ARCHIVÉE - Ottawa, le 4 mai 2006(2)

AvertissementLa Norme sur la facilité d'emploi des sites Web remplace ce contenu. Cette page Web a été archivée parce que les Normes sur la normalisation des sites Internet 2.0 ont étés annulées.

Contenu archivé

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

Dualité linguistique et diversité : ancrées dans les mêmes valeurs

Notes pour une allocution à la conférence Acquisition du langage et bilinguisme :
les conséquences pour une société multiculturelle


Dyane Adam - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

 

Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement honorée de pouvoir participer à cette conférence sur la langue et le multiculturalisme.

Tout d’abord, j’aimerais vous faire une confidence et m’acquitter d’une dette à l’égard des chercheuses et chercheurs ici présents. Dans mon travail, j’ai régulièrement besoin de rappeler et d’expliquer les mérites de la dualité linguistique canadienne. Les avantages sociaux, économiques et politiques du bilinguisme sont nombreux. Mais lorsque des spécialistes du secteur de la recherche et de l’éducation concluent que « parler plus d’une langue rend intelligent ou retarde le vieillissement du cerveau », c’est vraiment le meilleur argument possible!

Plus sérieusement, je viens vous proposer aujourd’hui une toile de fond pour vos travaux des prochains jours, en insistant particulièrement sur les liens qui unissent les concepts de dualité linguistique et de diversité au Canada. J’aimerais d’abord parler brièvement de mon rôle comme commissaire. Je rappellerai ensuite les liens entre dualité linguistique et diversité, pour terminer en portant à votre attention un développement positif qui pourrait vous ouvrir des portes.

La Commissaire comme agent de changement

Trente-cinq ans après sa création, il existe encore une certaine méprise sur le rôle de commissaire aux langues officielles. Quand je participe à des réceptions ou à des cocktails, on me prend souvent pour un dictionnaire anglais-français ambulant. Lorsqu’une personne bute sur un mot, on me demande quel est l’équivalent dans l’autre langue officielle. On me prend souvent pour une spécialiste des langues, ou encore une police de la langue.

Certes, la commissaire s’occupe indirectement de questions touchant la qualité de la langue, mais mon rôle – et c’est un privilège – est beaucoup plus de promouvoir et de défendre une vision d’un pays, une façon de vivre ensemble. Il s’agit du contrat social canadien entre nos deux communautés de langues officielles, basé sur le respect et la valorisation des différences. Un idéal que les institutions fédérales doivent s’efforcer de matérialiser, mais aussi une composante importante d’un débat plus large sur la personnalité canadienne, qui continue de faire progresser le Canada vers des valeurs d’ouverture et d’accueil de la diversité. Comme nous restons encore loin d’atteindre cet idéal, mon rôle en est un d’agent de changement.

Dualité linguistique et diversité : ancrées dans les mêmes valeurs

Laissez-moi prendre quelques instants pour vous rappeler quelques faits démographiques concernant le Canada, car cela devrait faire partie de la toile de fonds que je vous ai promise. Même pour ceux d’entre nous qui sommes Canadiens ou Canadiennes, notre esprit peut avoir du mal à véritablement saisir la nature du pays au-delà de notre région ou de notre province. Le rappel de quelques données est parfois utile.

Le Canada regroupe 30 millions d’habitants, dont plus de 9 millions de locutrices et locuteurs de langue française. De ceux-ci, 6,7 millions vivent au Québec. Le nombre de personnes parlant français vivant à l’extérieur du Québec – plus de 2 millions – est néanmoins plus important que la population francophone de 40 États membres de la Francophonie. Le Canada est en fait l’un des pays où le français est le plus parlé dans le monde après la France. C’est un bilan très positif, considérant que voilà vingt ans, la moitié des provinces n’offraient pas d’éducation en français.

Terre d’immigration, le Canada est aussi un des pays du monde qui, toute proportion gardée, accueille le plus d’immigrants et d’immigrantes. Dans une enquête menée dans 44 pays, la population canadienne s’est avérée le seul groupe ayant majoritairement, avec 77 p. 100, une opinion positive des nouveaux arrivants. Tous les autres pays étaient en dessous des 50 p. 1001. On peut donc dire que la politique canadienne de multiculturalisme, qui reconnaissait dès 1971 l’égale valeur et dignité de tous les groupes culturels, est l’expression de valeurs chères à la population canadienne.

Depuis mon entrée en poste voici presque sept ans, j’ai souvent été confrontée à une conception de la société canadienne selon laquelle dualité linguistique et diversité sont mis en opposition. Peut-être est-ce du fait que les objectifs et les publics cibles étaient différents. La dualité était destinée à désenclaver la population francophone du Canada et à lui donner plein accès aux ressources et aux services gouvernementaux. La diversité visait quant à elle l'intégration des allophones et des nouveaux immigrants dans le contexte social et politique canadien. Peut-être cette mauvaise perception est-elle renforcée par le fait que les gouvernements continuent de traiter ces deux questions totalement indépendamment l’une de l’autre.

