ARCHIVÉE - Montréal, le 25 janvier 2008

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Notes pour une allocution à une rencontre
avec le Conseil fédéral du Québec


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Bonjour,

Je vous remercie de m’avoir invité à venir vous rencontrer. C’est toujours un plaisir d’échanger avec les gens qui coordonnent l’action de leur institution au plan régional. Cela me permet de voir avec vous comment la dualité linguistique devrait être vécue au quotidien dans les différentes régions du pays. Vous me donnez également la chance d’entendre parler de pratiques exemplaires et de projets novateurs que je peux ensuite aborder lors d’autres rencontres.

Je suis particulièrement heureux de me trouver avec vous à ce moment-ci, car j’ai la conviction que la fonction publique fédérale au Québec sera appelée à faire face à des défis particuliers au cours des prochaines années. Ces défis auront une incidence sur l’ensemble du pays. Je voudrais donc prendre quelques minutes pour préciser ma pensée sur ce point.

Je ne voudrais pas minimiser l’importance du mouvement souverainiste puisqu’il y a des indications qu’actuellement, les Québécois et les Québécoises francophones sont prêts, comme société, à s’engager pleinement dans l’ensemble canadien. À « reconquérir le Canada », pour reprendre le titre d’un ouvrage récent. Voici quelques éléments qui renforcent cette conviction :

  • Des soldats francophones unilingues risquent leur vie en Afghanistan, au sein des Forces canadiennes, sans que cela provoque une vague de mécontentement dans la population québécoise.
  • Le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec prendra une envergure nationale.
  • Un nombre grandissant de Québécois francophones sont en train de s’installer dans l’Ouest du pays et se joignent aux communautés francophones déjà établies pour réclamer des services de qualité en français.
  • Le climat politique actuel n’est ni pré-référendaire, ni post-référendaire, mais s’articule autour de considérations totalement différentes.

Dans ce contexte, les francophones du Québec perçoivent la fonction publique fédérale d’un nouvel œil. Pour la première fois depuis longtemps, les institutions fédérales à Ottawa se voient forcées d’augmenter les cours de formation linguistique à l’intention des francophones unilingues qui joignent leurs rangs.

Ces nouvelles recrues trouveront-elles dans la fonction publique un milieu de travail où les droits de chacun sont pleinement respectés et où francophones et anglophones profitent de leurs différences pour mieux servir le public? Verront-elles le bilinguisme canadien comme un irritant, une déception ou une occasion favorable?

La réponse à cette question aura des répercussions qui vont bien au-delà du travail quotidien dans vos organisations. Si la fonction publique fédérale illustre comment les ponts qui existent entre les communautés linguistiques canadiennes enrichissent la vie de chacun, l’effet se fera sentir dans l’ensemble de la société canadienne.

Comment cela peut-il s’accomplir? Au mois de novembre, j’ai insisté sur trois enjeux spécifiques auprès des membres du Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes :

  • Le gouvernement doit tenir compte des langues officielles en tant que compétence inhérente au leadership pour ce qui est du processus de renouvellement de la fonction publique.
  • Il doit absolument passer aux actes en ce qui concerne l’élaboration et la mise en œuvre de la prochaine phase du Plan d'action pour les langues officielles.
  • Il doit exercer un leadership ferme pour améliorer l'offre de services au public canadien.

Le leadership a toujours été lié aux politiques des langues officielles dans l’appareil fédéral. En effet, comment est-il possible d’exercer un leadership si on ne comprend pas ceux que l’on dirige? Comment est-il possible de respecter un employé si on est incapable de lui parler dans la langue officielle de son choix? Comment est-il possible de respecter le public si l’on bafoue ses droits linguistiques?

Depuis que je suis entré en fonction comme commissaire aux langues officielles, en octobre dernier, j’ai amplement eu l’occasion d’observer les liens qui existent entre le leadership et la langue. Le fameux niveau C à l’interaction orale exige que la personne évaluée sache persuader les autres dans sa langue seconde, qu’elle puisse intervenir dans un conflit au travail, superviser un employé ou, comme me le disait quelqu’un de la Commission de la fonction publique, qu’elle puisse témoigner en cour ou donner un cours.

Il ne s’agit pas de critères d’évaluation linguistique, mais plutôt de composantes du leadership qui ont un effet profond sur toute organisation.

En juin, j’ai entendu Jeffrey Gandz de l’Ivey Executive Program et de l’Ivey Leadership Program parler de leadership et de l’importance d’être capable d’influencer et de persuader des gens, c’est‑à‑dire d’incarner des valeurs, de les transmettre, d’en faire la promotion et de les mettre en pratique. « Si les leaders n’incarnent pas les valeurs, c’est bien simple, les valeurs n’existent pas », a-t-il déclaré.

