ARCHIVÉE - Ottawa, le 29 novembre 2007

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Leadership, valeurs et langues officielles
dans le renouvellement de la fonction publique du Canada

Notes pour une allocution au 3e Forum annuel sur les bonnes pratiques
en matière de langues officielles  


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs,

Je suis très honoré de participer à ce troisième Forum annuel sur les bonnes pratiques en matière de langues officielles.

Je veux d'abord saluer le bon travail de tous ceux et celles qui, au quotidien, insufflent aux employés fédéraux le désir de faire mieux, de viser l’excellence par le bilinguisme. Je tenais, dès le départ, à rendre hommage à votre dynamisme.

Je suis heureux de voir les bonnes pratiques qui sont mises en vedette aujourd’hui. On peut dire que la cuvée 2007 est excellente.

Comme il est agréable d’applaudir des chefs de file ainsi que des pratiques exemplaires! Trop souvent, lorsqu’on parle des langues officielles, on insiste sur les manquements et les erreurs, sur ce qui a été mal fait ou négligé. Prenons donc le temps de nous ressourcer, de nous donner collectivement une petite tape dans le dos pour le travail bien fait avant de prendre un nouvel élan.

Je m’en voudrais de ne pas souligner le travail réalisé par l’Agence de la fonction publique et ses partenaires. La campagne d’information, dont le deuxième volet est présenté aujourd’hui, est bien conçue et vise à renforcer le message que la fonction publique doit être un modèle de la dualité linguistique. Il s’agit d’une initiative intéressante, et je suivrai avec intérêt les prochaines démarches.

Renouvellement, valeurs et langues officielles

Comme vous le savez, la fonction publique doit se renouveler rapidement, en raison du départ à la retraite d’un grand nombre d’employés, des développements technologiques et de la diversité croissante de la population canadienne. À ce sujet, je suis très sensible aux arguments que défend le greffier du Conseil privé, Kevin Lynch, dans le 14e Rapport annuel sur la fonction publique. Il est en effet urgent d’agir.

En fait, ce qui sous-tend cet appel pressant au renouvellement et à une plus grande responsabilisation, c’est une nouvelle vision. Cette vision est celle qui est préconisée par le Comité consultatif sur la fonction publique, nommé par le Premier ministre. Ce Comité, on se souviendra, a déclaré que – et je cite – :

[…] le renouvellement de la fonction publique du Canada doit refléter un nouvel engagement envers le respect des obligations de la Loi sur les langues officielles – tant en ce qui concerne le service au public que la langue de travail au sein de l’administration fédérale. En tant qu’institution nationale, la fonction publique doit observer pleinement les valeurs nationales.

Comme nous sommes axés sur l’avenir, nous avons tendance à oublier combien la fonction publique s’est transformée au fil des 40 dernières années, justement sur le plan des valeurs nationales.

En 1967, lorsque nous avons fêté le centenaire du Canada, il n’y avait pas de Loi sur les langues officielles, pas de Loi sur le multiculturalisme, pas de Charte canadienne des droits et libertés. L’État canadien a d’abord proclamé l’égalité du français et de l’anglais, élaboré en parallèle une politique de respect des droits fondamentaux et de notre patrimoine multiculturel, pour ensuite se doter d’instruments puissants et polyvalents qui lui permettent aujourd’hui de gérer sa diversité croissante.

Comme l’a souligné la Cour suprême du Canada, les droits linguistiques « constituent un genre bien connu de droits de la personne et devraient être abordés en conséquence1 ». C’est dire que les droits linguistiques s’apparentent aux autres droits de la personne et ils leur sont intimement liés en tant que valeurs nationales. Il faut donc les traiter « de manière équitable et équilibrée, sur un pied d’égalité et en leur accordant la même importance2 ».

Aujourd’hui, la dualité linguistique englobe l’ensemble des citoyens, sans distinction d’origine ethnique et sans égard à la première langue apprise. Bref, dans la fonction publique, comme dans la société canadienne, le bilinguisme est une grande porte à double battant qui s’ouvre sur la diversité du monde.

