ARCHIVÉE - Ottawa, le 27 février 2003

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Nos langues officielles : Une politique d'avenir

Notes pour une allocution destinée aux étudiants et aux professeurs
de l'Université Carleton


Madame Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Permettez-moi de vous dire d'abord à quel point je suis heureuse d'être parmi vous. Je veux remercier surtout la Société de linguistique française de l'Université Carleton qui m'a invitée à m'adresser à vous aujourd'hui. Je sais que vous avez déployé beaucoup d'efforts pour promouvoir la langue française sur le campus et pour favoriser la discussion et le débat au sujet des questions linguistiques.

Avant d'être nommée commissaire aux langues officielles, j'ai consacré une bonne part de ma carrière à l'enseignement et à l'administration en milieu universitaire, et je suis toujours heureuse de revenir à l'université. Mais ne craignez rien, je ne suis pas ici aujourd'hui pour vous faire la leçon! Et, détendez-vous, je n'ai pas l'intention non plus de vous faire passer un examen de français ni un test éclair sur vos connaissances à propos de la politique des langues officielles!

J'aimerais plutôt prendre quelques minutes pour vous parler de quatre questions que je considère comme très importantes, et j'espère que nous pourrons ensuite en discuter. Tout d'abord, je veux vous entretenir de mes fonctions de commissaire aux langues officielles. Ensuite, j'aimerais parler de ce que signifie travailler dans une fonction publique bilingue. Troisièmement, il y a la question de l'identité canadienne et de son évolution, et des défis que devra relever la fonction publique à cet égard. Enfin, je veux dire quelques mots à propos de la priorité que devront accorder les universités et leurs étudiants à l'apprentissage de nos deux langues officielles.

1. Rôle de la commissaire aux langues officielles

Je veux d'abord parler du travail que je fais tous les jours. Qu'est-ce qu'une commissaire aux langues officielles? Il est fort probable qu'un grand nombre d'entre vous ne connaissent du commissaire ou du Commissariat que les autres noms que les médias nationaux nous donnent : le tzar de la langue, les flics de la langue, les chiens de garde... ça vous dit quelque chose?

Certains d'entre vous pensent peut-être que mon rôle consiste simplement à faire en sorte que les instructions sur les boîtes de Corn Flakes soient rédigées dans les deux langues. En réalité, mes fonctions de commissaire sont décrites de manière très détaillée dans la Loi sur les langues officielles. Mon mandat, pour aller au plus simple, veut que je sois la conscience active des Canadiens en matière de langue.

Je suis un haut fonctionnaire du Parlement, ce qui veut dire que je n'ai pas de comptes à rendre à la bureaucratie fédérale et que je relève directement du Parlement, et non d'un ministre ni du premier ministre ni même du gouvernement! Cela me donne suffisamment de liberté pour surveiller de manière objective la façon dont le gouvernement applique la Loi sur les langues officielles. Mon rôle est semblable à celui du vérificateur général qui est également un haut fonctionnaire du Parlement. Nous prenons part à l'exercice de la démocratie au Canada en veillant à ce que le gouvernement respecte les droits fondamentaux des citoyens. J'exerce des pouvoirs de persuasion et de recommandation. Je ne peux imposer ni amende ni sanction, mais je peux poursuivre le gouvernement en justice s'il ne respecte pas la loi! Les précédents commissionnaires l'ont fait huit fois au cours des quinze dernières années!

Je me considère comme un ombudsman, soit un agent de changement et le « mentor linguistique » du Canada, qui se penche sur les objectifs principaux de la Loi sur les langues officielles, c'est-à-dire :

  • assurer l'utilisation égale de l'anglais et du français au Parlement, au gouvernement du Canada et dans l'administration fédérale;
  • préserver les communautés de langue officielle en situation minoritaire au Canada et veiller à leur épanouissement;
  • faire en sorte que le français et l'anglais soient sur le même pied dans la société canadienne.

