ARCHIVÉE - Ottawa, le 25 mai 2000

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Langue et santé : deux aspects du même engagement

Allocution prononcée devant l'Assemblée générale annuelle du
Réseau des services de santé en français de l'Est de l'Ontario


Madame Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et messieurs,

Je suis très heureuse de vous retrouver à l'Assemblée générale annuelle du Réseau des services de santé en français de l'Est de l'Ontario. Ce rendez-vous est important. C'est l'endroit où se noue un dialogue constructif sur des sujets qui sont d'une importance capitale pour tous les francophones de la région.

Il est clair qu'à l'aube du XXIe siècle, le Canada dans son ensemble, et l'Ontario en particulier, sont en train d'élaborer de nouvelles politiques qui vont transformer profondément la promotion de la santé. Les réformes massives du système de santé en Ontario bouleversent souvent les pratiques établies et présentent des défis majeurs, tant pour les professionnels de la santé que pour les populations visées.

Plusieurs s'interrogent à savoir si cette nouvelle vision de la santé tient suffisamment compte de certains enjeux. Est-ce que le nouveau système de santé sera plus ouvert et plus global ? Permettra-t-il de réduire les inégalités et de lutter contre la précarité et l'exclusion ? Dans quelle mesure les programmes apporteront-ils une réponse à la pauvreté des enfants et aux nouveaux besoins d'une population vieillissante ? Est-ce que la réforme du système de santé donnera aux citoyens des instruments pour influencer véritablement les décisions qui les touchent de près ? Quelle sera la place de la langue et de la culture dans la promotion de la santé ?

C'est sur cette dernière question que j'aimerais vous entretenir ce matin en vous proposant quelques réflexions sur la place du français et des communautés francophones dans la promotion de la santé en Ontario. Je m'intéresse particulièrement à cette question parce que je sais, comme vous, que la santé n'est pas une abstraction. Elle fait partie intégrante du développement social et économique des deux grandes communautés linguistiques qui composent le Canada.

Langue et santé

En adoptant la Loi sur les langues officielles de 1988, le gouvernement canadien s'est engagé à appuyer le développement et à favoriser l'épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada. Pour ma part, je vois mal comment on peut réaliser cet objectif si l'on n'est pas en mesure de fournir à ces communautés, à un niveau de qualité acceptable et dans la langue de leur choix, les services publics essentiels, tels les services de santé.

Rappelons en outre que la constitution de l'Organisation mondiale de la santé déclare que : « La possession du meilleur état de santé qu'il est capable d'atteindre constitue l'un des droits fondamentaux de tout être humain [...] ». Au Canada, la santé publique et la dualité linguistique sont deux aspects d'un même engagement, celui de promouvoir l'égalité des chances de tous les Canadiens et Canadiennes dans la quête de leur bien-être.

Ce constat résume également le sens véritable de la lutte héroïque que les francophones de l'Ontario et d'ailleurs mènent pour la survie et le développement de l'Hôpital Montfort. Une langue n'est pas simplement une monnaie d'échange qui circule dans une communauté; c'est une valeur qui se développe et s'épanouit dans les institutions d'une communauté. La relation entre les deux est symbiotique. Il serait anormal, voire honteux, que des francophones dans l'Est de l'Ontario ou dans d'autres communautés francophones de la province soient réduits à devoir troquer leurs droits linguistiques contre le droit d'être soigné.

Vous comprendrez que j'ai été très heureuse d'apprendre que le ministre de la Santé, Allan Rock, avait annoncé, le 4 avril dernier, la création d'un Comité consultatif des communautés francophones en situation minoritaire. Ce Comité sera, je l'espère, un genre d'observatoire de la santé qui aura pour tâche essentielle non seulement de mesurer les déficits quantitatifs et qualitatifs parfois graves en matière de santé publique que subissent ces communautés, mais également d'assurer la mise en commun d'informations sur les initiatives novatrices en matière de prestation de services.

L'une des plus grandes inégalités qui existent dans le développement des communautés minoritaires, c'est souvent l'inégalité de l'information.

À cet égard, le travail du Réseau est admirable. Vous faites des études clés afin de pouvoir poser un diagnostic juste de la situation, des besoins et des possibilités, et d'établir une action efficace. Je me dois aussi de souligner le travail que mène à cet égard la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada. La Fédération a lutté pour le développement des services de santé en français partout au Canada en effectuant dans certains endroits des inventaires complets des ressources en santé et services sociaux. De plus, elle est intervenue énergiquement afin que les communautés francophones puissent participer à l'élaboration et la mise en oeuvre du Plan d'action national pour les enfants. Cette lutte contre l'exclusion est au coeur des préoccupations actuelles des communautés.

