ARCHIVÉE - Sudbury, le 22 mars 2007

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Respect et leadership : pour établir des ponts entre les communautés

Allocution au Collège Boréal dans le cadre de la Semaine de la Francophonie


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Le texte prononcé fait foi

 

Je remercie Denis Hubert, président du Collège Boréal, de m’avoir invité à l‘occasion de la Semaine de la Francophonie. Merci également à vous tous d’être venus aujourd’hui.

J’aimerais saluer tout particulièrement Monsieur le maire John Rodriguez qui, pour la première fois dans l’histoire de Sudbury, fait flotter en permanence le drapeau franco-ontarien devant l’hôtel de ville. Certains diront que le drapeau n’est qu’un symbole. Je leur répondrai qu’il s’agit d’un symbole du respect qui prévaut entre les principales communautés linguistiques de la région, donc d’un symbole très important.

On m’a demandé de dire quelques mots au sujet de la place qu’occupe le français au Canada. Je commencerai en affirmant que le français est une langue canadienne, c’est-à-dire une langue qui appartient à tous les citoyens et à toutes les citoyennes du pays, que le français n’est pas un code secret à l’usage exclusif du quart de la population. Il revient donc à chacun de nous de tirer profit de la culture de langue française et du dynamisme des communautés francophones, où qu’elles se trouvent au pays. Des occasions comme la Semaine de la Francophonie nous rappellent à la fois une donnée sur la démographie canadienne et un volet de l’histoire du Canada.

Par ces affirmations, je ne nie aucunement le caractère de plus en plus multiculturel du Canada, bien au contraire. Plus de 150 langues sont parlées au Canada. Parmi celles-ci figurent une cinquantaine de langues autochtones, au moyen desquelles de multiples lieux du pays ont été nommés, dans le Nord-Est ontarien et ailleurs. Les diverses communautés culturelles qui peuplent le Canada enrichissent notre vie à tous, mais c’est au moyen du français et de l’anglais que nous traversons ces multiples territoires culturels.

Les deux langues officielles du pays établissent donc des ponts entre les citoyens et les citoyennes de toutes les origines. Le bilinguisme canadien – l'expression par laquelle on reconnaît que le français et l’anglais sont les deux langues nationales – de par ses valeurs sous-jacentes d’acceptation, de partage et de générosité, a d’ailleurs ouvert la porte au multiculturalisme. Loin d’être contradictoires, les notions de dualité linguistique et de multiculturalisme sont complémentaires.

Je crois que la communauté francophone de la région de Sudbury a bien compris cette dynamique. J’ai souvent dit qu’un signe certain de la vitalité des communautés de langue officielle est lorsqu’elles deviennent des communautés d’accueil pour les francophones de par le monde qui choisissent de venir s’établir au Canada. Vous avez ici l’occasion d’établir des modèles qui peuvent servir ailleurs au pays.

Déjà, l’organisme Contact interculturel francophone de Sudbury est un important point de contact, non seulement pour les nouveaux arrivants, mais pour toute la communauté. Votre souci de faire de Sudbury une communauté accueillante pour l'ensemble de la Francophonie, canadienne et internationale, vous honore. Je vous en félicite.

La reconnaissance de deux langues de communication au Canada fait du bilinguisme une compétence importante à acquérir pour quiconque aspire à un rôle de leadership. Dans les années 1960, Lester Pearson avait prédit qu’il serait le dernier premier ministre canadien unilingue. Les 40 dernières années lui ont donné raison. Si cela a été plus difficile pour certains que pour d’autres, tous les premiers ministres qui lui ont succédé, de Pierre Trudeau à Stephen Harper, ont pu s’adresser à leurs concitoyens dans les deux langues officielles. Dans le cadre de toutes les campagnes électorales – et ce sera peut-être le cas encore très bientôt – les chefs de parti participent à un débat télévisé en anglais et en français. Je ne connais aucun autre pays qui impose un test linguistique aussi rigoureux à ses chefs politiques.

En Ontario, près de 1,3 million de personnes peuvent converser en français, dont 530 000 personnes pour qui c’est la langue maternelle. Le français est bien implanté dans la province, ce dont témoigne le fait que les trois chefs de parti actuels maîtrisent les deux langues officielles.

Le bilinguisme s’impose donc comme une composante du leadership dans le milieu politique, mais aussi pour quiconque veut faire carrière en droit, en journalisme, dans les affaires, dans les forces armées et même dans le sport. L’aisance avec laquelle les athlètes olympiques canadiens donnent des entrevues aux médias en français et en anglais en est une illustration éloquente.

Dans ce contexte, l’attitude des universités canadiennes à l'égard de l’enseignement du français m’inquiète. Comment une université peut-elle prétendre former les chefs de file de demain si elle n’offre pas de véritables occasions de comprendre 25 p. 100 de la population du pays?

Les écoles élémentaires et secondaires de langue française compte 143 000 élèves. Dans les écoles de langue anglaise, 300 000 élèves sont inscrits à des programmes d’immersion française, et 1,6 million suivent des cours de base en français. Malheureusement, nombreux sont les étudiants à l’université qui m’ont dit avoir oublié le français qu’ils ont appris tout jeunes.

Les établissements d’enseignement supérieur doivent faire preuve de leadership et offrir aux étudiants l’occasion de maintenir, voire d’acquérir de bonnes compétences en français, que ce soit au moyen de cours, ou dans le cadre d’emplois d’été ou de programmes d’échanges.

