ARCHIVÉE - Montréal, le 21 novembre 2012

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Notes pour une allocution à prononcer au Forum de discussion
sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique 

Discours d’ouverture


Graham Fraser - Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Bonjour,

Tout d’abord, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue au Forum de discussion sur les perceptions des Canadiens de diverses origines envers la dualité linguistique. Merci d’avoir accepté mon invitation. Votre participation aujourd’hui nous aidera à mieux connaître et comprendre comment vous voyez la dualité linguistique et la diversité culturelle, et comment vous les avez vécues.

C’est le quatrième forum du genre qu’organise le Commissariat. Forts du succès des trois premiers forums, tenus successivement à Toronto, Vancouver et Halifax, nous avons décidé de poursuivre l’initiative à Montréal.

Notre pays possède deux langues et deux cultures dynamiques, ce qui est source de créativité, d’innovation et de dialogue permanent, mais peut aussi être de temps en temps une source de tension et de désaccord. Par contre, le fait que les deux groupes linguistiques doivent toujours travailler ensemble a aidé le pays et la société canadienne à développer des valeurs tels que le respect, le compromis, l’empathie et l’acceptation.

On ne saurait analyser à fond les liens entre la diversité culturelle et la dualité linguistique au Canada sans considérer l’apport de Montréal. Montréal est une ville multiculturelle vivante, bourdonnante, qui est devenue un pôle d’attraction international grâce à toute une série de phénomènes culturels, tant sur les scènes musicales et cinématographiques indépendantes que dans le domaine des industries créatives de haute technologie. Montréal attire les gens venant de tous les coins du monde et de différents antécédents linguistiques par sa vitalité culturelle et par son énergie unique.

Le Québec est la seule province où le français est la langue officielle et où les Canadiens anglophones sont minoritaires. C’est exactement l’inverse de ce qu’on voit ailleurs au pays (sauf au Nouveau‑Brunswick qui, comme vous le savez, a deux langues officielles, comme le gouvernement fédéral). Cette situation risque de créer de la confusion puisqu’il y a contradiction entre le message du gouvernement canadien, favorable à la dualité linguistique, et celui du gouvernement québécois, soucieux d’utiliser uniquement le français.

Il y a au Québec une longue tradition de méfiance voulant que l’apprentissage d’une autre langue, en particulier l’anglais, soit une pente glissante vers l’assimilation. Je ne pense pas que ce soit vrai. Cette réaction, d’après moi, vient d’un profond malentendu. Montréal présente le plus haut taux de bilinguisme au pays. Selon le recensement de 2011, plus de la moitié des Montréalais se disent capables de tenir une conversation en français comme en anglais. Ce recensement a aussi révélé qu’un nombre croissant d’immigrants qui ne parlent pas anglais deviennent bilingues en apprenant le français. En fait, le groupe linguistique qui augmente le plus vite dans la province est celui des Québécois parlant français et une autre langue que l’anglais. Entre 2006 et 2011, en effet, ce groupe est passé de 3,8 p. 100 à 5 p. 100 de la population.

En somme, même si le français est la langue courante et officielle au Québec, les deux langues y ont leur place et toutes deux font partie du patrimoine commun des Québécois. Le bilinguisme personnel – bien que non obligatoire – doit être encouragé, non seulement chez l’élite et les milieux d’affaires, mais aussi chez tous les Québécois dans leurs activités personnelles, sociales, économiques et culturelles. Les Québécois de toutes origines réagissent bien au fait que leur province soit la plus bilingue au Canada.

Le français et l’anglais sont des langues canadiennes, et non des langues étrangères. Sans l’ombre d’un doute, il faut protéger le français au Québec, mais on doit le faire dans le respect des droits de la minorité anglophone. Il existe une différence fondamentale entre la montée incontestable de l’anglais – langue de communication internationale dans l’industrie, les entreprises, la recherche et le tourisme – et les besoins des collectivités anglophones du Québec.

Gérald Godin, ancien ministre québécois des Communautés culturelles et de l’Immigration qui est décédé en 1994, avait bien compris cette distinction. Il y a 30 ans, il déclarait sans ambages que la communauté anglophone au Québec, très minoritaire, ne représentait aucune menace pour le français. La menace, disait-il, venait d’ailleurs. Trois décennies plus tard, l’impact de la mondialisation montre combien il avait raison.

J’ai connu Gérald Godin personnellement, et je me souviens très bien du rôle qu’il a joué en tendant la main aux différentes communautés culturelles. Il voyait dans l’engagement du gouvernement envers le multiculturalisme et la diversité ethnique une chance pour la société québécoise de définir des objectifs plus profonds. Selon lui, ce qui manquait au Québec, c’était un projet social stimulant qui porte des valeurs non matérialistes comme la fraternité, la générosité envers autrui, l’ouverture et la solidarité1.

D’après moi, la diversité culturelle et la dualité linguistique s’imposent comme deux grandes valeurs canadiennes, des valeurs complémentaires. La diversité culturelle de la société canadienne découle directement de la croissance continue de la population immigrante qui s’est produite au cours des dernières décennies. On peut affirmer que c’est en partie l’ouverture et l’esprit d’accommodement canadien, issus de l’évolution des deux grands groupes linguistiques du Canada, qui ont favorisé l’immigration et la diversité au sein de la population canadienne. Le fait qu’il y ait deux langues officielles au Canada contribue à l’expression de la différence.

