ARCHIVÉE - Ottawa, le 21 novembre 2008

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Notes pour une allocution au Congrès national de
l’Association canadienne des professeurs d’immersion


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Monsieur Karsenti, Madame Logie, Madame Larivière, Mesdames et Messieurs,

Je désire d’abord vous remercier de m’accueillir ici aujourd’hui. Je suis très reconnaissant du travail que fait l’Association canadienne des professeurs d’immersion, et l’envergure de ce travail se manifeste dans la popularité actuelle des programmes d’immersion.

En ce moment, partout au Canada, les programmes d’immersion continuent de connaître un succès sans pareil. Grâce à ces programmes, de nombreux jeunes Canadiens et Canadiennes ont l’occasion d’apprendre leur deuxième langue officielle, et c’est en grande partie grâce à votre engagement, à votre travail et à la contribution de vos membres.

Chacun d’entre vous joue un rôle important dans le processus d’apprentissage en immersion de nos jeunes, que ce soit en tant qu’enseignant, directeur, conseiller pédagogique ou autre. Ensemble, vous pouvez continuer d’actualiser les programmes d’immersion afin que tous nos jeunes puissent s’y identifier. Dans vos réflexions, je vous encourage à répondre aux questions suivantes :

  1. Comment pouvons-nous améliorer et prolonger le succès des programmes d’immersion?
  2. Comment pouvons-nous encourager les élèves à poursuivre leurs études dans ces programmes?
  3. Et, enfin, comment pouvons-nous nous assurer que les programmes d’immersion demeurent pertinents?

Je ne prétends pas détenir toutes les réponses, mais j’espère vous offrir un aperçu des particularités de la situation canadienne.

1. Situation actuelle

Premièrement, je tiens à reconnaître la contribution de l’ACPI au milieu canadien de l’immersion. L’appui que vous accordez aux enseignants, les occasions de formation que vous offrez et les recherches que vous effectuez sont essentiels et continuent d’être d’une grande pertinence. Vos membres sont les porte-parole de la langue française chez plus de 300 000 jeunes dans l’ensemble du pays.

Entre autres, je remarque des pratiques exemplaires en Colombie-Britannique et en Saskatchewan, où des liens ont été tissés avec les communautés francophones. Il existe également dans ces provinces des liens forts entre les enseignants et les conseils scolaires francophones. Ces partenariats sont un atout dans votre travail et je vous encourage à continuer à trouver de nouvelles occasions de partenariats de ce genre.

Malgré le haut niveau d’intérêt que suscitent les programmes d’immersion, il existe encore certains défis à surmonter pour que nous puissions atteindre une maîtrise accrue des deux langues officielles dans un avenir proche.

En juin dernier, lors d’un colloque organisé par l’Institut des langues officielles et du bilinguisme de l’Université d’Ottawa, j’ai abordé le rôle de la diversité et du multilinguisme au sein de notre société. À la lumière des tendances canadiennes actuelles, ces deux enjeux ont également une incidence sur votre travail, car les styles d’apprentissage des élèves changent et continueront d’évoluer, tout comme notre population.

2. La réalité des programmes d’immersion

Je m’inquiète souvent du fait que les parents unilingues considèrent les divers programmes de français langue seconde comme un système qui produit des diplômés parfaitement bilingues, et comme la seule et unique façon d’apprendre le français. Ces attentes sont à la fois irréalistes et inefficaces.

Dans les programmes d’immersion, l’accent est mis sur les aptitudes orales, parfois au détriment des compétences écrites. Dans les programmes de base et les programmes intensifs de français, les élèves ont de nombreuses occasions de pratiquer la grammaire et la conjugaison, mais peuvent éprouver des difficultés à l’oral. Mais il y a des succès et occasions d’apprentissage. J’en parle plus loin.

Comme ambassadeurs de la langue française dans les communautés à majorité anglophone, vous avez l’une des tâches les plus difficiles du domaine de l’éducation. Vous devez utiliser le temps dont vous disposez avec les élèves de façon à ce que ces derniers repartent avec autant de connaissances que possible.