Je lui ai demandé à quel point il était important pour les leaders d’être en mesure de communiquer avec l’ensemble de l’organisation et non seulement avec leurs subordonnés directs. Selon lui, c’est la distinction à faire entre un leader et un gestionnaire. On gère un secteur, mais on exerce un leadership dans l’ensemble de l’organisation. Tout cela revient à dire que pour être un leader dans la fonction publique, il faut pouvoir influencer, persuader, motiver, stimuler et valoriser tous les employés, en français et en anglais.

C’est pourquoi la question des langues officielles représente pour moi une composante importante du renouvellement de la fonction publique. Cette question prend d’ailleurs une dimension particulière au Québec en ce qui concerne la participation de la minorité anglophone. Je reconnais les efforts que vous avez faits jusqu’à maintenant et je vous invite à les poursuivre. Que les anglophones soient pleinement représentés dans la fonction publique fédérale au Québec n’est pas seulement possible, mais à l’avantage de tous.

Les langues officielles touchent de nombreux aspects du renouvellement de la fonction publique, pas seulement la participation équitable des deux groupes linguistiques. Elles ont une incidence sur le recrutement, le maintien en poste et la formation du personnel ainsi que sur le développement du leadership. C’est pourquoi les langues officielles font partie des sujets dont discute le comité interministériel qui étudie actuellement la question.

Entendons-nous tout de suite sur une chose. Il n’est pas nécessaire que nous soyons tous bilingues. Cependant, la fonction publique doit compter un bon nombre d’employés qualifiés qui sont en mesure de communiquer dans les deux langues officielles. Et j’ajouterai que cela représente un minimum. Certains seront déjà bilingues à l’embauche. D’autres le deviendront durant leur carrière. Cela veut dire que nous devons assurer la survie et le développement de nos programmes de formation linguistique pour permettre à ces employés d’accéder dans l’avenir à une plus vaste gamme de postes, y compris ceux qui exigent de superviser des employés dans les deux langues officielles.

Il y a un instant, j’ai mentionné l’importance de créer des ponts entre les fonctionnaires des deux groupes linguistiques. Cela s’applique aussi aux relations entre ceux qui travaillent à Montréal, à Jonquière ou à Sherbrooke, et leurs collègues d’Ottawa ou d’ailleurs au pays. Je sais pertinemment qu’il y a très souvent un problème dans ce domaine, comme l’illustrent nos études sur la langue de travail publiées ces dernières années.

C’est une question que j’aborde régulièrement avec les dirigeants d’institutions fédérales et les gestionnaires de la fonction publique. Ils reconnaissent le problème, mais cela demeure un peu abstrait pour eux. Je pense qu’il y a des possibilités d’échanges plus serrés sur cet enjeu entre les gestionnaires du Québec et d’ailleurs.

Bien sûr, une organisation tirant pleinement profit du bilinguisme de ses employés est bien positionnée pour offrir de meilleurs services aux citoyens canadiens. Or, les observations de mon personnel indiquent qu’il reste des obstacles importants à surmonter à ce propos.

Je pense en particulier à l’offre active de services dans les deux langues par les employés de première ligne. C’est un enjeu que l’ensemble de la fonction publique semble avoir du mal à aborder. Étant donné son importance, j’avoue que cela me laisse un peu perplexe.

L’offre active dans les points de service bilingues n’est pas accessoire. C’est une composante essentielle d’un service de qualité partout où des services doivent être offerts dans les deux langues. En accueillant une personne en lui disant « Bonjour / Good morning », on ouvre la porte à une communication dans la langue de son choix. Sans cet accueil bilingue, on dirait que le service dans la langue de la minorité n’existe pas. Ou pire encore, que cela nous embarrasse de l’offrir et qu’on devrait être tout aussi embarrassé de le demander. C’est la raison pour laquelle nous en tenons compte dans les bulletins de rendement des institutions fédérales. Si ce n’est déjà fait, je vous invite à considérer l’offre active de services comme une priorité au sein de votre organisation et à prendre les moyens qui vous permettront de mesurer vos progrès dans ce domaine.

Pour aborder un autre sujet, M. Moisan de Patrimoine canadien vous parlera plus tard des suites à donner au Plan d’action pour les langues officielles dont l’échéance arrive le 31 mars 2008. Il s’agit d’un projet qui me tient à cœur et qui aura des répercussions sur plusieurs de vos organisations et, surtout, sur la communauté anglophone du Québec.

En vigueur depuis 2003, ce Plan prévoyait des transferts additionnels aux gouvernements provinciaux et aux systèmes scolaires de la minorité pour l’enseignement de la langue seconde, mais aussi des investissements directs du gouvernement fédéral dans les domaines de l’immigration, de la santé, de la petite enfance et pour l’usage des langues officielles dans la fonction publique. En tout, on avait prévu 751 millions de dollars sur cinq ans. Au plan national, certaines de vos organisations ont joué un rôle dans l’élaboration du Plan et dans son application.

