ARCHIVÉE - Ottawa, le 20 février 2001

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La dualité linguistique à l'heure de la mondialisation : l'avantage comparatif canadien

Allocution prononcée devant le Regroupement des gens d'affaires


 Madame Dyane Adam – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames, Messieurs,

C'est pour moi un grand plaisir de prendre la parole à ce petit déjeuner mensuel organisé par le Regroupement des gens d'affaires de la région d'Ottawa-Hull.

Vous le savez probablement, mon intérêt en tant que Commissaire aux langues officielles du Canada est de veiller au respect des minorités de langue officielle et de faire la promotion de notre dualité linguistique. Ainsi, ce rôle m'amène-t-il à vous parler d'un sujet qui saura rejoindre nos intérêts réciproques : soit les langues et l'économie dans le contexte de la mondialisation.

Mon intervention ce matin est une belle occasion pour moi d'aborder un sujet qui devient de plus en plus d'actualité face à l'influence croissante de la mondialisation dans nos vies et dans la société en général. Mon but est de pouvoir susciter avec vous, gens d'affaires, une réflexion qui s'inscrit dans la nécessité d'actualiser le discours public sur notre dualité linguistique et notre bilinguisme. Ce que je vous propose, c'est une autre façon d'apprécier ce trait fondamental de la société canadienne en fonction des avantages économiques qu'il nous procure, tant au plan individuel que collectif, à l'heure de la mondialisation des marchés.

Plusieurs universitaires se sont penchés sur la question des avantages économiques que procurent à une société son caractère bilingue ou multilingue. Malgré la nouveauté relative de ce champ d'étude et le caractère préliminaire des recherches réalisées jusqu'ici, il est une observation qui revient invariablement : soit le fait que des gens parlant différentes langues, qui sont en contact et qui se mêlent les uns aux autres, sont en quelque sorte obligés, ou à tout le moins encouragés à les apprendre.

Il n'y a en soi rien de nouveau dans cette observation. Ce qui l'est, par contre, c'est la constatation que les avantages issus de cette synergie linguistique sont mesurables à deux niveaux : au niveau individuel et au niveau de la collectivité.

En soi, comme le fait remarquer Harold Chorney, professeur en politiques publiques de l'université Concordia, le simple fait d'acquérir des connaissances et des aptitudes linguistiques exerce un effet positif déterminant sur le potentiel économique d'une personne. En plus du fait qu'elle témoigne d'aptitudes supérieures et d'une plus grande souplesse d'adaptation du travailleur, la connaissance d'une autre langue contribue à accroître les chances qu'a l'individu de jouer un rôle plus grand dans la société. Vu sous cet angle, la participation sociale d'une personne peut devenir considérablement plus importante du fait de son bagage linguistique. En somme, comme le disait l'écrivain Julien Green, « nous sommes autant de fois humains que nous connaissons de langues ».

Voilà pour les avantages que procure sur le plan individuel la connaissance d'une ou de plusieurs autres langues. Mais c'est sur le plan des avantages collectifs que confère l'ouverture au bilinguisme et à la diversité culturelle que vous me permettrez d'insister.

Les communautés francophones et anglophones nous donnent bien sûr accès à deux des plus grandes cultures du monde, et leur vitalité culturelle nous permet d'affirmer chaque jour notre originalité dans le concert des nations. Cet avantage, c'est d'être à la fois membre de la Francophonie internationale, qui regroupe 47 États, et du Commonwealth qui en compte 56.

Si nous sommes familiers avec les avantages culturels que procurent notre dualité et de tels liens internationaux, qu'en est-il des avantages strictement économiques?

Et bien, pensons simplement à notre façon de faire particulière et à notre ouverture à la diversité linguistique et culturelle de nos partenaires commerciaux. La synergie qui s'opère quotidiennement entre nos deux langues officielles, avec leurs deux manières de conceptualiser les choses, est aussi un ferment de notre savoir-faire unique et de l'originalité de nos produits. Elle fait du Canada une société à la fois plus sophistiquée, plus novatrice et plus ouverte aux changements économiques et technologiques.

Vous aurez sans doute compris qu'avec la mondialisation de la production et la libéralisation des échanges commerciaux, ces caractéristiques sont des atouts importants dans l'optique où le Canada dépend de plus en plus étroitement du commerce international pour sa croissance économique. En plus de pouvoir communiquer plus facilement avec plus de clients à travers le monde, les gens d'affaires canadiens peuvent aussi être des partenaires plus intéressants à l'égard de certains pays soucieux de la diversité culturelle et linguistique.

Avec la multiplication des nouvelles technologies de l'information, le développement d'Internet et l'avènement de l'économie du savoir, nous vivons une véritable révolution qui influence déjà tous les secteurs de notre activité économique.

