ARCHIVÉE - Ottawa, le 22 février 2005

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Le leadership et la responsabilisation : une convergence nécessaire pour l’atteinte de résultats exemplaires en matière de dualité linguistique

Notes pour une allocution au Forum 2005 sur la dualité linguistique


Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

1 : Introduction

Je vous remercie de me donner l’occasion de m’exprimer sur un sujet de première importance : le leadership en matière de langues officielles et la création de milieux de travail qui favorisent la pleine expression de la dualité linguistique au sein de la fonction publique fédérale.

La Loi sur les langues officielles vise le respect de l’autre et de son identité. Elle vise le rapprochement de ceux qui parlent nos deux langues officielles et l’enrichissement mutuel. Ainsi, les institutions fédérales ont des obligations au chapitre de la langue de service, de la langue de travail et de la participation équitable, ainsi que de la promotion des langues officielles et du développement des communautés qui parlent ces langues.

Je ne passerai pas tous ces volets en grand détail mais mon message principal aujourd’hui est le suivant : oui, les institutions ont des obligations; mais encore faut-il une volonté de passer à l’action. Cela revient donc au leadership, le thème principal de mes propos.

2 : Travailler dans la langue officielle de son choix dans une région désignée bilingue

A : Un rappel des obligations des institutions fédérales

Parlons d’abord de la langue de travail. Dans les régions désignées bilingues, les institutions fédérales doivent veiller à ce que le milieu de travail soit propice à l’usage des deux langues officielles.

Elles doivent aussi s’assurer que le personnel peut exercer son droit d’utiliser l’une ou l’autre langue, sous réserve des obligations de servir les citoyens dans la langue officielle de leur choix.

Chaque fonctionnaire doit également avoir accès à ses outils de travail et recevoir une formation ou des services internes dans la langue officielle de son choix, sans avoir à attendre plus longtemps que son collègue de l’autre groupe linguistique et sans devoir en faire la demande.

Cela signifie, notamment, recevoir des documents de qualité dans la langue officielle de son choix, sans excuses sur le manque de temps. « L’autre version suivra » est une malheureuse expression qui n’a pas sa place si on veut créer un milieu de travail bilingue et respectueux des droits des fonctionnaires.

Chaque fonctionnaire qui travaille dans des régions désignées bilingues doit également pouvoir s’exprimer dans la langue officielle de son choix au cours des réunions ou avec ses collègues, son superviseur et la haute direction.

À bien y penser, c’est un peu comme dans la vie d’un couple : c’est donnant, donnant! Vous rirez peut-être, mais n’y voyez-vous pas une certaine similitude? Qu’est-ce qui assure la réussite d’un couple dans notre société moderne? La réciprocité! Je lave la vaisselle, tu l’essuies! Je fais le ménage, tu fais le lavage!

Dans le contexte d’un milieu de travail, cette réciprocité passe notamment par la valorisation et le respect de l’autre. Je m’épanouis en français, tu t’épanouis en anglais! Et chacun de nous deux se sent également responsable de cette réciprocité.

B : Une question de valorisation et de respect

Tout fonctionnaire devrait se sentir respecté et être à l’aise de travailler dans l’une ou l’autre langue officielle. Cela semble évident, mais qu’en est-il réellement? Nos études, celles du Secrétariat du Conseil du Trésor, celles de l’Association professionnelle des cadres supérieurs de la fonction publique du Canada ainsi que les récents sondages auprès des membres du personnel, en arrivent tous au même constat :

Plusieurs fonctionnaires travaillent dans leur deuxième langue officielle. Pourquoi? Certains par obligation; d’autres pour mieux se faire comprendre par leur patron, ou pour se faire accepter et comprendre par leurs collègues; d’autres encore pour ne pas nuire à leurs chances d’avancement. Avouons que ce n’est pas très épanouissant! Cela donne des fonctionnaires qui ne se sentent pas toujours respectés. Certains se rebiffent en silence. D’autres jouent le jeu.

