ARCHIVÉE - Vancouver, le 20 octobre 2007

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Aller de l’avant : Donner vie au bilinguisme

Notes pour une allocution à l’Assemblée générale annuelle de Canadian Parents for French


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Chers parents et amis,

Je vous remercie de m’avoir invité. Comme vous le savez, Canadian Parents for French (CPF) a été conçu au Commissariat aux langues officielles, au temps de Keith Spicer. Depuis ce temps, le Commissariat considère cet organisme comme l’un de ses plus proches partenaires, et dans mon rôle de commissaire, je souhaite maintenir et renforcer les liens qui unissent nos deux organismes.

Depuis 1977, vos efforts pour encourager les parents anglophones à envisager que leurs enfants apprennent le français, en classe comme à l’extérieur, ont donné d’impressionnants résultats.

Le taux de bilinguisme a augmenté au Canada. Au secondaire, un élève sur quatre est bilingue, un résultat attribuable en grande partie à l’amélioration des programmes de base et d’immersion. C’est exactement le type de démarches que vous prônez depuis maintenant 30 ans.

Il vaut la peine d’examiner de plus près les progrès, même si bon nombre d’entre vous connaissent déjà ces statistiques par cœur.

Selon le recensement de 2001, le taux de bilinguisme des adolescents anglophones de 15 à 19 ans à l’extérieur du Québec atteint environ 15 %. C’est plus du double du taux de bilinguisme de leurs parents! Au Québec, plus de quatre adolescents francophones sur dix sont bilingues, tout comme 83 % des jeunes anglophones. C’est une immense source de fierté pour notre jeune génération de Canadiens.

Mais pourquoi s’arrêter là? Aujourd’hui, je veux vous proposer de combiner nos forces pour insuffler encore plus de dynamisme à l’enseignement du français langue seconde.

Je veux vous parler de réussites concrètes. Par exemple, pensons au Conseil des écoles publiques d’Edmonton, dont l’approche de l’enseignement des langues est l’une des plus complètes au Canada. Le Conseil a accompli de formidables résultats et a attiré l’attention des autres conseils du pays.

Après avoir constaté une baisse des inscriptions à son programme d’immersion, le Conseil scolaire a analysé la situation pour dégager ce qui était nécessaire à un enseignement de la langue seconde de qualité. Au terme de sa réflexion, le conseil est parvenu à 14 critères :

1)      Un soutien positif du district
2)      Un soutien positif des directeurs 
3)      Des enseignants compétents et enthousiastes
4)      Un soutien communautaire constructif
5)      Un enseignement de la langue seconde qui fasse partie intégrante du programme
          régulier
6)      Suffisamment d’heures de cours
7)      Des attentes claires et pertinentes à l’égard du programme
8)      Un apprentissage interactif
9)      Des ressources d’apprentissage de qualité
10)    Des programmes bien définis
11)    Du perfectionnement professionnel
12)    La promotion et le marketing
13)    L’accès, le soutien et la reconnaissance des élèves
14)    Le soutien financier

Les membres du Conseil ont ensuite pris des mesures en fonction de ces critères. Les répercussions sur les enseignants et la qualité de l’enseignement ont presque été instantanées.

Et tout cela s’est passé en Alberta.

Aujourd’hui, on constate que l’attitude envers le bilinguisme est généralement favorable, ce qui n’était certainement pas le cas lorsque CPF a amorcé ses activités il y a 30 ans. En d’autres mots, nous n’avons plus à aborder le bilinguisme de manière aussi prudente que dans les années 1970.

Les rapports annuels du commissaire ne font plus la une des journaux, et ce n’est pas nécessairement mauvais signe. La langue n’est plus au centre des polémiques. S’ils ne s’entendent pas sur la manière d’y parvenir, les partis politiques s’accordent sur l’objectif à atteindre. L’amélioration du climat politique donne beau jeu aux promoteurs d’un enseignement des langues officielles de qualité. Il est plus facile d’attirer l’attention des ministres de l’Éducation aujourd’hui, maintenant qu’il ne s’agit plus d’établir la légitimité du bilinguisme, mais d’améliorer les programmes scolaires.

