ARCHIVÉE - London, le 29 avril 2008

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Notes pour une allocution au Forum Le français pour l’avenir


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et messieurs,
Chers élèves, 

J’ai le plaisir d’être parmi vous aujourd’hui dans le cadre de cette journée si importante qui a pour but de promouvoir l’importance du bilinguisme au Canada.

D’ailleurs, je tiens à remercier Madame McGarry ainsi que l’organisme Le français pour l’avenir pour leur contribution au milieu des langues officielles au Canada. L’épanouissement de nos deux langues officielles dépend, entre autres, du travail que fait ce type d’organisme et ce en quoi leur travail contribue à nos communautés. J’ai déjà participé aux forums de Français pour l’avenir et il me fait grand plaisir de participer à celui de London cette année. 

Comme vous, j’ai moi aussi appris le français alors que je faisais mes études secondaires près d’ici, à Toronto. À l’époque, l’immersion n’existait pas – donc, je parlais mal. Mais c’est par la suite, alors que j’étais à l’université, que je me suis rendu compte à quel point il était important de continuer à parfaire mes compétences dans nos deux langues officielles.

Plus précisément, c’était dans le cadre de ma participation à une fouille archéologique à l’Île-aux-Noix, près de Montréal, que j’ai constaté que mon français de base n’allait pas suffire. Je me trouvais parmi de nouveaux amis québécois dans une autre province avec une nouvelle culture à découvrir, mais je n’arrivais pas à communiquer ni à comprendre ceux qui m’entouraient. En raison de mon manque de compétences, j’étais stupide, inarticulé et sans sens de l’humour dans ma langue seconde.

Ce fut l’élément déclencheur dans mon cheminement vers l’excellence en bilinguisme et, paradoxalement, j’ai découvert ce qu’était l’expérience de l’immigrant.

Permettez-moi de vous donner un autre exemple. Je pense que tout le monde ici connaît Sydney Crosby, n’est-ce pas? Que pouvons-nous bien avoir en commun? Eh bien, je vous assure que ce n’est pas le hockey. Par contre, comme moi, Sydney a compris très tôt dans sa carrière l’importance de parler nos deux langues officielles. Lorsqu’il a été repêché par le club Océanic de Rimouski, il s’est vite attelé à perfectionner ses compétences en français. Aujourd’hui, alors qu’il est capitaine des Penguins de Pittsburgh, il est toujours en mesure de donner des entrevues en français aux médias, ce que son public apprécie énormément. 

Vous avez le même âge que Sydney avait lorsqu’il a pris ces décisions. Et vous avez aussi devant vous des décisions importantes à prendre pour votre avenir. 

Vous approchez la fin de vos études secondaires. Et vous devez maintenant décider si vous allez poursuivre vos études en français à l’université. Pour ceux qui veulent rester à London, l’option s’offre à vous à la University of Western Ontario qui a un département d’études françaises.  

J’ai été impressionné par l’engagement du président de Western, M. Paul Davenport, à la dualité linguistique et par les innovations dans le département introduites par M. Jeff Tenant.

Mais depuis que je suis en poste, je constate le manque d’importance accordé à nos deux langues officielles dans la plupart des universités canadiennes. À l’exception d’une poignée d’universités au pays, la plupart n’exigent plus que les étudiants qui entrent aient une bonne connaissance de l’anglais et du français, ce que je trouve dommage. Elles ne considèrent plus le bilinguisme comme un atout chez leurs nouvelles recrues. 

Vous avez tous travaillé très fort pour acquérir les compétences dont vous faites preuve aujourd’hui. Mais, si vous choisissez de ne pas poursuivre vos études en français à l’université, les statistiques ne pencheront pas de votre côté en ce qui concerne le maintien de cette langue. 

Je vous explique. Selon le recensement de 2006, dans l’ensemble, les jeunes de 15 à 19 ans au Canada ont un taux de bilinguisme plus élevé que ceux dans le début de la vingtaine. Cet écart peut être attribué, entre autres, au manque d’occasions d’apprentissage pour les jeunes à l’université.  

Il peut aussi être attribué au fait que les jeunes du secondaire laissent tomber leur programme d’immersion en vue d’obtenir de meilleures notes dans des cours plus faciles, leur accordant ainsi de meilleures chances d’accéder à l’université de leur choix. Il s’agit, selon moi, d’une lacune considérable dans le  système. Il y a ce que les économistes appelleraient un effet pervers : au lieu d’encourager les étudiants à continuer dans un programme plus difficile – l’immersion – les universités offrent une incitation de décrocher en faveur de cours plus faciles.