Vous vous en souvenez peut-être, notre étude De la parole aux gestes, publiée en mars 2004, nous a permis de tirer certaines conclusions :

  • L’anglais a souvent prédominance dans la culture organisationnelle au sein de la région de la capitale nationale;
  • La perception d’unilinguisme de la haute gestion est un obstacle important à l’usage des deux langues officielles;
  • Le recours fréquent à l’anglais par les francophones décourage plus d’un anglophone de parler dans l’autre langue officielle.

Le Québec constitue un cas unique au chapitre de la langue de travail.

Mais quelle est la réalité au Québec? Le Commissariat finalise actuellement un rapport sur la langue de travail des fonctionnaires fédéraux travaillant dans les régions bilingues du Québec.

Ce rapport sera en quelque sorte la suite de notre première étude. Je dis bien la suite et non pas la copie carbone, car il existe une problématique particulière au Québec.

On parle tellement de la difficulté pour certains fonctionnaires de travailler en français au pays qu’on a tendance à l’oublier, mais la Loi sur les langues officielles traite autant des droits des fonctionnaires fédéraux anglophones que ceux des francophones. Or, plusieurs régions désignées bilingues se trouvent au Québec.

Nous sommes en présence ici d’un cas particulier où des membres des deux communautés linguistiques ont des récriminations et se sentent parfois brimés dans leurs droits au sein de la fonction publique fédérale. Voilà pourquoi nous avons voulu examiner comment la langue de travail se manifeste quotidiennement dans ce contexte unique.

L’étude sera lancée en avril prochain, mais je me permets de révéler en grande primeur quelques lignes principales de l’étude :

  • D’abord, un certain nombre de fonctionnaires anglophones au Québec sentent qu’ils provoquent un malaise s’ils parlent anglais au travail.
  • Ensuite, des fonctionnaires francophones ont de la difficulté, pour leur part, à communiquer en français avec leurs collègues d’Ottawa.

[Bref, le Québec est unique du fait que tant les anglophones que les francophones peuvent, selon les circonstances, être privés de leur droit de s’exprimer dans leur langue.]

  • Enfin, parce que les francophones se sentent souvent brimés dans leurs droits linguistiques, ils oublient parfois que les anglophones du Québec peuvent ressentir le même manque de respect de la part de leurs collègues francophones au Québec.

Il ne s’agit pas de savoir qui, des anglophones ou des francophones, sont davantage brimés dans leurs droits linguistiques. Ce n’est pas un concours! Il faut simplement tenter de se mettre dans la peau de l’autre et apporter les correctifs nécessaires pour s’assurer que les droits de chacun et de chacune soient pris en compte.

Même s’ils sont peu nombreux au Québec, les fonctionnaires anglophones ont des droits qu’il faut respecter. Cela soulève un autre débat, celui de la participation équitable dans les institutions fédérales où le Conseil du Trésor est l’employeur. Nous y reviendrons.

3 : Le leadership et la responsabilisation

A : Montrer l’exemple

Ce qui ressort constamment, c’est que le leadership fait toute la différence en matière de langue de travail. Et ce n’est pas moi qui le dis : encore une fois, différentes études convergent dans ce sens. C’est tellement rendu une vérité de La Palice qu’on a même l’impression de radoter.

Le leadership de tous est requis pour donner une place équitable aux deux langues officielles dans la fonction publique fédérale. Le leadership de la haute direction, bien sûr, mais aussi à tous les échelons.

Qu’est-ce que cela veut dire?

Le leadership consiste à exercer une influence sur les autres par notre attitude, notre comportement. Il s’agit de gérer par l’exemple.

Il revient au gestionnaire de pouvoir utiliser les deux langues officielles au travail, de façon à permettre au personnel de choisir la langue dans laquelle il veut communiquer.

Mais pour qu’un milieu de travail soit réellement bilingue, la haute gestion doit en faire une priorité.

