ARCHIVÉE - Montréal, le 6 juin 2001

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L'importance des langues dans la nouvelle économie

Allocution prononcée à l'occasion de la Collation des grades
du Centre d'éducation permanente


Madame Dyane Adam – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur le Recteur,
Madame la Doyenne,
Chers collègues,
Chers amis, invités et parents,

Chers finissants et finissantes,

C'est pour moi un honneur d'être ici aujourd'hui afin de souligner ce moment important qui marque pour vous l'aboutissement de plusieurs années d'efforts et de sacrifices, mais aussi le début de nouveaux défis qui vous mèneront dans un marché du travail en profonde mutation.

La vague de la nouvelle économie et de la mondialisation des marchés laisse en effet bien peu de choses inchangées autour de nous. Que ce soit au niveau technologique, économique ou social, nous nous retrouvons à composer sans cesse avec des réalités et des règles qui sont nécessairement différentes de celles d'hier.

La création de la richesse passant désormais par le développement et l'utilisation du savoir, il est devenu évident que c'est dans notre capital humain que se situe la clé de notre prospérité. C'est sans doute le principal facteur qui a conduit à la renaissance économique de Montréal et qui en a fait une plaque tournante de la nouvelle économie.

Pourquoi le capital humain de Montréal fait-il tant la différence? Vous me permettrez de retenir deux facteurs qui sont à mon avis déterminants et qui vous concernent directement.

Il y a d'abord la qualité de la recherche et de l'enseignement universitaires qui est tributaire de quatre institutions de premier plan reconnues parmi les deux groupes linguistiques pour leur excellence et dont McGill constitue depuis longtemps une des assises.

Outre les avantages offerts par une main-d'oeuvre hautement qualifiée, il y a aussi le fait que Montréal tire profit de la diversité culturelle d'une population qui travaille, qui étudie et qui vit dans un milieu où existe une synergie unique entre deux grandes langues internationales, le français et l'anglais.

Montréal, c'est bien sûr la deuxième ville française en importance dans le monde. Aussi, le contexte unique du français en Amérique du Nord rend il nécessaire une attention particulière quant à sa protection et à sa promotion au Québec, mais aussi ailleurs au Canada. Ce fait crucial ne saurait toutefois être incompatible avec les réalités toutes aussi uniques de Montréal, comme son ouverture particulière sur le monde, son rôle de moteur économique et l'importance de la communauté anglophone pour son développement.

Ce contexte unique fait au contraire de Montréal un lieu d'avant-garde et de bouillonnement culturel qui s'abreuve au confluent de l'Amérique et de l'Europe. C'est là aussi une source qui donne à cette ville sa personnalité particulière et à ses habitants un « savoir-être » unique sur notre continent. C'est enfin un atout majeur sur le plan économique dans le contexte de la nouvelle économie et de la mondialisation des marchés.

Plusieurs sociologues et économistes se sont penchés sur la question des avantages économiques que procurent à tout individu et à toute société son caractère bilingue ou multilingue. Malgré la nouveauté relative de ce champ d'étude et le caractère préliminaire des recherches réalisées jusqu'ici, il y a une observation qui revient invariablement, soit le fait qu'acquérir des connaissances et des aptitudes linguistiques exerce un effet positif déterminant sur le potentiel économique d'une personne et sur la société en général.

En plus du fait qu'elle témoigne d'aptitudes supérieures et d'une plus grande souplesse d'adaptation du travailleur, la connaissance d'une autre langue contribue à accroître les chances qu'a l'individu de jouer un rôle plus grand dans la société. Vu sous cet angle, la participation sociale d'une personne peut devenir considérablement plus importante du fait de son bagage linguistique. En plus, comme le disait l'écrivain Julien Green, « nous sommes autant de fois humains que nous connaissons de langues ».

J'imagine que plusieurs d'entre vous maîtrisez déjà l'usage du français et de l'anglais. Montréal est après tout la ville où l'on retrouve le plus grand nombre de travailleurs et d'étudiants bilingues au Canada, avec un taux supérieur à 50 %. C'est également à Montréal que l'on retrouve la plus forte concentration de personnes parlant au moins trois langues en Amérique. Ainsi, selon les données de 1996 de Statistiques Canada, près de la moitié (47 %) des allophones québécois se déclarent trilingues, contre 5 % des allophones dans l'ensemble des autres provinces. Le taux québécois est donc neuf fois plus élevé qu'ailleurs au pays. Aussi, ne faut-il pas s'étonner qu'une des manifestations les plus visibles de ces statistiques est le fait que Montréal soit devenu le leader nord-américain des industries de la langue.

Prenant la parole à l'occasion des États généraux sur l'avenir de la langue française en janvier dernier, Patricia Lamarre, professeure au département de didactique de l'Université de Montréal, déclarait à ce sujet que :  « le plurilinguisme est une ressource d'autant plus précieuse dans un contexte de mondialisation qu'il est plutôt rare en Amérique du Nord. À nous de reconnaître (cette ressource) et de consacrer les efforts requis à son épanouissement ». (La Presse, le 27 janvier 2001, p. A6)

Ceci est d'autant plus important, ajouterais-je, que nous commençons à voir poindre à l'horizon la future zone de libre-échange des Amériques qui fera entrer des millions de locuteurs hispanophones et lusophones dans notre marché continental. Avec ces quatre grandes langues officielles, nul doute que nos industries de la langue seront un des secteurs appelés à connaître une forte croissance au cours des prochaines années. Mais de façon plus générale, l'expansion de notre commerce aux Amériques est appelée à relativiser l'influence actuelle de la langue anglaise et à donner un avantage concurrentiel à ceux qui sauront être sensibles à la diversité linguistique et culturelle des autres. Montréal, mais aussi le Canada, sont déjà bien positionnés à cet égard.

On le voit, la valeur de notre dualité linguistique se mesure bien plus qu'au niveau des valeurs simplement symboliques ou identitaires. Avec un certain recul, il est permis de penser que les pères du bilinguisme officiel que furent Trudeau et Pearson étaient en avance sur leur époque. Trente ans après sa promulgation, la Loi sur les langues officielles et la culture de respect des minorités linguistiques qui en a découlé apparaissent comme un héritage dont la valeur ne cesse de s'apprécier, surtout à l'heure de la nouvelle économie et de la mondialisation.

Étant bousculés de toutes parts par cette nouvelle dynamique et par l'intensification de la concurrence internationale, nous commençons à peine à réaliser à quel point notre dualité linguistique peut être un atout précieux pour l'expansion de notre commerce et pour le renforcement de notre bien-être collectif. Elle donne au Canada une vision élargie du monde et une façon de faire unique qui fait notre marque de commerce dans un environnement de plus en plus compétitif.

Je vous remercie et souhaite profiter de l'occasion pour souhaiter bonne chance à tous les diplômés.