ARCHIVÉE - Vancouver, le 26 avril 2007

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Les langues officielles : une question de respect 

Allocution prononcée devant le Canadian Club of Vancouver
à l’occasion de son cinquième Déjeuner entièrement en français


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais d’abord remercier les organisateurs du cinquième Déjeuner entièrement en français du Canadian Club d’avoir eu la bonne idée de m’inviter à vous rencontrer. La date est d’autant plus appropriée puisque nous célébrons ce mois-ci le vingt-cinquième anniversaire de la Charte canadienne des droits et libertés. Et, sur un plan beaucoup plus personnel et prosaïque, il y a six mois que je suis commissaire aux langues officielles. Vous me permettrez donc de profiter de cet anniversaire pour faire un court bilan.

Depuis ma nomination au poste de commissaire aux langues officielles, je suis plus sensible au travail accompli par mes prédécesseurs : Keith Spicer, Max Yalden, D’Iberville Fortier, Victor Goldbloom et Dyane Adam. En passant, je saisis l’occasion de souligner que madame Adam m’a laissé une belle équipe de gens professionnels et dévoués.

En ce qui concerne mon statut, le commissaire aux langues officielles ne se rapporte pas à un ministre, mais au Parlement. Depuis ma nomination, j’ai eu l’occasion de comparaître devant les deux comités parlementaires des langues officielles – celui de la Chambre des communes et celui du Sénat – ainsi que devant le comité des Communes sur le Patrimoine canadien et un groupe parlementaire spécial sur les hauts fonctionnaires du Parlement. J’en ai profité pour discuter avec les parlementaires de certains dossiers urgents, notamment les langues officielles à Air Canada et dans les Forces canadiennes sans oublier la place du français lors des Jeux olympiques de Vancouver de 2010. J’ai également comparu au sujet du mandat national de Radio-Canada.

Comme nouveau commissaire, il m’importait de visiter des communautés francophones des diverses régions du Canada, de même que des communautés acadiennes. Au cours de ma carrière de journaliste, j’ai eu plus d’occasions que la plupart des Canadiens et des Canadiennes de parcourir le pays. Néanmoins, je souhaitais me familiariser davantage avec ces communautés en visitant leurs écoles, en discutant avec les gens qui offrent les services sur le terrain et en écoutant ceux qui, tous les jours, font le choix de vivre dans une langue qui n’est pas celle de la majorité.

Les différentes façons dont s’exprime la vitalité de chacune de ces communautés m’ont frappé. J’ai eu la chance de commencer par votre province où j’ai remarqué le caractère vibrant et riche de la diversité de la communauté franco-colombienne. J’ai notamment discuté avec un agent de développement économique de l’essor des entreprises touristiques dirigées par des entrepreneurs francophones. Lorsque je me suis rendu dans une école élémentaire francophone de North Vancouver, j’ai constaté combien les classes étaient multiculturelles. Des enfants parlant plusieurs langues différentes se côtoyaient et travaillaient ensemble grâce à cette langue qu’ils avaient en commun, le français.

Ma première visite m’a fourni des modèles de vitalité et de collaboration que j’ai ensuite cités en exemple un peu partout : le travail innovateur de l’Université Simon Fraser, un conseil scolaire qui ouvre chaque année de nouvelles écoles et des programmes d’immersion en pleine expansion.

J’ai visité sept provinces en six mois. En Saskatchewan, on m’a parlé de l’étroite collaboration entre l’Institut français de l’Université de Regina et la fonction publique fédérale ainsi que du développement d’un concept de « village urbain » visant à rendre la communauté plus visible. À Sudbury, j’ai vu la différence que peut faire dans la communauté un établissement d’enseignement comme le Collège Boréal. À Toronto, j’ai rencontré des représentants d’organismes qui témoignent de la transformation démographique d’une francophonie à la recherche de nouveaux défis. Au Québec, on m’a parlé des efforts déployés par la communauté pour redéfinir sa place au sein d’une société qui s’est beaucoup transformée en deux générations. En Acadie, j’ai renoué avec le dynamisme de la culture acadienne et la richesse de son histoire.

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que, parmi les nombreuses personnes que j’ai rencontrées, plusieurs m’ont dit que le gouvernement fédéral doit faire plus et mieux pour appuyer les communautés de langue officielle.

Dès le début de mon mandat, j’ai précisé que je veillerais à faire appliquer la partie VII de la Loi sur les langues officielles qui traite du développement des communautés de langue officielle et de la promotion de la dualité linguistique. Le gouvernement du Canada a beaucoup de travail à faire dans ce domaine : il doit adopter des mesures positives pour appuyer ces communautés et promouvoir les langues officielles. La partie VII de la Loi doit faire partie intégrante du processus de planification de toutes les institutions fédérales.

Mais que veut-on dire par « mesures positives »? Je trouve important que la définition de ce concept reste souple, car cela ouvre la porte à un nouveau dialogue entre le gouvernement fédéral et les citoyens. Certaines communautés ont déjà entrepris une démarche de collaboration avec des ministères, tandis que d’autres amorcent leur réflexion. L’un de mes rôles primordiaux consiste à l’encourager.

Des chefs de file des communautés m’ont cependant rappelé un fait essentiel : « L’une des choses que le gouvernement du Canada peut faire pour favoriser le développement des communautés est de respecter son engagement à offrir des services de qualité en français. » En particulier dans l’Ouest du pays, la vitalité des communautés souffre grandement du fait que le gouvernement ne répond qu’une fois sur deux à ses obligations en matière de services au public, malgré que celles-ci soient inscrites dans la Loi sur les langues officielles depuis 1969. Pour retenir les gens capables d’offrir des services de qualité dans les deux langues, il faut d’abord assurer la vitalité des communautés.

Les institutions fédérales ont des responsabilités précises à cet égard dans leurs bureaux principaux et dans les régions. Ces responsabilités ne doivent cependant pas être assumées seules, mais de concert avec les communautés de langue officielle et, parfois, avec les gouvernements provinciaux et les administrations municipales.

Cette évolution de l’action des gouvernements est tout à fait conforme à ce que l’on avait envisagé au départ. En septembre 1967, Pierre Elliott Trudeau, alors ministre de la Justice, a défini les droits linguistiques en termes simples et limpides : le droit d’apprendre et le droit d’utiliser. Toute la structure des droits linguistiques, élaborée depuis cette date, repose sur ces deux piliers.

La plus grande pierre de cette structure est la Charte canadienne des droits et libertés. Grâce à l’article 16, les dispositions de la Loi sur les langues officielles sont enchâssées dans la Constitution. Depuis 1982, la Cour suprême du Canada a élaboré et défini les droits dont je viens de parler. Elle a également établi un équilibre entre les droits individuels et les droits collectifs tout en ouvrant la porte à l’expansion du système scolaire de la minorité et à la gestion scolaire.

Les garanties législatives sont donc bien en place. Cependant, vous savez comme moi qu’en pratique, le gouvernement fédéral a souvent du mal à les accorder adéquatement.

Tout au long des six premiers mois de mon mandat, on m’a beaucoup demandé de faire le bilan du gouvernement en matière de langues officielles. Il appartient effectivement au commissaire de voir à ce que le gouvernement et l’administration publique se conforment pleinement à la Loi sur les langues officielles. Dans mon premier rapport annuel, que je déposerai le mois prochain, je communiquerai mon évaluation et je ferai l’inventaire des données recueillies par le personnel du Commissariat et de mes recommandations au gouvernement.

Pour l’instant, permettez-moi de faire certaines remarques quant à l’action du gouvernement au cours de la dernière année.

D’une part, l’administration actuelle a, dès son entrée en fonction, envoyé des signaux positifs à l’égard du respect de la dualité linguistique canadienne. Le premier ministre Stephen Harper a un comportement personnel exemplaire au niveau du respect des deux langues officielles. Il s’adresse fréquemment à la population en français, au Canada et à l’étranger, jusqu’à commencer ses conférences de presse dans sa langue seconde. De plus, la ministre de la Francophonie et des Langues officielles, Josée Verner, a déclaré dès sa première comparution devant le Comité des langues officielles de la Chambre des communes que le Plan d’action pour les langues officielles représente un minimum qui n’est pas remis en question.

D’autre part, je dois comparer ces engagements publics avec les gestes qu’a posés ce gouvernement depuis le début de son mandat.

Le budget fédéral du mois dernier comportait 30 millions de dollars d’argent frais, réparti sur deux ans, pour appuyer les communautés de langue officielle. Par contre, les compressions budgétaires annoncées au mois de septembre ont provoqué une avalanche de 117 plaintes déposées à mon bureau par des gens qui estiment que certaines de ces mesures ont une incidence négative sur les communautés de langue officielle.

Sans vouloir présumer du résultat des enquêtes en cours, je répéterai ce que j’ai déjà dit au Comité des langues officielles de la Chambre des communes lors de ma première comparution : j’ai du mal à concilier certains de ces gestes avec les engagements de monsieur Harper et de son équipe.

Nous rencontrons encore aujourd’hui des situations où les langues officielles sont prises en considération à la dernière minute. L’exemple récent des panneaux du centre d’interprétation du monument de Vimy, qui ont dû être retirés avant l’inauguration parce que la version française était très pauvre, illustre ce qui se produit assez régulièrement de façon moins visible.

Selon moi, la fonction publique voit souvent les langues officielles comme un fardeau, un ensemble de contraintes à surmonter et de petites cases à cocher. On oublie que dans le contexte canadien, la dualité linguistique est d’abord une question de respect. Respect du  public qui a le droit d’être servi dans la langue officielle de son choix dans un certain nombre de bureaux fédéraux, respect des employés qui ont le droit de travailler dans leur langue, respect des deux communautés linguistiques qui contribuent à la prospérité du Canada.

Voilà une partie importante du message que je tente de transmettre aux Canadiens et aux Canadiennes. La dualité linguistique sert d’abord à construire des ponts entre les communautés linguistiques, à poursuivre un dialogue basé sur le respect. Et j’ajouterai que la dualité linguistique est aussi une question de leadership.

La reconnaissance de deux langues de communication au Canada fait du bilinguisme une compétence importante à acquérir pour quiconque aspire à un rôle de chef de file. Dans les années 1960, Lester Pearson avait prédit qu’il serait le dernier premier ministre canadien unilingue. Les 40 dernières années lui ont donné raison. Si cela a été plus difficile pour certains que pour d’autres, tous les premiers ministres qui lui ont succédé, de Pierre Trudeau à Stephen Harper, se sont adressés à leurs concitoyens dans les deux langues officielles. Dans le cadre de toutes les campagnes électorales, les chefs de parti participent à un débat télévisé en anglais et en français. Je ne connais aucun autre pays qui fait subir un test linguistique aussi rigoureux à ses chefs politiques.

Le bilinguisme s’impose donc comme une composante du leadership dans le milieu politique, mais aussi pour quiconque veut faire carrière en droit, en journalisme, dans les affaires, le tourisme, l’hôtellerie et même dans le sport. L’aisance avec laquelle les athlètes olympiques canadiens donnent des entrevues aux médias en français et en anglais illustre mon propos avec éloquence.

Le bilinguisme est aussi une compétence essentielle du leadership dans les Forces armées. L’ancien commandant du  Royal 22e Régiment, Terry Liston, soulignait récemment que lorsqu’il a autorisé son personnel à communiquer par radio en français pendant les exercices, l’efficacité du régiment a considérablement augmenté. Mais cela va plus loin que la facilité avec laquelle on communique dans sa langue maternelle. Dans les Forces canadiennes plus que dans n’importe quelle organisation, les chefs doivent faire la preuve qu’ils méritent le respect de leurs subordonnés. Comme me l’a déjà dit le général Roméo Dallaire, les soldats ne mourront plus dans la langue de leurs officiers.

En insistant sur l’importance de nos deux langues officielles, je ne nie aucunement le caractère de plus en plus multiculturel du Canada. Bien au contraire, nous parlons ici plus de 150 langues, dont les langues d’origine comme celles des Premières nations. Les diverses communautés qui peuplent le Canada enrichissent notre vie, mais grâce au français et à l’anglais nous traversons ces multiples territoires culturels. Pour les communautés francophones qui se sont définies comme des communautés canadiennes-françaises et catholiques, l’intégration des francophones du reste du monde, de religions et de traditions différentes, représente un défi considérable. Que la communauté francophone de Colombie-Britannique ait réussi à relever ce défi avec brio est un signe éloquent de maturité et de vitalité.

Nos deux langues officielles établissent des ponts entre les citoyens et les citoyennes de toutes les origines. Le bilinguisme canadien est une réalité par laquelle on reconnaît que le français et l’anglais sont les deux langues nationales. Conformément à ses valeurs sous-jacentes d’acceptation, de partage et de générosité, il a d’ailleurs ouvert la porte au multiculturalisme. Loin d’être contradictoires, les notions de dualité linguistique et de multiculturalisme sont complémentaires.

Le public canadien est conscient de l’importance des langues officielles dans notre société. L’appui actuel, au moins tacite, dont jouit la dualité linguistique n’existait pas il y a 40 ans. Les sondages démontrent que 80 p. 100 des Canadiens, 68 p. 100 en Colombie-Britannique, appuient la politique linguistique canadienne. Mais derrière cet appui formel se trouvent, parfois officieusement, des relents d’incompréhension, d’hostilité, de résistance ou de négligence.

Alors que la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme réfléchissait à la question de la dualité linguistique, on a hissé pour la première fois le nouveau drapeau canadien au sommet de la Tour de la Paix du Parlement en février 1965. Cet événement a eu lieu après un débat déchirant sur l’identité canadienne, son histoire et ses traditions. Maintenant, le drapeau canadien, tout comme la Charte depuis 1982, occupe une place privilégiée dans le cœur des Canadiens et dans l’identité canadienne. Les communautés majoritaires du pays ont aussi adhéré à la dualité linguistique, mais dans une moindre mesure.

Je me sens mandataire des idéaux et des recommandations des membres de la Commission qui ont établi les fondements intellectuels de notre politique actuelle. Cela me donne un défi particulier à relever, au début de mon mandat à titre de commissaire aux langues officielles. Je souhaite faire en sorte que le français et l’anglais soient assumés pleinement, non pas comme des langues étrangères, mais comme des langues canadiennes, car le français appartient à tous les Canadiens, tout comme l’anglais appartient à tous les Canadiens.

C’est un beau défi. Je vous remercie de votre aimable attention.