ARCHIVÉE - Vancouver, le 25 septembre 2008

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Notes pour une allocution à l’Assemblée générale annuelle
de l’Association canadienne des professeurs de langues secondes


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur Eskine, Madame Thibault, Mesdames et Messieurs,

Je désire d’abord vous remercier de m’accueillir ici aujourd’hui. L’Association canadienne des professeurs de langues secondes et le Commissariat aux langues officielles ont toujours eu une excellente relation de travail, et je suis persuadé que notre succès commun se confirmera.

En ce moment, au Canada, les programmes de français langue seconde sont toujours une denrée recherchée. Comme pays bilingue, le Canada a grandement besoin de tels programmes, puisqu’ils garantissent que toutes les Canadiennes et tous les Canadiens ont la chance d’apprendre les deux langues officielles. Bien sûr, nous ne sommes pas limités au français et à l’anglais. Comme votre présence ici aujourd’hui en fait foi, de nombreux autres programmes de langues au pays affichent un franc succès. Et ces nombreux autres programmes de langues continuent de créer de nouvelles occasions pour nos jeunes.

Chacun d’entre nous ici présent fait preuve de passion envers l’apprentissage des langues. Et nous devons conserver cet élan et mettre à profit nos réalisations passées. Je vous invite, alors que vous discutez des prochaines étapes de l’avenir de votre organisation, à réfléchir aux questions suivantes :

  1. Comment pouvons-nous prolonger le succès des programmes de langues secondes?
  2. Comment pouvons-nous encourager les élèves à poursuivre leurs études dans ces programmes?
  3. Et, enfin, comment pouvons-nous nous assurer que les programmes de langues secondes demeurent pertinents?

Je ne prétends pas détenir toutes les réponses, mais j’espère vous offrir un aperçu des particularités de la situation canadienne.

1. Situation actuelle

L’Association canadienne des professeurs de langues secondes joue un rôle crucial dans l’éducation linguistique de nos enfants. Ses membres rejoignent la majorité des élèves de langues secondes à travers des programmes de français de base et de français intensif. C’est en soi une tâche considérable. Depuis le tout début de votre organisation, vous avez prouvé que vous êtes les chefs de file dans ce domaine. Et vous continuez de faire preuve de leadership grâce à votre participation à des projets comme le Cadre commun de référence pour l’évaluation des compétences en langues secondes.

Je souhaite également vous féliciter du travail que vous avez accompli au plan national avec le Réseau des partenaires en FLS, un réseau auquel siège le Commissariat à titre d’observateur. Une telle voix collective et unie au plan national sensibilise davantage les décideurs et le grand public aux avantages de l’apprentissage des deux langues officielles. Vos enseignants sont les pionniers de programmes comme ceux offerts en français intensif. Grâce à votre travail, la plupart de nos enfants se voient offrir l’occasion d’apprendre l’autre langue officielle du Canada ainsi que sa culture.

Malgré le grand niveau d’intérêt que nous avons constaté au cours de la dernière année, certains enjeux doivent encore être réglés pour que nous puissions atteindre une maîtrise accrue des deux langues officielles dans un avenir proche.

Lors d’un colloque organisé par l’Institut des langues officielles et du bilinguisme de l’Université d’Ottawa en juin dernier, j’ai abordé le rôle de la diversité et du multilinguisme au sein de notre société. À la lumière des tendances canadiennes actuelles, ces deux enjeux ont également une incidence sur votre travail, car les styles d’apprentissage des élèves changent et continueront d’évoluer avec notre population.

Nous devons faire face à ces enjeux pour que l’apprentissage des langues secondes demeure pertinent. Aussi devons-nous poursuivre nos recherches sur ce sujet sans plus attendre.

2. La réalité des programmes de français de base et de français intensif

Je m’inquiète souvent du fait que les parents unilingues voient les programmes de FLS comme un système qui produit des diplômés parfaitement bilingues, et comme la seule et unique façon d’apprendre le français. Ces attentes sont à la fois irréalistes et contre-productives. Voici pourquoi.

