ARCHIVÉE - Gloucester, le 5 octobre 2000

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La bibliothèque publique : un pôle du développement communautaire

Allocution prononcée au banquet de clôture du
Congrès de langue française des bibliothèques publiques de l'Ontario


Madame Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames, Messieurs,

C'est avec un vif plaisir que j'ai accepté l'invitation de vous adresser la parole lors de votre banquet de clôture. Il y a longtemps que je veux saluer le dévouement des personnes présentes qui, comme l'a si bien dit ma collègue Diane Desaulniers, vivent au coeur de la tornade. Je connais bien tous les services que vous rendez aux francophones de l'Ontario. Vos réalisations sont nombreuses et méritent d'être mises en valeur.

Les défis des bibliothèques et des bibliothécaires

Pour les bibliothèques et pour les bibliothécaires, comme pour l'ensemble des Canadiens et des Canadiennes, la transition vers la société axée sur le savoir n'a pas été facile. Les bibliothèques ont eu à affronter de nombreux défis. Elles devaient redéfinir leur mission et mettre à jour leurs compétences transdisciplinaires pour assurer l'intégration efficace des ressources traditionnelles et numériques.

Ces bouleversements se sont d'ailleurs produits au pire moment, alors que les divers gouvernements réduisaient les budgets, forçaient les fusionnements et préconisaient une plus grande part d'autofinancement. En même temps, le public se faisait de plus en plus exigeant, réclamant plus de qualité, plus de rapidité et plus d'accès.

Fort heureusement, les bibliothécaires - ou ne faudrait-il pas désormais les appeler les professionnels de l'information ? - sont des personnes qui savent relever les défis. Tranquillement, les bibliothèques sont devenues des ronds-points du savoir. Elles accueillent et renseignent le public localement et à distance; elles fournissent un poste de travail pour le chercheur et un espace culturel pour l'artiste et l'écrivain; elles sont un lieu de rencontre, voire un café-concert, pour la communauté.

En fait, les bibliothèques publiques de l'Ontario sont en passe de devenir l'un des pôles du développement communautaire. C'est dans ce sens que je comprends cette belle devise que vous avez adoptée : « Vos bibliothécaires, les porte-flambeau de la francophonie ». L'accès au savoir est un élément essentiel du développement social et économique des communautés francophones vivant en situation minoritaire.

Les bibliothèques publiques et le développement communautaire

En adoptant la Loi sur les langues officielles de 1988, le gouvernement canadien s'est engagé à appuyer le développement et à favoriser l'épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada. Pour ma part, je vois mal comment on peut réaliser cet objectif d'égalité des chances si l'on n'est pas en mesure de fournir à ces communautés, dans leur langue, tous les outils de la modernité. L'inégalité devant l'information est le premier fossé à combler si l'on veut mettre fin à l'exclusion et réduire les disparités entre nos citoyens.

À mon avis, en tant que bibliothécaires, vous êtes appelés à jouer un rôle clé dans le développement des communautés franco-ontariennes, et ce de quatre façons :

  • en favorisant l'éducation tout au long de la vie,
  • en assurant l'accès à l'information en français,
  • en renforçant l'identité linguistique et culturelle,
  • en répondant aux besoins en information des associations bénévoles et des petites entreprises.

Permettez-moi de formuler quelques observations sur chacun de ces points.

L'éducation tout au long de la vie

La révolution de l'information a fait de nous tous des apprentis. Nombreux sont les citoyens qui se tournent vers les bibliothécaires pour être initiés tantôt à l'utilisation du catalogue informatisé, tantôt à la consultation de l'Internet et tantôt au courrier électronique. De plus, il ne faut pas oublier dans ce contexte ceux qui sont débordés par tant de nouveauté et qui n'osent pas s'aventurer dans le multimédia. Je pense en particulier au grave problème de l'analphabétisme fonctionnel en Ontario français. Il ne faudrait pas ajouter une nouvelle classe d'exclus au déficit déjà existant dans ce domaine.

Les bibliothèques publiques doivent apprivoiser la technologie pour ces citoyens. C'est un défi énorme qu'elles pourront relever si elles savent faire appel aux personnes averties, notamment les plus jeunes pour qui la technologie ne renferme habituellement pas de mystères, pour initier les nouveaux usagers. D'ailleurs, c'est l'occasion rêvée de construire de nouveaux liens de solidarité dans la communauté.

La révolution dans l'information a multiplié les possibilités de communication à distance par l'établissement de réseaux interconnectés. Cela a augmenté de façon dramatique les possibilités de l'enseignement à distance. Cette croissance de l'enseignement à distance posera de nouveaux défis pour les bibliothécaires qui devront définir leur propre rôle face à ces services éducatifs désormais délocalisés. Le centre névralgique de l'université ou du collège virtuel, voire de l'apprentissage continu, risque bien d'être la bibliothèque publique. Les professionnels de l'information d'aujourd'hui seront-ils appelés à être les conseillers pédagogiques de demain ?

