ARCHIVÉE - Ottawa, le 24 février 2007

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Le bilinguisme dans les universités canadiennes 

Notes pour une allocution prononcée lors de la remise des prix
du concours de plaidoirie Laskin


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Le texte prononcé fait foi

 

Je vous remercie de m’avoir invité à cette soirée qui clôture le concours de plaidoirie LASKIN 2007 à Ottawa.

Vous ne serez pas surpris si je vous dis avoir un faible pour le concours Laskin en raison du caractère « bilingue » et bijuridique du concours, mais aussi parce qu’il favorise des échanges entre les juristes provenant des deux communautés de langue officielle du pays. Bref, ce concours de plaidoirie est une belle incarnation de la dualité linguistique!

Le concours Laskin confirme aussi le rôle important que les universités canadiennes peuvent et doivent jouer pour encourager la connaissance des deux langues officielles et leur utilisation au sein de leurs programmes. Les facultés de droit sont un exemple à suivre. Le succès du Laskin et son attrait auprès des étudiants en sont la preuve.

Le bilinguisme dans les universités canadiennes

Il est difficile de parler de bilinguisme dans les universités canadiennes sans parler d’abord de la dualité linguistique en tant que fondement et pierre angulaire de notre société canadienne. Cela peut paraître banal, à première vue, d’affirmer que le français et l’anglais sont des langues canadiennes. Mais cet énoncé prend tout son sens lorsque l’on parle de bilinguisme au sein des universités canadiennes.

Quand je suis arrivé en poste en tant que Commissaire aux langues officielles, il y a quelques mois, on m’a posé beaucoup de questions sur ma « vision » et la façon dont j’allais orienter mon mandat pour les sept prochaines années. J’ai répondu que, pour moi, il était primordial que le français et l’anglais soient reconnus et acceptés comme étant des langues canadiennes – non pas des langues étrangères – et comme élément important de l’identité canadienne devant définir notre « dialogue » national.

L’une des dates marquantes de ce dialogue est 1963, avec la création de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. On célèbre cette année le 40e anniversaire du premier rapport de cette Commission, qui a décrit la façon de définir, de reconnaître et de faire respecter les droits linguistiques. Elle a notamment souligné l’aspect paradoxal du bilinguisme officiel : la Loi sur les langues officielles n’existe pas pour forcer les gens à apprendre une autre langue ou pour créer un pays où tout le monde est bilingue, mais plutôt pour protéger les personnes unilingues et appuyer le développement des communautés de langue officielle. Il y a 7 millions de francophones au Canada, dont 4 millions sont unilingues. La Loi vise à assurer qu’ils reçoivent des services de qualité égale à celle des services dont bénéficient les 22 millions d’anglophones.

En 1967, Pierre Trudeau, alors ministre de la Justice, définissait les droits linguistiques en des termes très simples : le droit d’apprendre et celui d’utiliser. L’ensemble de notre conception des droits linguistiques qui s’est développée au cours des quatre dernières décennies repose sur ces deux piliers.

Plus particulièrement, le droit d’apprendre a été inscrit à l’article 23 de la Charte, qui reconnaît le droit de recevoir de l’instruction dans la langue de la minorité. Ce droit fondamental profite à un million de Canadiens de langue française qui vivent au sein de communautés minoritaires partout au Canada, ainsi qu’à près de un million de Canadiens de langue anglaise vivant en situation minoritaire au Québec.

Il reste toutefois à définir le droit de l’apprentissage de la langue seconde. La maîtrise de la seconde langue officielle est essentielle si l’on veut que le droit d’utiliser prenne tout son sens.

Le gouvernement fédéral demeure déterminé à doubler le pourcentage de francophones et d’anglophones bilingues dans le groupe d’âge des 15 à 19 ans; il veut le faire passer de 24 % à 50 % d’ici 2013. Pour atteindre cet objectif, il doit s’assurer la participation de divers acteurs, dont les universités canadiennes, qui ont un rôle important à jouer.

Les universités doivent reconnaître que le français et l’anglais sont les langues du Canada et offrir aux étudiants des occasions d’acquérir l’autre langue officielle – qui n’est pas une langue étrangère – ou de maintenir le niveau atteint, que ce soit en classe, dans les emplois d’été, dans le cadre de programmes d’échanges ou d’épreuves, comme le Concours Laskin. J’ai trop souvent entendu des étudiants universitaires me dire qu’ils avaient l’impression de perdre le français appris dans les programmes d’immersion.

Je donne souvent l’exemple des facultés de droit afin de démontrer les nombreux avantages que procure la connaissance de l’autre langue officielle dans l’apprentissage du métier d’avocat et l’exercice de sa profession, que ce soit dans le secteur public ou privé :

  • Avantage compétitif que procure le bilinguisme dans la pratique du droit au Canada.
  • Même pour un juriste qui n’a pas l’intention d’orienter sa pratique vers une clientèle francophone, mais qui est appelé à travailler avec la législation fédérale (ou du Nouveau-Brunswick), une connaissance, même passive, des deux langues officielles est nécessaire afin d’interpréter correctement ces lois. Trop souvent, les avocats ne connaissent qu’une partie de la législation : celle concernant le français ou celle concernant l’anglais.
  • Accès à la doctrine et la jurisprudence rédigées en français au Québec, en Ontario, et ailleurs, même aux Territoires du Nord-Ouest! (où la Cour suprême des T.N.‑O. a récemment rendu un jugement de 210 pages en français).
  • Les juristes bilingues, et préférablement bijuridiques, deviennent une denrée de plus en plus en demande avec la venue des cabinets nationaux, sans oublier le gouvernement fédéral qui est un employeur important.

Ces avantages démontrent l’importance du rôle des universités à l’égard de la dualité linguistique, que ce soit pour encourager la maîtrise des deux langues officielles ou pour promouvoir la dualité linguistique. Toutes les universités canadiennes peuvent contribuer à divers niveaux et de diverses façons, au bilinguisme canadien. Parallèlement, il est important que tout le réseau des universités francophones en milieu minoritaire soit très solide et offre la plus grande gamme de cours universitaires.

Le temps est venu pour les universités canadiennes de profiter de ce momentum et d’agir comme partenaire actif dans ce dialogue national.

Conclusion

Je tiens à vous féliciter de vous être engagés à participer à ce concours de plaidoirie. Il me fait chaud au cœur de constater toute la passion qu’ont transmis les fondateurs Jeremy Oliver et Graham Henderson à tous ces avocats et avocates qui, année après année, inlassablement, consacrent de leur temps précieux pour organiser bénévolement cet extraordinaire « happening » canadien.

Le Laskin constitue un événement qui reflète notre dualité linguistique en tant que valeur fondamentale de notre société canadienne. À titre de participant à ce concours, vous avez contribué à une prise de conscience commune quant à l’égalité du français et de l’anglais dans notre société. Vous avez démontré qu’il est possible, en unissant vos forces, d’assurer le succès d’un événement tout en affichant fièrement votre identité canadienne. J’espère que vous garderez de cette expérience un souvenir marquant, tant sur le plan juridique que sur le plan identitaire.

Je souhaite également la meilleure des chances aux plaideurs de l’an prochain. J’ai ouï‑dire que ce sera des membres de mon équipe juridique qui rédigeront le problème, à « saveur » linguistique, bien sûr!

Bonne soirée à vous tous et bonne chance dans la remise des prix!