ARCHIVÉE - Winnipeg, le 13 septembre 2007

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Notes pour une allocution prononcée au Collège universitaire de Saint-Boniface

La communauté franco manitobaine :
Le défi de l’épanouissement


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Madame Maria Chaput, Sénatrice, Madame Raymonde Gagné, rectrice, Monsieur Ibrahima Diallo, président de la Société franco-manitobaine, Monsieur Daniel Boucher, PDG de la Société franco-manitobaine, Mesdames, Messieurs, leaders de la communauté et du Collège de Saint-Boniface, étudiants, étudiantes.

Je suis très heureux d’être parmi vous. C’est un anniversaire pour moi aujourd’hui car ma nomination a été annoncée il y a un an exactement. Depuis mon entrée en fonction, je parcours le pays afin de prendre connaissance des vues des associations et des membres des communautés. J’ai déjà beaucoup appris et je compte bien continuer à approfondir mes connaissances grâce à vous.


La communauté franco-manitobaine : des novateurs et des bâtisseurs

Votre communauté possède une riche et longue histoire, vieille de près de 200 ans. Elle a donc des racines bien profondes. Et, il ne faut pas se le cacher, vous avez vécu des moments difficiles, voire pénibles, au cours des années.

Aujourd’hui toutefois, je suis heureux de constater que votre communauté s’épanouit. La place du français au Manitoba semble de plus en plus assurée. C’est, en grande partie, parce que vous êtes des novateurs.

D’une part, le français est plus visible que jamais. Par exemple, la promotion touristique de la province se fait maintenant autant en français qu’en anglais. La marque de commerce du Manitoba est bilingue, preuve que le fait français est de plus en plus reconnu et accepté. En outre, lors du recensement de 2001, plus de 100 000 Manitobains, c’est-à-dire près de 10 p. 100 cent de la population, ont affirmé connaître le français.

D’autre part, vous, membres de la communauté franco-manitobaine, avez fait preuve d’audace depuis quelques années en initiant des projets novateurs pour maintenir et accroître la présence du français dans votre communauté.

Je prends, à titre d’exemple, les Centres de services bilingues de la province, que j’ai visités il y a deux semaines. Quelle bonne idée! C’est le gros bon sens de regrouper sous un même toit des centres à guichet unique afin de concentrer les services en français offerts par les organismes fédéraux, provinciaux, municipaux et communautaires! Et quelle bonne idée de confier les besoins spécifiques de chaque région à un centre régional qui lui est propre. Il y a aussi les tribunaux itinérants, qui constituent une réponse unique de la part des Franco-Manitobains à un problème commun aux diverses communautés francophones du pays.

Bien sûr, il reste des défis à relever. La prestation de services en français offerts par les différents paliers gouvernementaux connaît des ratés. Ainsi, il demeure difficile d’obtenir des soins de santé en français, dans certaines régions du moins. En outre, le nombre de francophones au Manitoba a diminué ces dernières années.

Comme je l’ai déjà mentionné en entrevue, on ne mesure pas la vitalité d’une communauté par le nombre de ses membres, mais plutôt par ce qu’elle a à dire et par ce qu’elle fait. Et vous, vous nous montrez, jour après jour, que vous avez encore beaucoup de choses à dire. Vous avez aussi beaucoup accompli.

Vos réalisations rayonnent bien au-delà du Manitoba. En plus de l’étendue exemplaire de votre offre de services en français, vos artistes, Daniel Lavoie, par exemple, vos artisans, tels que l’architecte Étienne Gaboury, et vos événements culturels, comme le Festival du voyageur, sont connus à travers le Canada.

Ce que je ressens, ici au Manitoba – et c’est quelque chose qui, essentiellement, caractérise l’Ouest canadien – c’est une énergie positive. Vous êtes issus de la tradition des pionniers, vous avez une vision du monde qui vous permet de croire que tout est à bâtir, que tout est possible. En plus d’être des novateurs, vous êtes des bâtisseurs.

La Société franco-manitobaine réussit de manière exemplaire à remplir son principal objectif, à savoir l’épanouissement de la communauté.


La vitalité et la francophonie de demain

On notera que les mots « épanouissement » et « vitalité » ont remplacé le mot « survivance » dans le vocabulaire courant. « Survivance », c’est un mot du passé.

En 2006, le Commissariat aux langues officielles a amorcé des travaux en vue d'établir des indicateurs de la vitalité, exercice que nous avons d’ailleurs réalisé avec vous, ici à Winnipeg. Plusieurs leaders et experts des secteurs liés au développement communautaire ont formé un groupe de travail pour établir des objectifs de vitalité et des façons de mesurer les progrès, notamment des indicateurs. Nous avons discuté de quatre secteurs : le leadership communautaire, la santé, l’immigration et l’accès aux services gouvernementaux.

