ARCHIVÉE - Bertrand, le 22 août 2009

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Notes pour une allocution dans le cadre des conférences
Grande Jasette.Com au Congrès mondial acadien


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Merci Barbara pour l’invitation à cette jasette de cuisine dans le cadre du Congrès mondial acadien, et merci au village de Bertrand pour l’accueil si chaleureux.

Il y a dix ans, je prononçais une allocution devant les membres de Dialogue Nouveau-Brunswick. En 1999, c’était également l’année à laquelle la province accueillait le Sommet de la Francophonie. Grâce au Congrès mondial acadien, le Nouveau-Brunswick accueille à nouveau le monde en son sein.

Comme des milliers de Canadiens, j’ai regardé plus tôt cet été les funérailles de Roméo LeBlanc, un grand Canadien et un grand Acadien. J’ai été ému par les témoignages, qui confirmaient l’impression que j’avais de lui. Je ne le connaissais pas très bien, mais je l’ai rencontré au début des années 1960 alors que j’étais adolescent et lui, correspondant pour Radio-Canada à Londres. Lorsqu’ils sont en présence de jeunes, les gens se révèlent parfois davantage. Il était simple, ouvert et respectueux; des qualités qu’il a démontrées tout au long de sa carrière et de sa vie. Je tiens à exprimer mes condoléances à sa famille et à la communauté acadienne.

Ce décor de cuisine représente très bien pour moi les valeurs de nos communautés francophones et acadiennes : l’importance de la famille, de la culture et de l’appartenance communautaire.

Hier après-midi, j’ai eu l’occasion de participer à l’activité « Pleins feux sur la génération 19-35 ans » au Village historique acadien de Caraquet. C’était une occasion pour moi de dialoguer avec des jeunes acadiens sur la question de l’identité acadienne et sur leur rôle au sein de leur communauté.

Cette année, nous célébrons le 40e anniversaire de la Loi sur les langues officielles. Outre la loi fédérale, nous célébrons aussi la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick. Il s’agit, selon moi, d’un moment propice pour poursuivre la discussion sur ce que ça veut dire d’être Canadien et membre d’une communauté de langue officielle. À cet effet, les célébrations du Congrès mondial acadien nous permettent de témoigner de la vitalité et de la fierté du peuple acadien.

Cependant, pour que cette vitalité continue de s’épanouir, je crois que l’Acadie et, par extension, toutes nos communautés de langue officielle en situation minoritaire devront de plus en plus profiter de l’apport de deux groupes qui la composent : les jeunes et les nouveaux arrivants.

Les jeunes

On répète souvent que les jeunes d’aujourd’hui forment la relève de demain pour remplacer les enfants de l’après-guerre, qui approchent maintenant l’âge de la retraite. Heureusement, les jeunes n’ont pas besoin d’attendre pour montrer de quoi ils sont capables. Ici en Acadie, un grand nombre de jeunes leaders, comme Alexis, sont déjà très actifs dans leur communauté et à l’échelle nationale. Ils entraînent dans leur sillage toute une génération qui ne demande qu’à contribuer dès aujourd’hui et participer à la prise de décisions qui influenceront leur avenir.

D’ailleurs, lors du colloque intitulé « La jeunesse et les minorités de langues officielles au Canada », organisé par l’Association d’études canadiennes en 2008, les jeunes de communautés de langue officielle ont indiqué que l’engagement au sein de la communauté fait souvent la différence dans la prise de conscience de l’identité1. Il n’y a là rien d’étonnant : on adopte davantage une réalité que l’on a contribué à façonner.

