ARCHIVÉE - Ottawa, le 23 avril 2007

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Miser sur nos forces

Allocution prononcée au Forum national de perfectionnement des gestionnaires


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs,

J’aimerais remercier le comité organisateur du Forum de me donner l’occasion de m’adresser à vous, la force vive de la fonction publique. Les sous-ministres peuvent bien présenter de brillantes politiques, mais au bout du compte, ce sont sur les épaules de gestionnaires et d’experts tels que vous que repose la responsabilité d’offrir des services de qualité aux Canadiennes et aux Canadiens.

La fonction publique canadienne est reconnue comme l’une des organisations du secteur public les plus professionnelles et les plus efficaces au monde. Tout au long de son histoire, elle a su faire face à des changements majeurs dans les domaines technologiques et démographiques et s’adapter aux attentes de la population.

L’une des grandes transformations s’est amorcée lors de l’adoption de la Loi sur les langues officielles en 1969, une loi en vertu de laquelle la fonction publique devait respecter une série de normes qui n’avaient jamais été établies en termes précis auparavant. Ces normes concernaient la langue de service, la langue de travail et la représentation équitable des deux groupes linguistiques. Puis, en 1988, des dispositions sur le soutien aux communautés de langue officielle et la promotion de la dualité linguistique ont été ajoutées à la Loi.

Pour aider les institutions à répondre aux nouvelles normes, on a mis sur pied le programme de formation linguistique. À l’origine, ce programme a été conçu comme une mesure temporaire pour permettre aux fonctionnaires en place de s’adapter, en attendant que la situation se stabilise à mesure que de nouveaux employés, que l’on espérait bilingues, seraient engagés.

Nous sommes aujourd’hui en 2007, et la formation linguistique est toujours offerte. Avec le temps, ce système a engendré des bizarreries. Je suis le premier à admettre qu’il est absurde d’envoyer des fonctionnaires en formation linguistique intensive trois ans avant leur retraite. Il est triplement coûteux de retirer de ses fonctions un gestionnaire âgé de quarante-sept ans pour lui faire apprendre le français : non seulement le gouvernement paie la formation, mais il verse son plein salaire au gestionnaire et doit rémunérer la personne qui remplace l’employé.

La formation linguistique est devenue si lourde à gérer qu’on la confie désormais à chaque institution. Reste à voir les répercussions qu’aura cette mesure sur la capacité bilingue des institutions fédérales. Il faut reconnaître que le plan a peut-être déraillé en cours de route.

La « fossilisation » de la formation linguistique découle en partie du fait que les universités ont cessé de considérer le français comme une langue canadienne et qu’elles ne présentent plus aux étudiants l’apprentissage de la seconde langue officielle comme un atout essentiel aux dirigeants de demain. L’arrivée massive de diplômés bilingues à laquelle nous nous attendions n’a jamais eu lieu; c’est un des facteurs qui m’incitent à encourager les universités et les collèges à offrir des occasions concrètes aux étudiants d’acquérir et de conserver leurs compétences dans leur seconde langue officielle. Une hausse du nombre de diplômés bilingues vous permettrait de pourvoir plus aisément aux postes bilingues.

Le problème provient aussi de la vision des obligations linguistiques qui prévaut dans la fonction publique. Depuis mon entrée en poste, il y a six mois, j’ai fait une constatation.

Les bureaucraties ont la fâcheuse tendance à transformer les valeurs en fardeaux. La valeur de transparence devient le fardeau de l’accès à l’information; la valeur de la responsabilité devient le fardeau de la vérification interne; la valeur de la dualité linguistique devient le fardeau de la désignation des postes, des examens et de la surveillance.

J’ai d’ailleurs un exemple récent de cette tendance : la réaction de la fonction publique face au renforcement de la partie VII de la Loi, qui porte sur l’appui au développement des communautés de langue officielle et la promotion de la dualité linguistique. Trop souvent, il me semble, les institutions fédérales réagissent au changement en disant : « nous faisons déjà cela dans le cadre de nos activités régulières ». On fait un crochet dans une petite case et on passe à autre chose.

