ARCHIVÉE - Embrun, le 24 mars 2007

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Allocution au Banquet de la francophonie de Prescott-Russell

Président d’honneur du Banquet


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

C’est l’auteur français Jean Grenier qui disait qu’écrire, c’est mettre en ordre ses obsessions.

En effet, la dynamique linguistique canadienne m’a toujours passionné. J’ai donc fini par écrire Sorry I don’t Speak French, sans savoir toutefois que l’ouvrage deviendrait une demande d’emploi de 340 pages pour le poste de commissaire aux langues officielles!

J’ai écrit ce livre en grande partie pour secouer nos compatriotes anglophones qui, trop souvent, tendent à éviter la question linguistique. Il subsiste encore un malaise lorsqu’on aborde des sujets tels que la place du français au Canada, les exigences de bilinguisme pour certains postes à la fonction publique fédérale, le droit des francophones en Ontario à obtenir des services dans leur langue ou encore l’établissement clair du statut bilingue de la capitale nationale.

Le poste de commissaire aux langues officielles me donne certains outils pour raviver le dialogue à l’échelle national sur les dossiers linguistiques et, au besoin, pour rappeler aux institutions fédérales leurs obligations.

Étant donné que le Canada possède deux langues nationales, le bilinguisme devient une compétence importante à acquérir pour quiconque aspire à une fonction de leadership. Dans les années 1960, Lester Pearson avait prédit qu’il serait le dernier premier ministre unilingue du pays : il avait raison. Si cela a été plus difficile pour certains que pour d’autres, tous les chefs du pays qui lui ont succédé au cours des 40 années suivantes, de Pierre Trudeau à Stephen Harper, ont été en mesure de s’adresser à leurs concitoyens dans les deux langues officielles. Dans le cadre de toutes les campagnes électorales fédérales – peut-être y en aura-t-il une autre très bientôt! – les chefs des principaux partis participent à un débat télévisé qui se déroule en anglais et en français. Je ne connais aucun autre pays qui impose un test de compétence linguistique aussi rigoureux à ses chefs politiques. On a maintenant quatre chefs qui peuvent rencontrer cette obligation, c’est en soi un signe de progrès.

En Ontario, près de 1,3 million de personnes peuvent converser en français, et pour 530 000 d’entre elles, il s’agit de leur langue maternelle. En effet : d’après un sondage rendu public par Radio-Canada au mois de février, 81 p. 100 des anglophones pensent que le premier ministre du Canada doit être bilingue, et 66 p. 100 sont d’avis que les premiers ministres provinciaux doivent l’être aussi.

Le bilinguisme s’impose donc comme une composante du leadership dans le milieu politique, mais aussi pour quiconque entreprend, par exemple, une carrière en droit, en journalisme, en affaires, dans les forces armées et même dans le sport. L’aisance avec laquelle nos athlètes olympiques donnent des entrevues aux médias en français et en anglais en est une illustration éloquente.

En fait, rares sont les gens qui ne profiteraient pas de l’apprentissage de l’autre langue officielle : d’après les chercheurs, les gens bilingues ou polyglottes témoigneraient d’une plus grande ouverture sur le monde que les personnes unilingues; en outre, le bilinguisme retarderait la sénilité. Voilà quelque chose dont on peut certainement se réjouir. Bien entendu, vous savez déjà tout cela : la population de votre région affiche l’un des plus hauts pourcentages de gens bilingues au Canada, sans rien concéder de sa fierté francophone.

Je remarque aussi que les récentes données du recensement révèlent une croissance de la population des comtés unis entre 2001 et 2006. Cette hausse est peut-être en partie attribuable à la valeur ajoutée qu’apporte le bilinguisme à la région sur les plans économique et social.

Soulignons toutefois que, au-delà des avantages personnels que procure le bilinguisme, la dualité linguistique est fermement ancrée dans les valeurs canadiennes, même si on semble parfois l’oublier.

Je veux rappeler aux Canadiens et aux Canadiennes que nos deux langues officielles servent de ponts entre les citoyens de toutes les origines. Le bilinguisme canadien – l'expression par laquelle on reconnaît que le français et l’anglais sont les langues nationales – de par ses valeurs sous-jacentes d’acceptation, de partage et de générosité, a d’ailleurs ouvert la porte au multiculturalisme. Loin d’être opposées, les notions de dualité linguistique et de multiculturalisme sont complémentaires.

J’ai souvent dit qu’un signe certain de la vitalité des communautés de langue officielle est leur transformation en des communautés d’accueil pour les francophones de par le monde qui choisissent de s’établir au Canada. Cela me semble être une voie d’avenir pour les communautés francophones. Les Franco-Ontariens ont en commun avec ces nouveaux arrivants l’expérience d’être perçus comme faisant partie d’une minorité, un élément qui ne s’imbrique pas tout à fait dans les structures sociales construites par et pour la majorité.

Mais je n’aime pas beaucoup ce mot, « minorité ». Peut-être parce qu’il semble définir une partie de la population qui serait « isolée » à cause de sa langue, de son origine ou de ses croyances religieuses, alors que tous contribuent au bien-être d’une même société. Toutefois, reconnaître la situation spécifique d’une communauté de langue officielle ouvre la porte à l’exercice de droits qui permettent son épanouissement.

Voilà qui m’amène à rappeler deux anniversaires qui me tiennent particulièrement à cœur.

La Charte canadienne des droits et libertés aura 25 ans le mois prochain. Je dois avouer que, lors de son adoption, j’étais sceptique quant à l’effet qu’aurait un tel document sur les droits des citoyens canadiens. Ma perception a changé, en particulier en ce qui concerne les droits linguistiques. La Charte s’appuie sur la relation entre les communautés de langue française et de langue anglaise qui a largement défini notre passé, relation qui est à la base de notre présent et qui continuera de façonner notre avenir.

Le deuxième anniversaire dont je veux parler est celui de la grande marche contre la fermeture de l’hôpital Montfort à Ottawa, le 22 mars 1997. Cet anniversaire constitue un rappel important que la défense des droits linguistiques est l’affaire de chacun et, qu’à l’occasion, elle doit se faire dans la rue comme devant les tribunaux. En défendant leur droit à des soins de santé dans leur langue, les Franco-Ontariens ont gagné le respect de nombre de leurs concitoyens.

Vous avez réussi beaucoup. Montfort joue maintenant un rôle important dans le réseau de santé. Les écoles françaises de la région sont parmi les mieux cotées de la province et grâce aux efforts de votre communauté, la Loi sur les langues officielles a été amendée en 2005.

C’est la ténacité et l’énergie de cette culture de langue française toute canadienne que l’on souligne dans le cadre de la Semaine de la francophonie. Merci de m’avoir invité à la célébrer avec vous, ici, à Embrun.

Merci de votre attention et bonne soirée.