Toutefois, pour atteindre un tel idéal en matière d’accueil, le gouvernement fédéral, de concert avec les provinces et les territoires, doit soutenir une stratégie commune de promotion de nos langues officielles et de développement des communautés minoritaires qui les parlent. C’est pourquoi, à mon avis, il était si urgent et nécessaire de rendre exécutoire la partie VII de la Loi sur les langues officielles. Simplement dit, nous allions enfin pouvoir ramer ensemble et dans la même direction, c’est-à-dire vers l’égalité linguistique.

L’adoption, en 2003, du Plan d’action pour les langues officielles a été un temps fort de cette période de renouveau. Depuis ce temps, nos communautés minoritaires ont pu jouir d’une influence plus marquée sur les politiques et les programmes qui les concernent. Je me réjouis donc du fait que, dans le récent Discours du Trône, le gouvernement fédéral a réitéré son appui à la réalisation de la deuxième phase du Plan.

L’idée-force de cet engagement est que l’égalité linguistique est réparatrice et porteuse de progrès social. Et cette égalité linguistique se manifeste d’abord dans des résultats concrets et mesurables. Elle suppose la progression vers une égalité sur le terrain, dans et pour les communautés minoritaires. Cela encourage également un nouvel esprit de collaboration entre les institutions fédérales et les communautés minoritaires.

Le leadership par le respect

Évidemment, cette égalité pratique passe d’abord par un respect sans faille du français et de l’anglais au sein même de l’appareil fédéral. À ce chapitre, malgré de très louables progrès, il reste encore un bon bout de chemin à parcourir. Année après année, les bulletins de rendement qu’établit le Commissariat font état de manquements graves concernant l’offre active de services bilingues en personne et au téléphone.

Pourtant, est-ce si difficile de dire « Bonjour ! » et « Hello ! ». Voilà la base d’un accueil conforme aux exigences de la Loi. Et quand cette simple et petite marque de politesse et de respect ne vient pas automatiquement, comment s’empêcher de penser que nous sommes en présence d’un manque de leadership ou de discipline. Cela est vrai pour les organisations qui sont constamment en contact avec le public, comme Air Canada et Service Canada, mais aussi pour toutes les institutions fédérales.

Vous savez, comme moi, que tout succès repose avant tout sur une grande volonté de réussir. Et la réussite en matière de langues officielles réside dans le lent cumul de pratiques exemplaires. Comme l’a dit le romancier Georges Duhamel, « pour faire une grande chose, il en faut une infinité de petites ». Et la première bonne pratique est d’assurer une surveillance efficace de l’offre active à tous les niveaux.

Pour ce qui est de la langue de travail, il existe un lien évident entre le bilinguisme actif des surveillants et des cadres et l’utilisation équitable des deux langues au quotidien.

Malheureusement, les exigences linguistiques en vigueur sont souvent perçues comme des obligations formelles, comme des obstacles futiles, au lieu d’être vues comme des occasions de s’épanouir. Un tel bilinguisme à contrecœur est contre-productif, voire cynique. Le bilinguisme canadien est un banquet fastueux où tous sont conviés. Pourquoi ne pas en profiter?

Pour participer pleinement à la fonction publique, pour adhérer à ses valeurs et acquérir les compétences nécessaires à la réussite, il faut voir la maîtrise de nos deux langues nationales sous l’angle du leadership. Déclarer l’égalité du français et de l’anglais, c’est accepter le corollaire obligé de cette reconnaissance, à savoir la légitimité de l’utilisation dynamique de ces deux langues au travail. C’est aussi valoriser la contribution des employés fédéraux de chaque communauté linguistique à la construction de l’identité nationale.

Comment peut-on se définir comme un leader si on ne comprend pas ceux que l’on dirige? Comment peut-on affirmer que l’on respecte la diversité de notre pays si l’on est indifférent à ce qui se pense, à ce qui s’écrit et à ce qui se dit dans l’autre langue officielle? Le respect est au cœur de tout véritable leadership.

Depuis mon entrée en fonction, je m'attarde à observer de près les liens qui existent entre le leadership et la langue. Le fameux « niveau C » pour la communication orale requiert que la personne évaluée soit en mesure de persuader son interlocuteur dans sa langue seconde, qu’elle soit en mesure d'intervenir dans un conflit au travail, de superviser un employé, de rencontrer des leaders de la communauté ou de faire une entrevue à la radio ou à la télévision pour donner des explications sur un projet quelconque. Selon moi, ces critères ne relèvent pas tant de l’évaluation linguistique que de l’évaluation des compétences de base de leadership.

