ARCHIVÉE - Montréal, le 23 janvier 2003

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Dualité et diversité : les ingrédients d'une gouvernance fructueuse du Canada

Allocution prononcée devant l'Association des études canadiennes,
Université Concordia


Madame Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

A. Introduction

Bonjour!

C'est avec grand plaisir que j'ai accepté l'invitation à venir vous parler aujourd'hui. Je suis convaincue que cette conférence signe une nouvelle ouverture d'esprit dans la façon dont nous abordons la diversité, et je tiens à remercier l'Association d'études canadiennes, et notamment monsieur Jack Jedwab, d'avoir organisé la rencontre d'aujourd'hui.

Dans les quelques minutes qui suivent, je vous parlerai du rapport entre dualité et diversité, mais permettez-moi de commencer par vous donner une idée de mon argument central.

Je suis absolument convaincue que, si le Canada a pu créer une société pluraliste unique, c'est notamment parce que la dualité linguistique est l'un des fondements de la fédération canadienne. En d'autres termes, s'il n'y avait eu le bilinguisme, la société de tolérance et de diversité qui est la nôtre n'aurait pu advenir de la même façon. La conclusion qu'il convient de tirer de ce fait est que la gouvernance fructueuse de la diversité au Canada dépend de la perpétuation de notre aptitude à assumer la dualité linguistique de notre pays.

Les observations que je vous propose à l'appui de cet argument entrent dans trois catégories : 

  • Je commencerai par vous parler de la façon dont le bilinguisme et la notion de droits collectifs ont préparé les Canadiens à accepter et à assumer la diversité et je vous dirai en quoi notre expérience est différente de celle d'autres pays.
  • Je montrerai ensuite en quoi le bilinguisme et le multiculturalisme commencent à interagir dans la vie quotidienne des Canadiens et Canadiennes. Nous constatons à cet égard le développement d'identités multiples et, par conséquent, la nécessité de repenser la façon dont nous classons anglophones, francophones et allophones dans ce pays.
  • J'analyserai enfin ce que le Commissariat a fait et ce qu'il a l'intention de faire pour que le Canada prenne une direction qui nous permette de tirer parti de nos atouts en tant que pays bilingue et multiculturel.

Je terminerai en vous offrant quelques perspectives internationales, après quoi je serai heureuse d'entamer une discussion avec vous.

B. Dualité et diversité - fondements historiques/politiques et comparaison avec les É.-U.

Permettez-moi de commencer en vous proposant une simple question : 

Le compromis fondamental entre les deux collectivités de langue officielle du Canada a-t-il donné lieu à une société plus apte à accepter la diversité ou n'existe-t-il pas de lien manifeste entre dualité et diversité?

On peut répondre à cette question en examinant la situation d'autres pays. Des pays qui sont également multiculturels, mais sans deux langues officielles. C'est le cas, toujours à portée de la main, des États-Unis.

Comme le Canada, les États-Unis sont un pays d'immigrants.

Ils sont aussi un pays multiculturel.

Mais c'est un pays où le multiculturalisme a un sens très différent de celui qu'il a au Canada.

Et cette différence peut, je crois, être attribuable au rôle important que l'anglais et le français ont joué dans l'histoire du Canada.

Le politologue Will Kymlicka1 estime que l'un des atouts de la démocratie canadienne est le fait que nous reconnaissons des droits collectifs. Le Canada n'aurait probablement jamais vu le jour sans la négociation d'un compromis réussi entre l'anglais et le français. La notion de droits collectifs est au cœur même de notre fédération, et les Canadiens ont appris que, pour respecter les droits des personnes, il faut également tenir compte des groupes auxquels ces personnes appartiennent. Un autre politologue, Charles Taylor, professeur à l'Université McGill, fait valoir de façon très convaincante que le fait de conférer des droits à une personne peut ne pas donner grand'chose si la culture et la langue de cette personne sont rejetées. Dans son célèbre article intitulé The Politics of Recognition, M.Taylor explique clairement que la reconnaissance d'une personne dépend de la reconnaissance collective des groupes auxquels elle appartient.

Le Canada a eu la grande chance de prendre conscience dès le début des liens étroits entre la reconnaissance individuelle et la reconnaissance collective.

