ARCHIVÉE - Ottawa, le 20 mars 2007

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Comparution devant le Comité permanent du Patrimoine canadien
de la Chambre des Communes


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Je remercie le Comité de me permettre de m’adresser à vous aujourd’hui. Par un heureux hasard, il s’agit d’ailleurs de la Journée internationale de la francophonie.

Le sujet dont vous discutez m’intéresse au plus haut point. Radio-Canada est une institution fédérale pleinement assujettie à la Loi sur les langues officielles. Elle a, par le fait même, l’obligation de prendre des mesures positives afin de promouvoir la dualité linguistique du Canada et de mettre en valeur la vitalité des minorités linguistiques francophones et anglophones.

Notre diffuseur national doit également veiller à la préservation de notre patrimoine commun, au renforcement de notre identité et à la réaffirmation de nos valeurs. Ceci est particulièrement vrai dans un contexte de mondialisation marqué par un accroissement de la diversité et par l’apparition de tensions qui parfois menacent notre partenariat linguistique.

Aujourd’hui, j’aimerais traiter de l’universalité d’accès aux stations radiophoniques et télévisuelles de Radio-Canada, ainsi que du rôle fondamental que doit assumer Radio-Canada dans la création de passerelles interculturelles.

I. Rôle de Radio-Canada/CBC en tant que diffuseur public

Radio-Canada est au cœur de la radiodiffusion canadienne. Il faut, selon moi, en réaffirmer l’importance à titre d’instrument essentiel à la promotion, à la préservation et au soutien de la culture canadienne. Radio-Canada se doit à la fois d’être à la fine pointe de la technologie et de faire preuve d’une vision du Canada et de son avenir.

Radio-Canada a réussi à produire une programmation radiophonique et télévisuelle dépeignant les réalités linguistiques et rapprochant les solitudes. Nous devrions l’en féliciter et l’encourager à poursuivre sa contribution unique à la programmation canadienne, en particulier sur les nouvelles plateformes médiatiques.

Radio-Canada doit continuer d’assumer un rôle de chef de file en matière de radiodiffusion au Canada, surtout dans l’actuel contexte de fragmentation croissante de l’environnement médiatique. Les nouveaux services médiatiques peuvent en outre agir comme compléments à la stratégie globale de programmation de Radio-Canada.

Afin de garantir à tous les Canadiens les services de Radio-Canada dans les deux langues officielles, il importe de maintenir l’étendue des obligations incombant déjà à Radio-Canada en vertu de la Loi sur la radiodiffusion pour ce qui est de la mise en œuvre de programmations locales.

II. Programmation régionale

Radio-Canada est depuis longtemps une artère de transmission d’information et de liens culturels, tant au sein des régions que d’un bout à l’autre du Canada. Dans plusieurs régions du pays, Radio-Canada est l’unique outil médiatique dont disposent les minorités linguistiques officielles dans leur langue respective. Ceci est particulièrement vrai dans le cas des minorités francophones, mais aussi des minorités anglophones du Québec.

J’appuie fortement les efforts que déploie Radio-Canada pour desservir ces localités menacées, et en particulier :

  • le Quebec Community Network de CBC, qui produit une programmation radiophonique anglophone;
  • le maintien d’une forte présence journalistique et culturelle francophone dans les collectivités hors Québec;
  • les projets télévisuels francophones réalisés hors Québec.

Il subsiste toutefois des carences en fait de programmation régionale, puisque cette année, la programmation a été centralisée à Montréal et à Toronto. Radio-Canada a d’ailleurs elle-même exprimé de grandes inquiétudes à cet égard. Les projets qu’elle avait élaborés en 2005 proposaient une série de mesures visant à réinstaurer une forte présence régionale et locale de Radio-Canada dans les régions. L’une de ces mesures visait l’accroissement de la programmation culturelle destinée aux réseaux principaux, par l’entremise de centres de production nouveaux et existants situés hors Québec. Le gouvernement devrait appuyer un renforcement du rôle de Radio-Canada en matière de programmation régionale. Ce rôle est déjà énoncé dans la Loi sur la radiodiffusion, mais les fonds ne sont pas accordés en fonction de cette obligation. Si la Loi est modifiée, les obligations régionales devraient être maintenues et même, s’il le faut, renforcées.

III. Programmation interlinguistique

Au fil des ans, Radio-Canada a mis en œuvre et produit ce que l’on pourrait appeler une programmation interlinguistique. « Le Canada : une histoire populaire » et « Breaking Point », une émission sur le référendum québécois de 1995, en sont des exemples mémorables. Paradoxalement, à une époque où de plus en plus de Canadiens adoptent le bilinguisme, le dialogue journalistique et artistique véritablement bilingue, à la télé comme à la radio, se fait plus rare.

Voilà qui est regrettable. Comme Canadiens, nous gagnerions à nous parler plus souvent et à travailler plus étroitement ensemble. Heureusement, certaines émissions comme « C’est la vie », diffusée sur les ondes de CBC Radio One et « Au courant », diffusée à Newsworld, donnent un aperçu de la vie quotidienne des francophones du Canada, grâce à des animateurs talentueux et habiles. Il n’en demeure pas moins que la communication interlinguistique n’a jamais fait partie des activités normales de CBC et de Radio-Canada. Selon moi, nous aurions avantage à ce que cette situation change.

