ARCHIVÉE - Knowlton, le 17 septembre 1999

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Allocution prononcée à l'Assemblée annuelle des Townshippers


Madame Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Bonsoir et merci de votre gentille invitation. Quel plaisir que d'être ici ce soir. Cela me rappelle l'été que j'ai passé à Abercorn, lorsque j'étais jeune adulte. Cet été là, j'avais parcouru cette partie du pays à bicyclette.

Comme vous le savez, je ne suis commissaire aux langues officielles que depuis quelques semaines. Toutefois, j'ai eu le temps de former quelques impressions. Mon travail, ainsi que le programme des langues officielles, consiste à travailler avec les gens : hommes et femmes, jeunes et vieux, agriculteurs et citadins et, bien sûr, francophones et anglophones. Je suis convaincue que la coopération est nécessaire lorsqu'on travaille avec les gens. Elle est nécessaire pour le programme des langues officielles et pour le Canada lui-même.

Pour ce qui est du travail en collaboration, vous, les Townshippers, vous excellez. Vous avez créé des alliances, même des amitiés, avec des gens dont la langue et la culture diffèrent des vôtres. Je crois que le Québec et le reste du Canada ont beaucoup à apprendre de votre succès. C'est sans doute pourquoi mon prédécesseur, Victor Goldbloom, aimait venir à vos journées des Townshippers.

Cependant, tout comme le reste de notre pays, votre région et votre association ne sont pas sans connaître des défis. À titre d'ombudsman dans le domaine des langues, je reçois quelque 1 700 plaintes par an. Certaines sont faciles à régler, d'autres sont complexes. Chaque plainte est importante pour la personne qui l'a déposée et nous devons faire de notre mieux pour prendre des mesures correctives. Nous avons des contacts quotidiens concernant des plaintes avec Air Canada, Développement des ressources humaines Canada (DRHC), la Société canadienne des postes et plusieurs autres institutions fédérales. De façon générale, ces institutions se montrent coopératives et règlent les problèmes rapidement. Cependant, il faut parfois avoir recours aux tribunaux, ce qui est un processus long et laborieux. Plus de la moitié des plaintes que nous recevons portent sur la langue, française ou anglaise, utilisée par des institutions fédérales pour servir les clients. L'an dernier, nous en avons reçu quarante de Québécois d'expression anglaise, mais seulement une d'un Townshipper. Je me demande pourquoi; serait-ce que les institutions fédérales dans votre région font très bien les choses ?

Je m'intéresse aussi aux questions de politique, en particulier à celles qui touchent la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Le domaine de l'éducation a changé rapidement; toutefois, les Québécois anglophones ont bien réagi, et je constate que vous avez réussi à mettre vos nouvelles commissions scolaires sur pied.

Le Commissariat a suivi avec inquiétude le déclin du nombre d'inscriptions dans les écoles anglaises de la province au cours des trente dernières années. Nous avons cherché à convaincre le gouvernement du Québec de rendre l'accès aux écoles anglaises plus facile. Par exemple, l'ex-présidente de l'Université McGill, Gretta Chambers, a fait des suggestions intéressantes dans le rapport de son groupe de travail sur l'instruction en anglais au Québec, en 1992. D'autre part, nous sommes heureux de constater la récente tendance vers une accroissement du nombre d'inscriptions. En 1997-1998, il y avait quelque 110 000 enfants dans les écoles anglaises du Québec, ce qui représente une augmentation de plus de 2 p. 100 par rapport à l'année précédente.

Depuis ses débuts, en 1970, le Commissariat insiste sur la nécessité de meilleurs programmes d'enseignement des langues secondes. Ceux-ci ont eu du succès. Quelque 60 p. 100 des Québécois d'expression anglaise peuvent maintenant parler français et je suis certaine que ce pourcentage est plus élevé dans les Cantons de l'Est et, en particulier, chez les jeunes. À maintes reprises, le Commissariat a invité le ministère du Patrimoine canadien à accroître le montant de ses subventions aux gouvernements provinciaux pour les programmes d'enseignement du français langue seconde et de l'anglais langue seconde. Nous aimerions aussi que soient augmentées les contributions aux organismes voués à la promotion des programmes d'enseignement des langues secondes, tels que Canadian Parents for French, les Parents pour l'apprentissage de l'anglais langue seconde (PAALS) et la Société pour la promotion de l'enseignement de l'anglais langue seconde au Québec (SPEAQ).

Le secteur de la santé et des services sociaux en est un autre qui a beaucoup changé. On a davantage recours aux soins à domicile et aux centres locaux de services communautaires (CLSC), et de nombreux établissements vénérables ont fermé leurs portes ou subi des changements radicaux. Ici, dans les Cantons de l'Est, la perte de l'hôpital de Sherbrooke et l'affichage dans le nouveau Centre universitaire de santé de l'Estrie ont causé des difficultés. Je crois comprendre que dans plusieurs cas, cet affichage est en français seulement, car le gouvernement n'a pas officiellement reconnu le Centre universitaire comme un organisme bilingue.

Je crois que les autorités devraient revoir leur politique trop rigide sur l'affichage unilingue en français dans des organismes de santé et de services sociaux comme le CUSE.

