ARCHIVÉE - Ottawa, le 3 mars 2001

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Le réseautage et le partenariat : les voies de l'avenir
pour le développement des communautés minoritaires

Allocution prononcée à Dialogue en direct


Madame Dyane Adam – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Chers amis, Dear friends,

J'aimerais remercier les organisateurs de Dialogue en direct de m'avoir invité à prendre la parole ce midi. Comme Commissaire aux langues officielles du Canada, il me fait grand plaisir d'être parmi vous à l'occasion de ce rendez-vous unique et pour le moins novateur.

S'il est une chose que l'on ne voit pas assez souvent, c'est bien la tenue d'un forum qui permet à des gens issus d'horizons linguistiques et culturels différents d'établir entre eux un dialogue ouvert et de mettre en commun des idées bénéfiques au développement de leur communauté.

J'aimerais en profiter pour saluer la participation active et la présence des représentants des Premières nations, des communautés ethnoculturelles, des communautés anglophones et francophones, ainsi que celle des représentants des gouvernements fédéral et provinciaux.

Aussi, permettez-moi de féliciter chaleureusement les membres du groupe de travail de Dialogue ainsi que tous ceux et celles qui, à la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), ont contribué à la tournée pancanadienne, à la production du rapport et à la rencontre de cette fin de semaine.

Il m'importe en premier lieu de souligner le courage et la vision des prises de positions contenues dans le rapport de Dialogue. Un rapport qui nous invite à une réflexion profonde sur les façons de nous voir comme francophones, mais aussi sur les relations que nous avons avec les autres composantes de la société canadienne.

Comme vous le savez, le rapport appelle à une plus grande ouverture des minorités francophones aux communautés culturelles, aux Premières nations et aux francophiles de partout au pays. La suggestion de revoir la définition même de ce qu'est un francophone constitue, à mon avis, un geste courageux qui ancre de façon définitive le discours de la francophonie canadienne dans la modernité.

Le rapport relève aussi avec justesse le fait que, devant le déclin démographique des communautés francophones et acadiennes, il est devenu essentiel de faire une plus grande place aux communautés culturelles et de s'ouvrir à elles. Comme toutes les sociétés occidentales, le renouvellement démographique de la société canadienne dépend presque exclusivement de l'immigration. Or, ceci rejoint une de mes priorités à titre de Commissaire aux langues officielles, à savoir qu'il nous faut réfléchir aux moyens de transformer les communautés minoritaires en des sociétés plus accueillantes envers cette immigration.

Cet effort en vue d'une plus grande ouverture à la diversité nous appelle aussi à renforcer les liens et la solidarité entre les francophones du pays, dont le Québec est le foyer principal.

C'est dans ce contexte que j'aimerais vous entretenir au cours des prochaines minutes de l'importance du réseautage entre les francophones et les autres composantes de la société canadienne.

Vous tous qui êtes ici aujourd'hui avez en commun le désir de réaliser des projets qui sauront ultimement profiter à la vitalité et au rayonnement de vos communautés respectives. Et la beauté de cet événement, c'est que vous avez justement assis, près de vous, un partenaire potentiel, une personne qui pourra vous guider dans l'atteinte de vos objectifs, ou simplement quelqu'un avec qui vous pourrez partager expériences et idées.

Le réseautage, c'est ça : une complémentarité des esprits et une complémentarité des moyens. C'est autrement dit reconnaître le principe que « deux têtes valent mieux qu'une »!

Voilà pourquoi l'approche véhiculée par Dialogue en direct m'apparaît si pertinente. Car non seulement est-elle enrichissante sur le plan du réseautage inter-personnel, mais elle est aussi porteuse d'un modèle de réseautage inter-communautaire potentiellement utile à tous les secteurs qui contribuent au développement des communautés minoritaires.