Dans les programmes d’immersion, l’accent est mis sur les aptitudes orales, parfois au détriment des compétences écrites. Dans les programmes de base et les programmes intensifs en français, les élèves ont de nombreuses occasions de pratiquer la grammaire et la conjugaison, mais peuvent conserver des difficultés à l’oral.

Comme ambassadeurs de la langue française dans les communautés à majorité anglophone, les enseignants ont l’une des tâches les plus difficiles du domaine de l’éducation. Ils doivent utiliser le peu de temps dont ils disposent avec les élèves pour que ces derniers repartent avec autant de connaissances que possible.

Avec l’appui de votre organisation, les enseignants ont démontré leur engagement envers l’amélioration constante des programmes de FLS, afin de mieux répondre aux besoins des élèves.

Pendant cette période particulièrement intense pour les programmes de FLS, je compte sur la persévérance de nos enseignants et sur la poursuite de leur travail comme ambassadeurs et défenseurs de la langue française. À titre de professionnels de première ligne, ils sont les mieux placés pour promouvoir un soutien accru, non seulement de tous les ordres de gouvernement, mais aussi des communautés de langue tant majoritaire que minoritaire.

Enfin et surtout, les enseignants doivent s’assurer que leurs élèves ont des occasions d’apprendre au-delà de la salle de classe. Même en Colombie‑Britannique, l'Université Simon Fraser offre maintenant un programme de baccalauréat en français. De cette façon, l’investissement additionnel des enseignants rapporte en fin de compte des dividendes intéressants, en ce sens que les élèves sont incités à poursuivre leurs études supérieures dans leur langue seconde.

3. Partenariats avec les communautés de langue officielle en situation minoritaire

Des communautés francophones en situation minoritaire francophones existent dans toutes les provinces et tous les territoires, quoique leur taille puisse varier. Lors de mes conversations avec des élèves de FLS, j’ai souvent constaté que ces jeunes ne sont pas toujours conscients de la présence de communautés de langue officielle en situation minoritaire à l’extérieur du Québec, malgré le fait que ces communautés peuvent jouer un rôle vital dans leur processus d’apprentissage et être une source d’appui pour les enseignants de FLS.

Comme vous jouez toutes et tous un rôle crucial dans l’éducation en FLS, je vous encourage à vous tourner vers ces communautés pour obtenir les outils et le soutien dont vous avez besoin pour mettre à profit les programmes existants ainsi que pour rehausser la pertinence et le rayonnement des programmes de FLS.

Je continue à exprimer le besoin des Canadiennes et des Canadiens de mieux comprendre leur propre pays. Pour ce faire, il est important qu’ils aient une meilleure connaissance et une meilleure compréhension de nos communautés, tant de langue majoritaire que de langue minoritaire. À cette fin, les Canadiennes et les Canadiens doivent comprendre la langue ainsi que la culture. Déjà, en 1957, bien avant la Loi sur les langues officielles et la Charte canadienne des droits et libertés, on discutait de l’enjeu de la connaissance de l’autre culture. Nathan Cohen, animateur de l’émission de radio de CBC Fighting Words, a facilité une discussion entre René Lévesque, Pierre Elliott Trudeau et d’autres sur la question de savoir si un pays pouvait être enrichi par la coexistence de deux cultures lorsque la moitié de la population ne pouvait pas s’approprier les produits culturels de l’autre1. Plus d’une décennie plus tard, j’ai eu l’occasion de travailler avec M. Cohen. Quant aux autres panélistes, nous savons très bien ce que l’avenir leur avait réservé!