Pour que nos jeunes aient cette prise de conscience à l’âge adolescent ou adulte, la table doit d’abord être mise par les parents et les écoles, qui contribuent largement au développement identitaire des jeunes. Ce travail est d’autant plus important en raison de la nouvelle réalité démographique résultant de l’exogamie. Actuellement, le nombre de familles exogames, composées d’un francophone et d’un anglophone, ou d’un allophone et d’un francophone ou un anglophone, est à la hausse. Le résultat : les jeunes issus de ces milieux s’identifient souvent à deux communautés différentes. Adoptent-ils pour autant davantage la communauté majoritaire? Non. Cela veut plutôt dire que nous devrons faire des efforts supplémentaires pour nous assurer qu’ils trouvent leur place au sein de leur communauté francophone, pour accepter le fait que les concepts « francophone » et « Acadien » sont complexes et inclusifs.

La pédagogie en milieu minoritaire doit aussi être adaptée aux besoins évolutifs de cette nouvelle réalité démographique. Elle doit contribuer à optimiser les dispositions et habiletés des élèves pour qu’ils deviennent des acteurs dans leurs communautés. Elle doit également jouer un rôle d’envergure pour promouvoir la culture francophone et acadienne, qui contribue à façonner l’identité de nos jeunes. Par exemple, au Nouveau-Brunswick, plusieurs conseils scolaires francophones font appel à des agents de développement (ou animateurs culturels) pour appuyer la construction identitaire des jeunes acadiens. Ce genre d’initiative constitue une mesure très positive et efficace.

Bien sûr, un autre enjeu important qui touche nos jeunes des communautés de langue officielle est leur exode vers les villes. Et cet enjeu est particulièrement présent en Acadie. Plus souvent qu’autrement, partir signifie aller habiter une autre région du pays, avec tous les déracinements que cela entraîne. Selon une étude récente de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML), intitulée Et après le secondaire?, les jeunes sont d’avis qu’il existe pour eux très peu d’occasions d’emplois intéressants en Atlantique. Selon eux, les emplois sont plus à l’Ouest, en Ontario et au Québec. Notre société en est une qui s’urbanise, qui s’éloigne des régions, optant plutôt pour les grands centres. Selon l’étude de l’ICRML, seulement un tiers des jeunes ont indiqué qu’ils planifiaient demeurer dans leur région pour y travailler à la suite de leurs études. Mais on ne devrait pas devoir faire le choix entre vivre en Acadie ou faire vivre sa famille. Le développement économique est une facette essentielle du développement communautaire. De nouvelles occasions doivent être créées, et ce qui fonctionne déjà doit être mis en valeur.

Je sais que l’Acadie travaille très fort pour permettre aux jeunes de rester ou de revenir dans leur région. Au Nouveau-Brunswick, deux initiatives importantes sont en place pour encourager les jeunes à revenir s’installer dans leur coin de pays et à s’engager au sein de leurs communautés. La campagne « Je reviens! J’y reste! » d’Entreprise Péninsule a pour but de rapatrier les jeunes de 18 à 35 ans et de les outiller pour faciliter leur retour dans la région. Quant à la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick, avec son projet « C’est MA communauté! », elle vise à développer le leadership chez les jeunes, à leur fournir des occasions d’engagement au sein de leur communauté et à leur permettre de participer au processus décisionnel de leur municipalité. Jusqu’à présent, ces initiatives ont connu d’importants succès.

Comme partout ailleurs, tous les jeunes ne voudront pas rester en Atlantique, selon leur domaine d’intérêt. Cependant, les occasions y sont pour eux; il s’agit de les considérer sous un angle différent. En Acadie, les jeunes peuvent facilement contribuer à la vitalité de leurs communautés et influencer directement leur épanouissement.

Les nouveaux arrivants et les immigrants

Les nouveaux arrivants et les immigrants peuvent également contribuer à cette vitalité et à l’épanouissement de nos communautés de langue officielle en situation minoritaire. Selon moi, Brahim est l’exemple parfait, grâce au leadership dont il a fait preuve dans le cadre du projet de la piscine communautaire de Shippagan. Avec le nouveau visage de la francophonie qui se définit petit à petit, nous devons nous assurer que tous les citoyens qui composent cette nouvelle réalité soient inclus dans le processus décisionnel et que nous leur donnons l’occasion de le faire.

