ARCHIVÉE - Toronto, le 1er avril 2005

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Notes pour une allocution devant l’Association
des professeurs de langues vivantes de l’Ontario


Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Merci de m’avoir invitée!

C’est toujours un plaisir de parler devant un auditoire qui partage les mêmes buts et la même conviction que l’apprentissage des nouvelles langues apporte de nombreux avantages. En tant que Canadiens, en tant que peuple ayant deux patrimoines linguistiques, nous savons très bien que, comme le dit votre thème : « Apprendre une langue, c’est s’ouvrir au monde! ».

Avant d’entrer dans le vif du sujet, permettez-moi de me présenter. Parfois, les médias me surnomment la « tsar de la langue », mais comme vous pouvez le voir, je ne porte pas de couronne. Et parfois, on m’appelle la police de la langue, mais je ne porte pas d’insigne non plus. Ce que je suis, en fait, c’est une agente de changement. En vertu d’une loi du Parlement, il m’incombe d’aider le gouvernement à respecter la loi et à servir les deux groupes de langue officielle de façon égale.

Mon pouvoir repose sur la capacité du Commissariat à influencer les administrateurs, les gestionnaires et les législateurs. Pour influencer, mon bureau conduit des études, enquête sur des situations, développe des arguments et recommande des changements.

Cela dit, j’aimerais prendre quelques minutes pour vous expliquer pourquoi je pense que le bilinguisme est si important, particulièrement dans le contexte du thème que vous avez choisi. D’abord, j’examinerai l’importance du bilinguisme pour nos jeunes. Ensuite, je décrirai le rôle que les éducateurs peuvent jouer dans la promotion de l’enseignement d’une langue seconde. Enfin, je parlerai de certaines contributions des professeurs de langue.

1. L’importance du bilinguisme pour les élèves

La recherche a démontré les avantages intellectuels d’apprendre une autre langue. Les élèves qui étudient une autre langue font preuve d’une plus grande souplesse mentale, d’une meilleure aptitude pour la pensée abstraite, de meilleures compétences non verbales et d’une plus grande facilité de conceptualisation. Les enfants bilingues sont plus aptes à résoudre les problèmes, et ils sont plus créatifs1.

Récemment, Ellen Bialystok2, une psychologue à l’Université York, a même constaté que le fait d’être bilingue permettait de conserver sa vivacité d’esprit en vieillissant. Elle a dit : « Être bilingue, c’est comme aller à un gymnase pour le cerveau. »

Ce n’est pas étonnant, alors, que huit parents anglophones sur dix veulent que leurs enfants parlent une autre langue, et de ce nombre, les trois quarts veulent que cette langue soit le français3.

En ce qui me concerne, il existe beaucoup de raisons pour lesquelles les enfants anglophones devraient apprendre le français. Les Canadiens bilingues peuvent vivre et travailler n’importe où au Canada. Selon un sondage COMPAS4 mené en novembre 2003, la moitié des dirigeants d’entreprise du Canada conviennent que les personnes bilingues peuvent trouver du travail plus aisément.

Les enfants bilingues peuvent également contribuer à la diversité linguistique et culturelle de notre pays. Cela sera plus important à mesure que le tissu social du pays se modifie. Environ 80 p. 100 des immigrants ne parlent ni l’anglais ni le français comme langue maternelle. Si les communautés anglophone et francophone sont encore « deux solitudes », nous risquons d’avoir un pays qui est divisé, non seulement en deux solitudes, mais en beaucoup, beaucoup de solitudes.

Lorsque vous parlez la langue d’une autre personne, vous ne faites pas que communiquer avec elle. Vous vous mettez dans sa peau. Vous comprenez sa façon de penser. Et cela vous rend plus sensible aux autres cultures en général.

La capacité de nos deux principaux groupes linguistiques de bien s’entendre et de s’apporter une contribution mutuelle est un exemple qui montre à chaque vague d’immigrants comment ils peuvent partager le meilleur de ce qu’ils apportent, tout en adoptant le meilleur de ce que nous avons à offrir.

En fait, des sondages révèlent que sept personnes sur dix nées au Canada et trois immigrants sur quatre conviennent que « les deux langues officielles rendent le Canada plus accueillant pour les immigrants de différentes cultures et origines ethniques »5.

