ARCHIVÉE - Ottawa, le 2 juin 2007

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Un dialogue pour le développement global
des communautés francophones et acadiennes

Sommet des communautés francophones et acadiennes du Canada


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Madame la ministre Meilleur, Monsieur le ministre Albert, Mesdames les sénatrices, Messieurs les députés,

Je souhaiterais que tous les Canadiens et Canadiennes voient ce que je vois, ici, aujourd’hui.

Vous me permettrez de paraphraser l’auteur et humoriste Mark Twain en vous confirmant, sans l’ombre d’un doute, que les rumeurs de la mort imminente de la francophonie canadienne ont été grandement exagérées.

Vous êtes beaucoup plus que ce peuple légendaire qui refuse de mourir. Vous êtes la preuve éclatante que le Canada français existe vraiment, d’un océan à l’autre, dans tous les coins du pays, qu’il est bien vivant, bien portant et en excellente santé.

Quand j’étais à l’université, il y a eu une campagne à la présidence de l’Union générale des étudiants du Québec que j’avais trouvée géniale. Je n’en ai jamais oublié le slogan : « Organisons-nous d’abord. » Ce sommet est la preuve que vous êtes bien organisés!

C’est formidable de ressentir toute l’énergie positive qui se dégage de cette salle, de ce sommet. Les gens ici s’en vont dans une même direction : vers l’avenir. On ne peut faire autrement que d’avoir la sensation que quelque chose de grand, quelque chose d’historique est en voie de s’accomplir ici. Et vous l’accomplissez ensemble, dans un esprit de solidarité qui, chez vous, se transforme presque toujours en raz-de-marée.

Je n’ai malheureusement pas beaucoup de temps à partager avec vous aujourd’hui. Alors, comme on dit en journalisme, venons-en au fait.

J’aimerais commencer par vous citer quelques mots lourds de sens : « Les protections accordées aux minorités linguistiques [...] sont un trait essentiel de la Constitution de 1867, sans lequel la Confédération ne serait pas née. »

Cette citation est tirée du jugement de la Cour d’appel de l’Ontario dans la cause Montfort .

C’est simple. C’est clair. Et c’est terriblement important. Car la Cour d’appel affirme qu’il n’y aurait pas de Canada si les Pères de la Confédération n’avaient pas été assurés que les minorités linguistiques seraient protégées et respectées partout dans ce nouveau pays.

Toute ma vie, comme journaliste ou simple citoyen, je n’ai jamais douté que le succès du Canada dépend du succès de sa politique linguistique. Et j’essaie de vivre comme Canadien dans le respect profond de la dualité linguistique et des minorités.

À titre de commissaire aux langues officielles, j’entends tout mettre en œuvre pour réaliser deux choses. 

D’abord, faire respecter la Loi sur les langues officielles. C’est beaucoup plus qu’une responsabilité rattachée à l’emploi pour moi. C’est une question de valeurs personnelles et nationales fondamentales.

Mais je suis persuadé que vous comprenez fort bien qu’il ne suffit pas d’espérer que les lois soient pleinement respectées. Les décisions judiciaires nous le confirment d’ailleurs. On comprend à les lire leur logique, leur fondement dans la preuve, dans la réalité que vivent les minorités tous les jours.

Cette logique a fait dire à la Cour suprême, depuis le jugement Mahé de 1990, que l’application des droits linguistiques comporte également un aspect « réparateur ». Que la société canadienne a le devoir de compenser les minorités pour l’assimilation subie à cause du non-respect de leurs droits. Que les gouvernements ne doivent pas négliger de faire des efforts de plus et d’investir de façon proactive dans le redressement de la situation des communautés minoritaires.

Il n’y a qu’une façon d’arriver au plein développement et à l’épanouissement de ces communautés que nous souhaitons tous. C’est d’assurer le développement global de toutes les communautés francophones au pays.

La promotion du développement global de ces communautés, avec toutes ses composantes, est la deuxième chose à laquelle je compte m’attacher durant mon mandat. L’équité dans la diversité est le principe de base qui inspirera notre démarche. Une démarche où nous devons multiplier nos efforts pour inclure toute la société canadienne.

Notre objectif est celui de l’égalité réelle entre la majorité et la minorité. C’est une cause juste. C’est une cause canadienne qui mérite le respect de tous.

Pour y parvenir, les communautés francophones doivent absolument disposer d’un réseau complet d’institutions dans toutes les sphères vitales de l’activité humaine, principalement l’éducation et la santé, ainsi que des ressources culturelles et économiques nécessaires. La réalisation de cette approche globale est un élément essentiel de l’objectif que nous partageons en tant que Canadiens.

Ce concept n’a rien de nouveau pour vous. Le développement global des communautés était à l’ordre du jour des premières réunions de la Fédération des communautés francophones et acadienne voilà plus de 30 ans. Cette vision de la francophonie s’est clairement exprimée aujourd’hui dans le cadre des cinq chantiers qui ont abordé tous les aspects stratégiques du développement communautaire.