En Acadie, comme dans les autres communautés de langue officielle, la langue est un facteur unificateur, surtout lorsqu’on considère le nouveau visage du Canada et de la francophonie. Ces communautés regroupent aujourd’hui des visages, des dialectes, des cultures et des traditions très variés. Mais une chose les unis : la langue. Bien qu’ils seront toujours Camerounais, Belges, Malgaches, Québécois ou Franco-Ontariens, ils sont aussi de nouveaux Acadiens. Afin de leur faire une place au sein de vos communautés, il sera important de poursuivre vos efforts pour vous assurer qu’ils reçoivent des services d’accueil et d’intégration adéquats.

La Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013 accorde 20 millions de dollars sur cinq ans pour des initiatives en immigration, en plus de 10 millions pour l’immigration francophone au Nouveau-Brunswick. Cependant, des sommes beaucoup plus considérables sont nécessaires pour réussir la pleine mise en œuvre du Plan stratégique pour l’immigration dans les communautés francophones. Également, la possibilité de trouver un emploi ou de démarrer une entreprise rentable reste la pierre angulaire de l’intégration des nouveaux arrivants. Les investissements des gouvernements et de la communauté dans ce domaine ne réussiront pleinement que s’ils sont harmonisés avec une stratégie de développement économique.

Actuellement, au Canada, les immigrants représentent seulement le seizième de la population francophone. Dans les provinces de l’Atlantique, les proportions d’immigrants sont beaucoup plus basses. Au Nouveau-Brunswick, un membre de la communauté francophone sur 50 est un immigrant. À Terre-Neuve-et-Labrador, cependant, près d’un sixième de la population francophone résulte de l’immigration et on trouve un grand nombre de nouveaux arrivants parmi la centaine d’entrepreneurs francophones de la province. Cela démontre bien, selon moi, l’importance de l’apport de l’immigration à la vitalité de nos communautés en situation minoritaire2.

Pour maintenir leur vitalité, les communautés francophones doivent attirer et garder un pourcentage d’immigrants, pourcentage qui correspond au moins à leur poids démographique existant, soit 4,4 p. 100 de la population canadienne à l’extérieur du Québec. Cet apport démographique est essentiel à la survie de nos communautés.

Ces immigrants ont leur place dans la croissance démographique de nos communautés de langue officielle et on doit les appuyer pour éviter leur assimilation au sein de la majorité. Toutes les parties doivent agir et collaborer dès maintenant afin de mieux cibler, sélectionner, accueillir et intégrer les immigrants d’expression française, et ce, tout en adoptant une dimension croissante de diversité. Pour y arriver, ceci va de soi : chaque communauté francophone doit participer au dialogue sur la diversité croissante, afin de permettre la bonne intégration des nouveaux arrivants.

Conclusion

Nos communautés de langue officielle ont fait des avancées considérables au cours des 40 dernières années pour assurer leur vitalité. Cependant, elles doivent continuer d’évoluer et de faire appel aux divers groupes qui les composent ainsi que de les inclure dans tous les aspects de la vie communautaire.

Les générations précédentes ont longtemps milité pour assurer les droits dont jouissent aujourd’hui nos communautés. Même si le militantisme acadien s’est transformé, une vérité demeure : la vitalité de nos communautés repose sur la contribution de tous les citoyens, des organismes communautaires et de l’appui de tous les paliers gouvernementaux, qui sont d’autant plus importants pour nourrir l’élan actuel et garantir un avenir prospère.

Merci.



1. François Boileau, « Quand vitalité rime avec jeunesse et réseau institutionnel » dans Patrimoine canadien, Thèmes canadiens, été 2008, p. 15.

2. Statistique Canada, recensement de 2006, produit 97-555-XCB2006059.