ARCHIVÉE - Ottawa, le 26 mars 2008

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Respect, leadership et votre carrière au gouvernement fédéral

Notes pour une allocution
au Programme de stage parlementaire


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Bonjour.

J’aimerais commencer par remercier Andrew Sniderman et David Gagnon de m’avoir invité à vous adresser la parole aujourd’hui. Je suis toujours très heureux de parler à des jeunes pour qui la dualité linguistique est importante.

Comme vous le savez, les langues officielles s’intègrent aux activités quotidiennes du gouvernement canadien.

En tant que stagiaires, vous avez vu concrètement ce qu’est la dualité linguistique. Vous avez peut‑être assisté à une séance d’un comité parlementaire au cours de laquelle un Albertain anglophone unilingue et un Québécois francophone unilingue ont pu débattre d’une idée grâce aux voix provenant de leurs écouteurs.

Il vous est probablement venu à l’esprit que la dualité linguistique fonctionnerait beaucoup mieux si ces députés pouvaient échanger des idées dans la langue de l’autre. Si vous parlez déjà les deux langues, vous avez peut‑être remarqué que dans ces échanges, il arrive parfois que les interprètes passent à côté d’une petite, mais importante, nuance : un jeu de mots ou une référence culturelle, ou simplement quelque chose que l’interprète n’a pas bien saisi ou a dû omettre dans l’urgence de traduire.

La langue ne se résume pas qu’à des mots. C’est vrai. Connaître une autre langue lève le voile sur une façon nouvelle de voir le monde.

Ce genre d’effets positifs peut être perdu lorsque nous pensons aux langues officielles uniquement en termes de droits et d’obligations, aussi importants soient‑ils.

Heureusement, vous êtes tous trop jeunes pour vous souvenir d’une époque où le gouvernement fédéral fonctionnait principalement en anglais. Cela a donné lieu à une réaction opposée de force égale au Québec. Les Canadiens se sont rendu compte que pour que le pays reste uni, les francophones devaient pouvoir travailler avec leur gouvernement fédéral dans leur langue, partout au Canada, et que les anglophones devaient avoir les mêmes droits au Québec.

En 1963, le gouvernement du Canada crée la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Deux ans plus tard, dans ses recommandations, la Commission propose un nouveau partenariat étroit entre les Canadiens francophones et les Canadiens anglophones. À l’avenir, le gouvernement fédéral fonctionnerait plus efficacement en français, et les provinces principalement anglophones seraient encouragées à élargir leur gamme de services publics offerts dans la langue de la minorité, là où la demande le justifie.

En 1967, Pierre Elliott Trudeau, alors ministre de la Justice, classe les droits linguistiques en deux catégories : le droit d’apprendre et le droit d’utiliser. L’ensemble de notre conception des droits linguistiques, qui se précisera au fil des 40 années qui suivront, repose sur ces deux piliers.

La Loi sur les langues officielles entre en vigueur en 1969. Elle proclame que le français et l’anglais ont un statut égal au sein de toutes les institutions fédérales. Elle énonce également les critères démographiques sur lesquels reposera l’offre de services fédéraux dans les deux langues. La Loi sera modifiée en 1988, afin d’y inclure de nouvelles normes et règles régissant, entre autres, la langue de travail.

En 1982, un nouveau document constitutionnel, la Charte canadienne des droits et libertés, vient renforcer les droits en matière d’égalité et de langue. La Charte reconnaît en outre le droit des minorités francophones et anglophones, peu importe leur lieu de résidence, de gérer leur système scolaire et de faire instruire leurs enfants dans leur langue, là où le nombre le justifie.

La Charte a suscité un dialogue à l’échelle nationale entre les tribunaux, les gouvernements, les communautés de langue officielle et les citoyens. Et ce dialogue a fait évoluer les droits linguistiques vers une interprétation de plus en plus généreuse des droits linguistiques.

La dualité linguistique a également ouvert la voie au multiculturalisme. Bon nombre de Canadiens, en fait, cherchent à devenir trilingues pour conserver leur patrimoine tout en devenant membres à part entière de la mosaïque canadienne.

Modifiée deux fois et renforcée deux fois, la Loi sur les langues officielles est d’abord et avant tout une question de respect – le respect de nos valeurs nationales et le respect des fonctionnaires fédéraux qui ont le droit de travailler dans la langue de leur choix. Mais avant tout, elle se traduit par le respect des Canadiens qui, dans de nombreuses régions du pays, ont le droit de recevoir des services fédéraux dans la langue officielle de leur choix.