Vu le grand nombre d’entre vous rassemblés ici aujourd’hui, je témoigne de votre engagement envers l’amélioration constante des programmes d’immersion, ce qui permettra de mieux répondre aux besoins de vos élèves.

Pendant cette période de popularité accrue des programmes d’immersion, je compte sur votre persévérance et sur le maintien de vos rôles d’ambassadeurs et de défenseurs de la langue française. À titre de professionnels de première ligne, vous êtes les mieux placés pour promouvoir un soutien accru, non seulement auprès de tous les ordres de gouvernement, mais aussi auprès des communautés de langue tant majoritaire que minoritaire.

Enfin et surtout, je vous encourage à présenter à vos élèves les occasions d’apprentissage qui existent au niveau postsecondaire. De nombreux établissements postsecondaires, comme l’Université d’Ottawa, l’Université Sainte-Anne et le Collège Glendon de l’Université York, offrent aujourd’hui des cours et des programmes d’immersion. Huit cent étudiants sont présentement inscrits au programme d’immersion de l’Université d’Ottawa. Ces étudiants suivent des cours dans leur langue seconde et reçoivent un soutien supplémentaire sous forme de tutorat additionnel. On me dit que c’est un grand succès. D’ailleurs, le directeur du programme, Marc Gobeil, est ici aujourd’hui et sera ravi de vous en parler davantage.

Votre investissement additionnel continue alors à se manifester, en ce sens que les élèves sont incités à poursuivre leurs études supérieures dans leur deuxième langue officielle.

La Faculté Saint-Jean de l’Université de l’Alberta est un exemple intéressant : de nombreux étudiants proviennent de programmes d’immersion et choisissent d’y poursuivre leurs études en français.

Ce n’est pas par accident, ni uniquement le résultat du travail exemplaire de la Faculté et de son doyen Marc Arnal. C’est la preuve du succès des efforts qu’a fait Edmonton Public Schools depuis huit ans pour améliorer les programmes d’immersion offerts et, fort de ce succès, l’enseignement d’autres langues.

La création de programmes d’immersion à l’Université Simon Fraser et à l’Université de la Colombie-Britannique est sans aucun doute directement liée au nombre croissant d’étudiants issus de programmes d’immersion offerts dans la province.

Le Commissariat entreprend présentement une étude sur les occasions d’apprentissage en français au niveau postsecondaire. Cette étude pourra vous servir d’outil pour cibler les établissements postsecondaires offrant des programmes de français, mais aussi pour les échanges, le soutien à l’apprentissage, la coordination interétablissements et l’organisation d’activités sociales.

Si nous avons décidé d’entreprendre une telle étude, c’est en raison d’un besoin inhérent de connaître les nombreuses options qui s’offrent aux étudiants. Cette étude permettra également de sensibiliser les utilisateurs aux différentes communautés majoritaires et minoritaires de l’ensemble du pays.

3. Partenariats avec les communautés de langue officielle en situation minoritaire

Des communautés francophones en situation minoritaire existent dans toutes les provinces et tous les territoires, quoique leur taille puisse varier. En discutant avec des élèves d’immersion, j’ai souvent constaté que ces jeunes ne sont pas toujours conscients de la présence de ces communautés francophones à l’extérieur du Québec, malgré le fait qu’elles peuvent jouer un rôle vital dans leur processus d’apprentissage. Ces communautés peuvent également être une source d’appui pour vous, les enseignants.

Comme vous jouez toutes et tous un rôle crucial dans l’enseignement immersif, je vous encourage à vous tourner vers ces communautés afin d’obtenir les outils et le soutien nécessaires pour mettre à profit les programmes existants ainsi que pour rehausser la pertinence et le rayonnement des programmes d’immersion.

Pourquoi ne pas participer à des débats? Visionner des films? Assister à des spectacles, pièces de théâtre ou représentations d’interprètes en tournée?  Récemment, au Centre national des arts ici à Ottawa, j’étais ravi de constater qu’un groupe d’élèves, de toute évidence de l’immersion, étaient présents à une représentation de la pièce Oh les beaux jours, de Samuel Beckett.

