ARCHIVÉE - Winnipeg, le 28 novembre 2008

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Notes pour une allocution à la Conférence pédagogique des
Éducatrices et éducateurs francophones du Manitoba


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Suzanne, Marie-Claire, Monsieur Auclair, Mesdames et Messieurs, bonjour.

Premièrement, je tiens à vous remercier de m’avoir invité à célébrer avec vous le 40anniversaire des Éducatrices et éducateurs francophones du Manitoba. À titre d’organisme représentant les enseignants de français et d’immersion française, le travail que vous faites se fait sentir, ici, au Manitoba. Je vous félicite également du fait que vous êtes la seule association au pays qui réunit les enseignants de l’immersion et du système de langue française. D’ailleurs, la communauté francophone du Manitoba connaît une vitalité presque sans pareille dans l’ensemble du Canada. Vous avez donc de quoi être très fiers.

Le thème de cette conférence, « À travers les accents », vient particulièrement me toucher – et pas seulement à cause de mon accent. Il démontre très bien que la francophonie a de nombreux visages – qu’elle est composée de francophones d’ici, mais aussi de francophones d’ailleurs au pays, d’ailleurs dans le monde et encore de francophiles de tous les horizons qui partagent notre amour de la langue.

Ce thème montre également que notre francophonie canadienne – et manitobaine – a connu une évolution considérable dans les dernières décennies. D’ailleurs, les enjeux qui l’affectent sont bien différents aujourd’hui. Le droit à l’enseignement en français et à la gestion scolaire étant acquis, il s’agit maintenant d’assurer la vitalité de nos communautés et de bâtir sur les droits que nous avons acquis jusqu’à présent.

À titre de commissaire, j’ai eu l’occasion, à quelques reprises, de venir à Winnipeg et de témoigner de la cohésion remarquable qui existe au sein de la communauté francophone. Tout récemment, j’y étais pour le Forum sur les droits linguistiques de la Société franco-manitobaine. Par l’entremise de tels événements, il est apparent que la vitalité de votre communauté est toujours aussi puissante. De plus, je peux vous affirmer qu’elle sert d’exemple aux autres communautés francophones en situation minoritaire dans le reste du pays.

En tant qu’enseignants, vous devez mettre à contribution les nombreux « accents » qui se retrouvent aujourd’hui dans vos salles de classe dans vos efforts de construction identitaire chez vos jeunes. Ce nouveau visage de la francophonie présente des occasions pour rassembler chaque membre de votre communauté autour d’un point commun – la langue française.

Nouvelles réalités de la francophonie canadienne

Bien que plusieurs facteurs influencent la francophonie canadienne telle que nous la connaissons aujourd’hui, j’aimerais m’attarder sur un sujet en particulier – celui de l’immigration.

On attribue aujourd’hui à l’immigration 70 p. 100 de la croissance démographique du pays. Et l’on s’attend à ce que le nombre d’immigrants continue d’augmenter au cours des prochaines années. Il y a trois ans, Statistique Canada prévoyait qu’en 2017, un Canadien sur cinq appartiendrait à un groupe de minorité visible. En ce moment, pour chaque immigrant de langue française, le Canada en compte presque 10 de langue anglaise. Cette disproportion est davantage accentuée dans les communautés francophones en situation minoritaire, puisque la majorité des immigrants francophones choisissent de s’établir au Québec. En effet, si 22,3 p. 100 de la population anglophone du pays se composent d’immigrants, un peu plus de 8 p. 100 des francophones dans l’ensemble du pays, y compris le Québec, proviennent de l’immigration. Au Manitoba, les immigrants représentent 5 p. 100 de la communauté franco-manitobaine, et, selon le recensement de 2001, ce chiffre est à la hausse1.

L’immigrant d’expression française qui s’établit dans une communauté francophone hors Québec se retrouve au sein d’une collectivité où la force, le nombre et l’accessibilité des institutions et des services varient grandement d’une région à l’autre. Malgré tout, les immigrants d’expression française font souvent face à un manque de services adéquats en français capables de répondre à leurs besoins. Le résultat : parmi les immigrants qui choisissent initialement de s’installer dans une communauté francophone en situation minoritaire, seulement la moitié en feront toujours partie 10 ans plus tard2. C’est une démonstration, si on en avait besoin, d’assimilation accélérée.

On ne peut s’empêcher d’établir un parallèle entre ces transferts linguistiques parmi les immigrants qui ne parlent que le français à leur arrivée au Canada et ce qu’ont vécu, et vivent traditionnellement, les communautés francophones en raison de l’assimilation. Ensemble, nous devons faire en sorte que les nouveaux arrivants puissent s’épanouir dans la langue officielle de leur choix et veiller à ce qu’ils ne deviennent pas forcément des victimes du transfert linguistique.