Je n'ai pas oublié l'observation faite par le premier ministre Lucien Bouchard, dans le cadre du discours qu'il a prononcé en 1996 au théâtre Centaur, où il a déclaré que les gens malades peuvent avoir besoin d'une analyse de sang mais non d'un test linguistique. C'est l'esprit qui devrait nous guider lorsque nous examinons la question de la langue d'affichage dans les hôpitaux. En tant que Franco-ontarienne, je comprends le chagrin que vous éprouvez lorsque des professionnels de la santé ne vous servent pas dans la langue de votre choix. Dans une maison de retraite de l'Ontario, ma mère, unilingue française, a eu de la difficulté à se faire comprendre du personnel infirmier dans une petite ville considérée comme étant un bastion de la Francophonie ontarienne, près d'Ottawa.

La vigilance et le travail assidu de la communauté, ainsi que la bonne volonté de tous les gens de l'Estrie, francophones comme anglophones, ont porté fruit et le gouvernment a approuvé les plans d'accès aux services sociaux et de santé en langue anglaise. J'en suis contente.

Il y a une question relative à la santé et aux services sociaux qui me laisse particulièrement perplexe. Comme plusieurs d'entre vous le savent, les gouvernements fédéral et québécois ont signé, en 1989, une entente prévoyant l'embauchage de coordonnateurs de services en langue anglaise dans les régies régionales de la santé du Québec. Bien que les sommes versées par suite de cet accord fédéral-provincial aient été relativement modestes, c'est-à-dire environ un demi-million de dollars par an, cette entente a produit des résultats. Malheureusement, elle a expiré en mars de cette année. La ministre de la Santé, Mme Pauline Marois, n'a pas encore manifesté le désir de renouveler ce programme avec le gouvernement fédéral. Toutefois, le Commissariat est en contact avec le ministère du Patrimoine canadien pour voir ce qu'on peut faire. J'espère que cet accord pourra être renouvelé.

Le rapport Bédard sur le financement et la restructuration de l'administration municipale me préoccupe. On y recommande le fusionnement de municipalités et la création de structures supramunicipales sans se soucier des répercussions d'ordre linguistique. Je crois comprendre que certaines villes seraient regroupées avec des villes voisines qui ont une majorité francophone. La plus grande municipalité ainsi formée serait-elle reconnue comme bilingue par l'Office de la langue française ? Afin de s'assurer que les droits linguistiques seront protégés, le Commissariat a communiqué avec Mme Louise Harel, ministre des Affaires municipales, et Mme Nicole René, présidente de l'Office de la langue française.

Les représentants du gouvernement du Québec ont répondu que le risque d'une perte de service en anglais avait été exagéré et que même les municipalités sans statut bilingue peuvent servir leurs citoyens en anglais aussi bien qu'en français et qu'elles le font effectivement. En ce qui me concerne, je continue de croire que les droits de longue date des citoyens anglophones doivent être soigneusement protégés. Lorsque des municipalités s'unissent, il faut examiner la question de la langue et prendre des dispositions spéciales pour protéger les droits linguistiques des citoyens.

Nous exhortons les gouvernements à accroître la représentation des Québécois anglophones au sein de la fonction publique. À moins de 6 p. 100, le taux de représentation des anglophones dans les bureaux fédéraux du Québec ne progresse que très lentement. Toutefois, nous poursuivons nos efforts et, à ce jour, nous avons au moins réussi à empêcher une baisse de la représentation des anglophones, ceci à une époque où, à cause des restrictions budgétaires, le gouvernement se défait de plus de personnel qu'il n'en recrute. Il faut reconnaître que la représentation anglophone globale dans l'ensemble des institutions fédérales, y compris les sociétés d'État, est plus élevée; elle est de quelque 12 p. 100.

Le Commissariat tient de fréquentes consultations avec le ministère du Patrimoine canadien au sujet de l'appui aux communautés de langue officielle en situation minoritaire. Depuis quelques années, les répercussions des contraintes budgétaires sur les subventions aux associations nous inquiètent. Nous avons exprimé clairement notre conviction qu'un financement suffisant doit être maintenu pour que l'esprit de la Loi sur les langues officielles soit respecté.

En ce qui concerne la fonction publique provinciale, le Commissariat a pris contact avec le président du Conseil du Trésor, M. Jacques Léonard. Nous espérons que son nouveau programme de recrutement de représentants des communautés minoritaires nous aidera. Par ailleurs, le Commissariat suit de près les progrès du transfert, au gouvernement québécois, des programmes fédéraux de main-d'oeuvre. Nous communiquons fréquemment avec DRHC pour nous assurer que les services en anglais seront maintenus au Québec.

Je suis consciente de l'importance des médias de langue anglaise au Québec. Que ferions-nous sans le noble Sherbrooke Record et l'Association des journaux régionaux du Québec ? Les journaux régionaux, les stations de radio et les groupes culturels sont essentiels à la vitalité des groupes de langue anglaise installés dans diverses régions du Québec.

Enfin, je tiens à vous dire combien votre association est importante pour notre pays. Vous faites la promotion de valeurs comme la transparence, le dialogue, le respect entre les groupes linguistiques et culturels, et vous êtes un modèle à imiter pour le reste du Québec et du Canada. J'irais même jusqu'à dire que vous vous devez de montrer aux autres comment les relations interculturelles peuvent et devraient être entretenues.

Si je vous dis cela, c'est parce que nous avons besoin de ponts sociaux et culturels entre nos collectivités linguistiques. Nous devons faire en sorte que les francophones et les anglophones se comprennent mieux. Je crois que votre association a un bel avenir sur ce plan.

Je me réjouis à la pensée des discussions que nous aurons ce soir et de votre journée des Townshippers, qui aura lieu demain. Encore une fois, merci de votre hospitalité.