ARCHIVÉE - Toronto, le 12 avril 2007 (Discours prononcé devant les élèves)

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L’enseignement de la langue seconde :
Un élément essentiel du dialogue à l'échelle nationale au Canada

Discours prononcé devant des élèves du conseil scolaire du district de Toronto


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

J’aimerais d’abord remercier le conseil scolaire de m’avoir invité aujourd’hui. L’un des grands privilèges du commissaire aux langues officielles est d’avoir l’occasion de rencontrer des jeunes qui découvrent les deux langues officielles du Canada et la culture du pays.

Je suis particulièrement heureux de vous parler parce que, à bien des égards, vous construisez l’avenir de la dualité linguistique au Canada. Chacun d'entre vous, ainsi que ceux qui vous ont précédés, avez contribué aux réalisations en matière de bilinguisme.

Comme ce fut le cas des deux premiers commissaires aux langues officielles, Keith Spicer et Max Yalden, je suis diplômé d’une école secondaire de Toronto (elle ne fait partie de votre conseil scolaire). Stephen Harper, lui, a commencé à apprendre le français lorsque ses parents l’ont inscrit à un cours d’été destiné aux enseignants, à l’école publique Deer Park. Et j’ai moi-même deux petits-enfants qui suivent un programme d’immersion à l’école publique Dewson.

À mon école secondaire, l’apprentissage du français voulait dire suivre les cours du programme de français de base de l’Ontario. Cela signifiait que l'on passait quelques heures par semaine à essayer de comprendre le passé composé et à tenter de reconnaître le genre des mots. À cette époque, les programmes d’immersion et les programmes intensifs de français n’existaient pas. Armé du peu de français que j’avais appris à l’école secondaire, j’ai participé, un été, à des fouilles archéologiques sur la rive sud de Montréal.

Ce fut un véritable choc de me retrouver dans un environnement où non seulement la majorité des gens parlaient français, mais où bon nombre ne comprenaient pas l’anglais. C’était à la fois déconcertant et gênant. Et pourtant, j’ai adoré l’expérience. L’année suivante, je suis retourné à Montréal pour continuer mon immersion en français.

Depuis, les programmes de français langue seconde ont grandement évolué, grâce au travail de petits groupes de parents, d’enseignants et de conseillers scolaires. Le premier programme d’immersion française a vu le jour à Saint‑Lambert, au Québec, en 1965; il est devenu l’une des expériences éducatives les mieux réussies de l’histoire du Canada. On compte actuellement 300 000 étudiants en immersion au Canada, dont 115 000 en Ontario. De plus, 1,6 million d’élèves canadiens sont inscrits au programme de français de base, dont tout près de 900 000 en Ontario. Cela représente un engagement et un investissement de taille pour toutes les personnes concernées. Résultat : votre génération a adopté les deux langues nationales plus que n’importe quelle autre.

Vous n’avez donc pas besoin d’aller au Québec pour apprendre le français. Je vous conseillerais néanmoins d’y faire un tour, si ce n’est que pour vivre l’expérience. Vous pourriez aussi aller en Europe ou, mieux encore, participer ici même à Toronto aux activités que tiennent les francophones pour célébrer leur culture.

Nous avons une chance extraordinaire dans ce pays : nous parlons deux langues officielles qui sont des langues internationales et qui nous donnent une fenêtre sur deux cultures mondiales. Nous vivons dans un pays qui compte sept millions de francophones – dont quatre millions qui ne parlent pas l’anglais – des personnes qui ont créé une culture dynamique et stimulante.

Il existe plusieurs programmes d’échange destinés aux jeunes, que votre école peut vous présenter. Vous pouvez aussi participer aux activités du Festival de cinéma de langue française de Toronto et à d’autres événements francophones à Toronto et ailleurs dans la province.

En Ontario, le français est la langue première de plus d’un demi‑million de personnes qui contribuent à bâtir une communauté diversifiée, vivante et dotée de sa culture, de ses écoles et de ses réseaux. De la même façon que la langue française appartient à tous les Canadiens, la vitalité de cette communauté vous est accessible. Je crois sincèrement que le renforcement des liens entre cette collectivité et les étudiants qui apprennent le français ne peut qu’être bénéfique aux deux groupes.

L’apprentissage du français, comme la majorité des choses qui en valent la peine, exige un engagement à long terme.

Récemment, j’ai rencontré une jeune femme qui m’a raconté qu’en 9e année elle avait dû choisir entre le cours de musique et celui de français. Vous avez peut‑être été confronté à un tel choix, ou le serez sous peu. Cette jeune fille ne regrette pas d’avoir opté pour la musique – elle est aujourd’hui stagiaire parlementaire et joue de la musique de jazz –, mais elle est désolée d’avoir été contrainte d’abandonner un sujet qu’elle juge important pour elle et son avenir.

À mon avis, vous ne devriez pas avoir à faire un tel choix, et j’espère que vous avez l’occasion de poursuivre les différents intérêts qui vous tiennent à cœur. Que vous ayez ou non à faire des choix, permettez-moi de faire valoir les points en faveur de la poursuite de l’apprentissage du français.

Le Canada est un pays où il est essentiel non seulement de connaître les deux langues officielles, mais aussi de les parler avec éloquence si l’on veut devenir un leader politique. C’est aussi une exigence pour obtenir de l’avancement dans la fonction publique fédérale. En effet, le bilinguisme est devenu indispensable dans la sphère politique certes, mais aussi pour toute personne voulant faire carrière en journalisme, en affaires, en tourisme et en hôtellerie, dans les forces armées ou même dans le sport. La facilité avec laquelle les athlètes olympiques donnent des interviews aux médias en français et en anglais en témoigne.

Pour la population canadienne, le français est également un tremplin vers d’autres langues. Il y a quelques années, je couvrais une mission commerciale du Canada en Chine. Pour l’occasion, l’ambassade du Canada a proposé aux Canadiens vivant en Chine de servir de guides et d’interprètes aux politiciens, aux gens d’affaires et aux journalistes. J’ai été étonné de constater que ces Canadiens sinophones étaient parfaitement à l’aise de s’exprimer aussi bien en français qu’en anglais. Pour eux, la connaissance des deux langues leur permettait de communiquer avec le reste du pays, mais aussi de s’ouvrir au monde.

De nombreuses études révèlent que l’apprentissage des langues à un jeune âge est grandement bénéfique pour le cerveau et qu’il favorise une ouverture d’esprit à l’égard d’autres cultures et du reste du monde. De plus, la connaissance de deux ou plusieurs langues retarderait l’apparition de la maladie d’Alzheimer et d’autres formes de sénilité. Vous n’avez pas à vous inquiéter de ce genre de choses maintenant, mais quand vous aurez mon âge…

Voilà certaines des diverses raisons en faveur de l’apprentissage du français et de la découverte de la culture francophone. Maintenant, j’aimerais bien connaître les vôtres.

Merci.