Avant de discuter de notre travail, laissez-moi vous parler un peu de moi et de ma vision du bilinguisme. Je vous ferai part également du travail qui s’effectue au Commissariat et de la façon dont vous pouvez nous aider.

Je suis entré en fonction il y a un an, après une carrière d’auteur et de journaliste. Mes premiers contacts avec la société francophone du Québec m’ont tellement marqué que j’ai sauté sur l’occasion qui s’offrait de couvrir la politique du Québec vers la fin des années 1970 et durant les années 1980.

J’ai pris la décision très tôt de passer ma vie professionnelle à apprendre, puis à partager mes connaissances avec les autres. À titre de commissaire, j’ai visité les communautés francophones et acadiennes du pays ainsi que les communautés anglophones du Québec. Si un banc de brume, qui enveloppait la ville, ne m’avait empêché de visiter St. John's, je pourrais dire que j’ai visité les dix provinces. Je suis également allé dans deux des territoires. J’étais justement à Whitehorse avant-hier.

Durant mes voyages, j’ai été étonné de la diversité des manières dont chacune des communautés exprime sa vitalité. Laissez-moi vous donner quelques exemples :

  • Ici, en Colombie-Britannique, j’ai parlé avec un agent de développement économique du travail qui s’est accompli dans le domaine du tourisme et qui a provoqué l’augmentation du nombre de touristes francophones. Il s’agit du seul secteur en croissance dans l’industrie du tourisme en Colombie-Britannique.
  • En Saskatchewan, j’ai entendu parler de l’étroite collaboration entre l’Institut français de l’Université de Regina et la fonction publique fédérale, ainsi que de l’élaboration d’un concept de « village urbain » visant à rendre la communauté francophone plus visible.
  • À Sudbury, j’ai vu à quel point des établissements comme le Collège Boréal et l’Université Laurentienne occupent une place importante dans la communauté.
  • À Toronto, je me suis entretenu avec les représentants d’organismes qui témoignent de la transformation démographique d’une nouvelle communauté francophone qui fait face à de nouveaux défis.
  • Au Québec, j’ai été témoin des efforts de la communauté anglophone pour redéfinir sa place dans une société qui s’est transformée énormément en deux générations.
  • En Acadie, j’ai renoué avec l’enthousiasme de la culture acadienne et la richesse de son histoire.

En apprenant le français en plus de l’anglais, nos enfants accèdent à l’enthousiasme et aux possibilités qui entourent le développement des communautés de langue officielle d’un bout à l’autre du pays.

Partout où je vais, je répète un message très simple : l’anglais et le français sont des langues canadiennes. Il est vrai que l’on parle 150 langues au Canada, y compris les langues autochtones qui étaient là bien avant l’arrivée des Européens. Néanmoins, c’est grâce à nos deux langues officielles que le dialogue à l’échelle nationale s’établit.

En fait, si la société canadienne n’avait pas comme bases deux communautés linguistiques nationales, le concept de multiculturalisme lui-même n’aurait probablement pas suscité une adhésion aussi naturelle. La semaine prochaine, je serai l’hôte d’un forum de discussion sur la façon dont des Canadiens de diverses origines voient la dualité linguistique. Je tenterai ainsi de mieux comprendre comment ils voient et ils vivent la dualité linguistique.

En 1987, lors d’une allocution au Forum sur l’éducation civique, le secrétaire d’État de l’époque, David Crombie, a fait quelques remarques qui sont encore d’actualité.

Il a dit : « Si l’on vous dit qu’il existe une différence entre le multiculturalisme et le fait d’avoir deux langues officielles, ne vous y méprenez pas; ils proviennent tous deux de la diversité. Si nous n’arrivons pas à respecter notre diversité mutuelle, notre capacité de vivre dans une certaine harmonie à l’échelle mondiale sera compromise [traduction libre]. »

Je souhaite donc remercier CPF d’avoir su traverser les frontières ethnoculturelles et mobiliser les Canadiens de diverses origines qui souhaitent apprendre les deux langues officielles de leur pays. Nous devons créer un environnement accueillant pour les immigrants, les Premières Nations et les parents qui s’expriment en d’autres langues dans leur foyer, de manière à ce qu’ils se sentent aptes et encouragés à apprendre le français et l’anglais, ou à aider leurs enfants dans cet apprentissage.