Sur le plan de l'égalité des langues, nous avons fait bien du chemin au cours des trente dernières années, mais il reste bien du travail à abattre. J'essaie d'être proactive, de faire évoluer les choses et de mettre tout en oeuvre pour que nous nous rapprochions des objectifs que nous nous sommes fixés en tant que nation. À cette fin, je crois devoir exercer six rôles pour m'acquitter de mes fonctions : un rôle d'ombudsman, un rôle de vérification, un rôle de liaison, un rôle de vigie, un rôle de promotion et d'éducation, sans compter un rôle d'intervention devant les tribunaux.

Concentrons-nous un moment sur le rôle de l'ombudsman. Le mot « ombudsman » vient du suédois et signifie « celui ou celle qui parle au nom de... ». Comme la plupart des ombudsmans, je reçois des plaintes sur les langues officielles directement du public, je les examine et je recommande les mesures correctives nécessaires.

Laissez-moi vous donner quelques exemples. J'ai déjà reçu une plainte d'un anglophone du Nouveau-Brunswick qui voulait que les émissions réalisées à la Chambre des communes soient diffusées en anglais d'un bout à l'autre. Le Commissariat a contribué à faire changer le règlement du CRTC et les pratiques du CPAC, la chaîne politique du Canada accessible par le câble. Par conséquent, les débats de la Chambre des communes sont aujourd'hui diffusés dans les deux langues officielles, au bénéfice des Canadiens. Nous faisons enquête sur divers types de plainte. Par exemple, les offres d'emploi mal traduites destinées aux étudiants, qui sont affichées sur le site Web « Emplois » de Développement des ressources humaines Canada, ou le manque de services dans la langue officielle d'un passager à bord d'un vol d'Air Canada ou dans un train de Via Rail. Par ailleurs, nous traitons régulièrement des plaintes ayant trait à la langue de travail dans les aires de services publics dispensés par le gouvernement fédéral lorsque celles-ci, par exemple, se rapportent à des postes informatiques unilingues, à des documents de travail unilingues ou à des superviseurs unilingues occupant un poste exigeant l'emploi des deux langues officielles.

En plus d'examiner les plaintes au sujet des langues officielles, nous menons régulièrement diverses études et vérifications qui portent sur des problèmes systémiques. Je crois que mon travail consiste également à chercher des solutions à des problèmes plus vastes. Par exemple, nous avons publié un rapport clé concernant le besoin d'exercer un leadership encore plus fort au sein de l'administration fédérale en matière de langues officielles, et la nécessité de transformer en profondeur la culture organisationnelle. Au cours des trois dernières années, nous avons mené des études sur diverses questions : l'immigration et les langues officielles, les exigences linguistiques liées à « Gouvernement en direct », et l'usage de l'anglais et du français sur les sites Web des ambassades étrangères au Canada et des organismes internationaux.

J'encadre également les activités de liaison et d'information visant à aider les établissements fédéraux à appliquer la Loi. Je veille à la prévention en intervenant au moment de la rédaction des mesures législatives pour faire en sorte que les droits linguistiques soient pris en considération. Par le biais d'allocutions, d'études et d'activités de sensibilisation, je cherche à promouvoir chez les Canadiens et les Canadiennes une meilleure compréhension de la dualité linguistique et des besoins et préoccupations des quelque deux millions de Canadiens qui vivent dans des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

2. Détruire les mythes au sujet du bilinguisme dans la fonction publique

Maintenant que vous savez un peu plus qui je suis et ce que je fais, passons à la question du bilinguisme dans la fonction publique qui, vous l'aurez deviné sans doute, me préoccupe au plus haut point. Je suis persuadée qu'un grand nombre d'entre vous, au moment de recevoir votre diplôme, voudrez entrer dans la fonction publique fédérale. Il se peut que vous ayez lu dans les journaux des articles fort encourageants sur le renouvellement de la fonction publique, et l'accroissement des perspectives d'emploi dans ce secteur. Vous avez également peut-être lu des articles négatifs ou trompeurs à propos du bilinguisme au gouvernement fédéral. Les mythes à ce sujet sont parfois aussi nombreux que les têtes de l'hydre du proverbe.

Je suis loin d'être Hercule, mais je ne détesterais pas trancher les têtes de quelques-uns de ces mythes. Le meilleur moyen d'y parvenir est d'informer, d'éduquer et de présenter constamment les faits tels qu'ils sont.

