ARCHIVÉE - Caraquet, le 27 mars 2009

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La diversité culturelle et son rôle dans l’évolution de l’identité acadienne

Notes pour une allocution à la Conférence « Culture et identité » de Caraquet


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Vous serez sans doute d’accord avec moi : la question de l’identité que vous aborderez au cours de cette conférence n’est pas nouvelle. C’est un concept que les membres des communautés de langue officielle partout au Canada cherchent à mieux définir depuis bien longtemps, tentant de mieux comprendre leur place au sein de la majorité.

Les questions identitaires sont complexes et difficiles. Comment peut-on être, en même temps, accueillant et solidaire? Comment peut-on partager une culture qui a été façonnée par des luttes historiques et marquée souvent par le rejet ou la discrimination par la majorité? Comment peut-on élargir le « nous » sans perdre notre sens?

Il n’est donc pas surprenant qu’au fil des ans, des décennies, et pour l’Acadie, des siècles, que ce discours ait évolué considérablement. À tel point qu‘à mon avis, les communautés de langue officielle ont une compréhension beaucoup plus approfondie du contexte d’identité que la société canadienne en général en raison des nombreux défis qu’elles ont dû affronter et surmonter pour assurer leur vitalité.

Au Canada, la langue est un facteur important de l’identité qui parfois nous unit, parfois nous sépare.

En Acadie, comme dans les autres communautés de langue officielle en situation minoritaire, la langue est un facteur unificateur, surtout lorsqu’on considère le nouveau visage du Canada et de la francophonie. Ces communautés regroupent aujourd’hui des visages, dialectes, cultures et traditions très variés. Mais une chose les rattache : la langue. Ici, en Acadie, c’est le partage du français qui permet aux Acadiens de souche et aux nouveaux arrivants de se rassembler autour d’un point commun au sein de la société. Et il faut reconnaître que les Finn, les Kenney et les Smith sont aussi des Acadiens de souche.

La diversité a toujours fait partie de l’histoire canadienne, mais son intensité et sa variété est surtout récente. De la Confédération jusqu’au milieu du XXe siècle, le Canada favorisait l’immigration d’origine européenne. Mais la référence à la nationalité dans la politique d’immigration a été retirée dans les années 1960, favorisant plutôt le niveau d’études et les compétences1. Cela a permis une immigration plus diversifiée, ce qui nous mène aujourd’hui à tenter de comprendre comment cette diversité s’insère aujourd’hui dans notre identité. Quant à elle, l’Europe vit cette diversité de façon particulièrement intense. D’abord depuis la fin du colonialisme et, plus récemment, depuis la chute du mur de Berlin, qui a intensifié la migration au sein de l’Europe.

Un des résultats : en Irlande, qui reçoit beaucoup d’immigrants de l’Europe de l’Est, on voit les classes d’instruction de la langue irlandaise, conçues pour que les Irlandais puissent apprendre la langue ancestrale qu’ils avaient perdue, remplies d’immigrants. Pour eux, l’apprentissage de cette langue traditionnelle et unique à l’Irlande est devenu une façon d’appartenir à leur nouveau pays.

Dans son ouvrage intitulé Les identités meurtrières, Amin Maalouf réfléchit à cette question d’identité. Immigrant lui-même en France, il se demande s’il doit s’affirmer libanais ou français? Selon lui, il n’a pas à choisir entre les deux puisque c’est son appartenance aux deux communautés qui le définit.

Les appartenances simultanées à de multiples groupes sociaux, voire à plusieurs cultures, sont l’une des clés qui aident à saisir le concept d‘identité dans le contexte d’une société moderne. Selon cette pensée, il n’est pas contradictoire alors de dire que la dualité linguistique et la diversité culturelle peuvent coexister et même s’appuyer.

Clive Doucet (qui, par coïncidence, est mon conseiller municipal à Ottawa), se dit acadien « exilé ». Suivant les Retrouvailles au Congrès mondial acadien de 1994, il a écrit un ouvrage de son expérience intitulé Notes from Exile. S’il admet s’être toujours posé des questions sur son identité acadienne, son expérience des retrouvailles lui a permis de mieux comprendre qui il était et d’où il venait. Pour sa part, il affirme, en parlant de la terre natale de son père : « This is the magic of Acadie and its gift to the world: a notion of inclusivity, of peaceful community, of caring for your neighbours2 ». Cette communauté n’est pas définie par des frontières, mais bien par son peuple. Il ajoute : « identities and nations are created by people, not cosmic fiat3 ».

