ARCHIVÉE - Québec, le 18 avril 2007

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Notes pour une allocution prononcée à l’occasion du 25anniversaire
de la Voice of English-speaking Québec


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

C’est un plaisir pour moi de prendre la parole devant vous aujourd’hui, particulièrement ici, dans un établissement important de la communauté anglophone de Québec.

Comme vous le savez peut-être, j’ai vécu au sein de votre communauté pendant sept ans, de 1979 à 1986. Le plus jeune de nos deux fils, plutôt prédisposé aux accidents, était un patient assidu de l’hôpital Jeffery-Hale, ce qui m’a permis de constater par moi-même la compétence et le dévouement de son personnel.

L’hôpital Jeffery-Hale n’était toutefois pas le seul établissement important pour nous lorsque nous vivions ici. Un de nos fils fréquentait l’école Holland, et ma femme était chef des Castors de la meute de louveteaux du général Wolfe, au sein de laquelle nos fils étaient très actifs. Elle était aussi chef de production à la station de radio du réseau anglais de la Société Radio-Canada, qui fait partie du Quebec Community Network. Pour ma part, j’ai été chef du bureau de Québec pour la Gazette pendant cinq des sept années où nous avons vécu ici.

Dans mon poste actuel, je parraine des études sur la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Les indices d’analyse de la vitalité semblent parfois théoriques et abstraits. Je constate que mon point de référence est ma propre expérience en tant que citoyen de Québec. Mes fils ont reçu une excellente éducation, en partie grâce à l’engagement exceptionnel des parents des élèves de l’école Holland. Nous avons eu accès à de très bons soins de santé, offerts en anglais. Les organismes communautaires étaient forts et vigoureux, qu’il s’agisse de la bibliothèque du collège Morrin ou du mouvement scout. Il y avait aussi la radio, la télévision et un journal local. Ce sont tous des éléments importants lorsqu’on s’efforce d’élever une famille et de gagner sa vie. Grâce au dévouement de nombreuses personnes ainsi qu’à des organismes comme la Voice of English-speaking Québec, notre communauté était des plus dynamique. Cependant, jamais nous ne nous sommes demandé quelle était la langue prédominante.

Mes fils, à l’époque où ils avaient huit et dix ans, aimaient beaucoup visiter le musée militaire, situé tout près de la rue Saint-Jean. Ils aimaient bien y aller pour voir et revoir un film qu’on y présentait, intitulé « Quelle histoire! » et qui racontait le passé militaire de Québec. Il s’agissait d’un dessin animé rempli d’anachronismes que les garçons trouvaient très drôles. Par exemple, dans la description du problème de désertion auquel a fait face le général Montgomery lors du siège de Québec, pendant l’hiver 1775, on montrait des hommes avec des bâtons de golf qui disaient au revoir de la main à leurs compagnons d’armes.

En tant que père qui avait à cœur l’éducation de ses enfants, je trouvais ce film épouvantable. À un moment donné, je leur ai demandé : « Pouvez‑vous me dire ce que vous avez appris de ce film que vous aimez tant? » Malcolm, qui avait dix ans, a répondu : « C’est qu’il y a plein de batailles : en premier, les Français ont gagné, ensuite les Anglais et, en dernier, les Français. »

« Les Français ont gagné? Qu’est-ce que tu veux dire, “les Français ont gagné”? »

« Dad », Malcolm a répondu, sur ce ton que prennent les jeunes lorsque leurs parents se sont révélés être de parfaits idiots. « Regarde autour de toi. Quelle langue parlent les gens? »

Cela m’irrite quelque peu lorsque j’entends des Québécois affirmer que la minorité anglophone est « la mieux traitée au monde ». Ce n’est pas que je croie qu’elle est maltraitée, mais plutôt parce que cette remarque suggère que les institutions de la communauté anglophone existent uniquement grâce à la générosité de la majorité francophone.

Il est vrai que l’éducation en anglais n’a jamais été interdite ni abolie au Québec, comme ce fut le cas de l’enseignement en français en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta il y a un siècle. S’il est possible d’étudier en anglais au Québec aujourd’hui, c’est grâce aux efforts déployés par la minorité anglophone.

Il n’est pas juste de comparer les ressources offertes aux anglophones de Montréal à celles dont disposent les francophones de Sudbury ou de Saint‑Boniface. Pour que la comparaison soit valable, il faudrait se servir de la ville de Québec ou encore de Sherbrooke ou de Trois-Rivières.

Il est devenu plus difficile au Québec de continuer à offrir des services de santé en anglais en raison de la croissance et de l’expansion du système laïque, géré par l’État et panprovincial, et des énormes avancées réalisées par les Québécois francophones. Nous avons reçu de nombreuses plaintes au sujet de la difficulté qu’ont les anciens combattants de Sainte‑Anne‑de‑Bellevue et les Autochtones des réserves des Premières nations à obtenir des services de santé en anglais, publics envers lesquels le gouvernement fédéral a des obligations linguistiques en vertu de la Loi sur les langues officielles.

La situation est encore plus difficile en ce qui concerne le système de santé de la province. Selon moi, ce n’est pas un hasard si la radicalisation d’Alliance Québec n’a pas été suscitée par des jeunes pleins d’idéaux venus prendre la place de la génération qui les précédait, comme cela arrive au sein de certains organismes. La radicalisation d’Alliance Québec s’est plutôt produite lorsque des retraités en colère en ont pris la direction. La situation était certes paradoxale, car des gens qui, après avoir vécu toute leur vie active sans avoir à parler beaucoup ou régulièrement le français, avaient, à la retraite, soudainement besoin de services sociaux et de santé que les établissements provinciaux n’étaient plus en mesure de leur offrir efficacement.

La bonne nouvelle est que le Gouvernement du Québec a accepté de signer une entente fédérale-provinciale, élaborée à la suite du Plan d’action de 2003. Par conséquent, à la fin de l’année, plus de 4 000 employés du système de santé du Québec auront suivi un cours spécialisé, conçu et donné par l’Université McGill, afin de préparer ces dispensateurs de soins de santé à offrir des services en anglais. Le gouvernement fédéral ne peut pas régler tous les problèmes, mais dans ce cas‑ci, il peut jouer un rôle positif, et c’est ce qu’il fait.

Une population vieillissante est un défi en soi, bien sûr, et les défis sont nombreux, que ce soit dans le domaine de la santé, de l’éducation ou de l’intégration des immigrants à la communauté anglophone. De plus, les Anglophones demeurent sous-représentés dans la fonction publique québécoise, et ce, malgré les efforts considérables déployés par le Conseil fédéral.

Par ailleurs, les possibilités sont immenses. J’aimerais savoir comment votre communauté entend contribuer au 400anniversaire de Québec. Il est important que les gens sachent dans quelle mesure la communauté anglophone a contribué au dynamisme de cette ville tout au long de son histoire.

Je sais qu’Eva et son équipe travaillent sur plusieurs de ces dossiers. J’aimerais que vous me laissiez savoir de quelle façon je peux participer davantage, dans l’esprit de la ville de Québec – un esprit de collaboration et de rassemblement qui est au cœur même du succès de la Voice of English-speaking Québec. Vous avez beaucoup de réalisations à célébrer et de quoi être fiers à l’occasion de ce 25anniversaire.

Merci.