Pour commencer, à quoi rime cette politique? Le principe de base du bilinguisme à la fonction publique fédérale est relativement simple. Les services de l'administration fédérale doivent être offerts dans les deux langues officielles dans la région de la capitale nationale et les sièges sociaux, et ailleurs là où le nombre le justifie et lorsque la vocation du bureau l'exige. Pour s'acquitter de ces obligations, environ le tiers des bureaux du gouvernement fédéral, dans l'ensemble du Canada, ont été désignés bilingues. Cela fait en sorte que la plupart des communautés anglophones du Québec et des communautés francophones des autres provinces ont accès à au moins une gamme de services de base dans leur langue.

En plus de l'obligation de servir les Canadiens dans la langue officielle de leur choix, la Loi sur les langues officielles prévoit également que les employés de l'administration fédérale ont le droit d'utiliser leur langue en milieu de travail dans la région de la capitale nationale, au Nouveau-Brunswick et dans certaines parties de l'Ontario et du Québec. Ailleurs, on s'attend à ce qu'ils travaillent dans la langue de la majorité.

La Loi précise également que les Canadiens d'expressions française et anglaise doivent être représentés aussi équitablement que possible dans la fonction publique fédérale.

Pour atteindre ces objectifs de base, il va sans dire que certains employés du gouvernement doivent obligatoirement être bilingues à divers niveaux. Cependant, il est bon de noter que la plupart des fonctionnaires fédéraux occupent des postes n'exigeant la connaissance que d'une seule langue officielle. Un peu plus du tiers seulement des postes de la fonction publique nécessite la connaissance des deux langues, à divers niveaux.

Comme on pouvait s'y attendre, le nombre de postes bilingues varie selon la région. Par exemple, dans l'Ouest et le Nord du Canada, seulement 4 % des emplois fédéraux sont bilingues, tandis qu'au Québec un peu plus de la moitié de ces postes le sont. Dans la région de la capitale nationale, environ deux tiers des emplois exigent la connaissance de l'anglais et du français.

Voilà pour les chiffres, mais regardons maintenant de plus près la réalité du bilinguisme dans la fonction publique. En ce qui concerne l'usage quotidien de l'anglais et du français, langues de travail, la fonction publique fédérale a encore bien du chemin à faire avant qu'on puisse dire qu'elle est véritablement un organisme bilingue. Une récente étude du Conseil du Trésor a confirmé que dans les régions bilingues, les communications quotidiennes entre collègues ou avec les superviseurs tendent à avoir lieu dans une seule langue, le français au Québec et l'anglais partout ailleurs.

Je dois dire cependant que nous avons réussi à atteindre certains objectifs clés de la Loi. Nous disposons aujourd'hui d'une représentation équitable de francophones et d'anglophones dans la fonction publique, d'outils de travail qui sont largement disponibles dans les deux langues officielles et, dans l'ensemble, les postes bilingues sont remplis par des personnes qui répondent aux exigences linguistiques de leur emploi. Après trente années de bilinguisme, nous sommes devenus très adroits pour élaborer des cahiers pleins de politiques, de règles et de réglementation sur les langues officielles.

Toutefois, il existe un écart considérable entre la théorie et la réalité en ce qui a trait à l'usage des langues dans la fonction publique, et il s'agit là d'une question très grave. Il se peut que le problème véritable soit lié au fait que les ministères et les cadres supérieurs n'aient pas suffisamment tenu compte de l'aspect humain ou personnel lié à l'usage des langues officielles.

Trop souvent, nous avons oublié l'importance culturelle, sociale et psychologique de ce que signifie le fait de travailler ou de recevoir des services dans sa propre langue parce qu'on s'évertue à se conformer à la longue liste de règles et d'exigences à respecter. Quelque part en cours de route, nous semblons avoir mis de côté certaines valeurs humaines, dont le respect et l'équité, qui sont au coeur même de ce que représente la Loi sur les langues officielles. Mais pourquoi est-il important que les employés d'expression française ou anglaise soient en mesure d'utiliser leur propre langue au quotidien? C'est d'abord et avant tout pour respecter l'identité des employés et la confiance qu'ils ont en eux-mêmes. Il s'agit de reconnaître le caractère distinct d'un individu, de sa langue et de sa culture. Aujourd'hui, un commerce florissant - livres, cours - n'a cesse de nous rappeler que notre plus grande ressource naturelle est l'être humain. L'économie du savoir est totalement basée sur les personnes. Il n'est pas nécessaire d'être très perspicace pour comprendre que les gens produisent mieux et davantage lorsqu'ils travaillent dans leur propre langue.

