ARCHIVÉE - Ottawa, le 28 septembre 2009

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Notes pour une comparution devant le Comité permanent des langues officielles
du Sénat sur la préparation des Jeux olympiques de 2010


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Membres du Comité sénatorial des langues officielles, bonjour.

Je suis accompagné aujourd’hui de Johane Tremblay, commissaire adjointe par intérim, Politiques et Communications et de Ghislaine Charlebois, commissaire adjointe, Assurance de la conformité.

Je suis heureux de pouvoir échanger avec vous sur mon rapport de suivi des Jeux olympiques et paralympiques de 2010 à Vancouver, que j’ai publié tout récemment. J’ai été heureux de voir que votre comité a également rendu public son rapport sur le sujet et vos recommandations m’ont impressionné. L’intérêt soutenu de votre comité pour cette question a été un apport important à l’avancement de ce dossier d’envergure.

Au mois de décembre 2008, j’ai publié un rapport soulignant des lacunes importantes quant aux obligations en matière de langues officielles du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de 2010 à Vancouver (le COVAN) et de Patrimoine canadien. J’avais également souligné la bonne volonté et l’engagement du COVAN, mais aussi les nombreux défis qu’il restait à surmonter pour faire des Jeux d’hiver de 2010 un événement qui reflète la nature du Canada et sa dualité linguistique.

Je constatais notamment que plusieurs institutions fédérales ne réalisaient pas que les Jeux constituent un test important de leur capacité à servir le public dans les deux langues officielles. Mon personnel a donc mené une campagne de sensibilisation auprès des institutions fédérales l’hiver dernier.

À cinq mois de la tenue des Jeux, je constate que des progrès importants ont été réalisés. Beaucoup a été fait par le COVAN, et certaines institutions fédérales ont mis sur pied des initiatives novatrices pour offrir au public une « performance d’envergure olympique » mais aussi authentiquement canadienne.

Cependant, le rapport de suivi que j’ai publié souligne un bon nombre de lacunes importantes. Si ces lacunes ne sont pas rectifiées rapidement, elles pourraient compromettre le succès des Jeux sur le plan des langues officielles.

Le temps presse et un coup de barre s’impose. Il ne reste que 137 jours avant le début des Jeux. Pour être fins prêts lorsque le signal de départ retentira, le COVAN, Patrimoine canadien et les diverses institutions fédérales qui offriront des services aux Canadiens et aux visiteurs dans le cadre des Jeux doivent poser des gestes décisifs au cours des prochaines semaines.

Mon rapport de suivi contient 11 recommandations. Certaines concernent le COVAN, d’autres, Patrimoine canadien dans son rôle de coordination et plusieurs s'adressent aux institutions fédérales, notamment celles présentes dans les grands aéroports du pays.

Le COVAN

La plupart des recommandations s’adressant au COVAN portent sur le recrutement et l’encadrement des bénévoles, la signalisation, la traduction et la prestation de services au public.

J’ai été heureux d’apprendre que le gouvernement fédéral a annoncé un investissement supplémentaire de 7,7 millions de dollars destinés à la traduction, à la signalisation pour les sites olympiques et aux cérémonies de remise des médailles. Étant donné l’urgence et l’importance de l’enjeu, il était grand temps que le COVAN et Patrimoine canadien trouvent une solution. Cette annonce est bien sûr positive. Le COVAN a maintenant tous les moyens à sa disposition pour réussir et pour assurer le plein respect de toutes les clauses de l’Annexe A de l’Entente multipartite. Je m’attends à ce que les fonds supplémentaires dont disposera le COVAN donnent des résultats concrets qui permettront aux athlètes, aux représentants des médias et à la population canadienne d’avoir une expérience positive lors des Jeux.

Cela dit, il ne faudrait pas que les autres lacunes soulignées dans mon rapport de suivi soient ignorées.

Des changements récents au modèle que le COVAN compte utiliser pour l’affichage extérieur sont très encourageants. Je reste cependant préoccupé par le peu d’empressement démontré par les partenaires municipaux et provincial du COVAN à ce chapitre. L’exemple de l’Anneau olympique de Richmond est le symptôme d’un problème bien plus large. Les fonds supplémentaires pour la signalisation devraient permettre au COVAN d’éviter qu’une telle situation ne se reproduise.

Concernant les bénévoles, le rapport de suivi note que l’évaluation du niveau de bilinguisme des bénévoles est adéquate. Également, le COVAN semble en voie d’atteindre son objectif de 3500 bénévoles bilingues, sur un total de 25 000. Cette proportion de 14  p. 100 semble toutefois ne laisser que très peu de place au déplacement et au remplacement du personnel. Le plan de répartition des bénévoles devra inclure des moyens d’affecter les bénévoles bilingues là où ils sont requis, et ce, en tout temps.