Je crois que cela en dit long sur le peuple acadien. Vous êtes un peuple qui ne se définit pas en fonction de son territoire. Et l’identité acadienne est suffisamment forte pour continuer de s’affirmer malgré la diversité territoriale qui existe en son sein. Les Acadiens de Terre-Neuve, les Cajuns de la Louisiane et toutes les autres communautés de la diaspora acadienne ont leur mœurs et coutumes qui leur sont propres.

C’est une persistance culturelle que Zachary Richard a découvert, il y a bientôt 35 ans, quand il a visité le Nouveau-Brunswick pour la première fois et a rencontré des LeBlanc, des Landry et des Thériault qui parlaient exactement comme ses voisins, ses oncles et ses tantes de la Louisiane – séparés de l’Acadie depuis plus que deux siècles.

Quant à eux, les nouveaux arrivants s’ajoutent aujourd’hui à cette diaspora avec leurs propres mœurs et coutumes. Bien qu’ils seront toujours camerounais, belges, malgaches, québécois ou franco-ontariens, ils sont aussi de nouveaux Acadiens. Afin de les retenir au sein de vos communautés, il sera important de poursuivre vos efforts pour vous assurer qu’ils reçoivent des services d’accueil et d’intégration adéquats. Il s’agira aussi d’un bon moyen pour les aider à trouver leur place au sein de vos communautés.

Rôle du gouvernement fédéral

Avant de laisser à penser que le poids de l’intégration doive reposer en entier sur les épaules de la communauté, laissez-moi tout de suite aborder le rôle des gouvernements.

Si l’intégration doit se faire sur le terrain, c’est quand même le gouvernement fédéral qui est responsable des premiers pas. Dès le moment où les immigrants font leur demande auprès d’une ambassade ou d’un consulat du Canada, il faut identifier les candidats qui peuvent s’exprimer en français ou qui souhaiteraient le faire; les renseigner au sujet des possibilités de vivre en français en Acadie; appuyer leurs démarches auprès des organismes professionnels et des employeurs éventuels qui offrent un milieu francophone; et leur faciliter l’accès aux écoles de langue française.

Le gouvernement fédéral s’est engagé, en 2001, à favoriser le développement et l’épanouissement des communautés minoritaires de langue officielle dans le cadre de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, loi qui a été modifiée par la suite en 2002 et de nouveau dans le cadre d’un plan d’action quinquennal 2003-2008 dont nous commençons à voir certains résultats. De son côté, Citoyenneté et Immigration Canada a mis sur pied un comité directeur pour promouvoir l’immigration francophone en 2002, en plus d’élaborer, en 2003, un cadre stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire.

Le dernier Plan d’action pour les langues officielles accordait un investissement de neuf millions de dollars, répartis sur cinq ans, pour le recrutement et l’intégration des immigrants d’expression française. De son côté, la Feuille de route accorde également 20 millions de dollars pour l’immigration, en plus de 10 millions de dollars pour l’immigration francophone au Nouveau-Brunswick. Mais peu de détails ont été fournis à cette fin. J’espère que le gouvernement nous donnera des précisions dans les plus brefs délais quant aux investissements accordés.

D’ailleurs, il faudra des sommes beaucoup plus considérables pour réussir la pleine mise en œuvre du Plan stratégique pour l’immigration dans les communautés francophones. Les francophones eux-mêmes devront continuer de prendre part aux discussions sur la reconnaissance des compétences, comme c’est le cas dans le cadre du Consortium national de formation en santé, le renforcement des capacités linguistiques et le soutien au logement et à l’employabilité des nouveaux arrivants. Toutes ces questions concernent les employeurs des secteurs public et privé, mais aussi les membres de vos communautés.

Situation nationale

Le Canada compte énormément sur l’immigration pour sa croissance démographique. À ce jour, les immigrants représentent 70 p. 100 du taux de croissance et ces données sont à la hausse. Si l’on compare le Canada anglais au Canada français, pour chaque immigrant de langue française, le Canada en compte presque 10 de langue anglaise.