Lorsqu'il s'agit de trouver un grand thème unificateur, le Canada pourrait sembler être en reste. Le mythe américain du melting-pot des civilisations a un certain prestige et un certain éclat. Le slogan du sceau des États-Unis - E pluribus unum - est très évocateur.

Mais, là où le Canada l'emporte, c'est dans sa tranquille capacité à faire en sorte que ça marche. Au Canada, nous ne suggérons pas aux immigrants d'oublier leur passé et d'accepter une seule et unique identité nouvelle. Depuis 135 ans et en dépit de quelques bouleversements, le Canada est resté une entité politique solide.

Pourquoi?

Nous n'avons pas de mythe fondateur, mais, je crois, quelque chose de plus précieux. Nous avons un réalisme fondateur que nous avons hérité de l'expérience de ceux qui ont bâti un pays dans un esprit de compromis.

La politique canadienne des langues officielles est le résultat et la magnifique illustration de cet esprit de compromis très canadien.

C. Opinion publique au sujet de la dualité et de la diversité

Cette interaction entre dualité et diversité se traduit également dans les attitudes des Canadiens : 

Selon les sondages d'opinion2, 82 p. 100 des Canadiens sont généralement en faveur du bilinguisme et 86 p. 100 estiment qu'il est important que leurs enfants apprennent une deuxième langue. Soixante-quinze pour cent des anglophones choisissent le français langue seconde pour leurs enfants, tandis que 90 p. 100 des francophones choisissent l'anglais. Cette tolérance et cette ouverture d'esprit à l'égard de la dualité linguistique trouvent, je crois, un écho dans les attitudes des Canadiens à l'égard de l'immigration et de la diversité.

Permettez-moi d'évoquer les résultats d'une étude récente.

L'American Pew Institute3 a publié le mois dernier un rapport (en anglais seulement) issu d'une enquête auprès de 38 000 personnes dans 44 pays. Je cite :

« Dans la plupart des pays, les immigrants et les groupes minoritaires sont généralement perçus par les nationaux comme ayant une mauvaise influence sur la situation de leur pays. »

Mais le rapport précise ceci : 

« Ce n'est qu'au Canada qu'une forte majorité de la population (77 p. 100) a une opinion positive des immigrants. »

Soixante-dix-sept pour cent... voilà un chiffre très élevé lorsqu'on le compare aux chiffres des États-Unis et d'autres pays. Aux États-Unis, seulement 49 p. 100 de la population estime que les immigrants ont une influence positive. En Europe, les chiffres sont encore moindres : 46 p. 100 en France, 37 p. 100 en Grande-Bretagne, 35 p. 100 en Allemagne, et seulement 25 p. 100 en Italie.

Comment expliquer que les trois quarts, oui, les trois quarts des Canadiens aient une opinion positive de l'immigration? Je suis convaincue, quant à moi, que c'est cet esprit de compromis, qui anime ce pays depuis le début, qui a produit le genre de tissu social inclusif qui permet d'accepter la différence et de lui faire place, que cette différence soit d'ordre linguistique ou ethnoculturel.

D. Nouvelles réalités : passer de la langue maternelle à la langue d'usage
(point de mire : Toronto, Montréal et le recensement)

Passons maintenant des attitudes aux comportements. Les dernières données de recensement disponibles sur la langue offrent une perspective surprenante à cet égard. Ce qu'elles révèlent, c'est que non seulement le français et l'anglais et une multiplicité d'origines coexistent au Canada, mais que des identités linguistiques et autres coexistent de plus en plus au sein d'une même personne.

Cela signifie que, lorsque nous parlons d'interaction entre bilinguisme et multiculturalisme, nous ne parlons pas d'un concept abstrait. Les Canadiens sont de plus en plus nombreux à intégrer diversité culturelle et diversité linguistique dans leur vie quotidienne. La multiplicité des identités est une réalité vivante pour beaucoup de Canadiens. Et, pour un nombre croissant d'entre eux, la question n'est plus de savoir s'ils sont francophones OU anglophones OU allophones, parce qu'ils sont tout cela en même temps!

Permettez-moi de vous faire visiter rapidement deux villes canadiennes, Toronto et Montréal, où la dualité et la diversité interagissent le plus manifestement.

