entrée à l’école, en particulier au sein des communautés francophones. Les services de garde et d’apprentissage pour les jeunes enfants sont d’une grande importance.

Les centres de la petite enfance et de la famille que vous mettez sur pied dans vos communautés constituent la porte d’entrée à l’école, des lieux où l’on initie les enfants au système scolaire. À partir de ce moment, ils participent aussi au développement de leur communauté. Nous avons grand besoin de ces espaces afin de former les jeunes francophones de demain.

Je sais à quel point les défis sont grands dans le domaine de la petite enfance en ce moment. La situation n’est pas facile dans une fédération comme le Canada où les différents gouvernements peuvent avoir des points de vue divergents sur les services de garde et d’apprentissage pour la petite enfance. Ce qui importe, c’est que l’élève francophone d’âge préscolaire ait toutes les chances de s’épanouir dans sa langue, au même titre que ses concitoyens. Les prises de position de la CNPF à l’égard de l’apprentissage et des services de garde en milieu francophone me semblent viser une justice sociale pour la francophonie au pays.

Le message que je veux vous transmettre aujourd’hui est le suivant : il ne faut pas lâcher prise. L’avenir de vos enfants et de la francophonie au Canada en dépend.

2. La complémentarité des systèmes scolaires francophones et les programmes d’apprentissage d’une langue seconde

J’aimerais maintenant vous parler des liens de la francophonie avec le système d’immersion. Je ne sais pas si certains d’entre vous s’en souviennent, mais ce n’est pas la première fois que je fais une allocution à une rencontre des membres de la Commission.

En effet, il y a presque quinze ans, j’ai été invité à prendre la parole à l’une de vos réunions, à Montréal. J’avais alors communiqué un message que certains avaient jugé provocateur : j’ai dit que vous ne pouviez pas vous offrir le luxe de voir la communauté des francophiles – les écoles d’immersion, les parents des élèves et les organismes comme Canadian Parents for French et French for the Future – comme une concurrente ou une adversaire. Il fallait plutôt, ai-je dit, chercher des partenaires et des alliés.

Un autre conférencier, feu Pierre Bourgault, a été choqué par mes propos; il a utilisé tous ses talents d’orateur pour vous convaincre du contraire. Mais, comme on dit, je persiste et signe.

Ceci dit, je suis très conscient du sentiment de vulnérabilité, voire de précarité que ressentent les communautés minoritaires. Je comprends qu’on ait hésité à s’engager dans une collaboration avec le mouvement de l’immersion. Mais je reste convaincu que davantage de ressources pourraient être partagées : des livres, des vidéos, des visionnements de films, des visites d’auteurs ou d’artistes francophones.

Mon récent séjour en Colombie-Britannique a renforcé cette conviction. La Fédération des francophones de la Colombie-Britannique m’a expliqué que l’organisme Canadian Parents for French est un de ses membres. On travaille ensemble; on organise des rencontres, des concours oratoires, des débats. En tant que commissaire, c’est avec plaisir que je veillerai à promouvoir ce type d’initiatives, et j’applaudis les démarches qui ont été faites en ce sens et je vous invite à les poursuivre.

Selon moi, l’existence de divers systèmes scolaires et le maintien d’une variété de programmes pour l’apprentissage du français contribueront à assurer la réussite de la dualité linguistique au Canada. Plus on offre de choix, meilleures sont les chances d’attirer les élèves dans les programmes qui leur conviennent et plus il y aura de personnes bilingues.

Les programmes d’immersion sont une expérience canadienne qui enrichit la dualité linguistique au pays. Il s’agit d’un choix de société que nous avons fait dans la foulée de la Commission Laurendeau-Dunton. Il s’agit d’une réponse anglophone à la politique linguistique du Canada.

On ne force pas les jeunes à devenir bilingues, on leur offre des occasions et l’accès à des écoles d’immersion et à des programmes de langue seconde afin qu’ils puissent bénéficier pleinement de la richesse des deux langues officielles. C’est une question d’équité et de responsabilité sociale, une question profondément liée à l’identité canadienne.

3. La poursuite de l’excellence

Je veux réitérer que le succès de l’école de langue française réside dans l’excellence de vos systèmes respectifs. Il nous faut travailler ensemble et viser l’excellence au sein de nos écoles et de nos conseils scolaires.

J’aimerais, avant de terminer, présenter certains éléments qui pourraient faciliter le succès de nos efforts. Je ne peux en traiter longuement aujourd’hui, mais ce n’est que partie remise. Il y a trois ingrédients qui, à mon avis, semblent faciliter, ou catalyser, le processus continu qui mène à l’excellence :

  • La concertation entre les différents groupes communautaires;
  • La participation active des parents, c’est-à-dire la mise en œuvre d’une philosophie de participation authentique de toutes les personnes concernées;
  • L’écoute active et la pleine participation des différents paliers de gouvernement à la mission éducative.

Conclusion

Pour conclure, je veux vous dire que, en tant que commissaire, je me réjouis d’être le défenseur de vos droits et du plein épanouissement des systèmes scolaires de langue française partout au Canada. Je vais continuer à rendre visite aux communautés de partout au pays et je resterai à l’écoute.

Je vous remercie de me permettre de participer à votre réflexion. C’est avec plaisir que j’entendrai vos commentaires ou répondrai à quelques questions, si le temps le permet.


1 En 2001, on estimait que 63 p. 100 des enfants d’âge scolaire admissibles à l’école de la minorité (ayants droit) vivaient dans un foyer exogame où les deux langues officielles sont utilisées. Rodrigue Landry, Libérer le potentiel caché de l’exogamie : là où le nombre le justifie IV, Ottawa, Commission nationale des parents francophones, 2003, p. 3.

2 On compte 31 conseils scolaires francophones hors du Québec. Ils sont regroupés au sein de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones.