ARCHIVÉE - Ottawa, le 27 mars 2008

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Notes pour une allocution prononcée à l’occasion de la remise des
Prix d’excellence en théâtre Le Droit/Radio-Canada


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et messieurs, bonsoir.

En cette Journée mondiale du théâtre, c’est avec grand plaisir que je participe à ce rassemblement qui souligne l’excellence en théâtre dans la région de la capitale nationale et dans l’Ontario français. Créée par l’Institut international de théâtre, cette journée reconnaît les efforts des artistes de la scène, qui partagent avec leur public une certaine vision de leur art, et la façon dont cet art peut contribuer à la compréhension et à la paix entre les peuples1. Le thème de la paix entre les peuples est très pertinent, je crois, ici, en Ontario. En effet, tandis que l’identité franco-ontarienne continue d’évoluer, l’intérêt des anglophones à l’égard du théâtre franco-ontarien, lui, s’accroît.

Le thème de l’identité n’est pas nouveau dans le théâtre français de l’Ontario. Il y a fait son apparition dès les années 1970, dans des œuvres illustrant la réalité des Franco-Ontariens au sein de leurs familles, dans leurs paroisses, dans leurs collectivités. On pense, par exemple, à Lavalléville, œuvre d’André Paiement, du Théâtre du Nouvel-Ontario, qui a permis de mettre en scène un aperçu du Nord franco-ontarien.

Il y a aussi Le Chien, de Jean-Marc Dalpé. J’ai eu la chance de voir cette pièce au festival Zones théâtrales, l’année dernière. À ses origines, cette œuvre a été un véritable événement identitaire pour la culture franco-ontarienne. Repris par le Théâtre du Nouvel-Ontario, Le Chien fête cette année son 20e anniversaire, et, comme en témoigne sa popularité, son message continue de trouver un écho parmi le grand public. Puis son impact a traversé la barrière linguistique. En 1988, quand une version anglaise a été présentée à Toronto, le critique, Vit Wagner, a comparé monsieur Dalpé à John Steinback et Sam Shepard.

En 1975, le Théâtre d’la Corvée a présenté La parole et la loi, pièce sur un des plus grands enjeux de l’histoire franco-ontarienne, le Règlement XVII, ses séquelles et les combats de l’époque. Ce type de production a révélé à quel point le théâtre pouvait également constituer une forme d’action2.

Aujourd’hui encore, le théâtre français en Ontario continue, dans toutes ses facettes, d’approfondir le thème de l’identité. Le Théâtre de la Vieille 17 a créé, de concert avec une trentaine d’immigrants francophones, Terre d’accueil, une pièce portant sur le quotidien de six nouveaux arrivants au fil de leur adaptation au Canada. Cette œuvre nous permet de mieux comprendre les difficultés autant que les bonheurs de nos nouveaux concitoyens.

En plus de traiter de la question de l’identité, le théâtre franco-ontarien a servi de tremplin dans la carrière de plusieurs artisans de la scène. Parmi ces derniers figure Anne-Marie Cadieux, qui a fait ses débuts au Centre national des arts, dans les années 1980, et qui aujourd’hui évolue non seulement sur les scènes de l’Ontario et du Québec, mais aussi à la télévision et au cinéma québécois.

Le théâtre français en Ontario lui-même connaît une évolution identitaire. Son public est maintenant plus diversifié. Il compte désormais des francophones d’une multitude d’origines ainsi qu’un grand nombre de francophiles, un public que je juge important de ne pas oublier.

En présentant des pièces dans les écoles d’immersion, vous faites vivre aux enfants l’expérience de la culture franco-ontarienne qu’ils côtoient. Après le foyer familial, l’école est le premier espace de vie francophone, le lieu où se construisent les valeurs et où se développe le goût des arts et de la culture. Il est donc important d’assurer le rayonnement de la langue et de la culture francophones parmi les jeunes – et leurs parents – par la présentation, dans leur milieu, de pièces diverses, comme Légendes de crapauds, mensonges ou vérités.

Ce sont là de belles réussites, mais les enjeux restent majeurs, non seulement pour le théâtre, mais aussi pour toutes les disciplines artistiques et surtout pour ceux qui pratiquent leur art dans une communauté de langue officielle en situation minoritaire.

C’est justement pour mieux comprendre ces enjeux que le Commissariat aux langues officielles a effectué une étude sur le soutien des institutions fédérales aux arts et à la culture dans les communautés de langue officielle. Un des buts de cette étude était de rappeler aux institutions de soutien que les arts et la culture sont étroitement liés à l’identité linguistique et culturelle. Que l’on soit créateur, artiste, travailleur culturel ou consommateur, la participation aux manifestations artistiques et culturelles favorise le sentiment d’appartenance à sa communauté et à son groupe culturel et linguistique, un vecteur important dans la vitalité des communautés. Les arts et la culture jouent un rôle de premier ordre dans l’épanouissement des communautés de langue officielle et favorisent un vif sentiment d’identité linguistique et culturelle.

Le nouveau Plan d’action sur les langues officielles sera dévoilé ce printemps. J’espère donc qu’il tiendra compte de mes recommandations pour les arts et la culture, domaines qui ont été regrettablement oubliés dans le Plan de 2003.

Je suis très heureux de constater que, dans le Rapport sur les Consultations gouvernementales sur la dualité linguistique et les langues officielles de Bernard Lord rendu public la semaine dernière, l’on recommande l’intégration des arts et de la culture au prochain Plan d’action. La ministre Josée Verner a maintenant tous les éléments en main pour annoncer une suite au Plan d’action pour les langues officielles.

Certes, les institutions fédérales dont le mandat porte sur les arts et la culture ont mis en place de nouveaux outils et participent au dialogue et aux consultations systématiques pour mieux répondre aux besoins des communautés en situation minoritaire. Cependant, elles doivent définir clairement de quelles façons elles appuieront à long terme les artistes et les organismes des communautés de langue officielle.

D’ailleurs, et cela est très apparent en Ontario, les communautés artistiques et culturelles francophones hors Québec s’organisent très bien aux niveaux national et régional, malgré les défis nombreux à relever : éloignement, appui et infrastructures provinciales insuffisants, présence pancanadienne limitée. Toutefois, elles continuent d’être considérées comme des groupes d’intérêts spéciaux. Il va de même pour la communauté artistique et culturelle anglophone au Québec, qui a de la difficulté à se faire valoir dans le reste du Canada anglais. Je tiens à souligner que les communautés francophones et anglophones en situation minoritaire font partie intégrante de notre identité canadienne au même titre que la communauté en situation majoritaire.

Dans mes recommandations, afin d’appuyer les artistes des communautés de langue officielle, je souligne au gouvernement le besoin d’un financement stable et adéquat pour les arts et la culture ainsi qu’un accès équitable aux programmes fédéraux. Je lui rappelle aussi que ces communautés doivent être mieux représentées au sein des organismes qu’il finance et qu’il lui faut multiplier les recherches sur les arts et la culture pour documenter les besoins précis. Nous devons aussi définir des façons d’appuyer le dialogue culturel entre les communautés francophones et anglophones du pays.

Cette étude, qui a été officiellement lancée ce matin, n’aurait pas été possible sans le concours précieux d’un comité consultatif formé de trois représentants de la communauté artistique et culturelle. Il s’agit de monsieur Guy Rodgers, du English-Language Arts Network, de monsieur Marc Haentjens, du Regroupement des éditeurs canadiens-français, et de monsieur Pierre Bourbeau de la Fédération culturelle canadienne-française. Je tiens à les remercier vivement pour leurs conseils judicieux dans la préparation de cette étude.

Je crois que l’Ontario français est sur la bonne voie, malgré les nombreux défis à surmonter. Dans certains établissements, comme le Théâtre français de Toronto – qui fête ses 40 ans! –, on a recours au surtitrage afin d’ouvrir le théâtre à la communauté anglophone en situation majoritaire. Et, comme je l’ai mentionné plus tôt, le théâtre franco-ontarien traite de sujets reliés au visage changeant de sa population.

Les efforts de tous ceux et de toutes celles qui contribuent au théâtre français en Ontario et au rapprochement de nos communautés sont reconnus ici, ce soir, à cette 16e édition d’une belle initiative de Radio-Canada et du Droit. Mes félicitations au comité consultatif de la rencontre et à tous les finalistes.

Merci.

 


1 Institut international du théâtre, http://www.iti-worldwide.org/pages/wtd/wtdhisf.htmSite externe.

2 Bertrand, Denis, « Le théâtre franco-ontarien – une identité en évolution », dans Francophonies d’Amérique, automne 2004, n° 18, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2005.