L'accès à l'information en français

L'année dernière, le Commissariat aux langues officielles a rendu publique une étude importante intitulée Le gouvernement du Canada et le français sur l'Internet. Cette étude soulignait l'importance d'une plus grande concertation afin d'augmenter les contenus en français sur Internet. Le gouvernement fédéral a réagi favorablement aux recommandations que nous avons formulées et est en passe de devenir un utilisateur modèle des technologies de l'information et de l'Internet en français.

Notons aussi que l'objectif global du gouvernement fédéral, tel qu'énoncé dans le discours du Trône de l'automne 1999, est de devenir, d'ici 2004, « le gouvernement le mieux branché avec ses citoyens. » Il promet aux Canadiens et aux Canadiennes un accès à toute l'information et à tous les services gouvernementaux en direct, à l'endroit et au moment qui leur conviennent. Vous aurez déjà compris que l'un des endroits privilégiés pour accéder à cette information sera la bibliothèque publique.

En fait, il faut prévoir que dans bien des circonstances, la bibliothèque publique jouera pour les Franco-Ontariens le rôle de guichet unique pour accéder en français à une gamme complète de services livrés électroniquement. Le professionnel de l'information d'aujourd'hui est-il appelé à être l'agent en première ligne des services gouvernementaux de demain ?

L'identité linguistique et culturelle

Les bibliothèques publiques de demain ne favoriseront pas uniquement le processus d'apprentissage continu en initiant leurs clients à l'information multimédia, aux renseignements gouvernementaux et à l'accès mondial aux données. Elles seront de plus en plus des lieux de rencontre réels et virtuels des créateurs de la culture.

On fréquentera les bibliothèques autant pour dire et écrire que pour lire et comprendre, autant pour faire circuler et diffuser ses recherches, ses poèmes, ses opinions que pour connaître les produits culturels des autres. En ce sens, la bibliothèque sera un centre culturel virtuel contribuant au développement artistique de la communauté. Le citoyen francophone demandera à sa bibliothèque de le mettre en rapport avec d'autres milieux francophones, de soutenir des réseaux d'échanges culturels et de faire la promotion d'activités culturelles qui échappent aux réseaux traditionnels de la majorité. Le professionnel de l'information d'aujourd'hui est-il appelé à être un impresario de demain ?

Les besoins en information des associations bénévoles et petites entreprises

Il peut vous sembler curieux de parler des besoins en information des associations bénévoles et des petites entreprises, mais rappelons que peu d'entre elles possèdent les ressources leur permettant de se doter des outils nécessaires pour affronter seules la mondialisation. C'est à plus forte raison la situation des associations et des entreprises franco-ontariennes qui souffrent le plus souvent d'une double minorisation, étant à la fois plus petites que leurs pendants de la majorité et ayant aussi plus de mal à trouver des renseignements dans leur langue. Elles doivent donc tisser des liens stratégiques avec les bibliothèques publiques, gouvernementales et universitaires pour enrichir leur environnement informationnel.

Ces organismes feront donc davantage appel à des réseaux régionaux de services d'information. Les bibliothécaires seront souvent les consultants de choix sur les sources d'information ainsi que sur le traitement et la collecte de celles-ci. Le professionnel de l'information d'aujourd'hui est-t-il appelé à être le conseiller en gestion de demain ?

Voilà, Mesdames et Messieurs, les quelques réflexions que je voulais vous transmettre. Si vous avez répondu « oui » ou « hélas ! » à chacune de mes questions, c'est que vous avez effectivement compris que vous vivez au coeur de la tornade. Mais votre avenir, pour difficile et exigeant qu'il soit, est plein de promesses et de récompenses.

Plus que jamais, la bibliothèque publique sera démocratique et citoyenne. Elle remettra le social dans la société d'information. Vous serez les artisans de cette démocratisation du savoir. Vous aurez la possibilité non seulement de répondre encore mieux aux besoins locaux, mais vous pourrez faire de votre bibliothèque un outil important dans la progression vers l'égalité de statut et d'usage du français.

Conclusion

Permettez-moi donc -- et ce sera ma conclusion --, de vous rendre l'hommage qui vous est dû. Vos qualités, ce sont d'abord celles qui font de vous des spécialistes du nouveau savoir : l'esprit d'initiative, la capacité d'adaptation, l'autonomie et la motivation.

Ce sont aussi des qualités qui font de vous des leaders dans la défense de la langue et de la culture françaises. Vous n'oubliez pas le passé, mais vous êtes résolument tournés vers l'avenir. Vous êtes soucieux de promouvoir votre profession, de la faire entrer dans le nouveau millénaire avec des techniques et des pratiques modernes consacrées au progrès social de vos communautés.

Nous partageons finalement les mêmes objectifs : offrir à tous nos concitoyens franco-ontariens les meilleures conditions de développement et d'épanouissement possibles.

Je vous souhaite beaucoup de succès.

Merci.