Cet exercice a mis en évidence les forces de votre communauté et permis d’établir la façon dont vous voulez vous y prendre pour atteindre le niveau de vitalité souhaité. Comme l’énonce votre stratégie, vous voulez « agrandir l’espace francophone ».

D’après les discussions du groupe de travail sur la gouvernance communautaire, une de vos priorités est la jeunesse. Je suis d’accord que l’on doit veiller à ce que les jeunes contribuent à la vitalité communautaire. Il faut leur faire une place pour qu’ils puissent participer à la communauté et la façonner à leur image.

Je crois aussi qu’une des grandes forces de votre communauté, et une pratique exemplaire de notre étude, est la solidarité qui existe entre les divers organismes. Vos associations sectorielles, sous l’égide de la Société franco-manitobaine, s’appuient mutuellement et réagissent lorsque l’une d’entre elles se trouve fragilisée.

Nous aurons le plaisir de présenter les résultats de notre étude dans votre belle ville le 16 octobre prochain, et je vous convie tous et toutes à son lancement.


Rôle du Commissariat aux langues officielles

Au Commissariat, cette étude vient s’intégrer à un ensemble de tâches qui visent à favoriser la promotion et la protection des langues officielles, en particulier ici du français. Nous travaillons donc à la fois auprès des communautés et auprès des gouvernements pour favoriser le développement global des communautés francophones.

Le gouvernement fédéral doit assumer ses responsabilités à cet égard. Le Premier ministre a lui-même un comportement exemplaire pour ce qui a trait à l’importance qu’il accorde à la langue française. J’espère que son gouvernement finira par traduire ses paroles en actes.

Selon moi, le respect est la valeur première qui doit sous-tendre la politique linguistique du Canada : le respect des deux langues officielles, de la population unilingue, des communautés de langue officielle en situation minoritaire et de tout ce que la notion de « langue » signifie.

Cette valeur doit se traduire en gestes concrets. Par exemple, je suis très préoccupé par la place qui est présentement accordée au français dans l’organisation des Jeux Olympiques de 2010, à Vancouver. Je m’intéresse également à l’établissement du premier musée national à Winnipeg, c’est-à-dire le Musée canadien des droits de la personne. Je compte suivre ces dossiers de très près.

Dans mon rapport annuel, j’ai recommandé que le gouvernement fédéral, en collaboration avec les communautés, les provinces et les territoires, conçoive une initiative qui succédera au Plan d’action pour les langues officielles et qui consolidera les progrès qui ont été faits au cours des cinq dernières années. C’est important tant pour la communauté franco-manitobaine que pour l’ensemble du Canada.

Le secteur de l’éducation a un rôle essentiel à jouer dans le développement des communautés. D’ailleurs, les artisans du plan de développement global de votre communauté y ont intégré des objectifs clairs en matière d’éducation. Il y a longtemps que les francophones du Manitoba ont compris l’importance de ce secteur.

En 1890, lorsque la législature provinciale a voté la suppression du français comme langue officielle du Manitoba, on comptait 74 écoles catholiques accueillant 3 677 élèves. Depuis, vos luttes ont permis non seulement de rétablir l’enseignement en français, mais aussi d’obtenir la gestion de vos écoles. Après un siècle sombre, on assiste à une renaissance. Aujourd’hui, le système scolaire manitobain est solide, et les jeunes francophones et francophiles ont accès à une institution de qualité pour poursuivre des études postsecondaires en français.


L’ouverture à la diversité

En ce qui concerne l’ouverture à l’égard de la diversité, les progrès sont notables. Les universités canadiennes de langue française sont conscientes de la contribution importante des étudiants internationaux et des étudiants canadiens provenant des écoles d’immersion. De ce fait, le plus récent plan d’action de l’Association des universités de la francophonie canadienne (l’AUFC) envisage de mettre en œuvre des initiatives qui permettront d’amener dans ses établissements une clientèle plus nombreuse et diversifiée. On a ici un autre exemple du rayonnement de la communauté franco-manitobaine puisque Raymonde Gagné préside l’AUFC.

Au Collège universitaire de Saint-Boniface, la diversité fait déjà partie du quotidien. En effet, la population étudiante est un reflet de la francophonie manitobaine d’aujourd’hui et de demain : le quart des étudiants du CUSB sont des Manitobains anglophones qui possèdent un niveau de bilinguisme qui leur permet de poursuivre des études universitaires en français. De plus, 15 p. 100 des étudiants viennent d’autres pays. Toutes mes félicitations!