Comme vous le notez dans votre rapport, j’ai aussi trouvé le spectacle du compte à rebours très décevant du point de vue du reflet de la francophonie au pays. La qualité des festivités culturelles entourant les Jeux devra être grandement supérieure pour permettre à tous les Canadiens de s’y reconnaître et pour projeter une image complète de la richesse culturelle du Canada. Cela est particulièrement vrai pour les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux, des spectacles qui seront diffusés à l’échelle de la planète.

Voilà, en gros, ce dont mon rapport fait état concernant les aspects sous la responsabilité du COVAN.

Les institutions fédérales

Pour la plupart des gens qui iront à Vancouver pour célébrer, travailler ou participer aux compétitions, l’expérience olympique commencera à l’aéroport et dans d’autres lieux où des institutions fédérales sont en contact avec le public. C’est pourquoi mon rapport examine en détail les mesures prises par ces institutions. Nous avons également effectué une série d’observations en personne de la disponibilité du service à de nombreux endroits.

Les résultats m’inquiètent considérablement.

Notre analyse des observations sur le terrain montre que, malgré les efforts accomplis par certaines institutions pour améliorer leurs résultats, le réflexe d’offrir activement le service en français et en anglais n’est pas généralement présent.

De façon générale, les aéroports ne sont pas prêts à accueillir les gens dans les deux langues officielles. Les services en français sont souvent complètement absents. Et lorsqu’ils existent, les employés ont quand même tendance à faire le premier contact avec les visiteurs en anglais seulement. À l’aéroport de Vancouver – la porte d’entrée des Jeux! – les contrôles de sécurité, Air Canada, de même que les autorités aéroportuaires obtiennent des résultats particulièrement alarmants, y compris une note de zéro pour l’accueil bilingue par les concessionnaires de l’aéroport de Vancouver. En tant que fournisseur officiel et aéroport hôte des Jeux de 2010, l’aéroport de Vancouver accueillera des milliers de voyageurs. Si l’on se fie aux résultats des observations, le maintien du statut quo est évidemment insuffisant. La situation est aussi loin d’être parfaite à l’aéroport Pearson de Toronto. Ce dernier est le plus important aéroport du Canada et un centre névralgique. Par conséquent, une grande partie des visiteurs qui se rendront aux Jeux de 2010 y feront escale.

Du côté plus positif, je tiens tout de même à souligner que les employés de Parcs Canada et de Service Canada peuvent offrir un service bilingue dans presque tous les cas. Ces institutions doivent cependant s’assurer que tous leurs employés accueillent les visiteurs dans les deux langues officielles pour leur indiquer qu’un service bilingue est disponible. La Société canadienne d’hypothèques et de logement, qui administre le site important de Granville Island, semble elle aussi être en mesure d’offrir des services bilingues, mais fait face aux mêmes défis quant à l’accueil bilingue.

J’ai demandé à chacune de ces institutions de partager avec moi, après les Jeux, un rapport d’évaluation de leur rendement quant à l’usage des deux langues officielles. J’espère qu’il s’agira surtout d’histoires de succès et d’innovation, plutôt que d’échecs embarrassants.

En conclusion, je tiens à préciser une dernière chose. Les Jeux olympiques et paralympiques de 2010 à Vancouver sont les Jeux de tous les Canadiens, et il est essentiel que ces Jeux reflètent les valeurs canadiennes, dont fait partie la dualité linguistique. Je ne veux pas que les visiteurs se fassent accueillir par des phrases comme : « Sorry, I don’t speak French ».

J’appuie aussi votre troisième recommandation, qui traite de la nécessité d’élaborer des outils pour les bénévoles afin d’assurer une offre active de service dans les deux langues officielles. Mon propre rapport de suivi comprend également une recommandation à l’intention des institutions fédérales qui va dans le même sens.

Pour ma part, je crois qu’il est nécessaire de mettre en place un système, un protocole ou une méthode qui permettrait au personnel du COVAN, aux agents de sécurité ou à d’autres employés de dire à un visiteur « Un instant s’il vous plaît! » et de demander à un collègue bilingue de prendre la relève.

Dans l’Ouest canadien, 600 000 personnes maîtrisent nos deux langues officielles, dont la moitié habitent la Colombie-Britannique. Plusieurs institutions fédérales prouvent chaque jour que les langues officielles sont une composante importante d’un service de qualité. Et là où il existe des défis, des solutions existent aussi. Des solutions élaborées par les différents acteurs eux-mêmes ou avancées dans mon rapport.

Je suis heureux de constater les progrès accomplis, mais inquiet de voir que certains éléments clés ne sont toujours pas en place. Les différents acteurs doivent agir maintenant pour donner le coup de barre nécessaire.

Les Jeux constituent un événement d’envergure internationale et une occasion unique pour mettre en valeur la dualité linguistique comme valeur fondamentale du Canada. Les attentes de la francophonie internationale à l’égard du Canada sont élevées. Comme le souligne M. Raffarin, ancien premier ministre français et Grand Témoin de la francophonie aux Jeux de Pékin, « Le Canada étant officiellement un pays bilingue, personne ne comprendrait que le français y soit en retrait ».

Merci. Il me fera plaisir de répondre à vos questions.