Le développement rapide du commerce électronique, particulièrement dans les langues autres que l'anglais, est un exemple des nouvelles opportunités qui s'offrent à vous. Les gens d'affaires d'Ottawa pourront particulièrement saisir cette occasion et occuper une place encore plus grande dans le commerce électronique en français. Car si l'Internet abolit les frontières de l'espace et du temps, il n'abolit pas les frontières linguistiques. Or, pour réussir à vendre sur Internet, il faut parler la langue du client. À vous de profiter de ce marché en plein essor en développant le contenu et les services offerts en français sur vos sites web.

La création de la richesse passant désormais par le développement et l'utilisation du savoir, il est devenu évident que c'est dans notre capital humain que se situe la clé de voûte de notre prospérité. Aussi, cette révolution amène-t-elle son lot de bouleversements sur le marché de l'emploi et une mobilité plus grande des travailleurs spécialisés.

Dans ce contexte, les compétences linguistiques sont bien sûr un atout précieux pour ces travailleurs. Mais le bilinguisme et l'ouverture à la diversité d'une collectivité l'est tout autant pour attirer une main d'oeuvre qui, elle non plus, ne connaît plus de frontières. On a ainsi beaucoup parlé de l'exode des cerveaux, provoqué parait-il par notre fiscalité moins concurrentielle que celle des Américains. Mais s'est-on déjà interrogé sur le pouvoir d'attraction de notre société sur ces travailleurs étrangers qui viennent s'établir ici parce qu'ils ont fait le choix du droit à la diversité, et non celui du « melting pot »?

La même chose pourrait être dite de ces milliers d'étudiants étrangers qui, à chaque année, sont attirés au Canada par un enseignement universitaire de qualité et par des programmes de recherche offerts dans les deux langues. La région d'Ottawa-Hull est très avantagée à ce niveau avec ses cinq universités respectivement de langue française, anglaise et espagnole de réputation internationale, ainsi que ses multiples établissements d'enseignement postsecondaire offrant une formation professionnelle adaptée aux besoins des entreprises.

N'oublions pas que ces étudiants viennent aussi chez nous pour les avantages qu'offre une société ouverte à la dualité linguistique et à la diversité des cultures. Des étudiants qui, lorsqu'ils retournent dans leur pays d'origine, ramènent avec eux une partie de nos valeurs et une partie de notre vision du monde, élargissant du même coup les réseaux de contacts de nos universitaires et de nos entrepreneurs.

Peu importe la façon de les regarder, la dualité linguistique et le bilinguisme sont de plus en plus perçus comme un avantage comparatif et une valeur ajoutée dans le contexte de la mondialisation. Sans doute, cela est-il plus évident ici à Ottawa, la capitale bilingue de notre pays.

Ceci est d'autant plus important, faut-il ajouter, que nous commençons à voir poindre à l'horizon la future zone de libre-échange des Amériques qui fera entrer des millions de locuteurs hispaniques et portugais dans notre marché continental. Avec ses quatre grandes langues officielles, nul doute que nos industries de la langue seront un des secteurs appelés à connaître une forte croissance au cours des prochaines années. Mais de façon plus générale, l'expansion de notre commerce aux Amériques est appelée à relativiser l'influence actuelle de la langue anglaise et à donner un avantage concurrentiel à ceux qui sauront être sensibles à la diversité linguistique et culturelle des autres. La région d'Ottawa, mais aussi le Canada, est déjà bien positionné à cet égard.

On le voit, la valeur de notre dualité linguistique se mesure bien plus qu'au niveau des valeurs simplement symboliques ou identitaires. Avec un certain recul, il est permis de croire que les pères du bilinguisme officiel que furent Pearson et Trudeau étaient en avance sur leur époque. Trente ans après sa promulgation, la Loi sur les langues officielles et la culture de respect envers les droits des minorités linguistiques apparaissent comme un héritage dont la valeur ne cesse de grandir, surtout à l'heure de la mondialisation.

Conclusion

Je vous invite donc, comme leaders du monde économique, à réinventer chaque jour notre dualité linguistique et à la concevoir sous l'angle des différents avantages qu'elle nous procure aux niveaux individuel et collectif. Je vous invite à apprécier et à promouvoir ce qui nous distingue à l'échelle internationale, en continuant de nous démarquer, en construisant ensemble notre différence. Car dans un nouveau siècle où la concurrence et l'innovation sont l'alpha et l'omega des affaires, l'originalité est la clé du succès.

Sans aller jusqu'à dire qu'il faut «privatiser» la dualité linguistique canadienne, je vous invite néanmoins, comme leaders économiques, à briser le monopole qu'ont exercé trop longtemps les politiciens sur cette question. La vérité est que notre dualité linguistique transcende désormais les seuls champs politique et identitaire. Elle donne au Canada une vision élargie du monde et une façon de faire unique qui fait notre marque de commerce dans le contexte de la mondialisation.

Je vous remercie.