Cette disproportion s’accentue davantage dans les communautés francophones en situation minoritaire. Par exemple, les immigrants représentent seulement le seizième de la population francophone. Dans les provinces de l’Atlantique, les proportions d’immigrants sont beaucoup plus basses. Au Nouveau-Brunswick, un membre de la communauté francophone sur 50 est un immigrant. À Terre-Neuve, cependant, près d’un sixième de la population francophone provient de l’immigration. Cela démontre bien, selon moi, l’importance que peut représenter l’apport de l’immigration à la vitalité de nos communautés en situation minoritaire4.

Pour maintenir leur vitalité, les communautés francophones doivent attirer et garder un pourcentage d’immigrants, pourcentage qui correspond au moins à leur poids démographique existant, soit de 4,4 p. 100 de la population canadienne à l’extérieur du Québec. Cet apport démographique est essentiel à la survie de nos communautés. 

Dans les provinces de l’Atlantique, moins d’un quart des immigrants ont une connaissance des deux langues officielles. La proportion de ceux qui ont seulement une connaissance du français est encore plus basse. Pour la plupart, il s’agit de 2 p. cent des immigrants5. Si l’on tient compte uniquement de ces données, on peut voir qu’à l’heure actuelle, le nombre d’immigrants francophones n’est pas suffisant pour assurer la croissance démographique nécessaire à la vitalité de nos communautés.

Le Plan stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire de Citoyenneté et Immigration Canada confirme ces données. Cependant, il note également que ces immigrants ont leur place dans la croissance démographique de nos communautés de langue officielle et qu’on doit les appuyer pour ne pas les perdre à l’assimilation au sein de la majorité. Toutes les parties doivent agir et collaborer dès maintenant afin de mieux identifier, sélectionner, accueillir et intégrer les immigrants d’expression française – et ce, tout en intégrant une dimension croissante de diversité. Pour y arriver, ça va de soi. Chaque communauté francophone doit participer au dialogue sur la diversité croissante, afin de permettre la bonne intégration des nouveaux arrivants.

Permettez-moi de vous donner deux exemples : un qui est positif, l’autre moins.

L’exemple positif, c’est ce qui s’est produit au Manitoba. D’abord, les gouvernements fédéral et provincial, ainsi que la communauté travaillent ensemble. Il y a des voyages de recrutement des immigrants à l’étranger – et des membres de la communauté y participent. La Société franco-manitobaine a embauché une personne – originaire elle-même de Mali – pour travailler sur l’accueil des immigrants. Des membres du Réseau de développement économique et d’employabilité (RDÉE) rencontrent les immigrants et les réfugiés à l’aéroport. La communauté organise un système de transport pour que les enfants puissent s’inscrire dans une école française, même si la famille est hébergée de façon temporaire loin de l’école.

L’exemple négatif, c’est ce qui se produit dans une autre province que je nommerai pas. La collaboration entre les gouvernements et la communauté est moins développée. Les immigrants et les réfugiés sont accueillis à l’aéroport par un organisme anglophone qui ne les informe pas de l’existence des écoles françaises et des cliniques qui offrent des services en français. Même s’ils parlent français, ceux dont la langue maternelle est l’arabe ou une langue africaine comme le wolof sont dirigés vers des institutions qui les intègrent à la majorité anglophone. Il y a donc deux perdants dans cette situation : l’immigrant ou le réfugié, qui aurait été mieux servi en français; et la communauté minoritaire.

Situation en Acadie

Le thème de l’identité – et de la diversité – n’est pas nouveau pour l’Acadie. Maintes réflexions se sont effectuées en ce sens, en vue de voir comment s’insèrent les communautés variées de la diaspora acadienne et leurs citoyens dans les mœurs et coutumes diverses. Cependant, lorsque la « diversité » est représentée par les nouveaux arrivants, l’expérience est assez récente pour la plupart des communautés francophones acadiennes. De plus en plus, elles se dotent de structures d’accueil et d’intégration, mais ces services sont encore jeunes et en voie de développement et de consolidation.

Le mois dernier, la Société nationale de l’Acadie a organisé un colloque qui traitait justement de cette question. Il s’agit d’une initiative prometteuse qui montre que l’Acadie continue de déployer les efforts nécessaires pour attirer et retenir ces immigrants. J’espère également que l’Acadie aura son bureau – ou ses bureaux! - d’immigration, qu’il soit situé à Caraquet ou ailleurs6. Une telle infrastructure assurerait que les nouveaux arrivants ont une meilleure connaissance de leur communauté d’accueil et des outils et services à leur disposition, dès leur arrivée. Si le contact a lieu alors que les familles ont déjà inscrit leurs enfants à l’école de langue anglaise, la partie est déjà à moitié perdue.

