ARCHIVÉE - Blanc-Sablon, le 21 juin 2008

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Notes pour une allocution à La Côte en fête 2008


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Bonjour. 

Je voudrais tout d’abord dire que je suis très honoré de participer aux célébrations de La Côte en fête 2008. En particulier, je tiens à remercier Adrienne Blattel de m’avoir invité. Comme vous le savez, le Commissariat vient tout juste de présenter son étude sur la vitalité de trois communautés anglophones du Québec, y compris la vôtre sur la Basse‑Côte‑Nord. Je suis donc particulièrement heureux d’être ici avec vous aujourd’hui. 

Il s’agit de ma toute première visite dans la région et je dois avouer, comme l’indique votre site Web de tourisme, « le voyage jusqu’ici, c’est la partie la plus amusante ». Hier, j’ai eu la chance de visiter la collectivité de St‑Paul’s River et, au cours des trois prochains jours, je me rendrai à Saint‑Augustin, Chevery et Harrington Harbour, si les conditions météorologiques le permettent. De par mon séjour sur la Basse‑Côte‑Nord, j’espère acquérir une plus grande compréhension des défis auxquels vous êtes confrontés et, plus important encore, de la vitalité dont vous avez fait preuve en tant que communauté d’expression anglaise unie du Québec. 

J’ai été impressionné d’apprendre qu’il y a une présence humaine sur ces rives depuis maintenant plus de sept mille ans. Nous entendons souvent parler de l’exploration de cette région par Jacques Cartier, mais non des Inuits et des Innus qui se sont établis ici bien avant son arrivée. De même, nous oublions parfois les descendants des peuples inuits et innus, qui constituent toujours une partie importante de vos collectivités. 

L’histoire et la culture de la Basse‑Côte‑Nord sont riches et uniques. Les collectivités installées le long des rives regroupent des Autochtones, des anglophones et des francophones. Comme vous êtes si près de la frontière avec Terre‑Neuve‑et‑Labrador, l’influence de la culture de cette province s’y fait également sentir. Et, bien entendu, vous avez une économie comme nulle part ailleurs dans la province de Québec. 

Après la fermeture de la pêche à la morue, la Basse‑Côte‑Nord a été confrontée à de nombreux défis et difficultés économiques, dont bon nombre existent encore aujourd’hui. Suivant une visite à la région en 2003 de ma prédécesseure, Dyane Adam, une plainte a été déposée contre le gouvernement, selon laquelle la partie VII de la Loi sur les langues officielles obligeait le gouvernement de venir en aide à la communauté. Il n’y a aucun doute qu’il y avait un besoin clair au sein de la communauté : le moratoire de la pêche à la morue menaçait l’existence même de celle-ci. Deux de mes collègues, Eva Ludvig et Charles Taker, de notre bureau de Montréal, ont pleinement participé aux discussions qui ont eu lieu par la suite entre le gouvernement et la communauté. Ces discussions ont permis d’adopter des mesures visant à aider les membres de la communauté de la Basse‑Côte‑Nord à surmonter cette situation difficile. Entre autres, le gouvernement a lancé un plan d’action de 44 millions de dollars sur deux ans, dont 14 millions pour le Québec, afin d’aider les individus et les communautés les plus touchées par la fermeture de ces pêches et d’accélérer la recherche scientifique pour trouver les raisons de ce grave déclin des stocks. Bien entendu, je comprends que vous êtes toujours confrontés à de nombreux défis, et je peux vous assurer qu’Eva et Charles continueront de travailler en étroite collaboration avec vous sur ces questions. 

Au cours de la dernière année, nous avons collaboré avec des partenaires de la communauté, comme la Coasters’ Association, pour terminer notre étude sur la vitalité de la communauté anglophone de la Basse‑Côte‑Nord, qui a été présentée la semaine dernière. Cette étude nous a permis de mieux comprendre ces défis, dont le déclin de la population, le virage vers d’autres secteurs économiques, l’exode des jeunes et la multiplication des problèmes sociaux comme l’abus d’alcool ou de drogues et les soins aux personnes âgées. Ces défis sont exacerbés par le manque de routes côtières, ce qui rend difficile l’accès à ces collectivités et qui entrave leur développement durable et l’amélioration de leur vitalité. 