Notez que le défi d’attirer les immigrants d’expression française dans les communautés en situation minoritaire et de les y intégrer, est étroitement lié au succès de la dualité linguistique dans l’ensemble du Canada. Les pratiques d’immigration du pays doivent donc viser à renforcer les communautés minoritaires. Sinon, le déséquilibre continuera de s’accroître et celles-ci ne pourront bénéficier du dynamisme qu’apportent les nouveaux arrivants à la société canadienne.

La diversité culturelle et linguistique des communautés francophones se compose de multiples éléments, et présente de nombreuses facettes. L’épanouissement de la diversité culturelle et linguistique fait partie de notre mandat. Pour ma part, j’y attache une grande importance et je vais continuer d’examiner de quelle façon la dualité linguistique et la diversité culturelle cohabitent à l’intérieur de la société canadienne.

À cet effet, j’encourage les francophones à prendre part aux discussions sur la reconnaissance des compétences, le renforcement des capacités linguistiques et le soutien au logement et à l’employabilité des nouveaux arrivants. Toutes ces questions concernent des membres de vos communautés.

L’éducation doit, elle aussi, faire l’objet de discussions. Ici, au Manitoba, il revient à vous, les enseignants et organismes travaillant dans le milieu de l’éducation en français, de voir comment les programmes peuvent être mis en œuvre et la matière présentée de façon à mieux tenir compte de la diversité. L’accueil des enfants de l’immigration est primordial pour la vitalité de votre communauté. Il vous revient de leur donner l’occasion de trouver leur place dans cette nouvelle culture. Ce faisant, vous leur offrez un milieu de choix pour apprivoiser leur nouvelle communauté. En effet, la salle de classe est la porte d’entrée vers la société canadienne.

On ne peut plus baser l’identité uniquement sur un passé commun, compte tenu de l’apport grandissant des minorités ethnoculturelles au développement de nos communautés francophones. Aujourd’hui, il faut valoriser toutes les cultures qui composent la francophonie. Et il faut reconnaître les problèmes distincts des réfugiés.

La croissance démographique du Canada dépend, entre autres facteurs, de l’immigration. On ne peut donc s’étonner que, selon les données du recensement de 2001, les foyers exogames représentent aujourd’hui 37 p. 100 de la population des communautés francophones hors Québec et acadiennes, tandis que leurs enfants représentent 63 p. 100 des jeunes qui sont admissibles à l’école française3. Ainsi, ces foyers exogames constituent de loin la majorité de la clientèle potentielle des systèmes scolaires francophones. Nous parlons évidemment, dans ce cas, des enfants de parents que nous définissons comme des « ayants droit ».

Des efforts massifs de recrutement auprès des familles exogames sont présentement en cours dans plusieurs des conseils scolaires francophones du pays. Cependant, nous savons fort bien que le nombre d’inscriptions n'est pas le seul problème à résoudre. En effet, les enfants issus de milieux mixtes parlent souvent, à la maison, une langue autre que le français. Leur connaissance du français peut donc se révéler très limitée à leur arrivée à l’école.

Par contre, il nous faut reconnaître le rôle que jouent leurs parents, qui parlent plus d’une langue, dans le rapprochement des communautés et des cultures. L’attachement que développera l’enfant envers la communauté francophone dépendra également de l’encadrement culturel que lui procureront l’école et le travail soutenu des enseignants, tout au long de son parcours scolaire.

Je l’ai souvent dit, les conseils scolaires francophones sont condamnés à offrir un enseignement de qualité supérieure. Aucun parent ne doit avoir à choisir pour ses enfants entre une bonne école et une école de langue française. Aucun parent de ne va sacrifier l’éducation de son enfant pour un principe. À cause de cela, une très forte culture d’excellence s’est développée au sein du réseau français.

Bien sûr, il ne s’agit pas seulement de regarder les programmes de français, mais aussi ceux d’immersion. Ce ne sont pas tous les jeunes provenant de l’immigration qui ont accès à l’école de langue française. Par contre, pour plusieurs, leurs parents ont reconnu l’importance pour eux d’apprendre les deux langues officielles. Ils occupent donc une place d’importance dans les programmes d’immersion. Ces derniers s’ajoutent au groupe des francophiles – groupe que les communautés francophones doivent aller chercher comme allié de leur cause et de leur vitalité.

Ces francophiles s’ajoutent aux nombres qui apprécient la langue française. Ils appuient les arts et la culture. Ils sont en mesure de profiter de tous les volets offerts par votre communauté. N’oubliez donc pas de leur tendre la main et d’assurer des partenariats entre les écoles francophones et les écoles d’immersion.