Le CUSB compte plusieurs belles réussites d’intégration. Pour ne citer qu’un exemple – et non le moindre – je souligne la contribution du professeur Ibrahima Diallo (ici présent), doyen à la Faculté des arts et d’administration des affaires et à la Faculté des sciences. Né au Sénégal, titulaire d’un doctorat en médecine vétérinaire de l’Université de Dakar, le professeur Diallo a fait des études postdoctorales en France avant de s’installer à Winnipeg, en 1984.

Le Dr Diallo s’est très rapidement engagé dans la communauté franco-manitobaine, à un point tel qu’il est devenu, l’année dernière, président du conseil d’administration de la Société franco-manitobaine.

J’invite les étudiants qui sont parmi nous aujourd’hui à s’inspirer de l’exemple du Dr Diallo et à s'engager à fond dans leur communauté. À vous, chers étudiants, de relever le défi de l’avenir, de devenir les leaders du Manitoba de demain. Bien sûr, il n’est pas nécessaire de devenir doyen pour être un leader. Tous les gestes comptent. Participer à la vie française peut vouloir dire demander un service en français ou acheter un livre d’un auteur francophone. Ça peut aussi vouloir dire, être bénévole au Festival du voyageur ou encore démarrer une entreprise francophone. Vous devez trouver le rôle qui vous convient.


Le CUSB – Sa contribution

Votre choix d’étudier au CUSB est déjà porteur de succès. En plus d’être l’un des plus anciens établissements universitaires du Canada, le Collège est un endroit dynamique axé sur l’excellence. Comment ne pas souligner que la population étudiante a presque doublé au cours de la dernière décennie? En plus d’être une institution importante de la communauté franco-manitobaine, le CUSB contribue à son rayonnement.

Les universités de langue française, comme le CUSB, ont un rôle à jouer en créant des espaces francophones – des endroits où les jeunes Canadiens et Canadiennes qui sortent des programmes d’immersion peuvent vivre et étudier en français. De nombreux étudiants anglophones m’ont confié qu’ils avaient l’impression de perdre leur français à l’université. L’espace francophone que vous offrez ici fait vivre la langue française tout en permettant aux jeunes anglophones de mieux connaître et d’apprécier les communautés minoritaires francophones.

Le CUSB a une réputation bien méritée dans plusieurs domaines – la traduction, par exemple, et les baccalauréats en éducation. Vous êtes la preuve qu’il n’est pas nécessaire d’être nombreux pour créer un centre d’excellence et contribuer à la vitalité de sa communauté. Les étudiants qui sortent du CUSB sont hautement qualifiés dans des secteurs ciblés, directement liés au développement de la communauté francophone.

Je salue le dynamisme de votre institution qui, en plus d’être un collège d’enseignement universitaire, en plus d’être une école technique et professionnelle, est une institution clé de la vie sociale et culturelle du Manitoba français. Vous êtes aussi une institution clé de la francophonie canadienne. À cet égard, vous jouez un rôle déterminant dans la préparation du Manitoba de demain.


Conclusion

Demain, c’est bientôt. Pour vous, les étudiants, demain commencera dès que vous sortirez du collège, dès que vous vous lancerez à fond de train dans votre vie professionnelle.

Je veux que vous sachiez tous – étudiants, professeurs, Franco-Manitobains de toutes origines, que je suis là pour vous appuyer dans vos démarches. Autant que vous, je souhaite que votre communauté demeure vivante et qu’elle continue de s’épanouir.

J’aime utiliser la métaphore de l’écologie pour soutenir mon raisonnement sur le développement des communautés linguistiques. En effet, comme les écosystèmes, qui se caractérisent par leurs besoins particuliers en eau, en lumière et en température, les groupes linguistiques ont besoin de divers éléments pour s’épanouir. Ces éléments sont, entre autres, l’éducation, les soins de santé ainsi que les ressources culturelles et économiques.

La survie et l’épanouissement d’une communauté minoritaire dépendent de l’équilibre de son écosystème. Tous les éléments qui confèrent aux membres d’une société le statut de l’égalité réelle doivent être réunis de façon durable pour assurer le développement de cette communauté.

Dans une communauté minoritaire, il n’y a pas de place pour des maillons faibles. Vous êtes destinés à l’excellence. Et vous, ici au Manitoba, avez prouvé maintes fois à quel point vous êtes capables de l’atteindre.

Je vous remercie.