ARCHIVÉE - Ottawa, le 26 septembre 2007

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Deux langues valent mieux qu’une

Allocution prononcée lors de l’inauguration officielle du Centre de bilinguisme de la Fédération étudiante de l’Université d’Ottawa (FÉUO)


Graham Fraser – Commissaire aux langues offficielles

Seul le texte prononcé fait foi

Madame la Ministre Meilleur, distingués invités, bonjour,

Quel plaisir d’être parmi vous aujourd’hui! L’ouverture d’un centre de bilinguisme est une bonne nouvelle pour tous, en particulier du point de vue d’un commissaire chargé de promouvoir et de protéger les langues officielles du Canada. Et je suis d’autant plus enchanté que ce projet a été élaboré par des étudiants, pour des étudiants.

Je tiens donc à vous féliciter. Vous avez de nombreuses raisons d’être fiers. Vous avez fait preuve de leadership et d’originalité. Le Centre de bilinguisme non seulement sera d’une grande utilité pour les étudiants de l’Université, mais il servira aussi d’exemple partout au pays. Je suis toujours à la recherche d’exemples de leadership dans le domaine des langues officielles. Et voilà, vous m’en fournissez un excellent! Un exemple de vision, de respect de la diversité et de vitalité des langues officielles. En effet, votre projet témoigne du long chemin parcouru par les langues officielles et prépare un avenir prometteur au bilinguisme.

Pour les gens de ma génération, le bilinguisme officiel a été une lutte, un rêve. Il y a quelques décennies, l’offre de services gouvernementaux dans la langue de choix du public reposait sur le hasard ou la bonne volonté; aussi, dans diverses communautés du pays, le français était menacé. Les défenseurs des langues officielles, en particulier les membres des communautés francophones et acadiennes, ont lutté pour obtenir des droits. Ainsi, le rêve d’étudier et de vivre dans la langue de son choix est devenu peu à peu une réalité. La première Loi sur les langues officielles, adoptée en 1969, et la Charte canadienne des droits et libertés, entrée en vigueur en 1982, sont les fondements sur lesquels nous bâtissons l’avenir. D’ailleurs, cette année, nous avons fêté les 25 ans de la Charte. La Charte a suscité un dialogue à l’échelle nationale entre les tribunaux, les gouvernements, les communautés de langue officielle et les citoyens. Et ce dialogue a fait évoluer les droits linguistiques vers une interprétation de plus en plus généreuse.

Rappelons-nous ce que la Cour suprême du Canada a dit à l’égard de la langue en 1990. « Une langue est plus qu’un simple moyen de communication; elle fait partie intégrante de l’identité et de la culture du peuple qui la parle » et « [c]’est le moyen par lequel les individus se comprennent eux-mêmes et comprennent le milieu dans lequel ils vivent1. » Les identités sont complexes de nos jours, mais la langue demeurera toujours un élément central de l’identité individuelle ou collective. Et l’Université d’Ottawa vous permet d’explorer à fond les multiples facettes identitaires de nos deux langues canadiennes.

Certains voient le bilinguisme comme une pente glissante qui conduit à l’unilinguisme. J’ai été peiné lorsque j’ai entendu Yvon Deschamps dire récemment à l’émission Tout le monde en parle qu’il croyait que, dans cinquante ans, on ne parlerait plus français au Canada. Jacques Godbout a écrit sensiblement la même chose dans L’Actualité.

Avec tout le respect que je dois à ces hommes, et à leur contribution à la culture, je suis en désaccord total. Si je pensais que le bilinguisme était néfaste pour l’avenir du français au Canada, je ne serais pas ici aujourd’hui. Au contraire, je crois que le bilinguisme se base sur le principe du respect des deux langues officielles.

D’ailleurs, pour beaucoup d’entre vous, étudiantes et étudiants, le bilinguisme est une réalité quotidienne. Cela fait partie de votre identité. Vous êtes de plus en plus nombreux, les « enfants de la Charte », à faire concrètement l’expérience du bilinguisme officiel, presque tous les jours.

Il est admirable que les jeunes francophones et anglophones partagent un établissement comme l’Université d’Ottawa. Plusieurs prennent plaisir à expérimenter les avantages de partager leur langue et leur culture. D’autres découvrent l’univers culturel qui vient de pair avec leur langue seconde. Et les jeunes immigrants sont plongés dans un espace accueillant et respectueux.

Vous le savez comme moi, apprendre une langue peut parfois être intimidant. Mais ici, et la création du Centre de bilinguisme confirme cette impression, on sent que la timidité fait vite place au plaisir de la découverte.

Pour plusieurs, la compétence en langue seconde n’est pas acquise. Moi-même, j’ai compris qu’apprendre une deuxième ou une troisième langue, c’est l’expérience de toute une vie. J’ai fait mon apprentissage du français sur le tard, mais avec conviction, et je pense pouvoir dire aujourd’hui que j’ai réussi. Mais, comme parler est un acte de nature physique, il faut toujours pratiquer.

Les programmes d’immersion et de français de base sont des voies parmi d’autres qui mènent au bilinguisme. D’ailleurs, la clientèle de l’Université d’Ottawa est des plus variées. On y trouve des étudiants qui proviennent de l’étranger, du Québec, des communautés francophones, des écoles de langue anglaise et des programmes d’immersion.

L’Université déploie de plus en plus d’efforts pour offrir à ses étudiants de suivre des cours dans la langue de leur choix, mais aussi pour leur donner l’occasion de parfaire leurs connaissances de leur langue seconde. Malgré tout, le statut particulier du français exigera toujours un effort supplémentaire de la part des décideurs pour que son épanouissement soit assuré à l’Université. À ce propos, l’étude des recommandations du groupe de travail sur les programmes et services en français à l’Université, de même que l’annonce récente de la mise sur pied d’une Commission permanente des affaires francophones, sont d’excellentes nouvelles qui assureront une bonne santé du français à l’Université.

En plus du Centre de bilinguisme, l’Institut des langues officielles et du bilinguisme jouera un rôle clé à l’Université d’Ottawa et au pays dans l’épanouissement des langues officielles. L’ILOB participera activement à la recherche sur l’enseignement et l’acquisition des langues, de même que sur l’aménagement linguistique. L’Institut est un chef de file dont l’expertise est des plus utiles pour l’ensemble du Canada. Il s’agit d’un partenaire indispensable des étudiants.

Sachez, étudiantes et étudiants, que vous êtes parmi les mieux placés pour expérimenter un univers bilingue harmonieux. Mais vous devez continuer d’être exigeants, car c’est grâce à des attentes élevées que naissent des projets novateurs comme le Centre de bilinguisme.

En terminant, je souhaiterais partager avec vous un court métrage que nous avons créé au Commissariat cette année. Ce petit film célèbre les 25 ans de la Charte canadienne des droits et libertés et présente des témoignages de jeunes sur l’apport du bilinguisme dans leur vie. J’aime ce film car il transpose les progrès juridiques en expériences de vie. D’ailleurs, Nicolas Séguin, le nouveau coordonnateur du Centre de bilinguisme, est l’une des vedettes du film!

Vous pourrez le visionner au bar 1848, pendant le goûter, dans quelques minutes.

Je vous remercie de votre écoute et je souhaite longue vie au Centre de bilinguisme.



1 Mahe c. Alberta, [1990] 1 R.C.S. 342, page 362.