ARCHIVÉE - Ottawa, le 3 juin 2005

AvertissementLa Norme sur la facilité d'emploi des sites Web remplace ce contenu. Cette page Web a été archivée parce que les Normes sur la normalisation des sites Internet 2.0 ont étés annulées.

Contenu archivé

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

L'école française : Se réaliser dans et à travers sa communauté

Notes pour une allocution prononcée au Sommet des intervenants
et des intervenantes en éducation dans la mise en œuvre de l’article 23
en francophonie minoritaire


Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Mesdames, Messieurs,

Je tiens à vous saluer tous et toutes et à vous dire combien je suis heureuse d’assister à ce Sommet qui réunit tant de personnes si profondément engagées dans la réalisation d’une grande ambition : assurer la pleine mise en œuvre de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.

Je suis heureuse aussi que toutes les forces vives des communautés francophones soient représentées ici. Votre solidarité fait votre force. Je salue en particulier le Comité organisateur qui a travaillé sans relâche pour orchestrer ce big-bang de l’école de langue française.

Je veux vous témoigner à la fois de mon intérêt, de mon soutien et de mon enthousiasme. Je suis bien consciente de tous les efforts que vous consacrez aujourd’hui au développement d’une stratégie et d’un plan d’action efficaces. Les ateliers et les tables rondes de ce matin ont prouvé qu’on ne manque ni d’idées, ni d’ardeur. Cela augure bien pour l’avenir.

Introduction

Les dernières années ont été des années de combat. Les difficultés ont été nombreuses et les victoires ont été gagnées à l’arraché, souvent devant les tribunaux.

Les commissaires aux langues officielles successifs ont tous été solidaires de ces luttes. Nous avons participé aux causes devant les tribunaux, commandé des études1 et insisté afin que le gouvernement adopte une approche globale pour le développement des communautés. Dans ce contexte, l’annonce du Plan d’action pour les langues officielles marque un progrès important. Nous devrons tous continuer à travailler pour que cette vision exprimée dans le Plan d’action soit mise en œuvre avec diligence.

Après un long et dur hiver, nous voyons enfin poindre le printemps de l’éducation promis par l’article 23 de la Charte. C’est le temps de semer les graines de l’espoir. On ne le dira d’ailleurs jamais assez, l’article 23 est « destiné à remédier, à l’échelle nationale, à l’érosion progressive des minorités parlant l’une ou l’autre langue officielle et à appliquer la notion de partenaires égaux des groupes linguistiques officiels dans le domaine de l’éducation2. »

Mais l'éducation en langue française en situation minoritaire doit relever de grands défis. Vous en savez quelque chose puisque vous êtes le fer de lance dans la campagne qui a pour but de construire un système éducatif équitable et complet.

Je n’ai pas besoin d’insister sur ce que l’école française signifie pour nous tous. C’est un lieu où nos jeunes se préparent, comme un coureur s’entraîne pour un marathon. Il y développe la robustesse, l’endurance, la technique, mais aussi la connaissance de ses forces et de ses faiblesses pour faire face aux difficultés de l’épreuve. Comme le coureur, nos jeunes voient le marathon de la vie avec un mélange de trépidation et de nervosité. En plus des aptitudes techniques que nos jeunes doivent acquérir pour réussir leur scolarité, ils doivent trouver dans le milieu scolaire des ressources qui leur permettront d’agir comme citoyens et citoyennes et, dans le cas présent, d’utiliser comme une force leur condition de francophones ou d’Acadiens en milieu minoritaire.

Je veux donc vous dire quelques mots sur l’objectif fondamental de ce Sommet, sur l’importance de nous mobiliser pour sa réussite et sur le rôle que j’entends jouer dans la réalisation de ce projet stimulant.

I. L’objectif fondamental

L’objectif fondamental consiste à développer un système éducatif complet et structurant. Il s’agit de créer un continuum éducatif.

C’est en établissant les conditions positives d’une éducation complète, allant de la petite enfance au postsecondaire et se poursuivant avec la formation aux adultes et l’apprentissage continu, que les promesses de l’article 23 seront réalisées. D’ailleurs, si le temps le permettait, il y aurait beaucoup à dire sur tout le chantier qu’il reste à développer au-delà des études secondaires. Mais ce sera pour une autre fois…

Les jalons de ce continuum éducatif sont, à mon avis, l’accès, la qualité et la continuité. Ils sous-tendent tous vos efforts. Ce sont des objectifs qui sont très bien définis dans le plan intégré que vous êtes appelés à développer et à adopter. C’est vraiment un plan Marshall pour l’école. Il propose une vision globale d’un système scolaire qui permet aux communautés de se reconstruire et de s’épanouir.