Lorsqu’on y pense, les villes les plus dynamiques sont souvent celles où les différentes traditions linguistiques se croisent et génèrent de nouvelles idées : qu’il s’agisse du vieil Istanbul, du Tombouctou médiéval ou du New York d’aujourd’hui. Au Canada, on peut constater le même phénomène à Toronto, à Vancouver et à Montréal.

En d’autres mots, le bilinguisme constitue un point de départ vers le multiculturalisme. Dans le sondage COMPAS que j’ai mentionné précédemment, 47 p. 100 des dirigeants d’entreprise ont affirmé que le fait de parler une autre langue se traduisait par une plus grande sensibilité culturelle. Je crois qu’ils ont raison.

Si vous connaissez l’anglais et le français, vous profitez d’un avantage non seulement chez vous, mais aussi dans le monde entier. La Francophonie compte 56 pays membres, et le français est la langue maternelle de plus de 110 millions de personnes.

Contrairement à beaucoup d’autres langues parlées par les nombreux locuteurs d’un même pays, telles que le bengali ou le russe, le français est parlé par des populations relativement importantes dans plusieurs pays du globe, depuis Haïti jusqu’à la Suisse, en passant par le Sénégal et Tahiti.

En fait, 53 p. 100 des Européens parlent au moins une autre langue. En Europe, seul l’anglais est adopté plus souvent que le français en tant que langue seconde, et un cinquième des Européens non francophones affirment qu’ils connaissent le français.

Autrement dit, le bilinguisme est un passeport pour l’économie mondiale, et, avec l’anglais et le français, les Canadiens sont particulièrement privilégiés d’avoir pour langues officielles, deux des langues les plus importantes du monde.

2. Le rôle des éducateurs

Ayant établi l’importance du bilinguisme pour les élèves, j’aimerais maintenant parler du rôle que vous pouvez jouer en tant qu’éducateurs.

Comme vous le savez, malgré certains progrès considérables, nous devons encore travailler pour offrir un enseignement des langues qui soit de qualité dans nos écoles. En tant que troupes de première ligne, vous êtes ceux et celles qui se battent pour les cours, de meilleurs livres et aides didactiques, davantage de technologie et un rapport élèves-enseignant amélioré.

Nous voulons aider. En mars 2003, le gouvernement du Canada a publié son Plan d’action pour les langues officielles, qui fixait comme objectif de doubler la proportion des diplômés bilingues des écoles secondaires d’ici 2013. Non seulement cet objectif ambitieux fait avancer le dossier de la dualité linguistique, mais il nous rend également plus concurrentiels à l’échelle internationale.

Je suis d’avis qu’avec du leadership et du travail d’équipe, nous pouvons réaliser cet objectif. N’oubliez pas qu’en 1977, il n’y avait que 38 000 enfants inscrits en immersion française. Depuis, leur nombre a décuplé.

Aujourd’hui, un adolescent sur quatre peut s’exprimer dans les deux langues officielles. Par comparaison avec nous, il est deux fois plus probable que nos enfants soient bilingues. Nous pouvons faire encore mieux!

Comment pouvons-nous y parvenir? En mars 2004, nous avons tenté de répondre à quelques unes de ces questions. En partenariat avec l’organisme Canadian Parents for French et deux ministères fédéraux, nous avons organisé un symposium afin de déterminer la vision et les enjeux pour le nouveau siècle.

Nous avons invité le personnel enseignant et les gens qui proviennent de tous les secteurs clés de la société — éducation, affaires, culture, sport et fonction publique, tant fédérale que provinciale — à discuter des enjeux et à proposer des stratégies qui amèneraient les jeunes à s’ouvrir à la dualité linguistique et à s’inscrire à des cours de français.

Maintenant, nous abordons les étapes suivantes. À cette fin, le Plan d’action du gouvernement fédéral prévoit 150 millions de dollars en nouveau financement répartis sur cinq ans, qui seront utilisés pour l’apprentissage de la langue officielle seconde. Mais ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est également une question de travail d’équipe. Tous les intervenants et toutes les intervenantes doivent travailler ensemble.

Dans le cadre de ce travail d’équipe, il nous faut de la responsabilisation. Nous devons demander aux têtes dirigeantes des paliers provinciaux et fédéraux non seulement de diriger, mais aussi d’être responsables de leurs résultats. Nous devons demander non seulement des promesses de progrès, mais également des modèles et des objectifs. Et nous devons demander non seulement de l’activité, mais aussi des résultats. Que fait-on avec les fonds que les provinces investissent dans les programmes de français langue seconde (FLS)? Permettent-ils d’obtenir des résultats concrets?