Je crois que les langues officielles doivent constituer une partie intégrale du travail accompli dans la fonction publique. Cela doit être intégré dans nos principes de service, et nous devons adopter une approche axée sur les valeurs. Les cadres supérieurs, pour leur part, doivent donner l'exemple. Il est difficile de voir comment les fonctionnaires peuvent s'engager davantage à l'égard de la dualité linguistique, de manière pratique, si leurs patrons ne montrent pas la voie, s'ils ne parlent pas à leurs employés dans leur propre langue et s'ils ne tiennent pas de réunions en anglais et en français.

La présidente du Conseil du Trésor, Mme Robillard, a récemment annoncé une initiative d'envergure visant à moderniser la gestion des ressources humaines dans l'administration fédérale. Je suis persuadée qu'il s'agit là d'une occasion de changer la culture organisationnelle et de promouvoir les objectifs principaux et l'esprit même du bilinguisme officiel. Je sais que Mme  Robillard partage ce point de vue. Pour renouveler la fonction publique, nous ne mettrons pas l'accent sur les règles, mais bien sur le respect et les valeurs, sur le professionnalisme et le comportement éthique.

Un grand nombre d'entre vous n'a probablement jamais travaillé dans un milieu bilingue. En tant que futur gestionnaire ou employé potentiel de la fonction publique, comment avez-vous l'intention de faire face à ces difficultés sur le plan pratique? Donnerez-vous l'exemple? Comment aborderez-vous les différences culturelles? Voudrez-vous créer un milieu de travail où les membres des deux groupes linguistiques se sentiront parfaitement à l'aise de travailler côte à côte, comme des partenaires d'égale valeur?

Par exemple, si l'on vous demande de présider une réunion, vous devrez faire en sorte que les documents soient traduits dans les deux langues officielles et vous devez inciter les employés à parler dans la langue officielle de leur choix. Lorsqu'un employé abordera une question au cours d'une réunion, en français, serez-vous ouvert à son point de vue? Ferez-vous simplement semblant que vous avez compris? Déciderez-vous d'ignorer cette personne ou ferez-vous tous les efforts possibles pour l'encourager et tenir compte de ses idées au cours de la discussion?

Vous voyez, ce n'est pas toujours aussi facile qu'on le croirait. Il y un grand nombre de difficultés à aplanir si l'on veut créer une fonction publique où les deux langues officielles sont pleinement intégrées dans les pratiques, la culture et les valeurs, et je sais que si nous adoptons l'attitude juste, l'expérience peut se révéler enrichissante pour chaque personne qui y participe. Et j'espère que si vous devenez fonctionnaire, vous nous aiderez à nous orienter dans la bonne direction. L'inclusion, le respect et l'équité sont les valeurs qui figurent au centre de notre manière toute canadienne de composer avec la diversité de notre tissu social.

3. La dualité et la diversité dans la société canadienne - et dans la fonction publique fédérale

Je viens tout juste de vous donner de quoi réfléchir sur certains aspects pratiques du bilinguisme dans la fonction publique, et je veux maintenant passer aux difficultés auxquelles nous devons aujourd'hui faire face en tant que société. Ces questions plus larges ont un impact direct sur la nature même de la fonction publique, la façon dont nous nous voyons, et dont nous nous acquittons de nos responsabilités envers le public canadien dans nos vies quotidiennes.

La dualité linguistique est l'un des principaux piliers sur lequel le Canada s'est construit; elle est enclavée dans notre Constitution. Lorsque notre pays est né, on a refusé d'imposer l'uniformité linguistique ou ethnique. Le Canada ne devait être ni anglais ni français, mais bien anglais et français. Cet esprit d'accueil, de tolérance a aidé les Canadiens à se comprendre mutuellement. Nous avons acquis la capacité de vivre ensemble malgré nos différences, et nous ne nous attendons pas à ce que chacun s'adapte à un moule culturel et linguistique uniforme. C'est ce que nous a enseigné le compromis entre l'anglais et le français.