L’idée-force de cette vision est l’égalité en matière d’éducation, mais cela doit être une égalité réparatrice. Elle doit être porteuse de progrès social, de dignité et de respect mutuel. En réduisant les inégalités de chances, la création d’un système éducatif francophone complet renforcera notre cohésion sociale. Elle donnera à chaque enfant la capacité de se réaliser dans et à travers sa communauté.

Bien que ce système doive être l’égal de celui de la majorité, il ne saurait en être le simple miroir. Il doit répondre aux besoins précis de chaque communauté. Ce n’est pas une égalité simple ou formelle qui est visée, mais une égalité riche et réelle. Ce doit être un système qui s’ouvre sur la diversité et le pluralisme. Cette mission identitaire est l’objectif fondamental des droits scolaires consacrés dans la Charte.

II. L’importance de la mobilisation

Les six axes d’intervention qui ont été définis pour rendre le système scolaire de langue française plus complet cernent bien la problématique. Le principal défi est clair : augmenter la proportion des élèves admissibles tout en améliorant les infrastructures scolaires et la qualité de l’enseignement.

Ce recrutement des ayants droit est incontournable sur le plan démographique. Il permet d’assurer à long terme la vitalité des communautés et de leurs institutions.

L’élaboration de plans de recrutement suppose une étroite collaboration entre tous les intervenants, non seulement dans les milieux scolaires et dans les communautés, mais au niveau du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux et territoriaux. Les dispositions linguistiques contenues dans les ententes sur la petite enfance qui viennent d’être signées par le gouvernement fédéral et certaines provinces sont un bon pas dans cette direction.

Quand General Motors réduit les effectifs d’une grande usine, ce n’est plus uniquement le problème des travailleurs et des syndicats. C’est une crise communautaire, provinciale et nationale. Il en va de même pour l’école francophone : l’avenir des communautés en dépend. L’école francophone doit se développer, produire plus et mieux. Et tous doivent contribuer à son expansion.

Bien que les intervenants et les intervenantes en éducation, et notamment les conseils scolaires, soient les premiers moteurs de cette expansion, la mise en œuvre du plan exige en outre un effort collectif, voire tous azimuts, des communautés. Au-delà du développement des infrastructures et de la technologie, du ressourcement et des améliorations pédagogiques, ce qu’il faut c’est de l’engagement, du leadership, bref, une grande mobilisation.

Soutenir l’école, c’est aussi développer davantage l’appui apporté aux parents exogames; c’est améliorer les programmes d’accueil; c’est augmenter l’aide à la petite enfance; c’est mettre à contribution les organismes de loisirs ou à vocation culturelle, les médias et les groupes francophiles; c’est attirer les immigrants. L’école doit vivre en symbiose avec la communauté.

La stratégie que vous examinez aujourd’hui n’est que le début d’un processus. Ce sont les plans d’architecte. Les grandes étapes de construction viendront dans les mois à venir. Il s’agira en premier lieu d’ajuster les objectifs du plan à la réalité des chantiers, au vécu de chacune des communautés. Toutes ces communautés, on l’espère, s’aligneront sur les mêmes cibles, mais elles traceront elles-mêmes leurs voies respectives. Elles auront la liberté d’imaginer des solutions novatrices qu’elles pourront partager.

Votre présence ici aujourd’hui montre que vous êtes prêts et prêtes à relever les défis. L’adoption, à la fin de vos délibérations, d’un protocole d’entente pour la mise en œuvre de l’article 23 de la Charte enverra un signal clair au gouvernement fédéral et aux autorités provinciales et territoriales concernant leurs obligations.

Ce protocole sera la preuve de votre engagement moral. Il sera l’étendard de vos revendications, de votre solidarité et de vos convictions. Si vous faites bien votre travail, toutes les forces vives des communautés se rangeront derrière vous.

III. La commissaire aux langues officielles

Comme vous le savez, je revendique depuis plusieurs années déjà une plus grande responsabilisation et plus de leadership de la part de nos gouvernements. Le gouvernement fédéral, et le ministère du Patrimoine canadien en particulier, doivent sortir de l’ombre et s’afficher clairement sur la scène nationale en véritable promoteur de l’article 23. Ils doivent appuyer concrètement vos efforts et dynamiser l’action de leurs partenaires provinciaux et territoriaux. Évidemment, cela suppose au départ qu’ils poursuivront avec plus de vigueur la mise en œuvre du Plan d’action pour les langues officielles en assurant plus d’imputabilité et une meilleure reddition de comptes. Vous le savez, les résultats tangibles prennent du temps à se matérialiser.