Il s’agit donc d’instaurer une culture organisationnelle respectueuse des droits linguistiques des membres de son personnel.

Le leadership en matière de langue de travail est aussi l’affaire de tous, tant il est vrai que la crainte d’être jugée peut paralyser la personne qui veut s’exprimer dans la langue officielle de son choix, surtout si elle se sent en minorité. La langue de travail est une question de dynamique sociale – de rapports entre des individus et entre des groupes.

Chacun et chacune d’entre nous peut et doit faire la différence. Il ne suffit pas de s’en remettre à la haute gestion et espérer pour le mieux. Vous avez la responsabilité individuelle d’affirmer et d’exercer votre préférence linguistique.

Tout comme dans un couple, il ne suffit pas de s’en remettre continuellement à son partenaire pour améliorer les choses, ou penser que nous ne sommes pas une partie de la solution. Il faut que chacun y mette du sien.

B : Les bonnes pratiques

La langue de travail est certes un sujet complexe, mais l’expérience de certains ministères démontre qu’il y a moyen d’innover et de changer la culture au sein des institutions fédérales. J’aimerais attirer votre attention sur deux exemples de bonnes pratiques initiées au Québec.

Tout d’abord, l’Agence des douanes et du revenu du Canada a mis sur pied un projet pilote sur la langue de travail en s’inspirant de la norme de qualité ISO. Ce projet vise à améliorer l’usage des deux langues officielles dans les communications au sein de l’institution.

C’est d’ailleurs avec beaucoup de plaisir que j’ai participé l’automne dernier à la cérémonie de certification de la phase 1 du projet qui avait pour slogan « Le respect inspire ». C’est dire que l’accent était mis sur la question du respect mutuel et de la collaboration comme gage d’harmonie.

Il s’agit d’un très bel exemple, qui a depuis inspiré plusieurs autres institutions fédérales comme Transports Canada et Citoyenneté et Immigration Canada.

De son côté, la Commission de la fonction publique a produit un CD-ROM qui permet de contrer la perception négative qu’ont certaines personnes d’elles-mêmes quant à leurs capacités linguistiques. Parfois, on se pense moins bon que nous le sommes en réalité et on n’ose pas tenter sa chance pour occuper un poste au sein de la fonction publique fédérale.

Ces exemples démontrent qu’il est possible de faire progresser notre dualité linguistique au sein de la fonction publique – il ne s’agit que d’y mettre du sien et nous pouvons même avoir un effet d’entraînement auprès de nos collègues.

4 : Maintien des acquis

Cependant, pour que ces activités puissent avoir l’effet escompté, les membres du personnel doivent aussi faire les efforts nécessaires pour maintenir leurs compétences langagières.

Le parallèle avec le maintien des compétences professionnelles saute aux yeux. S’il est vrai que les médecins et les infirmières doivent maintenir leurs connaissances, cela est également vrai pour les fonctionnaires qui ont appris une autre langue. Les recherches sur l’apprentissage humaines sont unanimes quant au facteur le plus déterminant dans l’acquisition et la maîtrise d’une habileté ou d’une compétence. C’est la motivation de l’apprenant. Ce n’est pas le seul facteur mais il est déterminant. Les études vont même plus loin. On distingue entre une motivation intrinsèque ou extrinsèque. Vous devinez laquelle offre les meilleures chances de succès!

Sans prendre les fonctionnaires par la main, il revient cependant au gouvernement du Canada d’offrir l’accès à une formation linguistique adéquate, complète et de qualité égale, dans des délais raisonnables et dans les deux langues officielles, et de préférence tôt dans la carrière de l’employé.

Les collègues de travail peuvent aussi contribuer au maintien des acquis, en donnant la chance à l’employé en question de pratiquer avec eux sa langue seconde. Mais pour cela, il faut faire preuve de compréhension et ne pas s’impatienter continuellement si son interlocuteur bute sur les mots.