Pour nos communautés minoritaires francophones, autochtones, etnoculturelles et anglophones, le réseautage répond à des nécessités bien concrètes. Il permet surtout de briser l'isolement et le repli sur soi afin d'éviter la marginalisation économique et sociale. Ce faisant, le réseautage contribue à assurer l'épanouissement de nos collectivités à travers leur participation active au développement de la société canadienne.

Certes, l'isolement et le repli sur soi sont parmi les plus grands dangers qui menacent le développement économique, social et culturel des communautés minoritaires de ce pays. Notre avenir passe plus que jamais par une plus grande proactivité et par des partenariats devant servir de levier de développement non seulement avec les autres communautés minoritaires, mais également avec les communautés majoritaires.

Outre l'importance du réseautage intra-communautaire, si on peut parler ainsi, le réseautage inter-communautaire m'apparaît comme étant fondamental afin de créer une synergie et une solidarité entre les groupes minoritaires.

L'établissement de relations riches entre nos communautés repose bien sûr sur le fait que, malgré nos différences linguistiques et culturelles, nous avons tous beaucoup à apprendre les uns des autres et certainement beaucoup à partager. Mais cette nécessité tient également, et peut être plus encore, au fait que les communautés minoritaires sont fondamentales à l'identité nationale du Canada. Elles sont à bien des égards l'essence même de l'idéal canadien, un idéal fondé sur le respect de la diversité culturelle et de la dualité linguistique.

Comme le résume bien le rapport de Dialogue, et je cite; « appuyer le principe de la diversité, c'est reconnaître que l'interaction entre les diverses composantes d'une société entraîne de meilleurs résultats. C'est aussi encourager l'idée que différentes perspectives permettent une prise de décision plus juste et éclairée dans le respect des spécificités raciales, linguistiques, culturelles, religieuses, régionales, etc. Au Canada, la diversité est ancrée dans la Constitution, notamment par les articles traitant des langues officielles, du multiculturalisme et des peuples autochtones », fin de la citation.

Dans un monde qui évolue au rythme accéléré de la mondialisation et des changements technologiques, le réseautage est devenu plus qu'un simple mot à la mode. Il fait désormais parti d'un impératif nouveau qui répond à l'interdépendance croissante de nos communautés, mais aussi de l'ensemble des sociétés de la planète en ce début de millénaire.

Ceci est particulièrement vrai aux plans culturel, linguistique et social, mais aussi au niveau économique par exemple, alors que le réseautage est de plus en plus intégré à la culture d'entreprise à l'ère de l'économie du savoir. Un parallèle intéressant pourrait d'ailleurs être fait ici entre le besoin de résautage de nos communautés minoritaires et celui des entreprises.

Dans le contexte où les entreprises comptent de plus en plus sur l'innovation pour assurer leur survie et leur développement, les réseaux humains sont appelés à jouer un rôle central car ce sont justement eux qui sont à la base de la capacité d'innovation de l'entreprise.

Le professeur Pierre-André Julien de l'université du Québec à Trois-Rivières présentait récemment les résultats d'une recherche dans le cadre des États généraux sur l'avenir de la langue française au Québec, recherche dans laquelle il démontrait l'importance des réseaux humains, ou si vous préférez du réseautage, dans la capacité d'innovation des PME à fortes croissances.

Sans entrer dans les détails de ses travaux, le professeur Julien arrivait néanmoins à la conclusion que les entreprises qui se débrouillaient le mieux dans la nouvelle économie étaient celles qui créaient pour elles-mêmes des zones de confort tout en étant à la fois ouvertes et perméables à l'interaction avec les autres entreprises. Elles étaient également celles qui avaient la capacité d'établir des liens nouveaux entre des « informations morcelées », processus à partir duquel surgit l'innovation et qui assure la survie et la croissance de l'entreprise.

Je trouve qu'il y a là un parallèle fort pertinent à faire entre la dynamique de ces entreprises et celle de nos communautés minoritaires. Comme les entreprises, les communautés minoritaires se doivent d'avoir leur espace qui les conforte dans ce qu'elles sont et ce qu'elles aspirent à devenir. Mais en même temps, à la manière des entreprises qui ont besoin d'innover pour survivre et s'épanouir, les communautés minoritaires ont besoin de s'ouvrir et d'être perméables à l'interaction avec les autres communautés pour se ressourcer et se développer.