Ce sommet et les suites que vous allez lui donner envoient un message clair à l’ensemble de la population canadienne : la francophonie est mobilisée autour d’une série d’enjeux qui façonneront non seulement ses communautés, mais le Canada dans son ensemble. En effet, en vous préoccupant de la démographie, du développement économique, des services publics et du pouvoir des citoyens, vous abordez de plain-pied les grands débats de la société canadienne.

Par ce sommet, vous mettez clairement la balle dans le camp du gouvernement. La réponse du gouvernement devra donc être à la hauteur du défi que vous vous donnez.

J’incite donc une fois de plus le gouvernement fédéral à investir toutes les ressources qu’il a promises en vue de la mise en œuvre du Plan d’action pour les langues officielles de 2003. Il y a presque un an exactement, devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes, la ministre des Langues officielles, M me Josée Verner, s’est engagée en ce sens. D’autres gestes posés par le gouvernement nous rendent toutefois sceptiques quant à son engagement envers les communautés minoritaires. J’y reviendrai plus loin.

J’aime utiliser la métaphore de l’écologie pour soutenir mon raisonnement en ce qui touche le développement global. La survie et l’épanouissement d’une communauté minoritaire dépendent de l’équilibre de son écosystème. Tous les éléments que confère aux membres d’une société le statut de l’égalité réelle doivent être réunis de façon durable pour assurer le développement de cette communauté.

L’eau est essentielle à la vie. Mais, comme le dit si bien le dicton, « on ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche ». Il faut beaucoup plus. Cet écosystème implique la participation active non seulement des gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, mais aussi des administrations et des organismes décisionnels locaux.

Dans une communauté minoritaire, il n’y a pas de place pour de faibles maillons. Vous êtes condamnés à l’excellence. Et vous avez prouvé maintes fois à quel point vous êtes capables de l’atteindre.

Encore une fois, cette quête constante de l’excellence, aussi exigeante soit-elle, fait aujourd’hui partie de qui vous êtes. Elle suscite l’admiration et le respect. Pas si mal pour un peuple auquel on avait prédit un avenir de « porteurs d’eau ».

C’est dans le sens du développement global des minorités et du respect de la Loi sur les langues officielles que je compte poursuivre inlassablement toutes les avenues nécessaires pour faire comprendre à tous que nous jouons notre avenir collectif dans la dualité linguistique, dans notre progression vers l’égalité.

J’en profite pour vous rappeler les obligations majeures du gouvernement fédéral découlant des modifications apportées à la partie VII de la Loi sur les langues officielles, finalement adoptées par le Parlement grâce à la détermination inspirante du sénateur à la retraite Jean-Robert Gauthier.

La Loi précise maintenant que le gouvernement fédéral doit mettre en place « des mesures positives » visant à encourager l’épanouissement des communautés linguistiques. L’expression « mesures positives » peut paraître vague à certains. Mais au contraire, je crois qu’elle ouvre grande la porte à toutes les possibilités et, notamment, au dialogue entre les minorités, le gouvernement et la majorité.

Il nous faut ce dialogue. Car la dualité linguistique et le respect de la Loi, c’est l’affaire de tout le monde. Nous avons tous des responsabilités à cet égard. Nous devons tous être inspirés par les principes de respect, de générosité et d’intégrité sur lesquels est fondée la dualité linguistique.

Comme je le soulignais dans mon premier rapport annuel paru il y a deux semaines, j’espère que le gouvernement de Stephen Harper finira par traduire ses paroles en actes. Et, dois-je le souligner, refléter le comportement exemplaire du premier ministre quant à l’importance de la langue française.

Entre autres, il serait bon et pressant que le gouvernement réexamine sa décision d’abolir le financement du Programme de contestation judiciaire. De la façon dont elle a été prise, selon moi, cette décision n’est pas conforme à la Loi.

Par ailleurs, je suis très préoccupé par la place présentement accordée au français en prévision des Jeux Olympiques de 2010 à Vancouver. Je compte suivre ce dossier de très près au cours de mon mandat.

Je ne dresserai pas une liste exhaustive des questions qui méritent toute mon attention. Entendons-nous pour dire que les défis sont nombreux. Mais, en cette fièvre des finales de la Coupe Stanley, comme le disait Claude Ruel, l’ancien entraîneur des Canadiens de Montréal : « Y en n’aura pas d’facile! » Cependant, si nous restons fidèles à notre stratégie, nous en viendrons à bout. C’est vrai pour les communautés de langue officielle tout comme, je l’espère, les Sénateurs d’Ottawa.

Le jour viendra où nous vivrons tous dans l’égalité réelle au Canada. Ce n’est pas pour demain. Il nous faudra continuer de travailler sans relâche à ce grand projet canadien. Mais, ça viendra. Parce que, d’après moi, le francais, tout comme l’anglais, est une langue canadienne, ancrée au coeur de notre identité.

Permettez-moi de terminer en vous citant la devise d’un quotidien francophone de chez nous devenu l’un des symboles de votre courage et votre détermination : « L’avenir est à ceux qui luttent. »

Merci!