La Loi sur les langues officielles est d’abord et avant tout une affaire de respect; respect de notre patrimoine et des fonctionnaires qui ont le droit de travailler dans la langue de leur choix. Mais surtout, elle implique le respect des Canadiens qui, dans bon nombre de régions du pays, ont le droit de recevoir des services gouvernementaux dans la langue officielle de leur choix.

Bien que la Loi ne vise pas à rendre bilingue chacun des Canadiens, elle a amené bon nombre d’entre nous à apprendre l’autre langue officielle. S’il n’y a pas davantage de gens inscrits à des cours de langue, ce n’est pas à cause de la demande (on le voit bien en Colombie‑Britannique), mais des ressources. Les parents ne devraient pas avoir à participer à des loteries pour inscrire leurs enfants à des programmes de langue. Et ces enfants ne devraient pas non plus subir un trajet d’une heure en autobus. Récemment, j’ai rencontré une jeune qui m’a dit qu’en 9e année, elle a dû choisir entre apprendre la musique et le français. Elle ne regrette pas d’avoir choisi la musique (aujourd’hui, elle est stagiaire au Parlement et elle joue du jazz); mais elle déplore qu’on l’ait placée devant ce dilemme.

Nous devons élargir l’accès aux programmes de français langue seconde. Heureusement, le nombre d’élèves des classes d’immersion se maintient à 300 000 depuis plus d’une décennie, et les zones desservies sont un peu plus grandes, mais nous pouvons faire mieux en tant que société.

Nous devons également offrir davantage de possibilités d’apprentissage du français hors des salles de classe pour établir des ponts plus solides entre les communautés et mettre l’accent sur le volet culturel de l’apprentissage des langues. L’apprentissage d’une langue est une activité très physique, qui demande un entraînement constant. Quelle meilleure façon de s’exercer qu’en s’impliquant dans la vie francophone de la région?

CPF a fait un excellent travail pour stimuler le soutien des parents à l’apprentissage du français langue seconde. Il va de soi que les parents jouent un rôle crucial en dirigeant le parcours scolaire de leurs enfants. Si les parents considèrent que le français est important, ils transmettront cette conviction à leurs enfants. CPF constitue un exemple remarquable de la façon dont les parents façonnent le système scolaire au profit de leurs enfants.

Nous devons également veiller à ce que le gouvernement honore son engagement de renouveler le Plan d’action pour les langues officielles, un programme quinquennal adopté en mars 2003. Ce plan comportait l’objectif ambitieux de doubler le taux de bilinguisme des jeunes Canadiens, de telle sorte qu’un jeune Canadien sur deux serait bilingue d’ici 2013.

Le Plan d’action arrive à terme le 31 mars 2008. Je sais que certains d’entre vous craignent que cela ne freine les progrès. J’ai moi-même cette inquiétude. Dans mon premier rapport annuel, j’ai demandé au gouvernement de continuer à soutenir les progrès afin que nous ne perdions pas le terrain gagné au cours des cinq dernières années. J’ai été enchanté que le gouvernement s’engage, dans le discours du Trône, à renouveler le Plan d’action. Toutefois, le discours du Trône n’est qu’un menu; ce n’est pas un repas.

Il sera important de négocier une nouvelle entente sur le Programme des langues officielles dans l'enseignement et, pour ce faire, de travailler en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral et les provinces.

Le gouvernement a envoyé d’importants signaux indiquant qu’il est sensible à notre cause. Le premier ministre Stephen Harper amorce souvent ses allocutions en français. Il a envoyé un message très éloquent lorsqu’il a affirmé au Parlement australien, en français, que le Canada avait vu le jour en français. Cette affirmation a été reprise dans le discours du Trône. Pour sa part,  la ministre de la Francophonie et des Langues officielles, Josée Verner, a signalé que le Plan d’action constituait un minimum, et non un maximum.