La santé des Franco-Ontariens : les grandes priorités

Fort heureusement, comme vous le savez, beaucoup de travail a été fait récemment en Ontario pour dresser un profil plus exact de l'état de santé des Franco-Ontariens en regard de toute la population ontarienne. C'est avec intérêt que j'ai pris connaissance du rapport de septembre 1999 réalisé par Rachel Ouellette et Renald Mailhot sur les besoins et lacunes en matière de services de santé en français dans l'Est de l'Ontario. La recherche de Rolande Faucher, qui a donné lieu à la publication le mois dernier d'une importante étude sur les besoins en formation de professionnels, est aussi un instrument de travail indispensable.

J'ai constaté en outre qu'en février de cette année, le Programme de recherche, d'éducation et de développement en santé avait publié un rapport sur la santé des francophones de l'Ontario. C'est un travail remarquable. Je souligne au passage la contribution importante de Denise Hébert aux analyses touchant la région d'Ottawa-Carleton.

Un tel travail était essentiel. Il a permis aux responsables de reconnaître ou de confirmer de façon plus précise l'existence de groupes francophones plus vulnérables par rapport aux indicateurs de la santé. Par exemple : la population francophone est plus âgée et moins scolarisée; plus d'un tiers sont analphabètes; environ 6 p. 100 sont membres de minorités visibles.

La valeur réelle de ces renseignements, c'est de servir d'instrument pour mieux comprendre les communautés que vous êtes appelés à servir. Vous pourrez élaborer une politique et des pratiques de santé régionales encore plus performantes, qui s'attaquent véritablement aux problèmes dans une démarche pluridisciplinaire. En fait, on ne saurait planifier et structurer la livraison des services sans une information adéquate et sans des méthodes fiables pour tenir à jour et gérer les informations.

Mais ce rapport va plus loin. Permettez-moi d'en citer quelques phrases clés :

« Les services de santé en français en Ontario sont une source de préoccupations de première importance pour les francophones de la province. Pour assurer des services de qualité adaptés aux réalités culturelles et linguistiques de la communauté franco-ontarienne, certaines conditions doivent être respectées : un engagement sérieux envers la création de services en français; la mise sur pied de structures favorisant la formation de professionnels francophones de la santé en Ontario afin de maintenir, voire d'améliorer, lesdits services; la consolidation d'un réseau convivial pour les consommateurs et les prestataires de soins ainsi que l'accès assuré aux services déjà existants. »

C'est donc dire qu'il y a beaucoup à faire. Vous le savez mieux que moi. Permettez moi de simplement rappeler en vrac quelques grandes priorités :

  • l'élaboration de plans spécifiques et cohérents de services de santé en français par les organismes et les établissements, assortis d'indicateurs pertinents, conformément aux objectifs de la Loi sur les services en français de l'Ontario (Loi 8);
  • la nécessité d'unités francophones au sein des services de santé afin de mettre fin au cloisonnement qui nuit à la coordination des soins;
  • le recrutement et la formation de personnel et surtout de professionnels de la santé capables de fonctionner efficacement en français;
  • une augmentation du nombre de stages en milieu francophone pour ces professionnels;
  • l'amélioration des services communautaires et la simplification de la gestion des soins pour mieux répondre aux besoins grandissants de soins à domicile, notamment pour une population francophone vieillissante;
  • l'essai de nouveaux modèles de services à proximité, par exemple dans les centres scolaires communautaires ou dans d'autres centres communautaires.

Bref, une fois de plus vous allez devoir retrousser vos manches; il y a du boulot. Il vous faut travailler d'arrache-pied pour réduire la distance linguistique et culturelle qui sépare vos clients des services de santé auxquels ils ont droit, des services de qualité égale à ceux qui sont dispensés en anglais.

Conclusion

Je sais qu'à titre de professionnels de la santé, vous êtes aux prises tous les jours avec les nombreuses difficultés d'un système de santé en pleine mutation. Les demandes augmentent sans cesse et semblent parfois contradictoires. Par moments, cela a de quoi décourager les plus optimistes. Ne vous laissez pas abattre.

Dans votre travail en vue d'assurer une gamme complète de services de santé en français, vous défendez une vision holistique de la santé. Pour les citoyens francophones de la région, la langue française est la clé qui ouvre la porte à la santé et, par conséquent, à l'égalité des chances.

En cherchant à garantir l'accès des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens à toute la gamme des soins et services de santé en français, vous êtes les défenseurs d'une certaine vision du Canada. C'est une vision de solidarité et de respect linguistique et culturel qui est nécessaire et qui est juste. Continuez d'en être les champions !

Merci.