Nous avons tous le droit de travailler dans la langue officielle de notre choix, mais nous avons également l’obligation de travailler avec les autres dans celle de leur choix – en particulier s’il s’agit des personnes que nous voulons diriger. Ceux dans d’entre nous qui travaillent pour le gouvernement ont aussi l’obligation de servir le public dans la langue de son choix, lorsque le nombre le justifie.

La Loi a aussi créé mon poste de commissaire aux langues officielles et a défini mes responsabilités. À titre de commissaire aux langues officielles, je suis chargé de m’occuper des dossiers linguistiques qui relèvent du domaine fédéral. Essentiellement, mon mandat consiste à assurer la reconnaissance du statut de chaque langue officielle du Canada et la conformité des institutions fédérales à la Loi sur les langues officielles. Un une phrase, mon rôle est d’encourager – et de déranger.

Mes fonctions incluent aussi la promotion de la dualité linguistique et la protection des droits linguistiques des Canadiens. Pour remplir ce double rôle, je puise plusieurs outils dans la Loi.

L’un de mes rôles consiste à agir en qualité d’ombudsman linguistique. Le Commissariat reçoit quelque 1 000 plaintes par année. La plupart proviennent de citoyens et de citoyennes qui n’ont pas obtenu de services dans la langue officielle de leur choix. Nous examinons aussi des plaintes qui concernent la langue de travail et l’obligation de soutenir l’épanouissement des communautés de langue officielle. Je mène une enquête sur ces plaintes et je recommande des mesures correctives au besoin.

Depuis ma nomination au poste de commissaire, j’ai réfléchi à mon rôle d’ombudsman et à ce que je pouvais faire pour le mettre entièrement à profit. Comment susciter l’engagement des institutions fédérales et atteindre de meilleurs résultats? Bien sûr, les enquêtes sont une composante importante des travaux du Commissariat et pour maximiser le rôle d’ombudsman, nous envisageons d’avoir recours à des mécanismes de collaboration pour traiter certains problèmes au sein des institutions. De telles méthodes d’intervention seront particulièrement utiles dans le cas de problèmes systémiques.

Cette réflexion s’est imposée lorsque j’ai constaté que la courbe des résultats de nos activités avait atteint un plateau, d’où la nécessité de travailler davantage en étroite collaboration avec les institutions, afin de cerner les problèmes systémiques et trouver des solutions viables. Elle s’est doublement imposée lorsque j’ai constaté que certains processus, notamment celui du traitement des plaintes, sont si lourds qu’ils peuvent nous empêcher de résoudre efficacement les différends. Voilà pourquoi nous devons les améliorer.

À titre de commissaire, j’ai aussi comme responsabilité principale de faire la promotion de la dualité linguistique au sein de l’administration fédérale et dans l’ensemble de la société canadienne. Comme je l’ai mentionné, nous verrions de grands progrès si les langues officielles étaient reconnues comme une valeur et un outil de leadership, en particulier au sein de la fonction publique, plutôt que d’être perçues comme un fardeau. La dualité linguistique est un outil qui conduit chacun à participer à son gouvernement. 

Au gouvernement fédéral, le bilinguisme est évalué selon la capacité du candidat de lire, d’écrire et de parler une autre langue. La plupart des gens obtiennent une note A, B ou C, la note C signifiant la plus grande maîtrise à parler une langue seconde.

Ces niveaux C sont très recherchés, car cela signifie que vous pouvez diriger des personnes. Vous pouvez intervenir dans un conflit, superviser un employé ou convaincre un collègue. Trop souvent cependant, un gestionnaire obtient ces niveaux C et ne les utilise jamais.

Cela se produit parfois dans des bureaux entiers. Les quelques travailleurs francophones ou anglophones se retrouvent en grande infériorité numérique et ne veulent pas faire d’histoires, alors ils s’adaptent en utilisant leur langue seconde plutôt que de travailler dans leur propre langue.

C’est la raison pour laquelle les gestionnaires et les dirigeants au sein de l’administration fédérale doivent comprendre que le bilinguisme est une question de respect. Pour être un leader dans la fonction publique, il faut pouvoir influencer, persuader, motiver, stimuler et valoriser tous les employés, en français et en anglais.

Comment peut-on exercer un leadership si on ne comprend pas ceux que l’on dirige? Comment peut-on respecter les employés si on est incapable de leur parler dans la langue officielle de leur choix? Cela ne concerne pas que les travailleurs. Comment peut-on respecter les membres du public si l’on ne respecte pas leurs droits linguistiques? Comment un fonctionnaire peut-il respecter les représentants élus s’il n’utilise pas la langue officielle de leur choix? La question du respect est essentielle.