Votre défi, et le mien aussi évidemment, est donc de faire reconnaître les langues officielles comme valeur fondamentale de la fonction publique plutôt que comme un fardeau administratif. Il me semble que certaines voies s’ouvrent à nous pour atteindre cet objectif.

Tout d’abord, il faut rappeler pourquoi, concrètement, l’usage des langues officielles dans la fonction publique est nécessaire :

  • Pour que le public canadien ait accès à des services dans la langue officielle de son choix;
  • Pour que le droit des employés de travailler dans leur langue soit pleinement respecté dans les régions désignées – le Nouveau-Brunswick, plusieurs régions du Québec, l’Est et le Nord de l’Ontario et, bien entendu, la région de la capitale nationale;
  • Pour permettre à un ministre d’être encadré dans la langue officielle de son choix;
  • Finalement, pour que les fonctionnaires qui servent la population canadienne aient une bonne compréhension de ce qu’est le Canada. Comment serait-ce possible d’atteindre cet objectif si vous ne pouvez pas comprendre ce que dit 25 % (ou 75 %!) des citoyens?

Lorsque j’ai examiné les compétences requises pour obtenir le niveau C en langue seconde, j’ai compris qu’il fallait posséder beaucoup plus qu’une bonne connaissance de la grammaire et un solide vocabulaire. En effet, les candidats ou les candidates doivent être capables de donner des directives claires et des conseils au personnel, ou de régler des problèmes de ressources humaines. Autrement dit, il s’agit de la capacité à diriger dans leur langue seconde. Ce ne sont pas des examens de capacité linguistique, mais de leadership.

En effet, il faut positionner la connaissance des deux langues officielles comme composante essentielle du leadership. Elle permet à un superviseur ou à une gestionnaire d’obtenir le rendement maximum de son équipe.

Le leadership s’exerce par l’exemple; en ce qui concerne la langue de travail en particulier, le message doit venir d’en haut. Le greffier actuel du Conseil privé, Kevin Lynch, avait l’habitude, lorsqu’il était aux Finances, de diriger les réunions du conseil exécutif en alternant, d’une semaine à l’autre, entre l’anglais et le français. Voilà une excellente illustration de leadership en matière linguistique. C’est le type de comportements que vous pouvez reproduire dans vos unités de travail.

Les institutions fédérales commencent à comprendre qu’en matière de langues officielles, l’amélioration dans un domaine entraîne souvent des améliorations dans un autre. Une personne qui travaille à Justice Canada m’a fait part d’un exemple de ce phénomène récemment.

Elle m’a fait remarquer que, dans certaines régions, il est essentiel d’insuffler de la vitalité aux communautés francophones en situation minoritaire pour recruter des avocats bilingues, et surtout pour qu’ils restent en poste. Faute d’une communauté francophone vigoureuse et stimulante, les avocats recrutés à Montréal quittaient souvent la région après une courte période. Cette réalité influe évidemment sur la capacité de Justice Canada d’offrir des services dans les deux langues. Et le manque de services en français a bien entendu eu un effet négatif sur la vitalité de la communauté locale, ce qui crée un cercle vicieux.

Améliorer les services, offrir des  occasions accrues aux employés de travailler dans la langue de leur choix, appuyer le développement des communautés de langue officielle et la promotion de la dualité linguistique du Canada : des mesures complémentaires pour créer une situation favorable. Toutefois, ce travail nécessite la collaboration active de tous les intéressés, de votre champion des langues officielles notamment, mais aussi des employés des domaines des ressources humaines, de la prestation de services et de la production. La Loi sur les langues officielles est ainsi une invitation à travailler ensemble pour transformer ces cercles vicieux en cercles vertueux.