Aujourd'hui, la diversité ethnique ne cesse de s'accroître au pays. Les sondages les plus récents nous apprennent que 18 % des Canadiens et Canadiennes sont nés à l'extérieur du Canada et que plus de cent langues sont parlées d'un bout à l'autre de notre pays. En réalité, après l'Australie, le Canada est le pays qui accueille le plus grand nombre d'immigrants.

Je crois fermement qu'une des principales raisons pour lesquelles le Canada a été en mesure de construire avec succès une société unique et pluraliste est liée au fait que la dualité linguistique constitue une pierre angulaire de la fédération canadienne. Autrement dit, je considère qu'il existe un lien entre notre décision de reconnaître l'anglais et le français comme langues officielles et notre capacité de respecter la diversité linguistique et culturelle.

Si le Canada continue à être « un royaume paisible », c'est en grande partie à cause des leçons de tolérance que nous avons retenues, avec le temps, de nos rapports avec les deux langues. Il ne fait aucune doute que notre pays, comme un grand nombre de nations où vivent diverses ethnies, possède les ingrédients principaux pour créer un cocktail explosif de dissensions et de conflits.

Cependant, nous avons toujours été capables de venir à bout de nos différends par la discussion, la négociation et le compromis.

Nous avons réussi à construire une société sûre, stable et qui, pourtant, permet à des voix et des intérêts divergents de s'exprimer. En définissant notre identité nationale, nous avons perçu la dualité linguistique et la diversité comme des idéaux complémentaires et non contradictoires. Nous avons appris à travailler ensemble au lieu de contrecarrer l'action des uns et des autres.

Mais, quel rôle la fonction publique doit-elle jouer dans tout cela? Je crois que la fonction publique fédérale doit jouer un rôle crucial pour favoriser l'existence d'une société inclusive, où règne la cohésion et la diversité, et où deux langues officielles sont parlées. Toutefois, la fonction publique elle-même doit incarner les valeurs communes de notre pays, et elle doit être en mesure de répondre au double objectif de refléter la dualité linguistique du Canada et sa diversité dans ses propres rangs. Je ne crois pas que la fonction publique puisse travailler efficacement dans l'intérêt du public si elle n'est pas le reflet de la composition de sa population.

J'ai entendu certaines personnes déclarer que le programme des langues officielles empêchait la fonction publique fédérale de représenter pleinement la diversité ethnique de la société canadienne. Ce type d'affirmation m'inquiète grandement. Je crois que nous devons réunir ces programmes au lieu de les mettre en opposition. Dans les deux cas, il s'agit d'inclusion, d'égalité et de respect de la différence et de la diversité. Qu'il s'agisse d'une autre langue officielle, d'une autre culture ou d'un autre groupe ethnoculturel, on revient toujours à permettre l'expression d'une différence. Voilà les défis que nous devons relever pour créer un service public exemplaire où les valeurs imprègnent et renforcent la prise de décisions. Vous, les futurs chefs, je vous invite à réfléchir sur le rôle que vous devrez jouer pour contribuer à la création d'une société ouverte à tous et diversifiée où deux langues officielles sont parlées.

4. Possibilités d'apprentissage des langues secondes dans nos universités

Pour terminer, j'aimerais dire quelques mots du rôle que jouent nos universités dans la promotion de la dualité linguistique au Canada. Vous vous souviendrez peut-être que dans le discours du Trône prononcé en septembre dernier, l'administration fédérale promettait de mettre en œuvre un plan d'action sur les langues officielles qui insisterait sur l'enseignement des langues secondes et des langues de la minorité, y compris l'objectif de doubler d'ici dix ans le nombre de diplômés des écoles secondaires ayant une connaissance pratique de l'anglais et du français.

Le ministre des Affaires intergouvernementales, M. Stéphane Dion, qui est responsable de la coordination du programme des langues officielles au fédéral, met actuellement la dernière main à ce plan d'action qui sera rendu public le mois prochain.