Commençons par Toronto. Le français est la langue maternelle de 57 000 des habitants de la plus grande ville du Canada4. Une analyse unidimensionnelle traditionnelle tiendrait compte de la langue maternelle pour déterminer la place du français à Toronto. Les données de recensement nous permettent d'aller plus loin. Le nombre de personnes qui parlent le français à la maison est en réalité de 82 000 à Toronto, c'est-à-dire 25 000 de plus que le nombre de personnes dont c'est la seule langue maternelle.

Comment expliquer cet écart?

Eh bien, pour le dire très simplement : je peux parler le français sans que ce soit ma langue maternelle! Vous savez, les couples mixtes anglophones/francophones ne se parlent pas tous nécessairement en anglais. En fait, les couples et familles mixtes finissent souvent par employer les deux langues!

L'autre explication est, bien sûr, que beaucoup d'immigrants n'ayant ni l'anglais ni le français comme langue maternelle adoptent l'une de nos deux langues officielles à la maison.

Cette situation nous laisse devant un choix clair. Nous pouvons nous en tenir à une définition des « vrais » anglophones et francophones, en n'acceptant d'y inclure quelqu'un qu'en vertu de sa langue maternelle.

Quant à moi, je préfère emprunter, et je vous invite à emprunter, un chemin qui s'écarte de cette perspective unidimensionnelle. Je vous propose d'inclure chez les francophones toutes les personnes qui parlent le français, dont les 13 000 Torontois multilingues qui emploient le français et deux autres langues à la maison.

À Montréal, la coexistence de différentes langues est encore plus manifeste. Lorsque les données de recensement ont été publiées, on a constaté qu'on a mis l'accent sur la langue maternelle. Je ne dis pas que ces données soient sans importance. Il est important de constater que, pour la première fois depuis 1971, l'Île de Montréal enregistre une augmentation dans le nombre de francophones dont le français est la langue maternelle. Mais nous devrions également nous préoccuper de la baisse du nombre d'anglophones dont la langue maternelle est l'anglais au Québec. Ces chiffres, il est vrai, sont importants, mais ils ne nous donnent qu'une idée très partielle de la réalité. Il est tout aussi important de savoir que les Montréalais de toutes origines - anglophones, francophones ou allophones - sont de plus en plus bilingues, voire multilingues. Ils défient nos catégories traditionnelles. L'immigrant libanais qui parle l'arabe et le français avec ses enfants, mais lit les journaux en anglais et emploie peut-être ces trois langues dans sa vie professionnelle est à la fois un usager et un membre de trois collectivités linguistiques différentes. Et, à Montréal, il est plus susceptible que n'importe où ailleurs au Canada de voir ses enfants et ses petits-enfants conserver les trois langues. La raison en est que l'environnement linguistique montréalais ne favorise pas seulement la connaissance des deux langues officielles, mais que cette dualité crée en fait un espace qui aide les immigrants à conserver leur langue d'origine.

J'invite les chercheurs parmi vous à examiner les riches données que fournit le recensement du Canada sur la langue. Notre recensement fournit en fait plus d'information sur la langue que tout autre recensement dans le monde. C'est très différent ailleurs. En Belgique, par exemple, la langue est un enjeu tellement litigieux que toutes les questions qui y ont trait ont été supprimées du recensement depuis 1960. Il s'ensuit que le paysage linguistique de la Belgique est officiellement gelé depuis plus de 40 ans.

Le Canada, et notamment Statistique Canada, peut se féliciter de nous avoir mis sur un chemin différent. Non seulement nous demandons aux Canadiens de nous dire quelle est leur langue maternelle, mais nous leur demandons également de nous indiquer la ou les langues qu'ils parlent à la maison, de nous préciser la connaissance qu'ils ont des langues officielles et de nous énumérer les langues qu'ils parlent dans leur milieu de travail. Nous acceptons le fait que les Canadiens ne sont pas monolithiques. Nous acceptons le fait qu'ils manifestent leurs identités et parlent les langues qu'ils connaissent dans des contextes différents et pour des raisons différentes, et nous reconnaissons qu'il serait futile et nocif d'essayer d'enfermer cette pluralité dans des catégories singulières.

E. Le rôle de la commissaire dans la promotion de la dualité et de la diversité

Passons, si vous le voulez bien, à la troisième et dernière partie. J'ai commencé par vous montrer que la diversité dépend de l'héritage assumé de la dualité linguistique. Permettez-moi de terminer en vous parlant des mesures que j'ai prises et que j'ai l'intention de prendre pour veiller à ce que le rapport entre dualité et diversité continue d'être fructueux.