L’université représente pour vous la dernière étape à franchir avant d’accéder au monde du travail. Il s’agit donc du moment opportun pour vous équiper des outils dont vous aurez besoin sur le marché du travail. 

Ici, à London, l’utilisation du français en milieu de travail est, je l’admets, un peu plus limitée qu’à Ottawa ou à Montréal, peut être, mais cela ne vous empêche pas de mettre à profit vos compétences langagières. Pour un employeur unilingue anglophone, le fait d’avoir un employé qui connaît une autre langue peut être très avantageux. De nombreuses entreprises privées au Canada font affaire dans plusieurs langues avec des partenaires de partout dans le monde. Vos connaissances du français et de l’anglais demeurent donc des qualités convoitées. Bien sûr, vous avez aussi l’option de travailler pour la fonction publique, qui a des bureaux partout au pays – pas seulement au Québec et à Ottawa. Dans la dernière année, la fonction publique a embauché plus de 4000 diplômés universitaires et ces chiffres continueront d’augmenter à mesure que les enfants de l’après-guerre, les « baby-boomers », continueront de prendre leur retraite. 

Je sais que le marché du travail vous paraît encore un peu loin, mais je vous invite à persévérer. Vous devez continuer à trouver des occasions, comme cet événement aujourd’hui, de mettre à profit vos acquis. J’ai travaillé très fort pour perfectionner mon français, qui n’est pas toujours parfait, je l’admets, mais aujourd’hui, je suis fier de parler français toutes les fois que j’en ai la chance et de participer à la culture. J’assiste à des pièces de théâtre et à des concerts en français. Je lis des livres d’auteurs francophones.  

Ici, à London, vous pouvez profiter de la communauté francophone de nombreuses façons. D’ailleurs, je sais que la communauté francophone et d’immersion est très active. Entre autres, saviez-vous que vous pouvez écouter de la musique en français tous les dimanches matin sur les ondes de CHRW 94,9 FM? 

J’ai aussi remarqué que London avait un horaire assez chargé dans le cadre des Rendez-vous de la francophonie et que cet événement a permis de rassembler les jeunes d’écoles francophones et d’immersion. Quelle belle initiative! 

Aussi, vous êtes chanceux d’avoir un centre communautaire (Desloges) qui organise autant d’activités pour vous permettre de découvrir et d’apprécier la culture francophone – et franco-ontarienne. J’ai remarqué, dans le dernier calendrier d’événements, que Luce Dufault et le groupe La Ligue du Bonheur étaient passé par London. Je suis très fier de souligner qu’il s’agit d’artistes  franco-ontariens de la région d’Ottawa. 

N’ayez pas peur de participer à ce type d’événements. Je sais que souvent, on est gêné de parler une langue avec laquelle on ne se croit pas encore à l’aise. On regarde ceux qui sont capables de la parler avec admiration, pensant qu’on n’arrivera jamais à atteindre ce même niveau. 

Mais je suis ici pour vous assurer que c’est possible. Et les francophones de votre communauté sont là pour vous appuyer dans vos efforts. Ils sont d’ailleurs toujours heureux de vous accueillir parmi eux et de vous aider à mieux comprendre leur culture. 

La première fois que j’ai assisté à un concert en français, c’était en 1964, pendant ma dernière année d’école secondaire. Il s’agissait de Gilles Vigneault, un des plus grands chansonniers québécois. C’était la première fois que je faisais l’expérience de la culture francophone au-delà de mes manuels. Si je ne comprenais rien à ses paroles, j’étais quand même bouleversé par l’effet de sa musique qui m’emportait. Depuis ce temps, je demeure un adepte de la musique canadienne française.

Vous êtes chanceux! Vous avez aujourd’hui une panoplie d’artistes francophones parmi lesquels choisir. Certains d’entre vous connaissent peut-être des artistes comme Ariane Moffat, Pierre Lapointe, les Cowboys Fringants, Mes Aïeux, Les Trois Accords ou Swing, pour n’en nommer que quelques-uns. Et, grâce à la technologie et Internet, même si vous ne demeurez pas à Ottawa ou à Montréal, vous pouvez profiter de leur musique! 

Ici, à London, je sens que vous, les jeunes, êtes très enthousiastes quant au français et aux avantages du bilinguisme au Canada. Et je vous en suis très reconnaissant puisque notre avenir est entre vos mains. Vous êtes la relève. Vous êtes nos leaders jeunesse. 

Et pour vous, la langue française n'est pas tant un but qu'un début. Vous choisirez peut-être de continuer d’apprendre d'autres grandes langues du monde pour élargir encore plus vos horizons. 

Car apprendre le français n’est pas une barrière, c’est un pont – non seulement vers le Canada francophone, mais vers le reste du monde.

Merci.