ARCHIVÉE - Caraquet, le 21 août 2009

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 La jeunesse acadienne : la clé de l’avenir pour une communauté
riche en culture et en histoire

Notes pour une allocution à la journée « Pleins feux sur la génération 19-35 ans »


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Chers amis,

C’est avec grand plaisir que je suis ici parmi vous, dans la péninsule acadienne, dans le cadre du Congrès mondial acadien et de cette journée si spéciale. Il y a dix ans, je prononçais une allocution devant les membres de Dialogue Nouveau-Brunswick. En 1999, c’était également l’année à laquelle la province accueillait le Sommet de la Francophonie. Grâce au Congrès mondial acadien, le Nouveau-Brunswick accueille à nouveau le monde en son sein.

Comme des milliers de Canadiens, j’ai regardé plus tôt cet été les funérailles de Roméo LeBlanc, un grand Canadien et un grand Acadien. J’ai été ému par les témoignages, qui confirmaient l’impression que j’avais de lui. Je ne le connaissais pas très bien, mais je l’ai rencontré au début des années 1960 alors que j’étais adolescent et lui, correspondant pour Radio-Canada à Londres. Lorsqu’ils sont en présence de jeunes, les gens se révèlent parfois davantage. Il était simple, ouvert et respectueux; des qualités qu’il a démontrées tout au long de sa carrière et de sa vie. Je tiens à exprimer mes condoléances à sa famille et à la communauté acadienne.

Vous savez sans doute que, depuis bien longtemps, je me passionne pour la langue et la culture françaises au Canada. Je tente également d’apprendre à mieux connaître les communautés francophones du pays, y compris l’Acadie.

Bien que j’aie suivi des cours de français à l’école secondaire (l’immersion n’existait pas encore), ce fut lors d’un passage à l’Île-aux-Noix, près de Montréal, que la culture francophone m’a vraiment touché. À l’époque, j’avais 19 ans et j’étudiais à l’Université de Toronto. La Loi sur les langues officielles n’existait pas encore, et il était un peu hors de l’ordinaire pour un jeune anglophone ontarien de se rendre au Québec, de son plein gré, pour s’immerger dans la culture francophone. Toutefois, cette expérience a été l’un des points tournants de ma vie. C’est pourquoi, tout au long de ma carrière de journaliste, je me suis penché sur les questions liées à la politique, à la culture et à la langue française au Canada.

Un des sujets qui me fascine particulièrement est la question de l’identité, notamment dans les communautés de langue officielle en situation minoritaire. D’ailleurs, j’ai fait part de mes réflexions à cet effet lors de mon dernier passage à Caraquet en mars dernier. Je tentais alors de comprendre ce que voulait dire être francophone au Canada, et plus spécifiquement acadien. J’étais bien intéressé par les propos d’Alexis Couture, qui disait que les jeunes « ont une vision beaucoup plus large et beaucoup plus vaste de l’Acadie; qu’ils n’ont pas cette notion de territorialité ». D’ailleurs, tout comme les autres communautés francophones du Canada, l’Acadie est en train de se redéfinir.

À titre de jeunes leaders acadiens dans vos communautés, vous contribuez à cette redéfinition. Plus important encore, vous contribuez à l’épanouissement et à la vitalité de vos communautés, dispersées partout dans la région de l’Atlantique. Même si certains d’entre vous n’habitez plus en Atlantique, vous jouez également un rôle de leadership, que ce soit en sensibilisant les autres aux enjeux de l’Acadie ou en appuyant vos homologues en région.

Je constate aussi qu’à titre de jeunes, vous reconnaissez le besoin de revenir en Acadie pour vous y installer. Vous accordez également beaucoup d’importance à l’apprentissage continu de la langue française et à la vitalité de la culture acadienne. Dans cet esprit, vous servez de modèles au sein de la francophonie canadienne.