Ces nouveaux arrivants peuvent vouloir vivre en français dès leur arrivée au pays, mais cela peut être difficile s’ils se trouvent dans une communauté de langue officielle en situation minoritaire. Ils ont parfois un choc lorsqu’ils arrivent, par exemple, au Nouveau-Brunswick, et qu’ils se rendent compte que l’idée préconçue qu’ils avaient d’un pays et d’une province bilingues – où tout le monde est bilingue – est fausse7. Même dans les grands centres comme Moncton, les immigrants continuent d’être d’avis qu’ils doivent à tout prix apprendre l’anglais pour s’épanouir et accéder au marché du travail, ce qui n’est pas entièrement faux. La connaissance des deux langues officielles est toujours considérée un atout. Cependant, en leur fournissant l’information nécessaire dès leur arrivée, ils pourront vivre la plupart des aspects de leur vie dans la langue de leur choix. Bien sûr, le fait de vivre dans sa langue officielle de choix est plus facile dans certains endroits que dans d’autres. Il est donc pratique de fournir ces informations aux nouveaux arrivants.

Bien sûr, la question de l’accès à des services adéquats en français susceptibles de répondre à leurs besoins demeure également un défi de taille. Les services gouvernementaux ne sont pas toujours disponibles en français et le niveau de qualité de ces services varie. Les nouveaux arrivants sont souvent déboussolés, coupés de leurs moyens et de leurs réseaux de soutien. Et ils ont des besoins très diversifiés, souvent urgents. Si obtenir de l’aide en français devient une quête parsemée d’embûches, ils se tourneront tout naturellement vers les services en anglais, qui ne souffrent généralement pas d’un manque de publicité. Ou alors, ils en viendront à souscrire à la vision d’un Canada séparé en deux régions linguistiques et se tourneront vers le Québec, où il leur sera plus facile de vivre en français. Ou encore, ils s’intégreront à la communauté anglophone.

En dehors des grands centres, les structures d’accueil sont pratiquement inexistantes, à l’exception du Carrefour de l’immigration de Saint-Léonard et cela doit être, pour vous, un point de départ essentiel dans les initiatives que vous entreprendrez.

Bien sûr, en dehors des grands centres, les perceptions face à ces nouveaux arrivants varient, tout comme la réalité de chaque communauté. Si les populations sont à la baisse dans certaines régions, c’est souvent lié au manque d’emplois. Comment alors percevoir l’arrivée d’immigrants comme un avantage pour la croissance démographique de la communauté? Après tout, la recherche d’emploi est une priorité pour toutes les familles, qu’elles soient nouvellement arrivées ou installées depuis des générations.

Cette question est complexe, et je n’ai pas de réponses miracles. La société canadienne en entier doit s’ajuster à la réalité de sa diversité culturelle dans tous ses volets, mais aussi au mouvement de population vers les villes de régions qui ont pourtant un riche potentiel économique et social. Chaque communauté doit continuer de réfléchir et d’élaborer de nouvelles initiatives pour voir à son économie locale et à la façon de profiter de la présence de nouveaux arrivants, qui ont beaucoup à offrir à leur nouvelle terre d’accueil.

Un autre élément qui pose problème est ce que la sociologue Diane Farmer identifie comme la « nécessité, au plan identitaire, de maintenir les frontières du groupe en raison du contexte minoritaire dans lequel vivent les francophonies8 ». Les communautés savent qu’elles doivent accroître leur nombre et leur poids politique, mais elles continuent de buter avec la question du « nous » et des différences entre l’identité du « nous » et la place qu’elles accordent aux nouveaux arrivants.

En 2007, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) affirmait que « la transformation actuelle de nos communautés, sous l’effet des apports migrants, et, surtout, d’une nouvelle vision pluraliste et cosmopolite de cette francophonie, vient complexifier encore plus la question de son identité. »

Deux ans plus tard, on continue d’étudier cette question et de témoigner, petit à petit, de percées en ce sens.

La Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse travaille en étroite collaboration avec la communauté pour favoriser l’intégration des nouveaux arrivants, mais également pour sensibiliser la communauté d’accueil aux avantages de l’immigration et lui permettre de mieux comprendre la culture de leurs nouveaux concitoyens.