Radio-Canada devrait compter parmi ses priorités la mise en œuvre d’un nombre accru d’émissions interlinguistiques, en particulier sur les nouvelles plateformes médiatiques, plus souples et plus adaptables. Loin de nous l’idée de proposer une programmation à « l’huile de foie de morue », mais des émissions qui nous montreraient combien la vie des gens qui s’expriment dans l’autre langue officielle est, en soi, intéressante.

Radio-Canada doit également créer des espaces réels et virtuels où les professionnels francophones et anglophones du monde médiatique pourront, à l’intérieur de la Société, échanger et mettre en œuvre leurs idées et leurs projets communs. Pour illustrer une telle forme de collaboration interlinguistique, je citerai en exemple la collaboration fréquente entre les producteurs et le personnel de Radio Two et d’Espace musique dans le cadre d’enregistrements musicaux en direct et de diverses autres activités de programmation.

Ce n’est ni la volonté, ni l’imagination qui manque pour que tous puissent unir leur créativité. On constate toutefois l’absence d’un espace commun pour la collaboration bilingue et biculturelle. Il est difficile de concevoir comment Radio-Canada pourrait encourager la compréhension entre anglophones et francophones sans créer, à l’intérieur même de sa structure, de façon ascendante, des conditions qui permettraient aux artistes et aux artisans francophones et anglophones d’œuvrer ensemble en unissant leur créativité.

IV. Distribution des services de radiodiffusion

Le paragraphe 46(4) de la Loi sur la radiodiffusion prévoit que dans ses projets d’extension de services de radiodiffusion, Radio-Canada « tient compte des principes et des objectifs de la Loi sur les langues officielles ». Il y a des défis particuliers à relever à cet égard, compte tenu de l’actuelle transition aux services numériques.

Actuellement, la « stratégie hybride numérique/haute définition » de Radio-Canada prévoit le remplacement, dans les principaux marchés, des transmetteurs analogiques par des transmetteurs numériques/haute définition terrestres. Ces transmetteurs rejoindraient 80 % de la population du Canada. Ailleurs, on aura recours à la télévision par satellite, par câblodiffusion ou par IP.

Cela signifie que les citoyens des collectivités éloignées et rurales n’auront d’autre choix que de s’abonner à des services comme ExpressVu et Star Choice. Il y a cependant un problème : ces services ne transmettent pas toutes les stations locales.

Par conséquent, de nombreux membres de minorités linguistiques risquent de ne plus avoir accès aux services locaux de Radio-Canada, pourtant essentiels à leur développement. En Saskatchewan, par exemple, les francophones actuellement abonnés à la télévision par satellite ne reçoivent pas le signal de Radio-Canada en provenance de Regina.

L’universalité de l’accès doit demeurer le principe fondamental de Radio-Canada. Durant la période de transition, le signal terrestre de Radio-Canada doit demeurer offert, particulièrement pour les petites collectivités.

Avec la diminution graduelle de la transmission terrestre, des obligations devront être confiées aux fournisseurs de télévision par satellite, afin que la programmation complète de Radio-Canada puisse être rendue disponible. Dans ce but, je réitère la recommandation formulée par ce Comité en 2003 : le gouvernement devrait, par décret, faire en sorte que le CRTC enjoigne aux fournisseurs de services de diffusion directe par satellite de distribuer les signaux de toutes les stations locales de télévision de CBC et de Radio-Canada.

IV. Financement

Cela dit, j’estime que le gouvernement fédéral devrait faire en sorte que Radio-Canada dispose des outils et du financement nécessaire pour émettre une voix distinctive et indépendante dans les deux langues officielles.

En raison du sous-financement chronique, il est de plus en plus difficile pour Radio-Canada de continuer à refléter les aspirations et les réalisations des Canadiens, à l’échelle régionale et locale. Radio-Canada ne peut guère continuer bien longtemps à viser l’excellence dans un cadre budgétaire aussi restreint. Les crédits parlementaires dévolus à Radio-Canada devraient à tout le moins égaler ce qu’ils étaient avant 1996 et devraient s’accroître en fonction de la croissance globale des dépenses gouvernementales et des dépenses fédérales liées à la culture. À cet égard, on se basera en partie sur ce qui est octroyé, à l’étranger, aux autres diffuseurs publics pourvus de mandats semblables. La Suisse, par exemple, pays comportant plus d’une langue officielle, octroie à son réseau de radiodiffusion publique 2,5 fois le financement de ce qu’y investit le Canada. La BBC reçoit en financement 122 dollars par Britannique, alors que Radio-Canada en reçoit 33 par Canadien. Parmi 18 pays qui possèdent un réseau de radiodiffusion publique, le Canada arrive au 15 e rang en matière de financement.

Le gouvernement doit soutenir Radio-Canada dans la réalisation de toutes les obligations qui lui incombent, par un financement adéquat. Je réitère la recommandation formulée par ce comité en 2003 : le Parlement devrait octroyer à Radio-Canada/CBC un financement pluriannuel accru et stable.

V. Conclusion

Par le passé, Radio-Canada a démontré sa volonté de demeurer à la hauteur de son rôle d’outil de promotion et de soutien de la culture canadienne, en anglais comme en français, et d’instrument de mise en valeur de la vitalité de nos minorités linguistiques. Je suis persuadé qu’avec l’aide et le soutien de ce comité, Radio-Canada arrivera à s’adapter et à se réaffirmer comme diffuseur public national véritable en ce début de siècle.

Merci. C’est avec plaisir que je répondrai à vos questions.