Plus tôt cette année, j’ai participé à une conférence organisée par Le français pour l’avenir à London, en Ontario. En me préparant à parler aux élèves de programmes de FLS participants, leurs parents et leurs enseignants, j’ai appris que London comptait une population francophone prospère, qui possède son propre centre communautaire et sa propre station de radio. J’ai découvert que plusieurs interprètes de la chanson francophone du Canada, entre autres, y étaient passées. Par contre, j’ai été attristé du fait que peu d’élèves de FLS tiraient profit des services offerts et des activités culturelles qui s’y déroulaient.

Nos deux communautés vivent côte à côte et sont souvent inextricablement liées dans la même ville. L’époque des deux solitudes devrait être révolue. Nous avons fini de travailler les uns contre les autres. Aujourd’hui, nous devons montrer que nous sommes unis et que nous poursuivons le même objectif. Soit celui du bilinguisme, ou, à tout le moins, la compréhension de la langue et de la culture de l’autre.

Dans tout le pays, les francophiles ont démontré leur amour de la culture française en participant en grand nombre aux événements culturels. Les communautés francophones ne sont pas des clubs privés auxquels seuls peuvent adhérer les « vrais » francophones. Ce sont des communautés ouvertes à tous ceux qui aiment la langue française. Des francophiles y jouent de plus en plus des rôles importants. L’exemple le plus célèbre est probablement celui de Tory Colvin, qui a été président de la Fédération des associations de juristes d’expression française de common law. Le juge Colvin est maintenant juge à la Cour de justice de l’Ontario. Des anglophones ayant appris le français jouent également un rôle d’importance auprès l’Association des juristes d’expression française dans l’ensemble du pays.

4. Diversité

Nous constatons également des changements démographiques dans nos communautés au plan de la diversité. Les immigrants se sont aussi taillé une place au sein de la communauté francophone.

La question de la diversité touche, bien sûr, les deux communautés linguistiques canadiennes et représente un défi encore plus grand pour les enseignants des programmes de langues secondes. Les nouveaux arrivants au Canada connaissent souvent déjà une ou deux langues, ce qui signifie que le français et l’anglais ont tendance à devenir leurs troisième et quatrième langues.

Nous sommes donc responsables de nous assurer que les programmes que nous offrons répondent à leurs besoins particuliers. Nous devons nous assurer que ces enfants, et leurs parents, comprennent pourquoi nous mettons l’accent sur le français et l’anglais dans nos écoles.

Nous devons démontrer clairement qu’il existe une relation mutuellement avantageuse entre la diversité et la dualité linguistique, et que ces deux éléments ne sont pas contradictoires.

Conclusion

Le Canada ne s’est jamais donné pour objectif de rendre bilingues tous ses citoyens, et il n’en a pas non plus besoin. Dans notre économie mondiale, cependant, l’occasion d’apprendre d’autres langues est en soi un avantage. Elle permet d’obtenir accès à tant de possibilités partout dans le monde. Au Canada, l’apprentissage du français ou de l’anglais peut être un point de départ, non seulement vers le bilinguisme, mais également vers le multilinguisme.

Bien que tous les élèves des programmes de langues secondes ne poursuivent pas leur apprentissage jusqu’au bout, ils ont du moins acquis les bases nécessaires pour apprécier la langue et la culture qui l’accompagne. Pour cela, vous méritez toutes et tous des remerciements.

Il me tarde de connaître le résultat de vos discussions et d’entendre vos réflexions sur la façon d’assurer le succès continu des programmes de langues secondes, tout en préservant la pertinence de ces programmes pour tous les élèves.

Merci.



1. Proposition discutée par les panélistes de l’émission hebdomadaire de discussion de CBC Fighting Words, le 12 novembre 1957, facilitée par Nathan Cohen. Tel que rapporté par Morris Wolfe dans Fifty Years of Radio (1986), les panélistes étaient le communicateur René Lévesque, le professeur Raymond Gagnier, l’auteure Solange Chaput-Rolland et le rédacteur du magazine Cité Libre Pierre Elliott Trudeau.