Cet idéal canadien du respect de la diversité et de la dualité linguistique ne doit toutefois pas se perdre dans le tumulte de la mondialisation. C'est pourquoi les communautés minoritaires se doivent d'être au devant de cette mouvance en ralliant leurs voix et en contribuant, avec les autres Canadiens, à l'édification du Canada de demain. Ensemble, nous devons profiter de toutes les occasions et de toutes les tribunes afin de nous rapprocher, en mettant en commun nos forces et en tablant sur la valeur ajoutée de nos différences.

C'est pourquoi je trouve intéressante la recommandation contenue dans le rapport de Dialogue voulant que « la FCFA propose la création d'une fondation permanente qui aura pour but principal de faire la promotion du dialogue entre les communautés francophones et acadiennes et l'ensemble des composantes de la société canadienne ».

Voilà qui justifie selon moi l'importance du réseautage inter-communautaire. Mais ce sont les mêmes raisons qui justifient aussi l'importance du réseautage avec les communautés majoritaires. Car entretenir des liens plus étroits avec ceux qui forment la majorité, c'est être capable d'être mieux compris par eux, mais c'est aussi être en mesure de partager toute la richesse que constitue la diversité de notre pays.

De telles ambitions ne sauraient bien sûr se limiter à une simple stratégie de communication. Outre l'idée de créer une fondation permanente et de répandre la formule de Dialogue à une gamme de secteurs de collaboration inter-communautaires, peut-être vous faudrait-il aussi exploiter les immenses possibilités de réseautage qu'offrent les nouvelles technologies, et en particulier Internet.

Sans vouloir en surestimer l'importance, il faut tout de même admettre que l'essor du réseau Internet est désormais au coeur du développement économique, social et culturel, tant ici au Canada, que dans les autres pays développés. Les inforoutes ouvrent à cet égard des perspectives nouvelles pour l'échange, le réseautage, la réduction de l'isolement, l'accès à des services et une source inépuisable d'information de tous genres.

Pour les mêmes raisons qui ont motivées les gouvernements à se donner une vision et des stratégies relatives à l'Internet, les groupes représentant les communautés minoritaires pourraient gagner à en faire autant. Ceci permettrait non seulement de faciliter les liens entre les communautés minoritaires et avec les groupes majoritaires, mais aussi de rejoindre d'autres groupes minoritaires qui, ailleurs dans le monde, sont confrontés à des défis similaires à ceux que nous connaissons.

Conclusion

En terminant, je tiens simplement à dire combien je partage les grandes lignes du rapport de Dialogue concernant le besoin d'ouverture des communautés minoritaires francophones.

Au cours du printemps et de l'été 2000, j'ai tenu moi même une série de consultations dans 20 villes canadiennes qui m'a permis de rencontrer plus de 500 personnes réparties en 51 groupes, dont plusieurs étaient formés de jeunes. Le but de ces consultations était de sonder les participants sur le rôle du Commissariat et sur les grandes questions touchant à l'avenir des langues officielles au Canada.

J'ai été ainsi en mesure de constater combien était dominante la perception du manque de dialogue entre les deux grandes communautés linguistiques du Canada, mais aussi avec les peuples autochtones et entre les communautés francophones elles-mêmes. J'ai également pu constater combien le bilinguisme pouvait être vu comme un problème et combien les médias avaient souvent tendance à contribuer à une image négative de la dualité linguistique.

Mes propres conclusions rejoignent finalement les vôtres. Il est maintenant temps d'agir ensemble en travaillant à établir de véritables réseaux d'échange et des partenariats qui pourront assurer un développement durable pour nos communautés.

En espérant que cette fin de semaine marque le début d'une nouvelle ère de collaboration entre nos communautés, je vous remercie et vous souhaite un bon Dialogue !