ARCHIVÉE - Ottawa, le 20 avril 2007

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L’école francophone : un foyer de vitalité

Notes pour une allocution au 8e Congrès national de l’Alliance canadienne des responsables, des enseignantes et des enseignants en français langue maternelle (ACREF)


Graham Fraser – Commissaire aux langues officielles

Seul le texte prononcé fait foi

Mesdames et Messieurs,

Je veux d’abord vous remercier de m’avoir invité à prononcer le discours d’ouverture du 8e Congrès national de l’ACREF. Votre organisme joue un rôle important dans la défense et la promotion de l’éducation en langue française au Canada, et je suis heureux d’avoir l’occasion de témoigner de ses nombreuses réalisations.

Je suis aussi particulièrement heureux de pouvoir rencontrer en un seul lieu un si grand nombre de personnes qui se dévouent pleinement à l’avenir de leurs communautés. Car qu’est-ce que l’école, sinon un foyer de vitalité, le creuset où se forge l’identité de la francophonie canadienne?

En fait, nous livrons tous et toutes, chacun dans sa sphère d’activité, le même combat pour l’égalité, la dignité et le respect. Nous sommes des partenaires naturels.

Si j’ai compris une chose depuis que j’ai été nommé commissaire aux langues officielles, voilà six mois, c’est que le temps passe très vite. Il faut préparer l’avenir si on ne veut pas le subir.

J’ai peine à croire d’ailleurs que six mois se sont déjà écoulés depuis que je suis entré en poste. Trois jours seulement après ma nomination, je suis allé en Colombie-Britannique faire l’une de mes premières visites. J’ai eu l’honneur de prononcer une allocution au Congrès annuel de l’Association provinciale des professeurs d’immersion et du programme francophone.

J’ai alors pu visiter une école de la communauté francophone. Je dois vous avouer que cette visite a été pour moi une merveilleuse occasion de m’imprégner de la vitalité des communautés de langue officielle, et j’en ai eu plusieurs autres depuis. En particulier, j’ai été frappé par le dévouement évident de tous les enseignants que j’ai rencontrés et par la franchise et le naturel de nos échanges. Comme j’ai été journaliste, je sais depuis longtemps qu’il faut sortir d’Ottawa si l’on veut échapper au jargon administratif!

J’ai tout de suite décidé qu’en matière d’éducation en langue française, comme pour d’autres domaines, j’irais m’abreuver aux sources chaque fois que cela serait possible. Je compte me familiariser avec les dossiers en rencontrant directement les personnes impliquées. Les évaluations, les rapports et les notes de service sont certainement utiles, mais rien ne remplace le contact direct avec les gens qui, comme vous, construisent chaque jour l’avenir de leurs communautés.

C’est pourquoi le Commissariat doit continuer à maintenir des contacts réguliers et constructifs avec l’ACREF, ainsi qu’avec d’autres organismes qui œuvrent dans le domaine de l’éducation. La construction identitaire, l’accueil interculturel, la communication orale, la valorisation de la langue maternelle et, bien sûr, le financement des établissements d’enseignement sont des préoccupations que nous avons en commun.

Quels sentiments ai-je éprouvés, quels enseignements ai-je tirés de mes premières rencontres depuis ma nomination? Voici certaines de mes impressions, que je vous livrerai un peu en vrac :

Ma première impression est celle d’une ferme volonté de réussir, de consolider la communauté francophone ainsi que son espace culturel, social et économique. Plusieurs enseignants aguerris m’ont rappelé le passé, les temps difficiles. Les années 1980 et 1990 ont effectivement été pénibles; de nombreuses communautés ont alors dû mener avec acharnement des luttes épiques pour assurer le respect des droits scolaires pourtant garantis dans la Charte canadienne des droits et libertés. Le côté positif de cette mobilisation est qu’elle a souvent donné aux communautés un élan qui les anime encore aujourd’hui.

Ma deuxième impression, qui découle de la première, est que les grands débats sur la place de l’école au sein de la communauté ont amené les francophones d’un peu partout au Canada à être plus analytiques et plus critiques à l’égard de l’engagement du gouvernement fédéral à appuyer leur développement. Ils s’attendent désormais à des résultats concrets. Le temps des belles paroles qui ne s’accompagnent pas de mesures concrètes est révolu.