Le vent souffle en notre faveur. Forts de 30 années de progrès dans ce dossier, nous sommes en mesure de placer la barre plus haut. Le temps est venu de lancer une nouvelle initiative, qui succèdera au Plan d’action et qui consolidera nos acquis et nous aidera à faire de nouveaux progrès. J’espère que l’engagement annoncé dans le discours du Trône découlera en une initiative de grande envergure.

Parallèlement, nous devons continuer à exercer des pressions pour que le gouvernement procède à une mise en œuvre intégrale de la partie VII de la Loi sur les langues officielles que l’on a récemment améliorée. La partie VII prévoit que le gouvernement doit s’engager, « à favoriser l’épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada ainsi qu’à promouvoir la pleine reconnaissance et l’usage du français et de l’anglais dans la société canadienne ».

La modification de la partie VII est une excellente nouvelle. C’est une victoire sans équivoque dans l’avancement du bilinguisme. En 2005, le greffier du Conseil privé a écrit aux institutions fédérales pour leur demander d’examiner leurs mandats et d’évaluer comment la partie VII s’applique à leurs activités. Bon nombre d’entre elles ont cherché conseil auprès de nous, ce qui a engendré des discussions productives.

Une grande part de mon propos implique davantage que d’amener nos enfants à apprendre le français, même si cet élément est crucial. CPF, lui, a toujours su voir la situation dans son ensemble, laquelle englobe, outre les jeunes des écoles secondaires qui apprennent le français, les étudiants à l’université qui doivent préserver leur connaissance du français, de même que les employés qui utilisent le français au travail.

C’est pourquoi, en 2004, CPF était un partenaire clé du symposium du Commissariat aux langues officielles intitulé Vision et défis au 21e siècle.

Nous avons fait appel à des intervenants clés pour discuter des enjeux et proposer des solutions pour atteindre l’un des principaux objectifs du Plan d’action : doubler d’ici 2013 le nombre de jeunes Canadiens qui parlent une deuxième langue officielle.

Dans la foulée de l’événement, CPF, muni des publications du symposium, s’est adressé aux provinces et aux territoires pour les convaincre qu’ils sont des intervenants clés de l’enseignement du français aux jeunes. Votre apport et votre travail ardu se sont révélés indispensables. Les premiers ministres sont favorables au projet et nous ont exprimé leur soutien.

En toute honnêteté, je peux affirmer que nous ne serions pas là où nous en sommes aujourd’hui sans vos efforts inlassables tout au long du parcours.

Conclusion

Aujourd’hui, 70 % des Canadiens appuient le bilinguisme. Nous sommes de plus en plus nombreux à parler les deux langues, certains très bien, et d’autres du mieux qu’ils le peuvent. Nous sommes tellement, mais tellement près du but.

Oui. La route est parfois rocailleuse. Oui, la situation peut être compliquée et frustrante. Mais n’oublions pas tout le chemin que nous avons parcouru.

Nous y arrivons. Nous y arrivons ensemble.

Vous avez mon appui à titre de commissaire aux langues officielles. Je crois au soutien d’un enseignement de qualité du français langue seconde au Canada. Je continuerai à visiter des communautés au pays et à prêter l’oreille à leurs propos.

En retour, j’ai besoin que vous continuiez à me parler de vos préoccupations.

Et ne vous arrêtez pas là. Continuez à vous adresser à vos gouvernements provinciaux, attirez l’attention des médias. Rappelez au gouvernement fédéral ses nouvelles obligations qui découlent de la partie VII.

Continuez à déboulonner les mythes sur l’immersion et à travailler avec les établissements d’enseignement postsecondaire pour renforcer la formation des enseignants en français langue seconde.

Par-dessus tout, ne vous taisez pas. Continuez à parler – dans les deux langues officielles!

Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de participer à votre assemblée générale annuelle. Je serai heureux d’entendre vos observations ou de répondre à quelques questions.