Cela est d’autant plus important pour ceux d’entre vous qui travaillent dans les centres régionaux. Cependant, il se pourrait que ce soit plus problématique qu’ailleurs, car dans de nombreux cas, un élément essentiel fait défaut : le droit de travailler dans la langue de votre choix. Toutefois, ceux qui s’engagent avec énergie et ingéniosité pour y arriver constatent souvent que les résultats récompensent largement les efforts déployés.

La fonction publique a créé de nombreux outils pour améliorer les services bilingues et la situation de la langue au travail. Mais comment les institutions fédérales – toutes les institutions fédérales – peuvent-elles appuyer le développement des communautés de langue officielle et promouvoir la dualité linguistique?

La Loi prévoit que les institutions doivent consulter ces communautés, entre autres, pour proposer des « mesures positives ». L’expression « mesures positives » n’a jamais été utilisée dans le cadre de la législation auparavant, et la Loi n’en fournit pas la définition. Il sera intéressant de suivre l’évolution de ce concept. En attendant, j’aime dire qu’une mesure positive c’est en fait tout ce qui peut être utile. Comment définir les mesures positives? Quel rôle jouent-elles? Dans les faits, ces mesures amènent les institutions fédérales à consulter les associations communautaires des deux collectivités de langue officielle, de même que d’autres partenaires comme les gouvernements provinciaux.

Plusieurs mesures de ce type ont été prises dans le passé par diverses institutions fédérales. Les projets de renforcement des infrastructures communautaires francophones dans l’Ouest canadien par l’inclusion de guichets multiservices à l’intérieur des lieux fréquentés par la communauté en sont un exemple. De son côté, Citoyenneté et Immigration Canada a pris des mesures pour encourager l’immigration francophone dans diverses régions du Canada.

À plus petite échelle, certains ministères ont distribué à leurs employés et à leurs clients de l’information sur la communauté de langue officielle de leur région. D’autres ont fourni des services de traduction à des organismes qui en avaient besoin.

Les communautés de langue officielle disposent de meilleures infrastructures que par le passé, grâce notamment à l’appui des gouvernements fédéral et provinciaux, mais aussi à leurs propres énergie et vitalité. Néanmoins, les institutions fédérales peuvent encore les appuyer d’une grande variété de façons, même dans les cas où elles n’offrent pas directement de services à la population.

En prenant le temps de vous entretenir avec les dirigeants des communautés, les membres des conseils scolaires et les représentants de groupes comme Canadian Parents for French, vous serez à même de déterminer de quelle façon vous pouvez appuyer leurs projets. Il peut simplement s’agir de donner accès à des salles de réunion ou à de l’équipement de télécommunication. Par exemple, l’unité de gestion de Parcs Canada à Jasper en Alberta donne gratuitement accès à des locaux à l’association francophone locale, en échange de quoi l’association offre des cours de français aux employés de Parcs Canada et aux membres de la collectivité. Vous pourriez offrir des listes de distribution, des lieux où accueillir des événements ou fournir l’accès à des données ou à des connaissances que votre organisme possède. En somme, tout coup de pouce est bienvenu.

J’espère avoir répondu à certaines de vos interrogations et vous faire envisager les langues officielles comme une richesse et non seulement comme une obligation.

Je ferai une dernière remarque avant la période de questions. Le français et l’anglais sont des langues canadiennes. Vingt-quatre millions de Canadiens unilingues nous rappellent ce fait important. Ces deux langues permettent aux Canadiens de communiquer et de nouer des liens. La dualité linguistique est donc synonyme d’interaction, de générosité et d’outil pour bâtir l’avenir ensemble.

La dualité linguistique, c’est aussi une question de respect : entre collègues, entre superviseurs et employés, envers la population que nous servons et les communautés de langue officielle. Faute de respect, les gens ne s’engagent pas pleinement dans une organisation. Je crois que c’est à cela que le général Roméo Dallaire faisait référence lorsqu’il a dit que les soldats n’auraient plus jamais à mourir dans la langue des officiers. Il parlait de respect et de leadership.

Je vous remercie.