En troisième lieu, j’ai constaté que les systèmes scolaires francophones triomphent lentement mais sûrement des défis que pose l’accueil des enfants de familles exogames et des nouveaux arrivants. En un mot, l’école réussit à relever le défi de la diversité. Tous les intervenants ont compris que l’accueil doit être fondé sur le respect mutuel et l’entraide, sur une compréhension de tous les besoins matériels, psychologiques et culturels des enfants et de leurs parents. Savoir écouter et chercher à comprendre, voilà la recette gagnante.

Finalement, et surtout, je crois que les écoles francophones doivent être des établissements de choix. Et pour avoir des écoles de choix, il faut y donner une formation de qualité. Aucun parent, aussi engagé soit-il, ne sacrifiera l’avenir de son enfant pour un principe. La bonne nouvelle, c’est que les écoles des communautés francophones en milieu minoritaire réussissent ce pari, comme en témoigne notamment le classement de l’Institut Fraser de l’année dernière. Dans la région d’Ottawa, l’école Terre-des-Jeunes s’est classée première, avec un pointage parfait. De plus, cinq des dix meilleures écoles parmi les 308 de la région d’Ottawa étaient des établissements francophones.

Permettez-moi de vous citer un exemple de réussite qui m’a beaucoup impressionné. Lorsque j’ai visité une école élémentaire francophone à North Vancouver, j’ai pu constater la grande diversité culturelle des classes. Des enfants parlant une grande variété de langues différentes s’y côtoyaient et pouvaient travailler ensemble grâce à la langue qu’ils avaient en commun : le français.

Cela m’a fait réfléchir sur deux points qui me semblent capitaux :

  • Premièrement, on ne saurait trouver plus belle démonstration de la manière dont le français, langue nationale et internationale au même titre que l’anglais, peut servir à tisser des liens, à construire des ponts entre des personnes de toutes les origines, et ce, partout au pays.
  • Deuxièmement, les communautés francophones et acadiennes sont en voie de devenir, à un rythme très rapide, de formidables sociétés d’accueil pour les immigrants. Ce phénomène est non seulement le signe d’une nouvelle « sécurité linguistique » dans ces communautés, mais également la preuve tangible d’une vitalité renouvelée.

Mais, car il y a toujours un mais, ce sentiment de sécurité linguistique accrue demeure fragile. Il est important de consolider les acquis et de planifier soigneusement les prochaines étapes.

Comme vous le savez, la Loi sur les langues officielles du Canada contient non seulement un engagement à promouvoir nos deux langues officielles dans la société canadienne, mais aussi celui de favoriser l’épanouissement des minorités francophones et anglophones. De plus, à la suite d’une modification adoptée en novembre 2005, la partie VII de cette loi exige clairement que l’administration fédérale prenne des mesures concrètes et positives afin de mettre en œuvre son engagement.

En pratique, cela veut dire que les institutions fédérales doivent aller bien au-delà de la simple prestation de services en français et en anglais. Elles doivent aussi s’assurer que leurs programmes, et les subventions qu’elles accordent, contribuent activement à l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire.

Dans ce contexte, depuis 2003, le gouvernement fédéral met en œuvre le Plan d’action pour les langues officielles afin de faire la promotion des langues officielles. Le Plan cible en particulier cinq domaines qui sont prioritaires pour vos communautés : la petite enfance, la santé, la justice, l’immigration et le développement économique. Le gouvernement a aussi l’ambitieux objectif de doubler, d’ici à 2013, le pourcentage de jeunes Canadiens bilingues, de façon à ce qu’un jeune Canadien sur deux maîtrise le français et l’anglais.

Depuis l’adoption du Plan d’action, une vaste gamme d’initiatives pour l’éducation en milieu minoritaire ont été mises en place, telles que l’établissement de programmes de francisation et l’amélioration des programmes existants, l’enrichissement culturel du milieu scolaire et le recrutement et la formation de personnel enseignant et de spécialistes.