Une grande partie de la diversité du Canada est le résultat de l'immigration. C'est pourquoi il est important de rappeler que, en juin dernier, une nouvelle loi sur l'immigration est entrée en vigueur. Elle signalait la plus importante transformation de nos politiques d'immigration depuis 25 ans. Je suis heureuse de constater que la nouvelle loi concrétise beaucoup des recommandations que j'avais proposées au Parlement et au ministre de l'Immigration. Pour la toute première fois, le gouvernement du Canada s'engage explicitement à soutenir l'épanouissement et le développement des communautés minoritaires de langue officielle du Canada par l'entremise de l'immigration. Le ministre Coderre se rend compte qu'il est important que tous les Canadiens et Canadiennes profitent de l'immigration. L'une de ses préoccupations les plus connues est que les immigrants s'installent en plus grands nombres en dehors des trois grands centres urbains du Canada. Mais il est également soucieux de mieux répartir les immigrants entre les communautés de langue officielle du Canada. C'est important parce que les Canadiens de langue française, au Québec et dans les autres provinces, ne reçoivent qu'un quart des immigrants qu'ils devraient recevoir compte tenu de leur poids démographique.

Il reste désormais à concrétiser les engagements pris dans la nouvelle loi sur la citoyenneté, et j'invite à la fois les provinces et le gouvernement fédéral à s'assurer que l'écart démographique entre les francophones et les anglophones disparaisse le plus rapidement possible.

Mais je suis également heureuse de vous dire que l'on a fait des progrès : demain, un comité directeur composé de représentants de Citoyenneté et Immigration Canada et des communautés francophones minoritaires de tout le Canada se réunira pour la troisième fois en moins d'un an. Ce comité a été chargé de trouver des solutions pour combler l'écart démographique. Son ordre du jour pour demain sera de préparer un plan d'action doté de mesures concrètes pour aider les francophones en situation minoritaire à attirer une plus large immigration francophone et à en bénéficier.

Mon Commissariat a également contribué à la sensibilisation générale concernant ce sujet important en publiant, l'an dernier, deux rapports sur l'immigration et les communautés minoritaires de langue officielle au Canada. Les intéressés peuvent se procurer des exemplaires de ces rapports à l'entrée.

Je m'occupe également d'une question connexe : la nouvelle loi sur la citoyenneté. Le projet de loi est à l'étude par le Parlement, et je me suis adressée au Comité de la citoyenneté et de l'immigration en décembre pour inviter les législateurs à modifier la loi. Je crois que les 160 000 immigrants qui adoptent la citoyenneté canadienne chaque année devraient être mieux informés de la dualité linguistique de notre pays et des possibilités que le bilinguisme leur offre, à eux et à leurs enfants. Les juges de la citoyenneté peuvent et devraient jouer activement un rôle de promotion à cet égard.

Mon Commissariat commencera, de son côté, à participer à l'organisation de quelques-unes des 3 000 cérémonies de citoyenneté qui ont lieu chaque année au Canada. Grâce à cette participation, nous espérons rendre ces cérémonies encore plus spéciales et y célébrer notre dualité linguistique avec l'extraordinaire diversité d'immigrants qui se joignent à la famille canadienne à cette occasion.

À tous ces égards, l'appui du gouvernement fédéral est bien entendu d'une importance cruciale. La revitalisation du programme des langues officielles par le truchement du plan d'action du ministre Dion n'est pas un élément négligeable des priorités du gouvernement; il s'agit d'un élément fondamental de la pérennité d'une gouvernance fructueuse de notre pays.

Pour que les assises de la dualité et de la diversité continuent de fructifier, il faut deux ingrédients fondamentaux : nous avons besoin de l'engagement de nos différents ordres de gouvernement, mais nous avons également besoin de développer un état d'esprit qui nous permette de reconnaître et de comprendre l'interdépendance entre les langues officielles et le pluralisme. L'avenir appartient aux collectivités ouvertes qui accueillent tous ceux qui veulent s'y associer. C'est pourquoi il faut être clair : il n'est pas nécessaire d'être né francophone ou anglophone pour faire partie des espaces francophones ou anglophones du Canada. Ils sont ouverts à tous.