Au Nouveau-Brunswick, l’Université de Moncton accueille de plus en plus d’étudiants internationaux. À l’heure actuelle, ils représentent plus de 12 p. cent de la population étudiante dans les trois campus de l’Université. Pour la province, ces jeunes représentent une source importante d’immigrants potentiels. Il s’agira maintenant de trouver comment les intégrer à la société, dès leur arrivée dans le milieu scolaire. Cela nous ramène à la question de perception abordée plus tôt. On doit montrer à ces jeunes qu’il y a une place pour eux ici et que leur identité personnelle peut venir se marier à l’identité acadienne.

Ce ne sont que quelques exemples de belles réussites. Il en existe plusieurs autres, et, au cours des prochaines années, j’espère qu’ils seront encore plus nombreux. Au Commissariat, nous continuons d’étudier la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Et il est clair que cette vitalité dépend de nombreux facteurs. Ils englobent bien sûr les services gouvernementaux, mais aussi la participation intégrale à la vie communautaire, tant sur le plan organisationnel que sur le plan culturel et économique.

Conclusion

Dès leur arrivée, les premiers Français, venus dans cette partie de l’Amérique qui deviendra l’Acadie, ont fait preuve de collaboration étroite avec d’autres cultures. La relation entre ces derniers et les peuples autochtones de la région (Mi’kmaq, Abénaquis) fut durable. Selon les historiens, les Français n’affichaient aucun mépris pour les autochtones et respectaient leurs coutumes9. Les Autochtones, de leur côté, avaient l’habitude des relations entre différents peuples et une tradition de dialogue, ce qui était fort heureux pour les nouveaux arrivants. Malgré certaines tensions autour des questions des ressources et des droits autochtones ancestraux reconnus par la Cour suprême, cette tradition continue.

Le côtoiement de ces deux cultures et les relations qui en sont ressorties peuvent être considérés comme l’une des bases de l’identité acadienne telle que nous la connaissons aujourd’hui. Mais cette identité doit pouvoir évoluer afin que tous les citoyens puissent s’y reconnaître.

D’autres communautés francophones comme celles de Toronto, d’Ottawa ou de Winnipeg affrontent déjà à pleine vitesse leur nouvelle composition démographique et l’identité en évolution qui s’y rattache. Elles ont développé leurs propres modèles d’intégration et une nouvelle façon de concevoir leur propre identité. L’expérience d’accueil les a transformées. Cette transformation n’est pas le fruit d’un phénomène inévitable, mais, en partie, d’un choix conscient de la part de la communauté.

Il appartient maintenant à l’Acadie de jouer. Vous devez choisir vos propres modèles, en sachant que l’on ne vit pas cette expérience sans en être transformé.

Le thème de ma présentation, m’a-t-on dit était le défi national du multiculturalisme en 2020. Si je vous ai plutôt dressé un portrait, à la fois national et acadien, c’est qu’il vous appartiendra de déterminer où vous en serez dans 10 ans. L’an 2020 est à nos portes. Dans l’ensemble du pays, l’identité de nos communautés de langue officielle en situation minoritaire connaît une évolution considérable, et l’Acadie devra, elle aussi, voir comment elle s’insère dans ce dialogue, afin d’assurer l’épanouissement complet de tous ses citoyens.


1. Diane Farmer, « L’immigration francophone en contexte minoritaire : entre la démographie et l’identité » dans Joseph Yvon Thériault et al., L’espace francophone en milieu minoritaire au Canada, Éditions Fides, Montréal, 2008, p. 124-125.

2. Clive Doucet, Notes from Exile, Toronto, McClelland and Stewart, 1999, p. 209.

3. Ibid, p. 213.

4. Statistique Canada, recensement de 2006, produit 97-555-XCB2006059.

5. Statistique Canada, recensement de 2006, produit 97-564-XCB2006008.

6. Voir Réal Fradette, « Un bureau de l’immigration dans la Péninsule acadienne », L’Acadie Nouvelle, le vendredi 20 février, p. 11.

7. Diane Farmer, « L’immigration francophone en contexte minoritaire : entre la démographie et l’identité » dans Joseph Yvon Thériault et al., L’espace francophone en milieu minoritaire au Canada, Éditions Fides, Montréal, 2008, p. 138.

8. Ibid, p. 152.

9. Robert Rumilly, L’Acadie française (1497-1713), Montréal, Éditions Fides, 1981, p. 70; David Hackett Fisher, Champlain's Dream: The Visionary Adventurer Who Made a New World in Canada, Toronto, Knopf Canada, 2008, p. 528.