ARCHIVÉE - Ottawa, le 16 décembre 2005

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Dualité linguistique et diversité : construire de nouvelles solidarités

Notes pour une allocution au Colloque conjoint de l’Observatoire de la traduction
littéraire et de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord


Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse de me joindre à vous, après deux intenses journées de travail. Vos communications ouvrent des pistes de réflexion très riches sur le rôle de la traduction dans l’expression des diversités, face à la mondialisation et l’uniformisation des cultures.

Vos délibérations tombent d’ailleurs à point nommé puisque, le 23 novembre dernier, le Canada devenait le premier pays à ratifier la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO. Cette convention est très importante pour nous, car la diversité culturelle du Canada et ses deux langues officielles sont au cœur de notre identité canadienne.

Je voudrais donc aujourd’hui vous dire deux mots sur la complémentarité de la dualité linguistique et de la diversité culturelle en tant que valeurs canadiennes. Je soulignerai par la suite la contribution de la traduction à l’expression de l’identité canadienne.

I. Dualité linguistique et diversité

Assurer l’équité linguistique n’est pas une mince tâche; c’est un appel constant à la solidarité. C’est l’affaire de tout le monde. Chaque jour, de mille façons, nos concitoyens se rendent compte que leur réciprocité linguistique et sociale constitue le fondement de leurs valeurs.

L’originalité du Canada repose justement sur sa capacité de tirer profit d’un riche passé pour construire de nouvelles solidarités fondées sur l’égalité des chances, l’inclusion et le respect des individus et des communautés.

Le lien entre la reconnaissance du français et de l’anglais comme langues officielles et notre capacité à gérer le multiculturalisme me semble évident. Je me demande bien d’ailleurs comment, demain, nous pourrions conjuguer égalité et pluralisme si nous sommes incapables d’établir aujourd’hui l’équité entre nos deux grandes communautés linguistiques.

La dualité linguistique et la diversité sont créatrices de capital social. Elles établissent un pluralisme rassembleur, ouvert sur le monde. Elles nous permettent de tisser des liens étroits avec de nombreux États d’Europe, du Commonwealth, de la francophonie et de l’Asie.

Bref, notre succès en matière de gestion de la diversité dépend plus étroitement qu’on ne le croit de notre aptitude à promouvoir notre dualité linguistique dans le monde. Mais il y a malheureusement à cet égard un déficit d’engagement. C’est pourquoi dans une étude1 que nous avons publiée l’année dernière, nous avions demandé au gouvernement fédéral de recentrer sa politique internationale. Nous voulons que notre dualité linguistique soit pleinement intégrée à la politique économique et commerciale du Canada.

Il va de soi que cette promotion de notre dualité linguistique mettra également en relief les nombreuses réalisations canadiennes en matière de traduction. Nos traducteurs, et notamment ceux et celles qui se dévouent à la traduction littéraire, comprennent pleinement la contribution qu’ils apportent au dialogue entre les citoyens et citoyennes de diverses origines.

II. La traduction, au cœur du fonctionnement équitable de l’État canadien

Pour un grand nombre d’entre nous, le premier contact avec des cultures d’autres régions du monde s’est fait par l’entremise d’une œuvre de littérature en traduction. Pour moi, enfant, ce fut Les quatre filles du docteur March de Louisa May Alcott, puis à l’université, le coup de foudre pour Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, puis Tolstoï, puis Goethe… et la passion de la découverte continue…

Au Canada, quelle serait notre compréhension de nos voisins si l’on n’avait pas traduit Gabrielle Roy, Hugh MacLennan, Michel Tremblay, Margaret Atwood, Hubert Aquin, Neil Bissoondath, Charles Taylor, Danny Laferrière, Northrop Frye, Roger Lemelin… et on pourrait continuer l’énumération très longtemps.

La traduction des œuvres littéraires nous permet de sortir de soi et devenir autre. Elle nous amène à nous découvrir entre Canadiens et Canadiennes, à explorer l’autre langue et l’autre culture, cachées au centre de l’œuvre comme un noyau dans un fruit. Elle nous fait prendre conscience que celui qui, au départ, nous semblait si étrange, en fait nous ressemble comme un frère… ou comme une sœur.