Pour ma part, cette façon de voir m’a toujours fait sourciller, car pour moi ces deux notions sont ancrées dans les mêmes bases et sont parfaitement complémentaires. Dans chaque cas, elles alimentent les valeurs de générosité, d’égalité des chances et de respect des droits de la personne. J’irais jusqu’à dire que si l’état canadien venait à tourner le dos à la dualité linguistique ou à la diversité, l’autre s’en trouverait affaiblie.

Le thème de votre conférence est donc lié de près à l’un des enjeux fondamentaux auquel la société canadienne fait face. Dans un certain sens, la question n’est pas tant de savoir comment protéger notre identité - qui nous sommes - mais plutôt découvrir ce qui nous sommes en train de devenir. Nous devons regarder vers l’avant, vers une société aux identités plurielles, mises en relations par nos deux langues officielles.

Cette complexité émergeante de la société pose des défis importants au niveau social, mais elle se traduit également sur le plan de la famille. L’augmentation du nombre de familles exogames et le développement d’identités multiples chez les jeunes de communautés minoritaires changent la relation que les jeunes en particulier entretiennent avec la ou les langues qu’ils parlent, de même que leurs processus d’apprentissage. N’oublions pas non plus la création d’une masse critique de personnes bilingues anglais-français à l’extérieur du Québec et la croissance de grands centres urbains très cosmopolites comme facteurs importants. Il s’agit de défis qui vous touchent au premier plan comme chercheurs, comme éducateurs, comme praticiens et qui m’intéressent au premier plan comme commissaire aux langues officielles.

L’automne dernier, j’ai tenu un forum réunissant une soixantaine de personnes de divers milieux pour débattre de certains de ces enjeux, dans l’optique d’un rapprochement entre les concepts de dualité linguistique et de diversité. Nous y avons notamment discuté des succès canadiens en matière linguistique et de diversité, mais aussi des difficultés rencontrées en route.

Nous avions notamment conclu que même si ces deux valeurs ont été acceptées jusque dans la Charte des droits et libertés comme fondements de notre société, il faudrait les voir reflétées plus adéquatement et en faire une promotion plus vigoureuse. Ce thème fait d’ailleurs l’objet d’un chapitre de mon rapport annuel qui sera publié la semaine prochaine.

Je crois que la conjoncture est propice à un dialogue renouvelé sur l’expression de ces valeurs dans un ensemble de principes de gouvernances. J’exprimerais ces principes de la façon suivante :

  • Une citoyenneté unique et pleine. Pas de citoyens de deuxième classe;
  • Deux langues communes canadiennes (le français et l’anglais) qui servent à se rejoindre, à dialoguer;
  • Le partage d’un ensemble de valeurs exprimées par la Charte, en particulier l’égalité et le respect.

Ce discours vous éloigne peut-être un peu des préoccupations très pratiques pour lesquelles vous êtes venus à cette conférence, mais je tenais à vous en parler car je crois que vous faites partie de cet exercice, comme votre présence ici en témoigne.

Les besoins en recherche sur les nouvelles dynamiques qui se développent actuellement au sein des différentes communautés linguistiques sont considérables. J’aimerais d’ailleurs voir les organismes subventionnaires de recherche y porter bien plus d’attention qu’ils le font actuellement. Et bien sûr, ceux d’entre vous qui oeuvrez à titre de praticiens contribuent déjà directement à l’évolution linguistique de la société canadienne.

En conclusion : Une occasion à ne pas manquer

En terminant, un mot sur les récents développements au parlement canadien, en rapport avec notre propos d’aujourd’hui.

L’automne dernier, le Parlement a adopté un projet de loi renforçant l’obligation de toutes les institutions du gouvernement fédéral vis-à-vis de l’appui au développement des communautés de langue officielles et de la promotion de la dualité linguistique canadienne. Le projet de loi avait reçu l’appui d’une confortable majorité de parlementaire, y compris celui des députés conservateurs.

Cela signifie qu’au cours des prochains mois, les agences et ministères fédéraux seront à la recherche de partenaires pour entreprendre diverses mesures ayant un impact positif dans les domaines du développement et de la promotion. Il s’agit donc d’un bon moment pour les approcher avec des projets visant une meilleure compréhension des dynamiques entourant l’apprentissage des langues officielles et de nouvelles opportunités d’apprentissage des langues officielles. Je suis certaines que vous mettrez ces occasions à profit.

Merci et bonne conférence.


1The Pew Research Center, What the world thinks in 2002, 4 décembre 2002, voir http://people-press.org/reports/display.php3?ReportID=165.