Malgré ces défis, la communauté anglophone de la Basse‑Côte‑Nord a créé de considérables ressources communautaires. Elle possède une vie culturelle active et diversifiée regroupant théâtre, arts visuels, musique, attractions patrimoniales, musées, médias d’information, sports et institutions d’enseignement. Et pour cela, je vous félicite. 

Grâce à vos efforts, vous avez démontré à quel point votre communauté – et votre patrimoine – sont importants pour vous. Vous avez démontré que, contre vents et marées, vous continuerez à travailler pour favoriser le redressement de la situation économique par le biais de nouvelles initiatives, comme l’écotourisme, la foresterie, la chasse et la pêche, et la cueillette de baies sauvages. 

En matière de langue, vous êtes confrontés à des défis très précis et, parfois, difficiles. Le taux de bilinguisme de la population anglophone de la Basse‑Côte‑Nord n’est que de 20 %. Comme les services offerts en anglais sont rares, particulièrement en matière de soins de santé, cela veut dire que 80 % de la population de votre communauté est, dans l’ensemble, incapable de recevoir un service adéquat dans sa propre langue. De plus en plus, les bons emplois dans la région exigent une bonne connaissance du français. Cette situation est source de problèmes. 

Vous avez le droit de vivre dans la langue officielle de votre choix. Les collectivités anglophones de la Basse‑Côte‑Nord ont une longue et fière histoire. Rien ne peut vous enlever cela. Vous devez toutefois avoir accès aux outils qui vous permettront d’apporter une contribution unique à la région, à la province et au pays, avoir de meilleures chances d’apprendre le français, tout en préservant votre patrimoine et créer de meilleures possibilités pour permettre aux jeunes de construire un avenir pour eux et leurs familles. Je vous encourage donc à veiller à ce que vos enfants et jeunes gens poursuivent leur formation linguistique pour élargir leurs horizons, ouvrir la porte à de nouvelles possibilités et les garder au Québec, et dans votre communauté. 

Il s’agit d’un des paradoxes de la communauté anglophone du Québec – pour s’épanouir, on doit avoir une bonne connaissance du français. 

Depuis quelque temps, je réfléchis à l’importance de connaître plus d’une langue et j’en parle fréquemment. Deux, c’est bien, mais trois, c’est mieux. D’ailleurs, il est plus facile d’apprendre une troisième langue qu’il ne l’est pour en apprendre une deuxième. En route pour Blanc-Sablon, j’ai eu l’occasion de rencontre Randy Jones, président du Conseil des maires et maire de La Tabatière, qui m’a dit qu’il parlait anglais, français et montagnais. J’ai pensé que c’était un très bon exemple du fait qu’ici, sur la Basse‑Côte‑Nord, vous comptez au moins trois langues : l’anglais, le français et le montagnais. 

En terminant, je voudrais vous lire un court passage du livre de Cleophas Belvin, The Forgotten Labrador, que je lisais dans l’avion en m’en venant ici. 

Les gens qui vivent le long de la côte du Québec et du Labrador, entre Kegashka and Blanc-Sablon, s’adaptent facilement. Ils sont toujours prêts à relever un défi et à faire ce qu’il faut pour aller de l’avant. Peu importe les circonstances, il ne fait aucun doute qu’ils trouveront les moyens de continuer à vivre le long de la côte [traduction].1 

Votre persévérance est ressortie de notre étude sur cette communauté. Et c’est un honneur et un privilège pour moi d’être témoin de la survie et de la vitalité de la Basse‑Côte‑Nord. 

Merci.



1 Cleophas Belvin, The Forgotten Labrador: Kegashka to Blanc-Sablon, Montréal, McGill-Queen’s University Press, p. 168.