ARCHIVÉE - Ottawa, le 17 juin 2000

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De la nécessité d'agir vite

Notes pour une présentation à un panel de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada sur le rapport du sénateur Jean-Maurice Simard, De la coupe aux lèvres : un coup de cœur se fait attendre


Madame Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Descartes avait bien raison. Le sénateur Simard aussi. Dans les causes qui nous tiennent à coeur, l'esprit critique est essentiel car nous devons constamment chercher les meilleurs moyens d'assurer l'égalité du français et de l'anglais et l'épanouissement des communautés dans tout le pays.

Je vous avoue que j'ai été frappée par la qualité et l'ampleur de l'analyse ainsi que par la détermination avec laquelle le sénateur Simard et ses collaborateurs ont abordé cet important travail. Tous ceux et celles qui sont réunis ici connaissent son engagement profond au service de la dualité linguistique. C'est pourquoi je suis heureuse de répondre aujourd'hui à l'invitation de la Fédération de partager avec vous quelques réflexions sur les questions qu'il a soulevées.

Le sénateur Simard serait le premier à admettre, je crois, que les recoupements entre ses analyses de la situation linguistique canadienne et celles formulées dans les rapports annuels successifs du commissaire aux langues officielles sont nombreux. L'avantage certain que présente l'étude intitulée De la coupe aux lèvres, c'est de livrer sous un jour nouveau une vision globale et critique de ce qui est essentiel pour l'épanouissement des communautés francophones vivant en situation minoritaire.

L'étude rappelle sans ménagement que la distance à parcourir avant de réaliser l'égalité des chances pour ces communautés est considérable et qu'il n'y a pas de place pour de la complaisance. Si plusieurs des principaux intervenants dans les dossiers linguistiques sont fustigés, les coups de férule que distribue le sénateur sont mérités. Tous, sans exception, doivent faire leur examen de conscience.

Les faits sont là noir sur blanc. Ni le gouvernement fédéral, ni les provinces, ni les chefs de file de la société canadienne ne se sont acquittés convenablement de leurs responsabilités respectives envers leurs communautés minoritaires de langue officielle. Le leadership éclairé dont nous avons tellement besoin dans la société et l'État fait défaut. Prises dans le tourbillon des priorités économiques et budgétaires des deux dernières décennies, nos élites semblent surtout avoir oublié que le Canada est plus que la somme de ses régions et de son produit intérieur brut.

Le Canada est avant tout la symbiose des deux grandes communautés linguistiques qui l'habitent. Si l'une de ces communautés s'affaiblit, c'est la vitalité, voire l'existence même du pays qui est menacée. Le sénateur Simard sonne l'alarme : il y a péril en la demeure.

Si elle n'avait fait que donner cet avertissement essentiel, son étude fouillée aurait déjà rendu un grand service. Mais le sénateur Simard a voulu faire plus. Il a insisté sur la nécessité d'une stratégie globale et concertée, assortie de moyens budgétaires suffisants pour faire redémarrer une machine tombée en panne. Il a formulé des recommandations précises pour relancer un débat fondamental sur le pourquoi et le comment de la dualité linguistique à l'aube d'un nouveau siècle. Le plus inquiétant à cet égard, c'est que les chefs de file politiques et administratifs du gouvernement canadien sont restés silencieux, y compris dans le geste.

Lors de sa comparution récente devant le Comité mixte permanent des langues officielles, le sénateur a souligné que « le développement des communautés est multidimensionnel de telle sorte qu'en agissant dans un seul secteur on a peu de chances de pouvoir changer la situation ». Cette insistance sur une approche holistique est à mon avis le point fort de l'étude.

Disons-le clairement. C'est une étude qui dérange. La vérité dérange toujours quand elle s'attaque aux idées reçues des mandarins et des fonctionnaires. Il s'en trouvera donc pour traiter cette étude d'irréaliste, d'incomplète, d'impolitique ou tout simplement d'exécution impossible. Certains administrateurs rivalisent d'imagination lorsqu'il s'agit de défendre le statu quo et l'immobilisme. On aimerait qu'ils fassent preuve d'autant de créativité lorsqu'il est question de passer à l'action.

Mais reconnaissons aussi que nombreuses sont les personnes qui ne demandent qu'à se mettre à l'oeuvre. Elles souhaitent s'inspirer d'un leadership dynamique et concerté qui donnera un second souffle à la réforme linguistique. Rappelons aussi que ce renouveau tant attendu doit comprendre des efforts pour renforcer l'adhésion des citoyens et citoyennes du Québec, foyer important de la vie française en Amérique, à une vision rassembleuse de la francophonie canadienne.

Pour réussir à recentrer la dualité linguistique au coeur des préoccupations des élites canadiennes, il faut d'abord avoir une stratégie de communications efficace sur l'importance et la valeur de la contribution de nos communautés linguistiques à l'édification d'un Canada prospère et pluraliste. Il faut commencer par mieux ancrer les enjeux de cette dualité dans la conscience collective des Canadiennes et des Canadiens des deux majorités. Il faut leur dire honnêtement et sobrement que l'heure est grave. Les clivages linguistiques s'accentuent et les communautés de langue officielle vivant en situation minoritaire, malgré tous leurs efforts, ne cessent de perdre du terrain.

Il faut en outre que les principaux acteurs, le gouvernement fédéral et les communautés en premier, s'entendent sur un plan stratégique et un ensemble de mesures tactiques comprenant des échéances précises, des indicateurs de rendement et des mécanismes de contrôle et d'évaluation. Cela a déjà existé, du moins en partie, mais s'en est allé à vau-l'eau à mesure que d'autres priorités, en apparence plus urgentes, se sont profilées sur l'horizon politique. Entre-temps le silence et l'indifférence ont rongé les assises de la réforme.

J'ai parlé plus tôt du besoin que chacun avait de faire son examen de conscience. Cet examen doit porter moins sur le blâme pour les fautes du passé et davantage sur les dispositions pour l'avenir. Peut-être avons-nous trop cherché, pour une foule de raisons, à ériger la dualité linguistique par le sommet plutôt que par la base, c'est-à-dire par la vie communautaire. Sans renoncer le moindrement aux structures que nous avons créées à la suite de luttes parfois héroïques, il est temps de régler, une fois pour toutes, les trois questions primordiales que le sénateur Simard a lui-même développées lors de sa comparution devant le Comité mixte, soit :

  • la pleine réalisation du but de l'article 23 de la Loi constitutionnelle de 1982,
  • la réforme de l'immigration pour remédier à l'érosion historique progressive des communautés sur le plan démographique, et
  • un régime d'application efficace de la Partie VII de la Loi sur les langues officielles.

C'est un excellent diagnostic. Vive l'esprit critique !

En conclusion, il serait difficile de trouver mieux à dire sur les tâches qui se présentent à nous que ce que le sénateur Simard a lui-même écrit :

Retroussons nos manches et ayons le courage de relever le défi de l'égalité des chances pour les communautés de langue officielle vivant en situation linguistique minoritaire. C'est un défi de taille, mais c'est un défi qui mérite qu'on se donne la peine de le réaliser.

Le temps presse. Il faut faire vite. La vitalité de nos communautés en dépend.