Certains diront peut-être que cet objectif est ambitieux, mais je crois fermement qu'il peut être atteint grâce au leadership et à la collaboration entre le gouvernement fédéral et les administrations provinciales, les commissions scolaires et les spécialistes de l'éducation. Et oui, les établissements postsecondaires ont un rôle important à jouer également à ce titre.

Il suffit de revenir un peu en arrière pour comprendre à quel point ce but est réaliste. Au Canada, en 1977, il n'y avait que 38 000 enfants inscrits dans les programmes d'immersion en français. Aujourd'hui, ils sont dix fois plus nombreux et un adolescent sur quatre parle les deux langues officielles. Le taux de bilinguisme chez eux a plus que doublé si on le compare à celui de leurs parents.

Je sais très bien qu'on ne cesse de demander à nos établissements postsecondaires, et notamment à nos universités, de faire plus avec moins. Toutefois, pour répondre aux nouvelles exigences qui ne cessent de croître, je crois que l'enseignement des langues officielles devra être fait sur une plus longue période continue, qui commencerait par les activités préscolaires en passant par les écoles primaire et secondaire pour aller jusqu'aux cours dans les établissements postsecondaires.

Je crois qu'avec le temps les étudiants de nos universités exigeront une plus vaste gamme de possibilités de perfectionner et d'améliorer leurs compétences en langue seconde. Les universités et les collèges de plusieurs provinces, y compris plusieurs universités de l'Ontario, ont déjà montré la voie pour inventer des moyens inédits de répondre à ces besoins.

À titre d'ex-principale du Collège universitaire Glendon, établissement bilingue rattaché à l'Université York, je peux vous assurer qu'une approche intégrée de l'apprentissage des langues officielles se révèle toujours fructueuse. Sur le plan pratique, cela peut signifier offrir aux étudiants la possibilité de suivre des cours de leur propre discipline dans leur langue seconde. L'Université d'Ottawa, l'Université de Sherbrooke, l'Université de Montréal et l'Université McGill comptent au nombre de celles qui encouragent les étudiants de toutes les facultés à maîtriser les deux langues officielles pendant leurs études.

Comme étudiants, vous devriez faire des efforts pour mieux connaître la gamme des points de vue et des interprétations de notre histoire et les valeurs exprimées par les Canadiens de l'autre groupe de langue officielle. Et pour aller plus loin, ne conviendrait-il pas d'apprendre également leur langue? Il est évident que de nombreux étudiants canadiens sont de cet avis, y compris nombre d'étudiants de l'Université Carleton.

Sur le plan personnel, bien parler le français langue seconde représente une expérience très positive. Et apprendre une langue seconde rend encore plus facile l'apprentissage d'une troisième, voire d'une quatrième langue! C'est aussi bon pour son esprit et son moral que pour son portefeuille. Il y a une forte demande de bilinguisme au gouvernement, dans le monde des affaires, des communications, de l'éducation, du commerce international et dans de nombreuses autres sphères d'activité. C'est un atout qui assure la mobilité, la sensibilité culturelle et une plus vaste perspective sur un marché mondial. En plus, c'est une bonne chose pour le Canada et pour la société multiculturelle bilingue que nous sommes devenus. Que vous obteniez votre diplôme en journalisme, en histoire ou en sciences, pourquoi ne pas vous inscrire à un cours de français? Si vous êtes déjà suffisamment habiles en français, ne vous gênez pas pour vous en servir! N'attendez surtout pas d'être dans une situation professionnelle où vous devez subitement vous exprimer en français et que vous vous rendez compte que son usage vous met mal à l'aise! Vous pouvez le mettre en pratique dès maintenant à Ottawa et Gatineau, dans les restaurants, dans les pubs, dans les bureaux du gouvernement, pendant vos activités culturelles et sur le Web! Plus vous le pratiquerez, plus il deviendra facile.

Conclusion

En terminant, j'aimerais vous inviter, vous, les leaders de demain, à vous soucier de la dualité linguistique et de sa diversité au Canada. En tant que Canadiens et Canadiennes, vous avez la possibilité et le devoir de construire une société où la tolérance et la compréhension mutuelle ne cessent de s'accroître.

Je vous remercie.