Je continue à exprimer le besoin des Canadiens et des Canadiennes de mieux comprendre leur propre pays. Pour ce faire, il est important qu’ils aient une meilleure connaissance et une meilleure compréhension des communautés canadiennes, tant de langue majoritaire que de langue minoritaire. À cette fin, ils doivent comprendre la langue ainsi que la culture.

Plus tôt cette année, j’ai participé à une conférence organisée par Le français pour l’avenir à London, en Ontario, qui réunissait des jeunes de milieux immersifs et francophones. En me préparant à parler aux élèves participants, à leurs parents et à leurs enseignants, j’ai appris que London compte une population francophone prospère, qui a son propre centre communautaire et sa propre station de radio. J’ai découvert que plusieurs interprètes de la chanson francophone du Canada, entre autres, y étaient passés. Par contre, j’ai été attristé du fait que peu d’élèves d’immersion tiraient profit des services offerts et des activités culturelles qui s’y déroulaient.

Nos deux communautés vivent côte à côte et sont souvent inextricablement liées dans la même ville. L’époque des deux solitudes devrait être révolue. Aujourd’hui, nous devons montrer que nous sommes unis et que nous poursuivons le même objectif – soit celui du bilinguisme, ou, à tout le moins, la compréhension de la langue et de la culture de l’autre.

Dans tout le pays, les francophiles ont démontré leur amour de la culture française en participant en grand nombre aux événements culturels. Les communautés francophones ne sont pas des clubs privés auxquels seulement  les « vrais » francophones peuvent adhérer. Ce sont des communautés ouvertes à tous ceux qui aiment la langue française. Des francophiles y jouent de plus en plus des rôles importants. L’exemple le plus célèbre est probablement celui de Tory Colvin, qui a été président de la Fédération des associations de juristes d’expression française de common law. Le juge Colvin est maintenant juge à la Cour de justice de l’Ontario. Des anglophones ayant appris le français jouent également un rôle d’importance auprès de l’Association des juristes d’expression française dans l’ensemble du pays.

En plus, le ministre James Moore, qui a 32 ans, est le premier de sa cohorte d’élèves en immersion à devenir ministre.

4. Diversité

Nous constatons également des changements démographiques dans nos communautés sur le plan de la diversité. Les immigrants se sont aussi taillés une place au sein de la communauté francophone.

La question de la diversité touche, bien sûr, les deux communautés linguistiques canadiennes et peut représenter un défi – mais aussi une occasion – pour les enseignants des programmes d’immersion. Les nouveaux arrivants au Canada connaissent souvent déjà une ou deux langues, ce qui signifie que l’anglais et le français ont tendance à devenir leurs troisième et quatrième langues.

Nous sommes donc responsables de nous assurer que les programmes que nous offrons répondent à leurs besoins particuliers. Nous devons nous assurer que ces enfants, et leurs parents, comprennent pourquoi nous mettons l’accent sur le français et l’anglais dans nos écoles.

Nous devons démontrer clairement qu’il existe une relation mutuellement avantageuse entre la diversité et la dualité linguistique, et que ces deux éléments ne sont pas contradictoires. Dans ce même ordre d’idées, la connaissance des deux langues officielles peut servir de tremplin au multilinguisme, ce qui serait très avantageux pour le Canada.

Conclusion

Le Canada ne s’est jamais donné pour objectif de rendre bilingues tous ses citoyens, et il n’en a pas non plus besoin. Dans notre économie mondiale, cependant, l’occasion d’apprendre d’autres langues est en soi un avantage. Elle permet d’avoir accès à une multitude de possibilités partout dans le monde. Au Canada, l’apprentissage du français peut être un point de départ, non seulement vers le bilinguisme, mais également vers le multilinguisme.

Quoi qu’il advienne de vos élèves une fois qu’ils quittent vos salles de classe, soyez fiers qu’ils aient du moins acquis les bases nécessaires pour apprécier la langue et la culture qui l’accompagne. Pour cela, vous méritez toutes et tous des remerciements.

Merci.