Comme vous, il y a déjà un moment que la pleine mise en œuvre de l’article 23 me préoccupe. C’est en espérant voir un jour un Sommet comme celui-ci que j’ai offert à certains intervenants du monde communautaire et de l’éducation de prendre part à un remue-méninge en septembre 2002. Le rapport de discussion3 de cet événement esquissait certains éléments sur lesquels doit reposer un plan national de mise en œuvre de l’article 23. Je suis heureuse de constater que votre démarche a repris plusieurs des éléments discutés à cette occasion.

Beaucoup de travail a été réalisé depuis et je m’engage à être une des championnes de la stratégie que vous allez adopter. L’heure est venue de donner aux communautés tous les outils dont elles ont besoin pour se construire. Et le premier de ces outils, c’est l’éducation. Comme l’a dit le révolutionnaire Danton : « Après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple. » L’éducation en langue française donne aux communautés la capacité de bâtir; elle est tout simplement plus juste socialement.

L’éducation en langue française est un enjeu provincial et national. Il faut travailler ensemble à réduire les recours coûteux et frustrants devant les tribunaux, voire à en éliminer la nécessité. Adoptons un plan de développement durable pour nos communautés en matière d’éducation. Voilà ce que je dirai à nos leaders.

L’avenir se prépare aujourd’hui. Misons sur la création et la réussite. Faisons confiance à tous les talents qui se trouvent dans nos communautés. Mobilisez-vous en faveur de l’égalité des chances, de la dualité linguistique et du partage. Voilà ce que je dirai à nos leaders.

Permettre à plus d’enfants d’être éduqués en français, c’est favoriser la diversité, la pluralité des voix et l’innovation, car aucune économie du savoir ne peut s’épanouir dans la conformité et l’uniformité. C’est vrai pour le monde des affaires, des arts, des sciences, de l’administration publique et de tous les domaines de l’activité humaine. C’est doublement vrai pour une démocratie.

Ma responsabilité est double : d'un côté, encourager les communautés à s’engager pleinement; de l’autre, convaincre les autorités et, en premier lieu, le gouvernement fédéral lui-même, des véritables priorités. Cela suppose aussi l’octroi d’appuis financiers importants pour permettre aux intervenants et aux intervenantes en éducation de lancer et de suivre la mise en œuvre du plan. Je serai à vos côtés chaque fois que vous aurez besoin de moi. C’est mon engagement.

Conclusion

Je voudrais, en terminant, vous remercier. Votre dévouement et votre acharnement méritent d=être applaudis.Vous vous êtes consacrés corps et âme depuis de nombreuses années déjà à construire l’école française en milieu minoritaire. Et voilà qu’on vous demande de faire encore davantage.

Soyez optimistes et soyez fiers. Vous savez tout le succès que vous avez eu en intégrant de nouvelles cohortes d’élèves dans le cadre chaleureux des écoles de vos communautés.

N’oubliez pas que vous avez déjà fait l’impossible. En moins de vingt ans, vous avez changé le cours de l’histoire scolaire dans vos provinces respectives.

Vous avez été l’âme de cette réforme. Vous avez maintes fois prouvé que le fameux mot d’Archimède, « Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde », s’appliquait à vous. L’ambition des intervenants et des intervenantes en éducation n’est-elle pas encore aujourd’hui de déplacer de grandes masses à partir de petites?

C’est en travaillant ensemble que nous serons forts et que nous pourrons assurer la pleine réalisation des droits scolaires. Retroussons nos manches. Le plan d’action intégré que vous allez vous donner est notre levier et l’avenir commence aujourd’hui.

Merci.


Notes

1 Voir Martel, Angéline, Les droits scolaires des minorités de langue officielle au Canada : De l’instruction à la gestion, Commissariat aux langues officielles, 1991; La gestion scolaire : La mise en œuvre de l’article 23 de la Charte, Commissariat aux langues officielles, 1998; Motivations en ce qui a trait aux choix scolaires chez les parents ayants droit hors Québec, Commissariat aux langues officielles, 1999; Pour réaliser la mission de l'éducation de langue française en vertu de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, Rapport de discussion, Commissariat aux langues officielles, 2002.

2 Mahé c. Alberta [1990] 1 R. C. S. 342, page 364.

3 Pour réaliser la mission de l’éducation de langue française en vertu de l’article 23 de la Charte des droits et libertés – Rapport de discussion.