F. Conclusion, avec notes sur l'international
(Sri Lanka et Irlande)

Permettez-moi de conclure en passant au plan international. La politique canadienne des langues officielles n'est pas réservée à l'usage interne. Il est parfois plus facile de reconnaître nos réalisations en adoptant une perspective plus large. Je vous propose deux exemples : 

Le gouvernement du Canada, par l'entremise de l'Agence canadienne de développement international, aide le Sri Lanka à panser les plaies de sa guerre civile. Dans le cadre de ce programme d'aide, l'Université d'Ottawa est en train de réaliser un projet intitulé Gouvernance et consolidation institutionnelle. L'un des volets de ce projet vise à faciliter la mise en œuvre d'une politique linguistique. Des experts canadiens des droits linguistique5 aident le Sri Lanka à régler des questions qui nous sont très familières : représentation équitable des deux groupes linguistiques au gouvernement, possibilité pour les fonctionnaires de travailler dans la langue de leur choix, promotion de l'autre langue officielle dans les écoles, accessibilité à l'enseignement supérieur dans les deux langues officielles, accès aux tribunaux dans les deux langues officielles. La promotion du cinghalais et du tamoul comme langues officielles est une contribution active à la paix et à la stabilité de ce pays, où la guerre civile a fait 60 000 morts. Je ne suis pas en train de dire, bien sûr, qu'une politique linguistique est un remède miracle. Ce serait présomptueux. Mais cela représente un élément important de la solution.

Un autre exemple est celui de la République d'Irlande d'où je reviens. Le gouvernement irlandais travaille fort à promouvoir et à protéger la langue irlandaise. Cette langue historique et nationale est intimement liée à l'identité irlandaise mais n'est parlée que par 5 p. 100 de la population. Actuellement, le parlement irlandais débat d'un projet de loi sur l'égalité des langues officielles. Ce dernier fait la promotion de la langue irlandaise et accorde des droits linguistiques aux citoyens et citoyennes. L'Irlande va même un peu plus loin en proposant la création d'un poste de commissaire aux langues officielles. En fait, la loi proposée s'inspire grandement de la Loi sur les langues officielles du Canada et, bien que l'on en soit juste au début, il existe beaucoup de parallèles avec l'expérience canadienne. J'étais heureuse de pouvoir offrir quelques suggestions pratiques sur la mise en œuvre d'une loi linguistique qui s'appuient sur plus de trente années de bilinguisme officiel au Canada.

Le Canada a de la chance à bien des égards, car il a pris de l'avance. Notre expérience du bilinguisme nous permet d'affronter avec aisance un monde complexe et de plus en plus hybride. Lorsque nous considérons le Canada moderne, nous constatons que l'idée de deux solitudes linguistiques et d'une multitude de collectivités ethniques fermées ne correspond plus à la réalité, et je doute que cela ait jamais été le cas. La façon dont les gens jonglent avec les langues et les identités en est la meilleure preuve. L'intersection entre les langues officielles et la diversité devient un carrefour très animé, et nous devrions tous nous en réjouir. Mais, à ce stade précis, il nous faut veiller à ne pas oublier les piliers de que sont le français et l'anglais dans l'édification de la demeure canadienne.

À titre de société, nous devons alimenter et la dualité, et la diversité. C'est ainsi que le Canada pourra jouer un rôle de premier plan dans l'élaboration et la promotion d'un programme de bilinguisme et de pluralisme fructueux. Plus important encore, si nous réussissons, les Canadiens et Canadiennes continueront d'avoir le privilège de vivre dans un pays où deux langues officielles leur ouvrent la voie à l'acceptation de la diversité grandissante de leur pays.

Merci.


Notes

1 Cet argument est énoncé d'une façon des plus explicites dans les ouvrages Multicultural Citizenship: A Liberal Theory of Minority Rights et Finding Our Way: Rethinking Ethnocultural Relations in Canada.

2 Centre de recherche et d'information sur le Canada (CRIC), Portraits du Canada 2001, Montréal, 2002.

3 Pew Research Center.

4 Réponse unique.

5 Voir le rapport de mission de Marc Cousineau (Université d'Ottawa). M. Cousineau était également conseiller juridique dans la cause Montfort.