Toutefois, comme la date butoir de ce premier Plan d’action approche, l’heure est aux bilans, aux évaluations et à la planification des prochaines étapes. Et c’est là où le bât blesse. Je ne peux m’empêcher de souligner qu’à l’heure actuelle, la ministre de la Francophonie et des Langues officielles, madame Verner, ne semble pas avoir entamé les consultations sérieuses qui s’imposent sur « l’après-Plan », en particulier dans le domaine de l’éducation.

De telles consultations demandent beaucoup de doigté, si l’on souhaite établir un consensus durable. De plus, la question du partage du financement est souvent au cœur des discussions entre le gouvernement fédéral et les provinces et les territoires. N’empêche, je crois que le gouvernement fédéral aurait avantage à annoncer très prochainement ses couleurs.

Il existe encore de formidables défis à relever tant en éducation que dans les autres domaines clés. Il revient à la Ministre de donner un sens et une nouvelle impulsion à l’action fédérale. Elle se doit de fixer le cap et de définir le chemin à parcourir.

Je vous ai parlé tantôt d’une de mes premières expériences à titre de commissaire, la visite d’une école francophone à North Vancouver. Je voudrais vous décrire maintenant une expérience semblable.

Il y a une semaine, sur l’invitation du conseil scolaire de Toronto, j’ai rencontré des élèves anglophones qui apprennent le français, certains dans des cours d’immersion, d’autres dans des classes régulières. Cette rencontre m’a permis de nouer un dialogue animé avec ces élèves en expliquant en quoi, en plus d’être strictement utilitaire, leur apprentissage du français comme langue seconde contribuait à créer un climat de confiance et de respect mutuel entre Canadiens. Je leur ai raconté comment, en 1965, quand j’étais étudiant à Toronto, j’ai eu la possibilité de travailler à un projet d’archéologie à Fort-Lennox, au Québec. Je leur ai dit que je m’étais rendu compte que le Québec et le français avaient vite su me fasciner, beaucoup plus que l’archéologie.

En particulier, je leur ai dit ceci :

  • Il faut profiter du fait que nous avons deux langues officielles qui comptent parmi les grandes langues du monde et qui nous permettent d’accéder à deux cultures internationales.
  • Nous vivons dans un pays de sept millions de francophones – dont quatre millions ne parlent pas anglais – qui alimentent une culture dynamique et excitante.
  • Il existe des programmes d’échange, vers lesquels votre école peut vous diriger.
  • Vous pouvez aussi profiter du Festival du cinéma de langue française de Toronto et d’autres événements francophones à Toronto et ailleurs dans la province.
  • Plus d’un demi-million de personnes en Ontario utilisent le français comme première langue canadienne. Ces personnes nourrissent une communauté dynamique et diverse qui possède ses propres événements culturels, ses propres écoles et ses propres réseaux.
  • Tout comme la langue française appartient à tous les citoyens canadiens, la vitalité de cette communauté vous est accessible.
  • Je crois sincèrement que davantage de contacts entre les étudiants apprenant le français et la communauté francophone permettra un enrichissement, de part et d’autre.

C’est le type de message que je continuerai de répéter partout au pays. Nous, francophones et anglophones, vivons ensemble, côte à côte. Nous devons mieux nous connaître afin de mieux nous respecter. C’est pourquoi, à mon avis, il est important de créer, dans le plein respect de la prédominance nécessaire de la langue et de la culture française, des espaces de contact et d’échanges plus nombreux entre les élèves francophones et les élèves qui apprennent le français comme langue seconde.

Ces espaces pourront être culturels, ludiques ou sociaux. L’important est que les jeunes anglophones bilingues puissent prendre goût à la vie culturelle et sociale des communautés francophones et qu’ils puissent tisser des liens durables avec les jeunes francophones de leur région. Je suis convaincu que des contacts plus soutenus ne peuvent que renforcer les deux communautés.

En terminant, je tiens à saluer une fois de plus votre dévouement. Vous vous êtes consacrés à une profession difficile et vous l’avez transformée en une mission, celle de construire des écoles françaises en milieu minoritaire, des écoles de l’espoir. Et vous avez réussi de manière remarquable. Un nombre toujours croissant de vos écoles sont reconnues comme des centres d’excellence.

Soyez fiers de vos réussites. Vous figurez parmi les champions d’une nouvelle francophonie canadienne : une francophonie confiante, performante et ouverte sur le monde.

Je vous remercie.