Il importe cependant de ne pas nous laisser égarer par les valeurs quelque peu idéalistes que nous préconisons auprès des nouveaux arrivants. Au forum de Halifax, lors d’un atelier sur les valeurs canadiennes, j’ai entendu le témoignage d’un homme originaire de la Colombie. Tous les participants mentionnaient des valeurs typiquement canadiennes, de belles valeurs : la tolérance, l’inclusion, la coopération. Lorsque cet homme a pris la parole, il a déclaré que ce n’est pas du tout ce qu’il avait constaté lorsqu’il est arrivé au Canada. Ce qu’il avait remarqué, c’était la compétition, l’individualisme, le matérialisme. Ce n’est qu’après avoir quitté la ville pour une petite communauté qu’il a découvert que les « bonnes valeurs », comme la solidarité et l’inclusion, existaient vraiment au Canada.

Cela m’a porté à réfléchir sur la façon dont nous accueillons les nouveaux immigrants. Nous répétons de belles phrases au sujet des valeurs canadiennes. Nous faisons la promotion d’une vision idéaliste du Canada en tant que pays accueillant et inclusif, sans nécessairement reconnaître que la réalité est parfois totalement différente et qu’il y a des différences énormes d’une province et d’une ville à l’autre. Nous comparer avantageusement à d’autres pays peut parfois nous rendre aveugles à ce qui doit changer chez nous.

C’est pourquoi il vaut la peine que vous nous racontiez vous-mêmes vos expériences, qui risquent de différer grandement de ce que nous voulons entendre. On se plaît à considérer le Canada comme un pays accueillant, mais il est souvent utile de se faire dire que ce n’est pas toujours le cas. Vous êtes les mieux placés pour nous expliquer votre vécu personnel. Vous nous permettrez ainsi de mieux comprendre les obstacles que nous devons surmonter pour être dignes de notre image de pays qui épouse vraiment sa diversité.

La dualité linguistique et la diversité culturelle sont au cœur de l’histoire du Canada et constituent maintenant deux valeurs fondamentales de la société canadienne. Les Canadiens de diverses origines adoptent l’une des langues officielles et contribuent à faire vivre la dualité linguistique, ce qui permet aux gens de toutes les origines de participer pleinement à la société canadienne et de l’enrichir sur tous les plans.

Dans les prochaines décennies, notre société continuera de connaître d’importants changements sociodémographiques. À titre d’exemple, des projections récentes de Statistique Canada montrent que d’ici 2031, entre 25 et 28 p. 100 des Canadiens seront nés à l’étranger2. On peut donc s’attendre à une augmentation constante de la proportion de Canadiens qui n’ont ni le français ni l’anglais comme langue maternelle.

La dualité linguistique continuera elle aussi d’évoluer. Tous les Canadiens d’expression française et d’expression anglaise, peu importe leur origine, doivent avoir la possibilité d’apprendre l’autre langue officielle et de recevoir des services gouvernementaux fédéraux dans la langue officielle de leur choix, et ce, dans beaucoup de régions du pays.

En réalité cependant, il reste des obstacles à aplanir avant de pouvoir tirer pleinement avantage de la nature complémentaire de nos politiques sur les langues officielles et sur la diversité culturelle. L’un de ces obstacles est certainement l’écart qui existe entre nos aspirations en matière de dualité linguistique, dont font état nos lois et le discours politique, et notre réalité actuelle, qui montre que la dualité linguistique est absente de la vie quotidienne de nombreux Canadiens. En participant à ce forum, vous pouvez aider à combler cet écart.

Comme nous l’avons observé dans d’autres régions du pays, les nouveaux arrivants et les communautés culturelles semblent avoir un rapport complexe avec les langues officielles du Canada. Les discussions auxquelles vous allez participer portent sur l’avenir du Canada en tant que pays multiculturel, où le dialogue national se déroule dans les deux langues officielles.

Avant de commencer, j’aimerais vous rappeler quelques faits historiques.

En 1963, la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme a proposé un nouveau partenariat entre les Canadiens francophones et les Canadiens anglophones. Dorénavant, le gouvernement du Canada fonctionnerait plus efficacement dans les deux langues officielles.

En 1969, le gouvernement Trudeau a adopté la Loi sur les langues officielles. Celle-ci établit l’obligation du gouvernement fédéral de fournir des services aux Canadiens en français ou en anglais, tel qu’ils le souhaitaient.

Tout juste deux ans après l’adoption de la Loi sur les langues officielles, soit en 1971, le gouvernement du Canada élaborait une politique sur le multiculturalisme qui s’inscrivait dans le contexte général de la dualité linguistique. Cette mesure a mené à l’adoption de la Loi sur le multiculturalisme canadien en 1988.

Aujourd’hui, la discussion vise principalement à mieux comprendre vos perceptions de la dualité linguistique et les liens qui existent entre la dualité linguistique et la diversité culturelle. Nous voulons échanger avec vous pour continuer et enrichir le dialogue entamé il y a quelques années lors des forums de Vancouver, Toronto et Halifax.

Je vous encourage à faire connaître l’expérience et les perceptions de votre communauté et à discuter de votre rôle relativement à la dualité linguistique du Canada. N’hésitez pas à faire des suggestions et à proposer des plans d’action. Votre opinion est importante, et je vous remercie à l’avance de nous en faire part.

Je serais heureux d’entendre vos points de vue à ce sujet et de répondre aux questions que vous souhaiteriez poser.

Merci.

Notes

1 Graham Fraser : « Godin leads the push for a Quebec open to diversity », The Gazette, 1er septembre 1981.

2 Statistique Canada, Projections de la diversité de la population canadienne, 2006 à 2031, no 99-551-X au catalogue de Statistique Canada, Ottawa, 2010, p. 18 (www.statcan.gc.ca/pub/91-551-x/2010001/ana-fra.htmSite du gouvernement).