J’ai appris que le Collège Boréal disposait d’une ambitieuse politique d'aménagement linguistique pour sa clientèle, c’est-à-dire les francophones. En effet, les étudiants reçoivent tous à la maison un hebdomadaire de la langue française, ils assistent à des pièces de théâtre, lisent des auteurs de chez nous, sont membres de l'Association de la francophonie de l'Ontario, et participeront à la Nuit sur l'étang samedi prochain, tout cela dans le but d'intégrer langue et culture dans leur quotidien. M. Hubert et son personnel ont beaucoup accompli en ce sens. Ce type d’initiative doit maintenant s'étendre au-delà des institutions de langue française.

Un plus grand nombre de diplômés bilingues favoriserait grandement l’égalité linguistique au sein de la fonction publique fédérale. Permettez-moi de vous dire quelques mots à ce sujet.

Dès le début de mon mandat, j’ai précisé que je veillerais à faire appliquer la partie VII de la Loi sur les langues officielles, qui traite du développement des communautés de langue officielle et de la promotion de la dualité linguistique. Le gouvernement du Canada a beaucoup de travail à faire à ce chapitre : il doit se munir des outils qui lui permettront de consulter et de travailler en collaboration avec les communautés de langue officielle au stade de l’élaboration des nouvelles politiques et des nouveaux programmes; il doit mettre en place des mesures positives pour appuyer ces communautés, et il doit faire la promotion des langues officielles. La partie VII doit faire partie intégrante du processus de planification de toutes les institutions fédérales.

Au départ, j’ai abordé la question comme un défi à relever sur lequel nous pourrions axer nos efforts. Évidemment, j’ai vite réalisé à quel point la situation était complexe. En effet, les diverses composantes de la Loi sur les langues officielles forment un tout et doivent être appliquées en tant que tel. Laissez-moi vous donner un exemple qui illustre cette dynamique.

Après l’adoption des modifications législatives à la partie VII, de nombreuses institutions fédérales ont entamé des démarches auprès des communautés de langue officielle afin d’établir leurs priorités de développement et de déterminer les mesures positives qui pourraient être mises en place. Le Commissariat a aussi entamé des démarches semblables, notamment au moyen d’un forum réunissant des personnes de tous les coins du pays. Ce forum a mené à la publication d’une étude sur la vitalité, publiée le printemps dernier. Je vous invite d’ailleurs à vous servir de cette étude comme point de départ pour votre propre réflexion. Celle-ci est présentée sur notre site Web.

Nos démarches ont été fructueuses. Certains chefs de file des communautés nous ont souligné un fait essentiel : « L’une des choses que le gouvernement du Canada peut faire pour favoriser le développement des communautés est de respecter son engagement à offrir des services de qualité en français. » Dans certaines régions, la vitalité des communautés souffre grandement du fait que le gouvernement ne répond qu’une fois sur deux à ses obligations en matière de services au public, malgré que celles-ci soient inscrites dans la Loi sur les langues officielles depuis 1969. Pour retenir les gens qui sont capables d’offrir des services de qualité dans les deux langues, il faut d’abord assurer la vitalité des communautés.

Il en est de même pour la partie V, qui porte sur la langue de travail. Sa mise en application intégrale est un élément clé de la Loi sur les langues officielles. Pour les membres des communautés francophones, dans l’Est de l’Ontario comme ailleurs, l’utilisation de leur langue maternelle au travail est un facteur de vitalité important.

Certaines personnes réussissent à conserver leur langue maternelle même si elles ne la parlent pas à la maison, ce qui est le fait de bon nombre de Canadiens et de Canadiennes aux antécédents linguistiques variés. Dans un tel contexte, il est même possible de transmettre la langue maternelle d’une génération à l’autre, du moins pendant un certain temps.

Toutefois, pour permettre à une communauté linguistique de se développer et de s’épanouir – termes utilisés dans la partie VII – la langue doit être utilisée dans les espaces publics et les institutions du pays : le fait français doit être bien en vue! C’est exactement ce que disais plus tôt, lorsque j’ai fait allusion au drapeau franco-ontarien.

Il y a 40 ans, lors des débats de la Commission sur le bilinguisme et le multiculturalisme, on reprochait à la fonction publique d’obliger tout francophone qui avait le courage de joindre ses rangs à s’assimiler. La Loi sur les langues officielles et la volonté croissante des Canadiens français de s’affirmer ont graduellement permis de corriger cette situation. Il reste cependant beaucoup de travail à faire, tant au niveau du développement des communautés que des services au public et des droits des fonctionnaires.

Les responsables des différentes institutions fédérales ont des responsabilités précises à cet égard, à la fois dans leurs bureaux principaux et dans les différentes régions. Ces responsabilités ne doivent cependant pas être assumées seule, mais bien en concertation avec les communautés de langue officielle et, parfois, avec les gouvernements provinciaux et municipaux.

Tout, dans le Nord-Est ontarien, est en place pour permettre un tel travail d’équipe : des administrations publiques fédérale et provinciale conscientes de la contribution de la communauté francophone à la vitalité de la région; un leadership communautaire bien structuré et inclusif; des élus municipaux qui donnent au fait français toute sa place, et, surtout, un climat de respect entre les différents acteurs. Je me réjouis d’avance de ce que vous allez construire sur des bases aussi solides.

Je vous remercie une fois de plus de m’avoir invité. Bonne Semaine de la Francophonie!