La ministre Josée Verner étudiera bientôt le rapport de consultation de Bernard Lord sur la forme que pourrait prendre cette intervention. La communauté anglophone du Québec a manifesté beaucoup d’intérêt pour le renouvellement du Plan.

Tout comme les communautés francophones de l’ensemble du pays, les Anglo-Québécois espèrent que la force d’impulsion acquise avec le premier Plan de cinq ans se maintiendra et que les initiatives amorcées atteindront pleinement les résultats escomptés, que ce soit en santé, dans l’enseignement ou en immigration. On m’a aussi souligné à maintes reprises que le Plan d’action devra comporter un champ d’intervention plus vaste touchant des domaines comme les arts et la culture, pour assurer un développement réellement global de la communauté anglophone du Québec. Cela fait maintenant deux ans que la Loi sur les langues officielles a été modifiée pour renforcer cette obligation législative.

À cet égard, je vous invite à faire preuve d’initiative, d’imagination et d’esprit de concertation envers les organismes de la communauté. Les « mesures positives » prévues par la Loi n’y sont pas définies, ce qui laisse le champ libre à une grande variété d’interventions. Les institutions ont donc le loisir de voir, de concert avec les communautés locales et provinciales, de quelle façon elles peuvent offrir leur appui en fonction de leur mandat spécifique et des moyens ou expertises à leur disposition.

Ce nouveau Plan d’action était élaboré alors que Statistique Canada rendait publiques de nouvelles données linguistiques tirées du recensement de 2006, y compris une importante étude détaillant plusieurs facteurs de vitalité des communautés de langue officielle. Les résultats du recensement ont d’ailleurs été largement politisés. Certains politiciens et mathématiciens les utilisent pour montrer que le français est en perte de vitesse au Canada et que l’engagement envers les communautés de langue officielle en situation minoritaire, telles que définies par la Loi sur les langues officielles de 2005, devrait être repensé. Placés devant les chiffres démontrant la vitalité de la communauté anglophone du Québec, d’autres laissent entendre qu’il vaudrait mieux cesser d’appuyer son développement. Dans ce contexte, le renouvellement du Plan d’action est une occasion de rappeler que les communautés de langue officielle apportent une contribution importante à la société canadienne dans chaque région du pays et dans tous les domaines.

Le Plan d’action original comprenait aussi des fonds spécifiquement alloués au développement d’initiatives en matière de langues officielles dans la fonction publique. Il est vrai que ce financement demeurait relativement modeste et que les compressions effectuées depuis ont nui à des initiatives en cours. Je souhaite qu’une attention particulière soit accordée à ce volet, pour que vous puissiez tirer profit de l’appui dont vous avez besoin.

En terminant, j’aimerais souligner les efforts que vous avez faits ensemble pour améliorer l’environnement linguistique dans la fonction publique fédérale au Québec. Il me semble que votre groupe est à même d’assumer un leadership particulier auprès des autres conseils fédéraux du pays.

Vous avez développé plusieurs pratiques exemplaires susceptibles d’être reprises ailleurs. Pensons notamment au prix de reconnaissance pour les langues officielles remis lors de la séance de perfectionnement que vous avez tenue l’automne dernier. Il serait aussi souhaitable que les membres des autres conseils fédéraux profitent du contexte de vos activités, si vous voulez bien les inviter.

À l’extérieur du Québec, et dans une trop large mesure à Ottawa aussi, la fonction publique souffre d’une certaine lassitude quant aux questions linguistiques. Cela s’explique par le fait que les gens sont trop peu exposés au fait français dans leur vie quotidienne. Mais cela tient aussi à une conception erronée du débat linguistique qui persiste dans la population.

Je parle du mythe tenace selon lequel la politique linguistique canadienne était censée faire disparaître le débat linguistique. Parce que le débat existe encore, on conclut que la politique s’est soldée par un échec. En fait, le débat linguistique fait partie intégrante de la nature du Canada. Il s’agit donc d’en tirer le maximum de bénéfices. C’est ce que je m’emploie à démontrer aux Canadiens et aux Canadiennes, de même qu’à la fonction publique fédérale. Je crois que vous avez également un rôle à jouer comme groupe de dirigeants des institutions fédérales au Québec. Selon moi, ce rôle se traduit par l’exemple, par vos gestes et dans vos relations avec vos collègues des autres régions du Canada.

Mon personnel et moi sommes toujours à votre disposition pour appuyer vos initiatives. Évidemment, vous savez déjà que vous pouvez compter sur une collègue engagée et pleine de ressources en la personne d’Eva Ludvig.

Je vous remercie de votre aimable attention.