Bien sûr, il reste du chemin à faire. Selon une étude récente de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, intitulée Et après le secondaire, les jeunes sont d’avis qu’il existe pour eux très peu d’occasions d’emploi intéressantes dans la région de l’Atlantique. Les emplois sont plus à l’Ouest, en Ontario, au Québec. Selon moi, cette perception est malheureuse, sinon erronée et contribue à l’enjeu de l’exode des jeunes, problème qui affecte la majorité des communautés en situation minoritaire partout au pays, mais particulièrement dans l’Atlantique. Notre société en est une qui s’urbanise, qui s’éloigne des régions, optant plutôt pour les grands centres. Selon l’étude de l’ICRML, seulement un tiers des jeunes planifient demeurer dans leur région pour travailler après leurs études. Il s’agit d’une prophétie qui s’exauce; c’est à dire que la prédiction contribue à la réalisation. Si les jeunes continuent de quitter la région de l’Atlantique, il est certain que l’économie de la région en souffrira.

Je suis très heureux de savoir que l’Acadie déploie de grands efforts pour contrer cette tendance. Au Nouveau-Brunswick, deux initiatives importantes sont en place pour encourager les jeunes à revenir s’installer dans leur coin de pays et à s’engager au sein de leurs communautés. La campagne « J’y reviens, j’y reste » d’Entreprise Péninsule a pour but de rapatrier les jeunes de 18 à 35 ans et de les outiller pour faciliter leur retour dans la région. Quant à elle, la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick, avec son projet « C’est MA communauté », vise à développer le leadership chez les jeunes, à leur fournir des occasions d’engagement au sein de leur communauté et à leur permettre de participer au processus décisionnel de leur municipalité. Jusqu’à présent, ces initiatives ont connu d’importants succès.

Malgré ce travail, tous les jeunes ne voudront pas rester en Atlantique. Nous vivons dans une ère de grande mobilité et les Acadiens ont toujours été des voyageurs. Cependant, les occasions y sont pour eux; il s’agit de les considérer sous un angle différent. En Acadie, les jeunes peuvent facilement contribuer à la vitalité de leurs communautés et influencer directement leur épanouissement. Le fait de travailler auprès d’organismes communautaires est également un bon moyen d’acquérir de l’expérience en leadership et en gestion, ce qui vous servira grandement dans votre cheminement de carrière.

Bien sûr, le leadership peut aussi se faire en dehors du travail. Vous êtes les modèles de votre propre génération et de la prochaine. Grâce à vos actions, les jeunes d’aujourd’hui, malgré les influences accrues de l’anglais, connaîtront leur patrimoine culturel et identitaire et accorderont une place d’importance à la langue française.

Pour assurer la vitalité d’une communauté, il est également important que sa jeunesse poursuive ses études postsecondaires en français. Au Nouveau-Brunswick, la majorité des jeunes francophones choisissent de le faire. Mais pour les jeunes francophones des autres provinces de l’Atlantique, il est plus probable qu’ils les effectuent en anglais. Je reconnais et je souligne donc les efforts de l’Université de Moncton, de l’Université Sainte-Anne, des collèges communautaires du Nouveau-Brunswick et du Collège de l’Acadie, qui offrent des programmes en français de haut calibre et qui accueillent chaque année un nombre important de jeunes francophones d’Acadie et d’ailleurs. Cependant, j’encouragerais les autres universités de l’Atlantique à poursuivre le dialogue sur la possibilité d’offrir des programmes en français. Certains offrent déjà des occasions aux jeunes de programmes d’immersion de poursuivre leurs études en français. Ne serait-ce pas un avantage considérable si ces derniers pouvaient côtoyer leurs homologues francophones sous un même toit?

D’ailleurs, cette ouverture envers la majorité est importante, car la majorité comprend des francophiles, comme moi, qui appuient nos communautés de langue officielle en situation minoritaire ainsi que les arts et la culture de celles-ci. Grâce au visage de notre société canadienne qui évolue, toutes ces communautés, y compris l’Acadie, devront se redéfinir et accueillir de nouveaux joueurs, comme les francophiles et les nouveaux arrivants.

Cet automne, nous célébrons le 40e anniversaire de la Loi sur les langues officielles. De son côté, le Nouveau-Brunswick fête également le 40e anniversaire de sa Loi sur les langues officiellesSite externe cette année. Il s’agit d’une occasion idéale pour les jeunes de réfléchir à ce qui a été accompli jusqu’à présent et de participer activement au dialogue sur l’avenir de l’Acadie et de la francophonie canadienne.

Merci.