Dans notre dernier rapport au Parlement, j’ai recommandé que la ministre du Patrimoine canadien demande aux ministres provinciaux et territoriaux de l’Éducation de rendre compte annuellement des progrès qu’ils accomplissent en vue de réaliser les objectifs du Plan d’action.
Cette même façon de penser s’applique également à la salle de classe. Nous avons besoin de normes afin que le personnel enseignant et les élèves puissent mesurer leur rendement, et cette information, à son tour, aidera à améliorer les programmes, à établir des attentes réalistes et à motiver les élèves.

3. Les contributions des enseignants et des enseignantes

Le personnel enseignant doit aussi être à l’avant-garde de l’enseignement des langues. Nous avons besoin de moyens novateurs afin de maintenir l’intérêt des élèves à apprendre une langue. Cela nécessite un regard nouveau sur les outils d’apprentissage et les ressources pédagogiques.

Nous devrions trouver un meilleur équilibre de cours obligatoires et de cours intensifs, ainsi que de divers types d’immersion. Nous devons considérer l’enseignement de la langue française comme un processus qui débute au niveau préscolaire et qui se poursuit au delà de l’université.

En tant qu’éducateurs et éducatrices, vous avez un rôle important à jouer pour ce qui est de faire du Canada un pays bilingue et multiculturel. Quotidiennement, vous donnez l’exemple de la façon dont l’apprentissage des langues peut enrichir une vie.

Vous pensez peut être que vos efforts passent inaperçus et qu’ils ne sont pas reconnus. Mais la réalité est toute autre. Je rencontre souvent des jeunes qui se rappellent affectueusement les enseignants qui leur ont ouvert les portes sur un autre monde.

Je crois que l’enthousiasme pour l’apprentissage des langues peut être contagieux. Je crois également que l’apprentissage des langues ne consiste pas qu’à mémoriser des verbes; il consiste à établir un dialogue avec nos concitoyens canadiens.

Lorsque vous enseignez une langue, vous lui donnez vie aux yeux de vos élèves si vous leur faites voir cette langue comme une façon agréable de plonger dans une nouvelle culture et un nouveau monde.

Conclusion

Monsieur André Obadia de l’Université Simon Fraser a déjà dit6 : « L'apprentissage d'une deuxième langue demeure en soi un excellent exercice, ne serait-ce que pour développer une certaine sensibilité à l'acte de communiquer avec autrui, aux nuances qu'il faut apporter aux mots, à l'importance de l'écoute. »

Dans un monde où, trop souvent, les gens agissent d’abord et écoutent ensuite, l’apprentissage des langues représente un moyen important de nous rapprocher et de nous sensibiliser davantage l’un à l’autre. Et plus nous en apprenons l’un sur l’autre, plus nous pouvons contribuer réciproquement à la communauté de l’autre.

Nous avons parcouru beaucoup de chemin au cours des 30 dernières années, et les éducateurs et les éducatrices ont été les catalyseurs des progrès que nous avons pu constater en immersion française et en français langue seconde. Ce que vous avez déjà accompli en tant qu’éducateurs me porte à croire que vous pouvez en faire encore plus. Nous devons continuer à aller de l’avant.

Merci.


1 « The cognitive consequences of bilingualism ». Reynolds, A.G., A.G. Reynolds (Ed.), Bilingualism, multiculturalism and second language learning: The McGill conference in honour of Wallace E. Lambert (pp. 145-182), Hillsdale, NJ: Lawrence Erlbaum Associates.

2 « Bilingualism – it’s good for your brain », Ottawa Citizen, le 14 juin, p. A1. Fondé sur une étude publiée dans l’édition de juin 2004 de Psychology in Aging : Bilingualism, Aging, and Cognitive Control: Evidence From the Simon Task.

3 CRIC, « Bilingualism: Part of Our Past or Part of Our Future? », The CRIC Papers #13, March 2004.

4 « Chamber Weekly CEO/Business Leader Poll », COMPAS, The Financial Post, le 28 novembre 2003.

5 CRIC, « Bilingualism: Part of Our Past or Part of Our Future? », The CRIC Papers #13, March 2004.

6 « Enseignement des langues: le Canada joue un rôle de chef de file », La Presse, le 20 septembre 1996, page B3.