Comme le suggère le philosophe et professeur de traductologie, Jean-René Ladmiral, la traduction sert à lutter contre la malédiction de Babel en nous invitant « à une vision constructiviste de l’Universel »2, c’est-à-dire en nous invitant, par le biais d’autres cultures et d’autres pensées, à connaître l’humanité dans ce qu’elle a d’essentiel.

Sur un plan plus terre à terre, dans un Canada qui sera de plus en plus marqué par un apport important d’immigrants de tous horizons, les métiers de la langue continueront d’être un des rouages essentiels d’une gouvernance moderne. La traduction se situera toujours au cœur du fonctionnement équitable de l’État canadien, qu’il soit question des débats et des travaux du Parlement, des lois et des décisions des tribunaux ou de tous les textes d’ordre général qui s’adressent au public ou aux fonctionnaires.

Il y a un an, dans une allocution au Cinquième Colloque sur la traduction, la terminologie et l’interprétation à Cuba et au Canada, je rappelais, entre autres, que le Bureau de la traduction du gouvernement du Canada demeure un leader mondial dans sa spécialité. Fort de quelque 1 750 employés, dont 1 150 traducteurs, interprètes et terminologues répartis dans tout le pays, le Bureau offre aujourd’hui une gamme complète de produits et de services linguistiques, que ce soit l’interprétation, la traduction ou les services multilingues. À titre de comparaison, la Communauté européenne emploie aujourd’hui quelque 2 000 traducteurs, dont 500 pour le Parlement, sans compter les interprètes3.

Au pays, Industrie Canada estime qu’il y aurait quelque 15 000 travailleurs autonomes dans l’industrie de la langue4 et que la valeur du marché de l’enseignement des langues et de la traduction atteindrait 750 millions de dollars5.

Étant donné l’importance de l’industrie de la langue au Canada, il n’est pas étonnant de voir notre expertise reconnue de par le monde. Que ce soit la base de données Termium du Bureau de la traduction ou le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, les outils élaborés ici sont largement utilisés ailleurs, en particulier en Europe.

Le Plan d’action pour les langues officielles6 du gouvernement fédéral, rendu public en mars 2003, avait prévu l’injection de dix millions de dollars sur une période de cinq ans. Une des pièces maîtresses du plan était l’établissement d’un centre de recherche en technologies langagières.

Ce centre existe maintenant et sera logé dans un nouvel édifice adjacent à l’Université du Québec en Outaouais. Par ailleurs, le centre a bénéficié d’un financement supplémentaire de 15,2 millions de dollars en provenance de Développement économique Canada et du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec.

De plus, le Bureau de la traduction étudie la possibilité de créer un portail offrant un point d’accès unique à la première collection électronique nationale d’outils et d’ouvrages linguistiques, terminologiques et technolinguistiques provenant des institutions fédérales, provinciales et territoriales. Un tel outil permettrait de rassembler l’immense actif du domaine de la langue du Canada et d’en faire profiter toute l’industrie7.

Conclusion

En conclusion, je profite de cette occasion pour saluer votre dévouement et pour vous offrir tous mes encouragements. La traduction est un métier rigoureux, souvent solitaire et toujours difficile. Songez cependant que vos efforts contribuent au rayonnement des expressions culturelles et des identités en général, et de la culture d’expression française en Amérique du Nord en particulier.

Vous favorisez le dialogue entre nos concitoyens. Et c’est justement ce dialogue fondé sur l’égalité de nos deux langues officielles et la reconnaissance de notre diversité qui nous incite à vivre ensemble dans la dignité et le respect.

Merci.


1 Commissariat aux langues officielles. Une fenêtre sur le monde : la dualité linguistique dans les relations internationales du Canada, 2004.

2 Ladmiral, Jean-René. « Entre Babel et Logos ». Le Nouvel Observateur, hors série (25 grands penseurs du monde entier), Décembre 2004 et janvier 2005, p. 12.

3 Le Saux, Annie. « Les enjeux de la traduction en Europe », Bulletin des Bibliothèques de France, tome 48, no 5, 2003, p.83-84.

4 Bureau du Conseil privé. Le prochain acte : un nouvel élan pour la dualité linguistique canadienne, 2003, p. 61.

5Commissariat aux langues officielles. Coup d’œil sur le bilinguisme, 2004.

6 Ibid.

7 Bureau du Conseil privé. Le point sur la mise en oeuvre du Plan d'action pour les langues officielles : rapport de mi-parcours, 2005.