2. Construction identitaire

Les arts, la culture, les écoles – ils font tous partie des espaces francophones établis par votre communauté. Il s’agit d’ailleurs d’un sujet que j’ai abordé lors du Forum sur les droits linguistiques au Manitoba de la Société franco-manitobaine, qui a eu lieu le 18 octobre dernier.

Au Manitoba, la présence d’espaces francophones prend de l’ampleur depuis quelques années. Il y a 15 ans, seulement quatre municipalités étaient officiellement bilingues au Manitoba. Aujourd’hui, il y en a 17. Et celles-ci s’engagent à promouvoir les deux langues officielles grâce, entre autres, au leadership de la communauté francophone.

Et ce leadership de la part de toutes les communautés francophones dans l’ensemble du Canada est essentiel pour assurer leur vitalité et leur visibilité. Ces communautés doivent se doter d’excellents moyens de communication, y compris des journaux, des postes de radio et des chaînes de télévision francophones. Elles doivent soutenir le milieu culturel, qui joue un rôle primordial dans leur identité. Bien sûr, la communauté francophone du Manitoba a déjà une bonne longueur d’avance à cet égard.

À titre d’enseignants, vous vous retrouvez dans une position de grande importance et d’influence auprès de vos élèves. Dans les communautés francophones en situation minoritaire, je constate que la langue française continue d’être associée à des concepts folkloriques chez certains jeunes. Ils ne comprennent pas toujours le besoin de cette langue dans le contexte actuel. Dans votre rôle, vous pouvez leur montrer les avantages de la langue, de l’appartenance à la communauté francophone et de l’importance d’accorder au français une place à tous les échelons de la communauté.

Tel que je l’ai mentionné plus tôt, les jeunes d’aujourd’hui peuvent profiter des droits acquis pour eux par leurs parents.

Bien qu’il reste du chemin à faire à certains égards, ces jeunes peuvent maintenant concentrer leurs efforts sur des initiatives servant à soutenir la vitalité de leur communauté. Ils peuvent travailler à façonner l’identité francophone de manière à refléter leur réalité, qui est actuelle. Ils peuvent s’approprier la francophonie au moyen d’activités et d’initiatives culturelles et sportives comme Francoforce ou les Jeux de la francophonie canadienne. Les derniers Jeux ont eu lieu à Edmonton cette année, et cette présence d’événements pour jeunes francophones de partout au Canada au cœur d’une communauté francophone en situation minoritaire permet de promouvoir la vitalité qui existe dans nos communautés.

Je vous encourage à faire la promotion des activités et événements auprès de vos élèves afin qu’ils puissent s’épanouir dans la communauté francophone, apprendre à connaître les autres francophonies du pays et être enthousiastes quant à leur avenir dans leur communauté ou, du moins, dans la francophonie canadienne.

Au-delà de vos responsabilités envers vos élèves, je vous invite à faire preuve d’une plus grande visibilité à l’intérieur de la communauté francophone. Soyez présents dans les arts et la culture. Soyez présents dans les divers organismes communautaires. N’hésitez pas à demander vos services en français. C’est ainsi que vous encouragerez tous ceux qui sont autour de vous à faire de même.

Conclusion

La construction identitaire et les espaces francophones sont des éléments essentiels de la vitalité d’une communauté. Mais ça ne s’arrête pas là! Lorsqu’il est question d’apprendre la langue et la culture, cet apprentissage peut nous servir bien plus largement dans cette ère de mondialisation. Pour certains, le français est une première langue acquise, suivie par l’anglais. Pour d’autres, le français est une deuxième langue acquise, précédée par l’anglais. Pour d’autres encore, le français est une troisième et même une quatrième langue acquise.

Je dis souvent qu’une connaissance de nos deux langues officielles constitue un point d’entrée dans le monde, dans d’autres cultures et dans d’autres langues. Mais l’inverse est aussi vrai, comme le démontrent les nouveaux arrivants au Canada qui font preuve de passion envers notre histoire et les langues qui s’y rattachent.

Vous, les enseignants francophones du Manitoba, côtoyez vos homologues dans l’ensemble du pays et partagez deux buts communs avec eux : assurer la vitalité de la langue française et offrir à nos enfants des outils indispensables pour réussir dans ce monde. Pour ce, je vous félicite de l’excellence dont vous faites preuve dans votre travail.

Vous êtes des leaders. Vous êtes des modèles. Vous êtes une source d’inspiration aux yeux des jeunes et de votre communauté.

Merci.


1. Statistique Canada, recensement de 2006, 97555XCB2006054 et recensement de 2001, 97F0007XCB01043.

2. Commissariat aux langues officielles, L’immigration et l’épanouissement des communautés de langue officielle au Canada : politiques, démographie et identité, 2002.

3. Statistique Canada, Profil des langues au Canada : l’anglais, le français et bien d’autres langues (série analyses, recensement 2001), 96F0030XIF2001005.