En juin dernier, j’ai entendu Jeffrey Gandz, de l’Ivey Executive Program et de l’Ivey Leadership Program, parler de leadership et de l’importance de savoir influencer et de persuader, c’est-à-dire d’incarner des valeurs, d’en faire la promotion et de les mettre en pratique. « Si les leaders n’incarnent pas les valeurs, c’est bien simple, les valeurs n’existent pas », a-t-il déclaré.

J’ai demandé à M. Gandz à quel point il était important pour les leaders d’être en mesure de communiquer avec l’ensemble de l’organisation et non seulement avec leurs subordonnés directs. Selon lui, il s’agit là de la distinction fondamentale entre un leader et un gestionnaire. On gère un secteur, mais on exerce un leadership dans l’ensemble d’une organisation. Or, être un leader dans la fonction publique signifie savoir influencer, persuader, motiver et valoriser tous les employés, en français et en anglais.

Toutefois, d’autres réflexes culturels ou sociaux devraient faire partie du leadership. Les contacts avec les employés fédéraux dans la langue officielle de leur choix permettent sans doute aux leaders d’améliorer leurs connaissances en langue seconde. Mieux encore, ils favorisent l’affinement des réflexes culturels et sociaux nécessaires à une compréhension profonde des enjeux de l’autre communauté linguistique.

Une compréhension profonde, c’est connaître l’environnement dans lequel les gens vivent : les journaux qu’ils lisent, les émissions de télévision qu’ils regardent, les films qu’ils voient, les théâtres qu’ils fréquentent. C’est aussi comprendre leurs blagues, et surtout, c’est comprendre leurs valeurs. 

Cette connaissance approfondie est essentielle si l’on veut rapprocher ce qu’on a appelé « les deux solitudes ». Une telle sensibilité à l’égard de l’autre communauté linguistique enrichit le savoir et l’expérience de ceux et celles qui apprennent sa langue. Être bilingue enrichit notre existence et nous ouvre un monde de découvertes.

Évidemment, cet élan vers l’autre langue officielle et la culture qu’elle véhicule ne s’acquiert pas à coup d’exhortations ou de réprimandes. Au contraire, il importe surtout d’offrir des possibilités d’apprentissage, d’encourager les efforts de chacun et de vanter les réussites en langue seconde. Et comme la pratique est mère du succès, la formation linguistique doit être planifiée tôt dans les cheminements de carrière des nouvelles recrues.

Conclusion

Dans ce contexte, je ne peux que me réjouir des bonnes pratiques en matière de langues officielles qui sont présentées aujourd’hui. Je sais que les pistes de solutions les plus prometteuses sont souvent le fruit d’un travail collectif. Je suis pleinement conscient aussi que ce qui peut paraître simple, élégant et naturel, tel un numéro du Cirque du Soleil, est souvent le résultat d’efforts de la part d’une équipe qui a travaillé d’arrache-pied.

En terminant, je tiens à féliciter chaleureusement de nouveau toutes les personnes présentes qui se sont mobilisées pour promouvoir notre dualité linguistique au quotidien dans l’administration fédérale. Bravo ! Et surtout, continuez, car on a besoin de vous ! Travailler pour l’égalité linguistique, c’est assurer l’ouverture, le dialogue et le partage; ainsi qu’un climat de respect.

Je vous remercie.



1 Juge LaForest, Recueil des arrêts de la Cour suprême du Canada, 2e cahier, 1988, vol. 1, la Reine c. Mercure, p. 268. 

2 La Déclaration de Vienne de 1993 affirme le caractère universel de l’ensemble des droits, ce qui place les droits culturels au même niveau que les autres. L’article 5 déclare : « Tous les droits de l'homme sont universels, indissociables, interdépendants et intimement liés. La communauté internationale doit traiter des droits de l’homme globalement, de manière équitable et équilibrée, sur un pied d’égalité et en leur accordant la même importance ».