Le leadership dans une organisation du gouvernement qui respecte la dualité linguistique signifie bien plus que lire un discours en français, présider une réunion dans les deux langues officielles ou veiller à la diffusion, dans les deux langues officielles, des messages destinés au personnel.

En définitive, il s’agit de comprendre les valeurs et la culture exprimées par la langue.

Le leadership dans les deux langues officielles, c’est connaître le milieu culturel dans lequel évoluent les employés et les cadres : les journaux qu’ils lisent, les émissions de télévision qu’ils regardent, les films qu’ils vont voir, les théâtres qu’ils fréquentent. C’est comprendre leurs blagues.

Certains y verront une obligation onéreuse. Mais cela devrait être considéré comme une aventure formidable et une possibilité merveilleuse. Utiliser une langue seconde au travail ouvre des portes et vous fait profiter de tous les avantages qu’offre le bilinguisme. Vous en arrivez à voir le monde sous un jour nouveau et à considérer les mêmes problèmes d’un point de vue différent.

Faire preuve de leadership sur le plan des langues officielles témoigne d’une vision au travail et d’une vision optimiste et inclusive de ce pays. Le leadership en matière de langues officielles est l’expression de notre foi envers notre pays et sa dualité linguistique.

Au gouvernement, on a surtout mis l’accent sur l’enseignement d’une langue seconde aux fonctionnaires. Mais il y a un deuxième élément dont je veux parler.

Et si, au lieu de former les employés à parler une seconde langue officielle, la plupart des Canadiens et Canadiennes étaient déjà bilingues lorsqu’ils quittent l’école et joignent les rangs de la population active?

Cela serait mieux pour les milieux de travail bilingues et, surtout, cela serait mieux pour notre pays.

C’est pourquoi le gouvernement fédéral s’engage en faveur du Plan d’action sur les langues officielles, dont l’objectif est que la moitié des diplômés du secondaire soient bilingues d’ici 2013.

Votre génération est bénéficiaire de ce plan. Bon nombre d’entre vous ont probablement fait partie d’un programme d’immersion. En fait, des millions de dollars ont été dépensés pour appuyer des programmes d’apprentissage d’une langue seconde un peu partout au pays, et l’intérêt à l’égard de ces programmes s’est fait sentir dans les longues listes d’attente et la demande croissante d’enseignants.

Nous voyons des résultats. Au Québec, plus de 25 pour 100 des adolescents francophones sont bilingues, tandis que 83 pour 100 des adolescents anglophones le sont. Dans le reste du Canada, toutefois, seulement 15 pour 100 des adolescents anglophones sont bilingues.

Il y a donc des progrès – et aussi du chemin à faire.

C’est le moment ou jamais de développer vos connaissances linguistiques – en particulier ceux et celles qui souhaitent faire carrière dans la fonction publique; des personnes comme vous. La fonction publique est le plus important employeur du Canada et 40 pour 100 de tous les postes publics requièrent une connaissance pratique des deux langues officielles du Canada. Au cours des prochaines années, des milliers de fonctionnaires partiront à la retraite. Pour occuper ces postes, la fonction publique se tournera vers les diplômés universitaires. Par exemple, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada a annoncé récemment une campagne ayant pour but de recruter 4 000 diplômés universitaires.

Comme le gouvernement se renouvelle et qu’une nouvelle génération fait sa marque, je suis plus confiant que jamais qu’il y aura une génération bilingue, peut‑être même trilingue – une génération véritablement canadienne!

Vous avez tous fait preuve d’un grand leadership dans votre volonté d’apprendre une langue seconde et de faire partie de ce programme. Je vous encourage à tirer pleinement profit de vos compétences linguistiques et à rechercher les nombreuses et formidables possibilités qui se présenteront sur les plans personnel et professionnel.

Suivant cette discussion, je vous invite à visionner une vidéo offerte sur notre site Web dans laquelle des jeunes universitaires discutent de l’importance pour eux de la Charte des droits et libertés et de la dualité linguistique dans leur vie. Vous pouvez nous visiter sur le Web à www.languesofficielles.gc.ca

J’aimerais maintenant prendre un moment pour entendre ce que vous avez à dire sur la dualité linguistique et le bilinguisme, et comment cela s’applique à vous. Certains d’entre vous peuvent être francophones, anglophones, unilingues, bilingues ou de nouveaux arrivants. Vous avez tous vécu des expériences linguistiques différentes au Canada, et j’ai hâte de vous entendre.

Vous avez la parole.