La meilleure façon d’enlever à un quelqu’un le goût d’utiliser sa langue seconde, c’est bien de lui enlever les mots de la bouche et de les lui remettre dans sa langue maternelle.

Il faut bien entendu encourager nos collègues, mais il revient surtout aux fonctionnaires qui suivent des cours de langue de se responsabiliser, de maintenir leurs acquis linguistiques et de se servir de leur deuxième langue officielle au travail.

Il faut se rappeler que l’État investit des sommes considérables pour permettre aux fonctionnaires d’apprendre leur langue seconde. On oublie parfois que des droits sont aussi assortis de devoirs. On se doit d’utiliser ces nouvelles compétences au travail, même si notre discours sera parfois truffé d’hésitation, d’erreurs de prononciation et de fautes de syntaxe. C’est le lot commun des humains d’apprendre par essai et erreur, par la répétition – que ce soit le golf, la cuisine ou une langue.

5 : La participation équitable

J’aimerais maintenant dire quelques mots sur la participation équitable. Il s’agit d’un enjeu important pour la communauté anglophone du Québec, car il est tout aussi important pour elle de se sentir partie prenante dans les institutions publiques. Il s’agit de voir le visage de sa communauté reflété dans ses institutions.

D’ailleurs, la participation des deux groupes linguistiques à la conception des programmes fédéraux et à la façon de les livrer enrichit leur qualité, en apportant la pensée des deux cultures.

Il existe des difficultés dans le recrutement d’anglophones au sein de la fonction publique fédérale au Québec. Leur représentation globale est inférieure au pourcentage de leur population. Elle est toutefois supérieure si on s’en tient aux sociétés d’État. On pourrait s’interroger sur les raisons de cet écart entre les deux groupes d’institutions fédérales. Pourquoi une catégorie d’institutions réussit même très bien à recruter et retenir les membres de la minorité anglophone alors qu’une autre traîne de la patte.

Le recrutement d’anglophones qualifiés dépend en partie du leadership exercé par les gestionnaires.

Le recrutement d’anglophones au sein de la fonction publique sera d’autant plus favorable que la communauté anglophone aura l’intime conviction que le milieu de travail fait une place à l’utilisation de la langue anglaise, bref qu’il est possible d’évoluer dans la langue officielle de son choix tout en ayant d’aussi bonnes possibilités d’avancement que les francophones.

6 : Conclusion

Résumons-nous

La Loi sur les langues officielles est limpide. Elle établit l’égalité du français et de l’anglais dans les institutions fédérales. Elle prévoit que les services aux citoyens seront offerts dans les deux langues officielles, là où il existe une demande importante. Elle traite aussi des responsabilités des institutions fédérales au chapitre de la langue de travail.

Il n’existe cependant aucun article dans la Loi qui traite du leadership nécessaire à l’atteinte de ces objectifs. Et pour cause. On ne peut pas obtenir des résultats réels et tangibles simplement en codifiant par écrit une attitude, un comportement, une façon d’être et d’agir.

Si on veut que le changement de culture en faveur d’une plus grande reconnaissance de la dualité linguistique opère dans toutes les sphères de l’administration fédérale, il faut de la part des gestionnaires un leadership fort qui puise sa source dans des convictions profondes.

Je n’insisterai jamais assez sur la responsabilisation individuelle et le leadership des gestionnaires dans l’atteinte des objectifs de la Loi.

Les gestionnaires doivent poser des gestes quotidiens qui favorisent l’épanouissement de cette dualité linguistique dans leur environnement.

On ne peut toutefois s’attendre à des changements en profondeur, si les membres du personnel n’y mettent pas du leur dans l’atteinte des objectifs de la Loi, notamment en matière de langue de travail.

Voilà pourquoi j’en appelle à une convergence entre le leadership et la responsabilisation de tous, pour l’atteinte de résultats exemplaires.

Je vous remercie.